Chapitre 359
Chapitre 359 : Interrogatoire (1)
La Sorcière gémissante, Liranne Vivienne.
Alors qu’elle descendait lentement vers le sol, au moment où ses pieds touchèrent terre, elle hurla.
« Necrapheto ! T’es devenu fou ?! Pourquoi tu les as laissés partir ?! »
L’homme, dont la chair commençait tout juste à se reformer sur ses os, fronça les sourcils face à sa voix hystérique.
« Je suis plus âgé que toi, tu sais… »
« Ha ! C’est le moment de se soucier de ça ? Dis-moi, pourquoi t’as laissé filer ces bâtards ?! Le Capitaine ne laissera pas passer ça ! »
Vivienne cria avec irritation en pointant son index vers un endroit précis. Tout ce qu’il en restait, c’était un cercle magique désactivé et à peine visible.
L’homme rétorqua d’un ton agacé.
« Pff, pourquoi c’est moi qui me fais engueuler ? C’est déraisonnable d’attendre d’un Nécromancien qu’il se batte au corps à corps, et tu regardais aussi, en plus. »
Même la femme, qui s’apprêtait à répliquer, tressaillit face à sa réaction étonnamment sensible.
Cependant, y avait-il quelque chose qu’elle voulait souligner ?
« …Mais t’as même pas utilisé l’Appel des Enfers ! »
Vivienne s’accrochait à cet équipement central du Collectionneur de cadavres.
Cependant…
« Pourquoi je devrais utiliser ça ? »
L’homme répondit comme s’il était stupéfait.
« Parce que si tu l’avais utilisé, le Gardien du phare n’aurait pas été capturé ! »
Elle n’avait pas tort.
S’il avait utilisé le Bâton des Enfers, un Objet Numéroté de haut rang, il aurait pu écarter cet homme semblable à un tank du champ de bataille. C’était un fait.
« Si j’utilise ça, l’un de nous doit mourir. Et tu me demandes de l’utiliser sur quelqu’un sur qui je n’ai même pas d’informations ? Alors que j’aurais pu survivre en restant tranquille ? »
« …Tu as cette nouvelle aptitude que tu as obtenue récemment. »
« Si ça s’ébruite, la famille royale trouvera une contre-mesure. Qui en tirerait profit ? Si je dois un jour compter sur cette aptitude dans une situation dangereuse et que cet incident me retombe dessus, tu vas me sauver ? Hein ? »
« …… »
« S’il te plaît, reste à ta place. Tu n’as pas utilisé ta magie pour la même raison. »
Vivienne ne put rien ajouter alors que l’homme commençait à contre-attaquer.
Ses paroles touchaient trop juste.
En fait, la raison pour laquelle elle n’avait pas arrêté cet homme monstrueux était la même.
Elle n’avait pas assez d’informations.
Sa magie avait été réfléchie, elle ne pouvait donc pas risquer d’utiliser un sort plus puissant.
« Ah, c’est agaçant… »
En fin de compte, ils étaient tous responsables de cette défaite.
Ils faisaient partie de la même organisation, travaillaient ensemble, mais leur vraie nature restait inchangée.
Il n’y avait personne d’assez noble pour se sacrifier pour les autres. Ils se souciaient davantage de leurs propres gains et pertes que de la sécurité de leurs compagnons.
« …Tout le monde va bien ? »
Le Chevalier de sang revint et les rejoignit alors que Vivienne se mordait la lèvre, réprimant sa colère.
Il avait l’air le plus pathétique des trois, il lui manquait un bras.
« Ça aurait été bien si grand-père avait fait son boulot correctement. »
Vivienne déplaça sa cible vers le Chevalier de sang, comme si elle se moquait de ses blessures.
« …… ? »
« Tu aurais dû viser leurs arrières, pas ce monstre ! »
Elle n’essayait pas seulement de trouver un coupable, elle le pensait sincèrement.
« Pourquoi t’as même essayé de l’arrêter alors que t’en étais incapable… »
S’ils avaient visé l’ennemi au lieu de perdre du temps à bloquer cet homme, la situation serait différente maintenant.
C’était la première fois que cet homme monstrueux quittait la formation, après avoir encaissé toutes leurs attaques avec son corps nu.
« Tuer l’une des Sept Forces, le Marquis Esprit de sang, aurait été un exploit significatif, et la Magicienne dorée, n’en parlons même pas. C’est l’une de nos cibles principales, et si elle était morte, le sort de téléportation aurait été annulé. »
Le jugement du Chevalier de sang était une erreur.
L’homme qui écoutait à côté d’elle s’exclama avec admiration.
« Waouh, tu blâmes grand-père dans cette situation ? T’es encore pire que ce que je pensais. Comment oses-tu dire ça à quelqu’un qui essayait de nous protéger ? »
« …Je peux même pas parler toute seule ? Et j’ai pas tort. »
« Eh bien, c’est vrai. Hé hé. »
L’homme hocha la tête et jeta un coup d’œil au Chevalier de sang.
Il était devenu la proie des loups, mais le vieux chevalier ne chercha aucune excuse.
Il murmura simplement d’une voix plate :
« Contactez le Capitaine. Nous avons perdu… la Magicienne dorée. »
« …Grand-père ne peut pas le faire ? »
Le Chevalier de sang répondit à la question de Vivienne par un regard froid, et elle baissa la tête.
Ils avaient perdu leur cible.
Et non seulement cela, mais le Gardien du phare, un atout précieux même au sein d’Orculus, avait été capturé.
Et ils avaient juste regardé l’ennemi se téléporter.
Elle ne pouvait pas risquer de les poursuivre.
« …… »
Elle ne pouvait pas dire ça.
Le Collectionneur de cadavres remarqua son hésitation.
« Je comprends ce que tu ressens, mais contacte-le d’abord. Il y a quelque chose que nous devons signaler, même si ce n’est pas à propos de la Magicienne dorée. »
« …Tu parles de ce monstre ? »
« Ça aussi, mais… »
L’homme s’interrompit puis continua :
« Bref, fais juste le rapport. Je ne sais pas pourquoi il était là, mais… »
« …… »
« …Nous avons trouvé Amelia Rainwales. »
「Arrua Raven a lancé le sortilège spatial de 4e rang [Téléportation multiple].」
La première chose qu’elle vit lorsque la lumière du cercle magique activé s’estompa fut une cage.
« Veuillez patienter. Vous êtes au bon endroit. »
« …Quoi ? »
« C’est une mesure de sécurité installée sur tous les navires de guerre. Si une capacité de déplacement spatial est utilisée, elle vous redirige automatiquement ici. »
Ah, c’est donc pour ça.
Redirection de téléportation… ça me dit quelque chose…
« Je suis Arrua Raven, Vice-capitaine du 3e Corps de magie. Voici mon identifiant. Je suis revenue via un sort de téléportation en combattant des criminels d’Orculus. »
Raven révéla son identité au soldat gardant la cage, et celle-ci s’ouvrit après une brève vérification.
Clac !
C’est quoi ce bordel, pourquoi elle s’est refermée après qu’elle soit sortie ?
« …Qu’est-ce que vous avez fait ? »
Raven évita mon regard et parla au soldat, ignorant mon ton informel.
« Gardez un œil sur eux pendant un moment. Ne les laissez pas sortir. »
« Oui. »
Euh… je ne m’attendais pas à ça.
Mon esprit devint vide, et Erwen agrippa les barreaux de la cage et les secoua.
« …Je vais te tuer !! »
Ça ne ressemblait pas à sa perte de contrôle habituelle.
Moi aussi, je perdais le contrôle.
Ça me rappelait le sous-sol de la guilde, et j’avais envie de tout casser.
« Je comprends ce que vous ressentez, mais calmez-vous, s’il vous plaît. Vous ne pouvez pas vous échapper par la force brute. »
« …Quoi ? »
« N° 399, Cage du Silence. Elle scelle toutes les capacités, y compris la magie, le pouvoir divin et l’Aura. »
Merde, pas étonnant que j’aie eu un mauvais pressentiment.
Je soupirai et lâchai les barreaux après avoir confirmé que mes compétences ne s’activaient pas.
« Voici… ce sont des potions. Soignez vos blessures. »
Raven nous tendit quelques potions à travers les barreaux puis partit après avoir donné quelques instructions au soldat.
En résumé :
Traitez-les avec respect.
Mais n’ouvrez la cage sous aucun prétexte.
Et libérez-nous si la situation devient critique, par exemple si les ennemis atteignent cet endroit.
« …On s’est fait avoir. Tersia, arrête de gaspiller ton énergie et viens ici. »
« Quoi ? Elle vient de nous enfermer, comment on peut— »
« Alors, qu’est-ce qu’on va faire ? »
« ….. »
« Erwen, elle a raison. Calme-toi et viens ici. »
« …D’accord. »
Erwen s’approcha de moi à contrecœur après que j’aie moi aussi retrouvé mon calme.
« D’abord… on devrait utiliser les potions. »
Il semblait que cela prendrait du temps à guérir avec juste la Régénération naturelle, alors nous nous sommes versé des potions sur tout le corps avec l’aide d’Amelia et d’Erwen, pour arrêter l’hémorragie.
Et après un certain temps…
« …Tu vas bien ? »
« …Ouais, j’ai l’habitude maintenant. »
Honnêtement, j’avais l’impression de mourir.
La seule Résistance à la douleur qu’il me restait était le « 30 » de l’essence de Bion.
Mais que pouvais-je faire ? Il fallait bien que je soigne mes blessures.
« Euh… on peut avoir de l’eau, s’il vous plaît ? »
« Ah… d-d’accord ! »
Le soldat nous apporta précipitamment de l’eau à la demande polie d’Erwen.
Il était probablement intimidé par le statut d’Erwen, en plus des ordres de Raven de nous traiter avec respect.
« Euh… vous allez bien ? »
Ah, donc il s’inquiétait juste pour moi.
« Vous transpirez plus que vous ne saignez… »
« Je vais bien, ne t’inquiète pas. »
C’était toujours comme ça quand je buvais des potions.
J’ai avalé l’eau que le gentil soldat nous avait donnée, puis je me suis déplacé vers le fond de la cage.
Il fallait qu’on parle en privé maintenant.
« Bref, parlons maintenant qu’on a fini avec les soins. Vous deux, venez ici. Et baissez la voix. »
« Tu es un peu trop près, tu ne trouves pas ? »
« Quel est le problème ? On discute, c’est tout. »
« …A-alors je vais… »
« Hmm, les fées ont une bonne ouïe, n’est-ce pas ? »
« Qu-qu’est-ce que ça peut te faire ? »
« Je disais juste ça… »
Pff, ces deux-là encore.
« Vous deux, arrêtez. C’est pas le moment. »
« D’accord… »
Je les ai rapidement arrêtées avant que la conversation ne parte dans tous les sens.
La première chose dont nous devions discuter était celle-ci :
« Pourquoi vous pensez que Raven a fait ça ? »
Pourquoi nous a-t-elle enfermés ?
Toutes les deux, qui se chamaillaient, sont facilement parvenues à un consensus là-dessus.
« Elle a dû réaliser ta véritable identité. »
« Oui, c’est la seule possibilité. Elle sait que tu es un esprit maléfique… Grrr. Elle ne connaît même pas la gratitude après que tu lui aies sauvé la vie tant de fois. »
Est-ce que son intention meurtrière suinte même de ses dents ?
Je ne savais pas, mais je m’inquiétais pour la santé dentaire d’Erwen, alors j’ai évoqué la possibilité suivante.
« Emily, quelle est la probabilité qu’elle ait fait ça parce qu’elle a découvert qui tu es ? »
« Eh bien, ce n’est pas impossible non plus. Elle était sur cette île aussi. »
Raven et Amelia se connaissaient.
Elles s’étaient battues ensemble sur l’île de Parune, et Raven connaissait le [Pouvoir abyssal], la [Auto-réplication] et la [Fureur d’Asura] d’Amelia.
Et elle utilisait une dague comme arme principale ?
Raven l’aurait remarqué, même après deux ans et même avec le visage couvert.
« Eh bien… elle pourrait suspecter que nous sommes des espions de Noark à cause de moi. Ha, comme prévu. »
« Attends, qu’est-ce que tu veux dire par "comme prévu" ? »
« Quoi d’autre ? Que tu vas être un fardeau. »
« Ha ! Tu parles bien, alors que t’arrives même pas à te contrôler toi-même. »
« Quoi… ? »
Pourquoi ça recommence ?
J’ai rapidement changé de sujet.
« Peu importe, Emily, tu vas bien ? Il y a de fortes chances que Noark t’ait reconnue aussi. »
« C’est… eh bien, ils l’ont probablement fait. Le Chevalier de sang ne m’a peut-être pas reconnue puisqu’on ne s’est pas beaucoup croisés, mais le Collectionneur de cadavres m’a définitivement reconnue. »
Merde, je me sentais mal pour elle.
Elle disait qu’elle avait changé d’identité et qu’elle se cachait, mais maintenant elle avait à la fois la famille royale et Noark comme ennemis.
« Ne t’en fais pas trop. Je savais que c’était une possibilité. Je partirai si ça devient trop dangereux pour toi. »
« Alors tu as encore un peu de conscience ? »
« J’ai de la raison, contrairement à toi. »
Pff, ces deux-là…
Nous pourrions tous avoir des ennuis si ça tournait mal.
Non, est-ce qu’Erwen serait en sécurité même dans le pire des scénarios ?
Je pourrais être ciblé par la famille royale en tant qu’esprit maléfique, et Amelia pourrait être accusée d’être une espionne de Noark, mais Erwen était différente.
La tribu des fées la protégerait, même dans le pire des cas.
« …Alors qu’est-ce qu’on fait maintenant ? »
J’ai organisé mes pensées et répondu à la question d’Amelia.
« Eh bien, nous n’avons pas d’autre choix que d’attendre. »
Il n’y avait pas grand-chose à faire tant que nous étions piégés.
Le mieux que nous pouvions faire était d’attendre le retour de Raven et de réagir en conséquence.
Par conséquent…
« Monsieur ? »
…Je me suis levé après avoir mis fin à la conversation.
Et je me suis approché du cadavre, dont le visage était recouvert du tissu que j’avais reçu du soldat avec l’eau.
Je ne savais pas ce qui arriverait dans le futur, mais…
…il valait mieux faire ce que je pouvais.
« …Qu’est-ce que tu fais ? »
« Je vérifie le butin. »
« …Maintenant ? Dans cette situation ? »
Eh bien, est-ce qu’on peut faire autre chose ?
J’ai haussé les épaules et j’ai commencé à fouiller.
‘Dix bagues, un collier, et j’ai lâché le bâton quand je l’ai attrapé…’
Je ne pouvais pas ouvrir la poche subspatiale tant qu’on ne serait pas sortis d’ici.
Les outils magiques ne fonctionnaient pas à l’intérieur de la cage.
‘Waouh, combien ça vaut tout ça ?’
Il faut apprendre à apprécier les petites choses quand la situation est difficile.
Bien que je ne puisse pas estimer le montant exact, une chose était claire.
Si je vendais tout ça, je pourrais rembourser la majeure partie de la dette.
Eh bien, le problème était de savoir si on pourrait même sortir d’ici avec.