Chapitre 4483
Chapitre 4483
Le repas était copieux et délicieux, mais le dessert était encore meilleur.
Lith servit à tout le monde un fondant au chocolat avec une généreuse portion de sucre glace et de crème fraîche. La chaleur du chocolat et la fraîcheur de la crème tombèrent à point nommé, comblant le peu de place qu'il restait dans l'estomac de chacun.
« Dieux, c'était délicieux. » Mirias fit de son mieux pour réprimer un rot. « Je crains de devoir entamer un régime après ça, Magus Verhen. »
« Je compatis. » Solus se caressa le ventre.
« Merci, Mirias, mais je t'en prie, appelle-moi Lith », répondit-il.
« Je n'oserais pas ! Enfin, d'accord… Lith. » Elle prononça ce dernier mot comme si elle s'attendait à prendre feu, et quand Mogar continua de tourner et le soleil de briller, la baronne soupira de soulagement.
***
« Es-tu sûr que Jirni est en sécurité au manoir ? » demanda Kamila après qu'ils se furent installés dans la maison d'amis pour la sieste de l'après-midi.
« Elle l'a dit, et je la crois. » Lith haussa les épaules. « De toute façon, elle est encore submergée de paperasse. Superviser une enquête à l'échelle du Royaume est un travail à plein temps. »
« Je me sens coupable d'être ici. » Kamila soupira. « La consolation, c'est que Jirni a beaucoup de compagnie et peut nous rejoindre quand elle le souhaite. »
Elle sortit une Pierre de Foyer de son amulette dimensionnelle et la plaça devant la fenêtre de leur chambre.
« Au fait, c'est agréable, mais ça ne compte pas comme un rendez-vous. Trop de monde. » Kamila fit un signe de tête vers les tout-petits qui venaient de s'endormir.
« Je n'ai jamais dit que c'en était un. » Lith sourit. « Je me suis dit que puisque je devais venir à Jambel, je pouvais en profiter pour prendre des nouvelles des Wyalon et de Clila. »
« Je sais, et c'était vraiment gentil de ta part. » Elle imprégna le Camélia, et ses quatre fleurs virèrent au bleu glacier de l'élément eau. « Où vas-tu ? »
« Je ne suis pas fatigué, et Val non plus. » Lith sortit le garçon du berceau et le prit dans ses bras. « On peut profiter d'un moment seul, sans qu'Ely ne fasse d'histoires. »
« Elle est si jalouse et autoritaire. Je me demande de qui elle tient ça. » Kamila soupira alors que le père et le fils échangeaient un regard.
« C'est un mystère », répondit Lith. « À plus tard, et appelle-moi s'il se passe quoi que ce soit. »
Il disparut de la maison par un Clignement et se téléporta à l'extérieur des murs de la ville. Un Pas de plus l'emmena jusqu'à la lisière des bois lointains.
« Tout va bien, Val. Tu peux changer de forme ici. » Lith parla, et les cheveux du petit garçon devinrent émeraude tandis que ses yeux prenaient une teinte argentée. « Ce n'est pas ce que je voulais dire, petit idiot. »
Lith se métamorphosa en un Tiamat à taille humaine tout en tenant la main de Valeron, et le petit garçon l'imita rapidement, se transformant en un petit Bahamut.
« Allez. Vole autant que tu veux. Tu es libre. »
Le petit garçon fit un court sprint sur ses jambes trapues et s'envola vers le ciel, rapidement suivi par le Tiamat. Lith laissait toujours un peu d'espace à Valeron II, mais restait assez proche pour l'atteindre en un seul Clignement.
Le bébé Bahamut adorait ces moments où il avait son père adoptif rien que pour lui. Valeron se sentait en sécurité en volant dans l'ombre de Lith, et osait tenter des manœuvres aériennes qui poussaient son petit corps dans ses derniers retranchements.
Il vola bientôt plus vite qu'une flèche, pourtant Lith était toujours derrière lui, la distance entre eux restant inchangée, une promesse silencieuse d'amour et de protection. Valeron prenait plaisir à faire tomber la neige des cimes des arbres d'un coup rapide de ses griffes et à effrayer les oiseaux avec ses rugissements aigus.
Loin des murs et des barrières, Valeron se sentait à nouveau normal. Il n'avait pas à cacher qui il était ni qui étaient ses parents. Il était juste un petit Être Divin jouant sous l'œil vigilant de son père, tout comme Elysia et Raldarak le faisaient toujours.
Valeron lança son défi à Mogar et s'imprégna du Maelström de Vie. Il devint presque cinq fois plus rapide et fila vers le haut, comme s'il essayait d'atteindre le soleil.
Lith le suivit sans perdre une seconde. Son fils adoptif ne l'aurait pas distancé même si son petit corps avait pu supporter toute la puissance de la foudre argentée au lieu d'à peine la moitié.
Le bébé Bahamut se retourna, couinant de joie en voyant la silhouette noire familière exactement là où elle devait être. Quoi qu'il fasse, Lith ne l'abandonnait jamais et était toujours à ses côtés.
Valeron se donna autant de mal qu'il le pouvait, volant de plus en plus haut jusqu'à ce que l'air devienne si rare que le garçon ait du mal à respirer. Quand la fatigue alourdit son corps et que ses poumons brûlèrent sous l'effort, le petit Être Divin fit demi-tour et plongea dans les bras de son père.
Lith sentit la lassitude du petit garçon à travers les Écailles de Dragon, mais aussi son excitation et la confiance qu'il lui portait.
« Laisse-moi te montrer la vraie vitesse d'un Dragon, petit bonhomme. » Lith serra Valeron contre sa poitrine et battit des ailes de toute sa force, se transformant en un flou noir qui fendit le ciel.
Cela effraya le petit garçon, mais seulement un instant. Son corps s'adapta à cette nouvelle vitesse tandis qu'il se blottissait contre le torse de son père, le frisson de la vitesse et l'émerveillement devant l'immensité de l'horizon remplaçant la peur.
Lith survola les lacs jumeaux, fit le tour des bois et atteignit le sommet de la plus haute montagne de la baronnie. Valeron n'avait pas froid grâce à la chaleur rayonnant du corps de son père, tandis que la magie de l'air lui assurait de ne rencontrer aucun problème pour respirer.
Une fois la visite de la nature sauvage de Jambel terminée, Lith retourna dans les bois. Père et fils s'assirent sur des pierres plates l'un en face de l'autre, leur feu intérieur faisant fondre et évaporer la neige recouvrant leurs sièges sans même qu'ils s'en rendent compte.
Valeron adorait ces petites sorties avec Lith, non seulement parce qu'il avait son père rien que pour lui, mais aussi parce que c'était le seul moment où le jeune garçon pouvait poser à Lith toutes les questions qui le tourmentaient sans contrarier ses frères et sœurs.
Elysia n'avait qu'une vague compréhension de la situation de Valeron II, tandis que Raldarak n'en avait aucune. Valeron ne pouvait pas parler de ses parents biologiques devant ses frères et sœurs, principalement parce qu'il ne savait pas lui-même quoi dire.
Son jeune esprit ne parvenait pas à comprendre comment des gens qui l'avaient tant aimé et qu'il considérait comme des parents bons et aimants avaient pu devenir des ennemis. Heureusement pour Valeron, il n'avait pas besoin de liens mentaux ou de mots pour exprimer ses doutes.
Les Écailles de Dragon permettaient à Valeron de poser des questions complexes et d'exprimer des concepts qu'il saisissait à peine sous une forme que Lith pouvait comprendre. En même temps, les Écailles permettaient à Lith de répondre aux questions du petit garçon sans partager d'informations qui pourraient le traumatiser.
[Est-ce que tu détestes mes parents ?] demanda Valeron via les Écailles de Dragon. [NDT : les mots entre crochets sont exprimés par des sentiments, pas par des mots.]
[Je ne déteste pas ton père. J'ai un grand respect pour lui, et j'ai essayé jusqu'au dernier moment de trouver une solution pacifique à notre situation.] répondit Lith, en ajoutant des images de ses rencontres avec Jormun via un lien mental.
Durant ces moments de paix, Valeron adorait voir son père à travers les yeux de Lith. Sentir l'odeur de Jormun, observer sa gestuelle et entendre le ton de sa voix exactement comme Valeron s'en souvenait.
[Je ne déteste pas non plus ta mère, mais je ne peux pas lui pardonner.] continua Lith. [Elle a fait des choses qui nous ont forcés à nous battre, et elle m'a pris quelqu'un de précieux.]