Chapitre 2 660
Heureusement pour Friya, le Tyran était trop occupé à essayer de découvrir au moins une capacité de lignée pour l'importuner. Trop, en tout cas.
Quant à Nalrond, il profita de la frénésie de travail pour se faufiler dans une grotte isolée, loin des regards indiscrets. Il avait tout essayé, de la méditation à l'acceptation de soi, mais rien ne fonctionnait et Mogar restait silencieux.
Il n'entendait pas le moindre mot de sa part.
« Cela ne peut signifier qu'une chose : je suis loin d'avoir trouvé la solution », pensa-t-il. « Solus et Friya ont confirmé que ma réponse saigne. Voyons à quel point c'est précis. »
Le Rezar se blessa avec un couteau, ouvrant des plaies en miroir sur ses deux corps, exactement comme son écho l'avait fait dans le Mindscape. Il endura la douleur sans utiliser la fusion des ténèbres, dans l'espoir que cela connecterait ses deux moitiés et lui donnerait l'indice nécessaire pour enfin recevoir les conseils de Mogar.
***
Le sort de localisation donna à M'Rael presque tout ce dont il avait besoin. Pour obtenir le reste, il dut travailler dur et promettre de nombreuses faveurs.
Même avec les connaissances qu'il avait extorquées à l'Arbre-Monde et à la Couronne du Sage, il ne faisait pas le poids face à tant d'intrus puissants. Il avait besoin de diplomatie pour rassembler les forces nécessaires à son entreprise.
Les elfes étaient aussi avides que n'importe quelle autre race, mais bien plus prudents. Leur défaite précédente face au groupe de Morok lors de leur première visite et la puissance démontrée par les trois membres de la Progéniture de Leegaain devant le Parlement constituaient un sérieux moyen de dissuasion.
C'est pourquoi M'Rael ne réunit pas les représentants des différents clans, mais leurs seconds. Ils étaient proches du pouvoir absolu, mais en possédaient très peu par eux-mêmes.
Leur frustration vieille de plusieurs siècles et la perspective de devoir attendre des décennies avant d'avoir un siège au Parlement les rendaient plus enclins à prendre des risques.
En échange de leur aide et de leur discrétion, M'Rael leur avait promis l'Éveil, le secret du cœur violet, une position de pouvoir dans son royaume et une part du trésor du Dragon qu'ils étaient sur le point d'acquérir.
Sans oublier, bien sûr, de devenir les prochains représentants de leurs clans respectifs.
Le pouvoir n'était rien sans l'autorité, et surtout, les seconds voulaient obtenir réparation pour les torts qu'ils estimaient avoir subis.
Les convaincre de rejoindre sa cause avait été la partie facile, surtout après leur avoir expliqué la nature du prix à portée de main. Le plus dur avait été de mobiliser les troupes nécessaires sans que personne ne s'en aperçoive.
La partie la plus ardue avait été de déjouer les protections d'Ajatar sans déclencher la moindre alarme. Les mécanismes du Drake s'étaient révélés si complexes que, même après les avoir étudiés pendant une journée, aucun elfe n'était capable d'y comprendre quoi que ce soit.
M'Rael avait été contraint de prendre l'éclat de l'Arbre-Monde et de les forcer à révéler comment briser le champ de réseaux. L'Yggdrasil était encore affaibli par la torture précédente, si bien qu'il avait cédé piteusement vite.
« Maudits soient moi et mes propres pouvoirs ! » pensa l'Arbre. « Si seulement ce traître n'avait pas la Couronne du Sage, j'aurais pu lui mentir et le faire marcher droit dans le piège. Cependant, mon bois lui permet de comprendre mes explications ; alors, chaque fois que je mens à M'Rael sur la magie, il ne tombe jamais dans le panneau et double simplement la punition. »
Le Haut Chancelier avait réussi à placer l'Arbre-Monde sous ce qui se rapprochait le plus d'un sort d'esclavage. Quelque chose qu'il n'aurait jamais pu accomplir sans la Couronne et un accès partiel aux archives de l'Arbre.
M'Rael avait appris à ses dépens à quel point il était difficile de contrôler un esclave, et sa première incursion dans l'esprit de l'Yggdrasil avait failli griller son cerveau. Il ne posait désormais que des questions brèves et précises, tandis que le sort infligeait à l'Arbre une douleur infinie en cas de mensonge ou d'absence de réponse.
Pourtant, tout ce travail acharné avait fini par payer et le champ de réseaux était neutralisé.
La Vision de Vie, la Vision de l'Âme et les sorts de détection de réseaux ne percevaient plus aucune menace. Les réseaux de détection de vie donnèrent aux elfes le nombre et la position précis des ennemis, permettant aux chasseurs de préparer le terrain à la perfection avant de déclencher le piège.
« Phase un, en avant ! » ordonna M'Rael via le lien mental qui le connectait à ses généraux, eux-mêmes reliés à leurs forces armées respectives.
Les guerriers elfes répondirent à l'unisson, utilisant des sorts de niveau trois pour faire s'effondrer le réseau de grottes où les ennemis étaient cachés, tout en économisant leurs forces.
« Qu'est-ce qui se passe, bon sang ? » Nalrond fut le premier à remarquer l'anomalie grâce à sa sensibilité à l'énergie magique. « Les réseaux ont soudainement disparu et une énorme masse de mana nous attaque ! »
« N'importe quoi, je... » Ce n'est qu'à ce moment qu'Ajatar remarqua que la connexion télépathique avec ses formations magiques ne renvoyait que des parasites. « Embuscade ! »
Il établit un lien mental avec tout le monde pour ne pas perdre de temps à parler, tout en utilisant la Vision de Vie pour confirmer la nature de l'attaque.
Tout le monde était encore confus par l'interruption soudaine de leurs expériences respectives lorsque l'effondrement commença. Le sol se mit à trembler et des fissures s'ouvrirent partout, grandissant rapidement à chaque vague de magie de la terre atteignant leur position.
Pour ne rien arranger, les elfes entassaient également des centaines de kilos de roche et de terre au-dessus des grottes, de sorte qu'au moment où le plafond s'effondrerait, la gravité les transformerait en projectiles mortels.
« Il n'y a pas le temps de lancer des sorts assez puissants pour surpasser ceux de nos attaquants, et nous ne pouvons pas tous les Dominer. Ils sont trop nombreux », jura Faluel.
Face à quelqu'un possédant la Dominance, la quantité l'emportait sur la qualité. Même si les sorts employés par les elfes ne portaient aucune volonté, en contrôler ne serait-ce que la moitié était impossible.
« Nous ne pouvons qu'aller vers le haut ! Protégez les plus petits ! » L'Hydre fit apparaître son armure de Forteresse Royale et retrouva sa taille originale, utilisant la protection du Davross et l'onde de choc de son corps en expansion pour repousser les rochers qui tombaient.
Ajatar fit de même avec son armure de Wyrmguard, et Lith avec son armure de Voidwalker.
Aucune ne pouvait rivaliser avec le chef-d'œuvre de Tyris, mais elles étaient tout aussi efficaces. Le Drake utilisa une fusion de gravité avancée pour augmenter sa densité, tandis que Lith renforça avec du mana l'Adamant recouvrant les os de Dragon.
Trois titans de 20, 20 et 25 mètres de haut s'élevèrent du sol comme des dieux anciens tirés de leur sommeil, obscurcissant le ciel. Les autres se tinrent entre les pieds des créatures colossales, utilisant leurs amis massifs comme boucliers.
Les elfes poussèrent des cris de surprise, certains lâchant même leurs armes, mais la chaîne de commandement tint bon. Tout se déroulait selon le plan de M'Rael.
« Feu ! » La confiance dans sa voix fit sortir ses généraux de leur torpeur et ils relayèrent l'ordre, restaurant le moral des troupes.
Des flèches à pointe d'Adamant fondirent sur les colosses de toutes les directions, chaque elfe encochant trois flèches à la fois, chacune imprégnée de sorts mortels.
Lith, Faluel et Ajatar réagirent par instinct, conjurant un bouclier de vent pour repousser les volées de projectiles, mais l'un de leurs enchantements permit aux flèches de percer la barrière improvisée.
Lorsqu'elles frappèrent, elles libérèrent le sort de Mage de Guerre de niveau cinq, Hiver Fracassant.
La magie de l'eau recouvrit les Wyrms d'une épaisse couche de glace, faisant chuter leur température en dessous de zéro et exploitant leur faiblesse naturelle au froid.