Chapitre 3 458
À cet instant, Lu Yin leva de nouveau la main.
Le visage de Li se crispa et il tenta d’éloigner Maître Yu. Même si l’héritier caché du Domaine de la Sagesse était le véritable héritier, l’héritier officiel, qui devait se montrer au grand jour, était tout aussi indispensable.
Cette fois, cependant, Lu Yin n’attaqua pas. Il recourba plutôt un doigt pour faire signe à Maître Yu de s’approcher.
Tout le monde resta sans voix. Le geste était incroyablement impoli, et pourtant, le Troisième Patron l’avait fait sans la moindre hésitation. Il ne se souciait manifestement ni du Domaine de la Sagesse ni de son statut particulier au sein du Nid de l’Esprit.
Maître Yu leva un pied et se mit à marcher vers Lu Yin.
Sa réaction stupéfia tout le monde. Comment l’héritier du Domaine de la Sagesse pouvait-il être aussi veule ? Avait-il peur ? Li était à ses côtés ; qu’avait-il à craindre ?
Li ne comprenait pas non plus les intentions de Maître Yu. Il lui murmura : « Plus tu t’approcheras de lui, moins je pourrai te protéger. Réfléchis bien. »
Maître Yu ne ralentit pas un instant et continua d’avancer vers Lu Yin.
Li n’eut d’autre choix que de suivre le jeune homme.
Lu Yin sourit en regardant le jeune homme s’approcher lentement. Les héritiers officiel et caché du Domaine de la Sagesse étaient tous deux des gens intelligents. Or, plus une personne était futée, plus il était difficile de la manipuler, mais plus il était facile de s’entendre avec elle.
Maître du Palais Yao et Old Tao ne s’étaient pas attendus à ce que Maître Yu se montre si docile. Il approchait, comme on le lui avait ordonné.
Bientôt, Maître Yu se retrouva devant Lu Yin. « Nous nous retrouvons, Troisième Patron. »
Lu Yin se pencha en avant et détailla ouvertement le jeune homme. « Nous avons laissé cinq domaines sans maître. As-tu quelque chose à voir avec ça ? »
Maître Yu secoua la tête. « Non. »
Lu Yin jeta un coup d’œil à Li, puis reporta son attention sur Maître Yu. « Livre-moi ton protecteur et nous pourrons discuter de tout ça. »
Les yeux de Maître Yu vacillèrent.
Li fixa Lu Yin avec méfiance. « Troisième Patron, je suis un protecteur, pas un serviteur. »
Lu Yin ne s’en souciait pas le moins du monde et mordit simplement dans un fruit. « C’est pareil. »
Li ne répliqua pas. Il ne tenait pas à entrer en conflit avec Lu Yin. Leur précédent affrontement avait rendu le Dukkhan méfiant envers ce Troisième Patron et, s’ils se battaient à nouveau, Li n’était pas certain de pouvoir stabiliser son Dukkha.
Maître Yu s’en alla sans un mot, accompagné de Li, qui avait hâte de partir au plus vite.
Lu Yin se leva et s’étira nonchalamment. Puis il se tourna vers le Bosquet des Flèches d’Eau et fixa la tour la plus haute. « C’est celle du Grand Séraphin ? »
Old Tao répondit avec respect : « Oui. La plus haute tour d’eau appartient bien au Grand Séraphin. »
Lu Yin ricana. « Elle est si petite ! Quelle inutilité. Attends un peu. Je vais la démolir et montrer à ce vieux salaud de Grand Séraphin de quoi je suis capable. Ha ha ha ! »
Les gens autour de lui gardèrent le silence. Certains ricanèrent, d’autres brûlaient de ressentiment.
Lu Yin se comportait avec une arrogance excessive, à tel point que personne ne trouvait quoi lui répondre. Pourtant, nul ne pouvait nier sa force, si redoutable que même Li ne voulait pas se mesurer au Troisième Patron.
Peu après, Lu Yin et son groupe arrivèrent dans une taverne.
À Ninerings City, tout était fait d’eau vive, y compris les tavernes.
Depuis la taverne, on pouvait observer l’ensemble du Bosquet des Flèches d’Eau. C’était le meilleur point de vue de toute Ninerings City. Les cultivateurs ordinaires ne pouvaient même pas entrer dans l’établissement ; seuls quelques privilégiés avaient le droit de profiter de sa vue imprenable. La plupart n’auraient jamais le droit d’y mettre les pieds.
Lu Yin entra et s’installa aussitôt à la meilleure place.
Le propriétaire de la taverne se sentit impuissant : il n’osait pas essayer d’arrêter cet homme.
Pour posséder une taverne à Ninerings City, il fallait avoir derrière soi quelqu’un de formidable, sans doute un membre des Sept Séraphins.
La taverne n’avait pas pour but de faire des bénéfices, mais d’attirer les jeunes élites. Quiconque parvenait à entrer dans le Bosquet des Flèches d’Eau méritait qu’on cherche à s’attirer ses faveurs.
Toutes les tavernes, les bars à vin et les maisons closes de Ninerings City avaient été créés dans le même but.
Lu Yin pouvait contempler tout le Bosquet des Flèches d’Eau et, naturellement, tous ceux qui s’y trouvaient pouvaient le voir aussi.
Il avait l’habitude d’être dévisagé par une foule de gens. Depuis son arrivée au Nid de l’Esprit, chacun de ses gestes avait été observé. Les nouveaux chapitres paraissent d’abord sur NovelPing.
« Installez-vous où vous voulez. Cette taverne est réservée par ce jeune maître pour aujourd’hui. Personne d’autre ne pourra entrer », annonça Lu Yin d’un ton péremptoire.
Le propriétaire de la taverne voulut dire quelque chose, mais il n’en eut finalement pas le courage.
Et alors s’il avait un Séraphin pour protecteur ? Même si le Grand Séraphin en personne se présentait, le propriétaire doutait que ce Troisième Patron s’en soucie. Il n’avait d’autre choix que d’accepter la situation.
Un comportement aussi agressif mécontentait forcément certaines personnes. Et alors ? Lu Yin n’en avait cure.
La seule personne qui le préoccupait était le Grand Séraphin, et ils se comprenaient sans avoir besoin de se parler.
Lu Yin avait délibérément provoqué plusieurs grandes puissances du Nid de l’Esprit, ce qui avait dissipé bon nombre des inquiétudes du Grand Séraphin. Cela lui avait donné un peu plus de temps pour renforcer sa Voie karmique, dans l’espoir d’échapper à toute forme de contrecoup karmique. S’il y parvenait, peu importerait qu’il reste au Nid de l’Esprit, retourne au Megaverse de Tianyuan ou se rende même au Megaverse de la Conscience : il serait libre.
« Jeune maître, une femme nommée Ru Mu demande à vous rencontrer. Elle vient de la Flèche céleste », rapporta Old Tao avec respect.
À la gauche de Lu Yin, le Colosse de pierre et la Bête orgueilleuse étaient assis bien sagement à table, observant avec perplexité les plats disposés devant eux. Étaient-ils censés manger ces légumes ? Ils n’y comprenaient rien et pensaient que les assiettes devaient être des jouets.
Maître du Palais Yao et Cai Keqing se tenaient de part et d’autre de Lu Yin, tandis qu’une Anura astrale à l’apparence mignonne et dorée était perchée sur son épaule.
« Elle vient de la Flèche céleste ? Faites-la entrer », dit Lu Yin en mangeant.
Ru Mu entra bientôt dans la taverne.
Les regards braqués sur eux ne se faisaient pas moins nombreux ; ils ne cessaient au contraire de s’ajouter.
Le Petit Démon à trois têtes fixait Lu Yin de ses yeux froids et perçants. C’était lui. À la moindre occasion, la bête trouverait un moyen de tuer cet homme.
Mais malgré sa haine, le Petit Démon à trois têtes savait se tenir et n’avait pas le courage d’affronter Lu Yin directement. Ru Mu, en revanche, osait s’approcher de ce Troisième Patron.
La femme suscitait l’admiration de beaucoup. Ru Mu était considérée comme la sainte élue de sa génération à la Flèche céleste et était adorée par d’innombrables génies. Cependant, quiconque n’était pas de la Flèche céleste devait réfréner son attirance pour elle. Seuls les cultivateurs de la Flèche céleste pouvaient la courtiser.
Beaucoup prétendaient que Ru Mu deviendrait la prochaine Maître du Palais Yao et finirait par prendre sa place dans l’estime du Grand Séraphin.
Par coïncidence, Ru Mu avait elle aussi cultivé la Technique de séquence d’Inversion absolue depuis son enfance.
Lu Yin fut un instant stupéfait par l’apparence de Ru Mu. Ce n’était pas à cause de sa beauté : au cours de sa vie, il avait vu d’innombrables femmes magnifiques. Une belle femme parvenait à le stupéfier, pour ainsi dire, aussi rarement qu’un phénomène inconnu.
Non, c’était simplement que l’aura de Ru Mu ressemblait beaucoup à celle de quelqu’un d’autre : Ming Yan.
La première fois que Lu Yin avait rencontré Yan’er, elle était princesse de la famille impériale, noble et majestueuse. Sa beauté était telle qu’il était difficile de la regarder en face. Après son départ et son entrée dans le vaste univers, elle avait pris le contrôle du Manoir d’Azur, et son aura avait commencé à changer. Elle incarnait à la fois la noblesse de la famille impériale et l’esprit héroïque d’une cultivatrice qui luttait pour sa vie. Cela s’était accentué avec la manifestation de sa seconde personnalité. La Ming Yan aux cheveux blancs ressemblait encore davantage à Ru Mu.
Était-ce cela, ce qu’on appelait voir un tableau dans la mêlée ?
Lu Yin fixa Ru Mu tandis que la femme s’inclinait lentement. « Ru Mu, de la Flèche céleste, vous présente ses salutations, Troisième Patron. »
Ru Mu rappelait beaucoup Ming Yan à Lu Yin, et cela toucha une corde sensible en lui. Sans même s’en rendre compte, son aura se mit à changer. L’arrogance et l’invincibilité qui émanaient de lui s’estompèrent peu à peu, et il redevint simplement Lu Yin.
Dire qu’il était redevenu Lu Yin n’était pas tout à fait exact, puisqu’il avait toujours été Lu Yin. L’arrogance et la domination qu’il s’était composées n’étaient qu’une façade. Peu importait combien une personne s’efforçait de jouer un rôle : cela ne suffisait jamais à changer sa nature profonde.
Depuis qu’il avait commencé à cultiver, depuis son entrée dans le vaste univers, Lu Yin avait dansé avec la mort à chaque pas. Il avait la cruauté et l’insensibilité d’un cultivateur, pouvait se montrer égoïste et calculateur, mais possédait aussi la nature dominatrice et la générosité d’un dirigeant de megaverse prêt à en porter l’avenir sur ses épaules. Son aura, pleine de contradictions, déconcertait les étrangers, mais il restait Lu Yin.
Ru Mu leva les yeux et croisa le regard de Lu Yin. Elle se perdit un instant dans l’univers infini qu’elle y apercevait. Quel regard ! On dirait qu’il renferme un univers entier !
Ses yeux étaient comme un tourbillon qui l’attirait, et elle peinait à s’en arracher.
Elle n’aurait jamais imaginé que ce Troisième Patron puisse avoir un tel regard. Cela n’avait rien à voir avec la cultivation, la force, l’apparence ni même l’aura. Ce regard embrassait tout ce qui existait.
Lu Yin détourna les yeux après avoir soutenu le regard de Ru Mu. « Partez. »
Ru Mu se figea un instant, persuadée d’avoir mal entendu.
Old Tao et Maître du Palais Yao étaient tout aussi perplexes. Que voulait dire Lu Yin ? Ru Mu s’était contentée de s’incliner devant lui, sans rien dire. Pourquoi lui demandait-il déjà de partir ?
Ru Mu le regarda, déconcertée.
Lu Yin lui fit de nouveau signe de la main pour la congédier.
Ru Mu ne savait pas ce qu’elle avait fait de mal, mais elle quitta tout de même la taverne et attendit tranquillement dehors.
« Jeune maître, y a-t-il quelque chose qui cloche chez elle ? » demanda prudemment Old Tao. Vous appréciez l’histoire ? Retrouvez la suite sur novelping.com.
Lu Yin ne répondit pas. « Versez-moi du vin. »
Maître du Palais Yao prit docilement la jarre de vin et lui en servit.
Les coupes se succédèrent. L’expression de Lu Yin se fit complexe. Aurait-il un jour la chance de retourner au Megaverse de Tianyuan ? Pourrait-il revoir Yan’er ?
Au même moment, un autre visage lui revint en mémoire : celui de Long Xi. Même si les cycles karmiques qu’il avait vécus n’avaient été qu’une illusion, les sentiments qu’il avait éprouvés pour Long Xi étaient réels.
Il ne savait pas comment faire face à tout cela.
Petite Xiao Xuan n’avait jamais été réelle, et pourtant Lu Yin la reconnaissait comme son premier enfant. Elle avait été une illusion, mais aussi une enfant pour laquelle il avait éprouvé des sentiments véritables. Une enfant qu’il ne pourrait jamais revoir.
Il y avait réfléchi. Une fois la crise du Megaverse de Tianyuan résolue, il retournerait dans le cycle karmique pour voir s’il pouvait retrouver sa femme et son enfant.
Quant à Yan’er, il aurait pu la libérer du Cœur de Glace depuis quelque temps déjà. Il avait d’abord hésité à cause d’Aeternus, mais après leur défaite, le Nid de l’Esprit avait envahi les lieux et une nouvelle crise avait éclaté. Lu Yin n’avait même pas envisagé de libérer Yan’er.
Pourquoi ? Attendait-il d’abord de résoudre la crise du Nid de l’Esprit ?
Lu Yin n’avait pas de réponse.
Il pouvait affronter n’importe quel danger, mais pas ses propres émotions.
Ming Yan et Long Xi n’étaient pas les seules. D’autres attendaient silencieusement Lu Yin, notamment Whiteless God, qui avait fusionné avec l’étoile de la conscience de son univers intérieur. Toutes ces relations faisaient naître des émotions auxquelles il lui était trop difficile de faire face.
Plusieurs jours passèrent, mais Lu Yin resta assis dans la taverne, les yeux tournés vers les Cent Tours d’Eau. Chaque jour, de nombreuses personnes arrivaient, dans l’espoir de se faire un nom au sein du Nid de l’Esprit le jour où surviendraient les Neuf Horizons.
Lu Yin contemplait les Cent Tours d’Eau et les nombreuses personnes qui s’y trouvaient.
Elles aussi pouvaient le voir.
À Ninerings City, les discussions sur le Troisième Patron ne s’étaient jamais tues.
Ru Mu se tenait toujours calmement devant la taverne, attendant que le Troisième Patron accepte de la recevoir de nouveau.
Elle aussi était plongée dans la confusion. Une seule chose était sûre à ses yeux : tout avait changé. L’image qu’elle avait de Lu Yin s’était complètement transformée.
On reste soi-même tant qu’on ne se comprend pas. Mais dès qu’on prend conscience de soi, on cesse d’être vraiment la personne qu’on était.
Ru Mu avait l’impression de ne plus être elle-même. Elle savait pertinemment qu’elle avait peut-être développé une étrange attirance pour le Troisième Patron, car il avait éveillé en elle quelque chose qu’elle n’avait encore jamais ressenti pour personne. En reconnaissant ce changement, elle comprenait qu’elle n’était plus la personne qu’elle avait été.
« Le Troisième Patron vous demande de le rejoindre », lui annonça Old Tao.
Ru Mu prit une profonde inspiration et entra de nouveau dans la taverne. Elle s’approcha de Lu Yin et dit : « Ru Mu, de la Flèche céleste, vous présente ses salutations, Troisième Patron. »
Lu Yin avait repris son masque et s’exprima d’un ton désinvolte. « La Flèche céleste ? Ils n’ont envoyé que toi, une Guerrière spirituelle ? »
Ru Mu soutint le regard de Lu Yin, mais les yeux qu’elle avait vus tout à l’heure avaient disparu. Cela la surprit. N’avait-elle vu qu’une illusion ?
« Personne ne m’a envoyée, répondit Ru Mu. Je suis venue de mon propre chef, car je voulais rencontrer le Troisième Patron. »
Lu Yin se montra curieux. « Me rencontrer ? Pourquoi ? »
Ru Mu alla droit au but. « J’ai entendu dire que le Troisième Patron soutenait l’union de Ba Liu et Yi Yao. Quel est votre but ? »
Lu Yin répondit avec désinvolture : « Me divertir. »
Ru Mu ne fut pas surprise par sa réponse. « Ce divertissement a un prix élevé. »
Les réflexions d’OMA
Traduit par : OMA
Relu par : Neshi/Nyxnox
Vérifié par : OMA