Chapitre 3 456
« Elle n’a pas montré la moindre peur de toute la conversation. » Contre toute attente, Cai Keqing prit la parole. Wu Tong était à l’opposé de Cai Keqing : l’une était mignonne et passionnée, l’autre froide et impassible. Pourtant, elles avaient un point commun : elles n’avaient peur de rien. Cai Keqing l’avait vu dans les yeux de Wu Tong.
Lu Yin sourit. « C’est une personne talentueuse. Dommage que sa cultivation soit trop faible. Sinon, je l’aurais emmenée avec nous. »
Il jeta ensuite un regard à Maître du Palais Yao. La deuxième fois que Wu Tong avait demandé s’il était possible de racheter la liberté de Sage Qian, Maître du Palais Yao avait appris quelque chose à Lu Yin : l’Alliance de la Révolte servait également le Grand Séraphin.
Cela avait fait changer d’avis Lu Yin. Il savait que le Grand Séraphin avait mis en place un plan au sein du Domaine de la Conscience, auquel participaient la famille Qi et l’Alliance de la Révolte. Bien qu’elles semblent s’opposer, elles appartenaient toutes deux au Grand Séraphin. Cela empêchait de fait les autres domaines d’intervenir dans le Domaine de la Conscience, tout en semant la méfiance entre eux. Une manœuvre habile.
Le Grand Séraphin était un adversaire redoutable. Il était non seulement puissant, mais aussi rusé.
Lu Yin leva la tête et balaya les environs du regard. « Gens du Domaine de la Conscience, cessez de me harceler. C’est l’Alliance de la Révolte qui a volé le Saule Blanc, comme me l’a dit Sage Qian lui-même. Ne m’approchez plus, sinon je capturerai tous ceux qui oseront venir à moi. »
Sa voix porta au loin, et tous affichèrent une expression stupéfaite.
L’Alliance de la Révolte avait volé le Saule Blanc ? Était-ce vrai ?
« Impossible ! Comment l’Alliance de la Révolte pourrait-elle être coupable ? La famille Qi l’écrase tellement qu’elle peine à se défendre. Comment aurait-elle osé s’opposer ainsi à la famille Qi ? »
« Pourquoi serait-ce impossible ? Qui d’autre que l’Alliance de la Révolte aurait pu voler le Saule Blanc dans le Domaine de la Conscience ? »
« Il a forcément été volé par quelqu’un du Domaine de la Conscience. Aucun étranger n’aurait pu le faire. »
« Et si c’était vrai ? »
« Le Troisième Patron chercherait-il simplement à semer la confusion ? »
« Je n’en suis pas sûr, mais une chose est claire : le Domaine de la Conscience n’est pas en paix. »
Au loin, Wu Tong continuait de s’éloigner de Lu Yin, mais elle se retourna, l’air songeur. Le Troisième Patron avait beau se montrer arrogant et dominateur, il n’était clairement pas idiot. Pourquoi gardait-il Sage Qian prisonnier ?
Le Manoir du Grandverse s’était déjà attiré les foudres de la Terre des Bêtes primordiales, de la Flèche céleste, de la Porte des Lois et même du Grand Séraphin. Voulait-il maintenant s’en prendre au Domaine de la Conscience ?
Qu’est-ce qui donnait au Manoir du Grandverse le droit de se faire autant d’ennemis ?
Cai Keqing avait vu juste : Wu Tong n’avait pas peur. Malgré sa faible cultivation, elle avait son mot à dire au sein de l’Alliance de la Révolte et prenait même nombre de ses décisions.
Si elle avait représenté l’Alliance de la Révolte lors de son entretien avec Lu Yin, ce n’était pas grâce à sa force, mais à sa position. Elle jouissait d’un statut très élevé au sein de l’Alliance de la Révolte.
À cet instant, Wu Tong se demandait surtout qui avait parlé au Troisième Patron pendant leur conversation. La deuxième fois qu’elle lui avait demandé s’il était possible de négocier la libération de Sage Qian, son attitude avait changé. Wu Tong était certaine que quelqu’un lui avait soufflé quelque chose, mais qui cela pouvait-il bien être ?
Alors qu’elle se posait encore la question, elle entendit l’annonce de Lu Yin et en resta stupéfaite. L’Alliance de la Révolte était maintenant accusée d’avoir volé le Saule Blanc ? Ce Troisième Patron cherche à semer la discorde.
Il était évident que personne au sein de l’Alliance de la Révolte n’avait volé le Saule Blanc et que l’Alliance n’avait jamais eu le moindre contact avec Sage Qian. Malgré cela, le Troisième Patron lui faisait porter le chapeau.
Une accusation aussi flagrante aurait dû échouer, mais la situation était complexe dans le Domaine de la Conscience. Ce que les puissants tenaient pour vrai restait caché à ceux qui leur étaient inférieurs. Cela ne manquerait pas de provoquer des conflits.
Wu Tong eut envie de retourner confronter Lu Yin, mais, après un instant de réflexion, elle y renonça.
De toute façon, cela ne servirait à rien. Le Troisième Patron avait beau se montrer poli et l’avoir même taquinée, il ne se souciait pas vraiment d’elle. Il pouvait se retourner contre elle à tout moment.
Puisque Qi Guan avait été capturé, la famille Qi tenterait naturellement de le sauver, tandis que l’Alliance de la Révolte ne pourrait que rester à l’écart.
Wu Tong fit volte-face. Des pensées profondes traversèrent son regard avant qu’elle ne s’éloigne.
Au même moment, très loin de là, une paire d’yeux fixait le Vaste Domaine Qian. Froids et mauvais, ils évoquaient ceux d’un serpent venimeux.
« Ainsi, le Saule Blanc se trouvait dans le Fleuve Céleste de Sage Qian ? Qui cherche à me piéger ? Je ne laisserai aucun d’entre eux s’échapper. »
…
Dans l’immensité infinie de l’espace, il existait d’innombrables phénomènes célestes, dont certains échappaient à toute explication humaine. Le tremplin, par exemple : même le Grand Séraphin était incapable de dire s’il avait été construit par des humains ou s’il s’était formé naturellement.
Le Nid de l’Esprit abritait lui aussi des phénomènes astraux mystérieux, dont les Neuf Horizons.
Les Neuf Horizons n’étaient pas un lieu et ne se trouvaient dans aucun des trente-six domaines. Il s’agissait d’un phénomène astral singulier, qui se produisait dans l’espace.
À intervalles réguliers, neuf domaines précis observaient le phénomène au même moment. Il était visible des cultivateurs comme des gens ordinaires, d’où son nom : les Neuf Horizons.
Bien sûr, ce phénomène céleste unique attirait beaucoup de monde. Quiconque se tenait dans les Neuf Horizons pendant l’événement devenait visible aux yeux des habitants des neuf domaines.
Pour les neuf domaines qui pouvaient observer ce phénomène astral, il servait à mesurer le temps et marquait la fin d’un cycle ordinaire, à la manière du passage d’une année.
C’était ainsi que les anciens avaient interprété les mystères de l’espace. Même lorsque de plus en plus d’habitants de ces neuf domaines avaient voyagé dans l’espace et découvert l’existence du phénomène astral, ils n’avaient jamais cessé de se servir des Neuf Horizons pour marquer le passage des saisons. La coutume s’était plutôt transmise de génération en génération.
Quiconque était aperçu par les neuf domaines pendant les Neuf Horizons était un génie exceptionnel. D’innombrables jeunes rivalisaient pour obtenir cet honneur, et les habitants des neuf domaines qui assistaient au phénomène célébraient ainsi la fin de l’année.
Il fallait aussi préciser que les Neuf Horizons ne concernaient pas uniquement les habitants de ces neuf domaines. Ceux-ci avaient été les premiers à pouvoir observer le phénomène et existaient grâce à lui. Certaines personnes étaient visibles depuis dix domaines, d’autres depuis quinze. Quelques-unes l’étaient même depuis vingt domaines, ce qui ébranlait alors tout le Nid de l’Esprit.
Yu Shan, par exemple, avait été aperçu par les habitants de dix-huit domaines dans sa jeunesse. Cai Sandao, lui, l’avait été depuis treize domaines.
Les Neuf Horizons étaient devenus un moyen pour les jeunes cultivateurs du Nid de l’Esprit de se mesurer les uns aux autres.
Des décennies auparavant, la plupart des jeunes génies jugés dignes d’embarquer à bord du vaisseau de guerre d’avant-garde pour envahir le Megaverse de Tianyuan avaient été aperçus pendant les Neuf Horizons. En moyenne, ils l’avaient été depuis douze domaines, ce qui les avait rendus très célèbres.
Lu Yin se montra de plus en plus intéressé et demanda : « Combien de temps reste-t-il avant les prochains Neuf Horizons ? »
Old Tao répondit avec respect : « Moins de trois mois. »
Lu Yin était curieux. « Y as-tu participé quand tu étais jeune ? »
Old Tao sourit et secoua la tête. « Je n’ai jamais eu le cœur à rivaliser avec des génies. »
Lu Yin se tourna alors vers Cai Keqing. « Et toi ? »
Cai Keqing répondit sans émotion : « Non. »
Lu Yin se tourna vers Maître du Palais Yao. « Et vous ? »
Maître du Palais Yao répondit calmement : « Dix-sept domaines. »
Lu Yin fut surpris. « Dix-sept domaines ? Un de moins que Yu Shan ? »
Maître du Palais Yao dit : « Le nombre de domaines depuis lesquels on voit une personne ne dépend pas de sa force, mais de son ambition. »
« Qu’est-ce que vous voulez dire ? » demanda Lu Yin, perplexe.
Maître du Palais Yao expliqua : « Ce phénomène astral est assez particulier. On l’appelle ainsi parce qu’il se produit naturellement et n’a pas été créé par l’homme, mais il se comporte comme s’il avait été conçu par quelqu’un. Je veux dire par là qu’il faut le conquérir.
« C’est comme un enfant malicieux. Plus votre ambition est grande, plus vous le conquérirez complètement, et plus nombreux seront les domaines qui vous verront. À l’inverse, plus votre ambition est faible, moins il y aura de domaines pour vous voir. Cela dit, les habitants des neuf domaines vous verront au minimum. »
Lu Yin ne s’était pas attendu à ce que le phénomène astral se comporte ainsi. L’omnivers était vaste et rempli de merveilles. Il avait vu le Sable éthérique, Mirrorbane et toutes sortes d’objets étranges. L’existence d’un tel phénomène astral ne lui paraissait pas si surprenante.
L’ambition ? Cela lui rappela les cartes du Clan Perdu, qui étaient attirées par les manifestations de la véritable nature d’une personne. Toutes les méthodes pouvaient convenir. Quand il avait attiré la carte qui avait brisé la technique du Domaine du Vrai Dieu, il l’avait fait grâce à son ambition.
Le Domaine du Vrai Dieu… Lu Yin ignorait toujours où était passé le Vrai Dieu.
Lu Yin et ses gens agissaient au grand jour dans le Nid de l’Esprit, tandis que le Vrai Dieu ne s’était pas manifesté une seule fois. Mais lorsqu’il passerait à l’action, il ébranlerait sans aucun doute tout le megaverse.
Lu Yin demanda : « Dans l’histoire du Nid de l’Esprit, qui a été vu depuis le plus grand nombre de domaines ? »
Old Tao répondit aussitôt : « Le Vieil Homme sous les étoiles et le Grand Séraphin. »
« Le Vieil Homme sous les étoiles ? »
« Un personnage ancien, mort depuis longtemps. Il n’en reste aucune autre trace. »
« Et le Grand Séraphin ? Depuis combien de domaines l’a-t-on vu ? » Les derniers chapitres sont à lire sur novelping.com.
« Tous. »
Lu Yin sourit. « Intéressant. Allons voir. »
…
Les Neuf Horizons n’étaient pas très loin du Vaste Domaine Qian. Il suffisait de traverser environ un domaine et demi, autrement dit presque deux domaines.
Il n’était pas difficile de deviner que le Troisième Patron du Manoir du Grandverse se dirigeait vers les Neuf Horizons. Après tout, c’était un événement très important, et le Troisième Patron semblait très jeune. Personne ne comprenait comment il avait atteint une cultivation aussi impressionnante à un si jeune âge.
Les Neuf Horizons étaient un phénomène astral qui attirait d’innombrables personnes de tout le Nid de l’Esprit. Au fil de l’histoire, de nombreux génies s’étaient fait connaître grâce à cet événement. Avec le temps, des villes flottantes avaient été construites autour des Neuf Horizons. Ensemble, elles étaient appelées la Ville des Neuf Anneaux.
Impossible de savoir qui avait bâti la Ville des Neuf Anneaux : elle existait depuis une époque antérieure même au Grand Séraphin.
Le Grand Séraphin lui-même avait laissé son nom dans la Ville des Neuf Anneaux, et les lieux où il avait été gravé étaient devenus les sites les plus célèbres du Nid de l’Esprit. D’autres endroits réputés étaient ceux où l’on pouvait voir les participants aux Neuf Horizons ; ils étaient collectivement appelés le Bosquet des Flèches d’Eau.
Chaque flèche d’eau représentait une personne et était également liée aux Neuf Horizons. Plus loin allait l’image d’une personne, plus sa flèche d’eau était haute. À l’heure actuelle, la plus haute appartenait au Grand Séraphin.
La Ville des Neuf Anneaux avait beau être vaste, l’espace y restait limité. La zone influencée par les Neuf Horizons l’était également, si bien qu’il n’y avait jamais plus de cent flèches d’eau. Pas une de plus. Les tours pouvaient être remplacées, mais pas ajoutées.
C’était de là que venait le nom du Bosquet des Flèches d’Eau.
Avoir une flèche d’eau dans le Bosquet des Flèches d’Eau ne signifiait pas forcément que la personne qu’elle représentait était puissante : cela indiquait simplement que son ambition avait laissé une impression profonde.
Au fil du temps, beaucoup de cultivateurs qui avaient échoué avaient tenté de se faire un nom dans la Ville des Neuf Anneaux. Même s’ils ne devenaient pas des cultivateurs exceptionnels, leur vie valait la peine d’être vécue s’ils laissaient une trace dans le Bosquet des Flèches d’Eau. De plus, une réussite pouvait attirer l’attention de grandes puissances, qui pourraient alors favoriser leur cultivation.
À moins de trois mois des prochains Neuf Horizons, la Ville des Neuf Anneaux s’animait de plus en plus.
La ville n’avait pas été bâtie sur la terre ferme, mais sur des eaux mouvantes. Elle était entièrement faite d’eau, jusqu’à ses murs, ses routes et toutes ses autres infrastructures. Cette eau était grise, et non transparente. La ville entière ressemblait à un immense lac vertical gris, étendu sur une vaste superficie.
« Approchez, approchez ! Graines spirituelles de qualité supérieure ! Ne passez pas votre chemin ! »
…
« Monseigneur, vous avez l’air particulièrement talentueux. Je possède un pendentif de jade transmis par mes ancêtres, mais j’ignore lequel d’entre eux me l’a laissé. Chaque fois que je rêve, je vois un esprit s’approcher de moi et me parler, mais je suis trop stupide pour comprendre ce qu’elle dit. Toutefois, en vous voyant et en découvrant cette occasion, je suis prêt à me séparer de ce trésor, car je ne veux pas le laisser prendre la poussière. J’espère que vous pourrez vous en servir, monseigneur, pour transcender un jour le monde des mortels et devenir l’un des Sept Séraphins. Ce jour-là, je vous serais reconnaissant de vous souvenir de moi. »
« Dégage, menteur ! »
« Monseigneur, je vous assure que je ne mens pas. Tout ce que je dis vient du fond du cœur. »
« Je ne suis peut-être pas un cultivateur puissant, mais je ne suis pas idiot ! Dégage, ou je demanderai à quelqu’un de te casser les jambes. »
…
« Jeune maître, ne vous mettez pas en colère ! Pourquoi ne viendriez-vous pas vous reposer un moment dans ce petit bâtiment ? Mademoiselle Liu pourrait jouer un air de guqin pour vous détendre ! »
« Hahaha, d’accord ! J’arrive. Je laisserai aussi un pourboire, et un gros ! J’ai plein d’argent ! »
…
Les pensées d’OMA
Traduit par : OMA
Révisé par : Neshi/Nyxnox
Relu par : OMA