Chapitre 3 448
Le combat se révéla bien moins intense que celui qui avait opposé Yu Shan à Lu Yin. Maître du Palais Yao n’avait presque rien fait, et Lu Yin non plus. Toute la scène avait donc ressemblé à une mise en scène.
Lu Yin fronça les sourcils. Il sentait déjà que quelque chose clochait.
« Que voulez-vous ? » demanda Maître du Palais Yao dans un soupir, comprenant qu’on l’avait trompée.
Lu Yin fixa Maître du Palais Yao. « Où est votre épée de Bifrost ? Où est votre Arme spirituelle ? »
Maître du Palais Yao répondit : « J’ai déjà perdu contre vous. Même si j’avais utilisé mon Arme spirituelle, j’aurais quand même perdu. »
« Je vous ai demandé où était votre Arme spirituelle. » Les yeux de Lu Yin s’embrasèrent d’une soif de sang, tandis qu’une pression terrifiante s’abattait sur la région.
Maître du Palais Yao sentit l’intention meurtrière de l’homme et répondit instinctivement : « Elle est avec le Grand Séraphin. »
Les yeux de Lu Yin se plissèrent. « Qu’est-ce que vous venez de dire ? »
À cet instant, Maître du Palais Yao cracha soudain du sang, qui éclaboussa le sol devant Lu Yin.
Lu Yin la dévisagea. Il n’avait pas bougé, et pourtant elle était gravement blessée. En fait, en observant Shui Hua, Lu Yin remarqua que la blessure de Maître du Palais Yao ressemblait beaucoup à celle qu’avait subie Shui Hua lorsque son Âme de givre s’était brisée. Serait-ce possible ?
« Pourquoi ? Pourquoi ? » marmonna Maître du Palais Yao, incrédule, tandis qu’elle tombait du haut du ciel.
Lu Yin la rattrapa aussitôt et lui cria : « Votre Arme spirituelle vient d’être détruite ? »
Maître du Palais Yao le fixa d’un regard vide. « Comment le savez-vous ? »
Lu Yin lâcha la femme, qui tomba et s’écrasa au sol.
Tous ceux qui se trouvaient dans le Palais Bifrost ou à l’extérieur étaient déconcertés par la scène. Personne ne comprenait ce qui venait de se passer.
Lu Yin descendit lentement, sans quitter des yeux Maître du Palais Yao, gravement blessée. Le Grand Séraphin était vraiment impitoyable.
Il savait que Lu Yin devait trouver un moyen de réparer son karma brisé avec Maître du Palais Yao. C’est pourquoi le Grand Séraphin avait pris l’Arme spirituelle de la femme avant le combat. Dès que Lu Yin avait pris le dessus sur Maître du Palais Yao, le Grand Séraphin avait détruit son arme.
Sans son Arme spirituelle, Maître du Palais Yao ne pouvait naturellement pas utiliser l’Épée invulnérable de Bifrost.
Lu Yin connaissait l’Épée invulnérable de Bifrost parce que Maître du Palais Yao l’avait utilisée avec son Arme spirituelle, Bifrost. Sans Bifrost, Lu Yin ne pourrait jamais réparer ce karma particulier.
Voilà ce que cherchait le Grand Séraphin. Sans lever le petit doigt, il avait rendu impossible pour Lu Yin, quoi qu’il fasse, de réparer tout son karma brisé.
Ils se trouvaient chez le Grand Séraphin, qui pouvait agir à sa guise.
Quant à Maître du Palais Yao, le Grand Séraphin n’en avait absolument rien à faire.
À cet instant, Maître du Palais Yao comprit elle aussi pourquoi le Grand Séraphin lui avait dit que, si elle avait pu devenir Séraphin autrefois, c’était désormais impossible. Dès que Sans limites était entré dans le Nid de l’Esprit, son Arme spirituelle lui avait été retirée pour toujours. La destruction de son Arme spirituelle signifiait-elle qu’elle ne pourrait jamais devenir Séraphin ?
Elle fixa le ciel, hébétée. Elle n’était qu’un pion. Les vrais joueurs étaient le Grand Séraphin et le Megaverse de Tianyuan. C’est vrai, en fait, c’est lui, le Troisième Patron. C’est lui qui joue contre le Grand Séraphin.
Elle n’était qu’un pion, et on l’avait brisée en un instant.
Ha ha ha ! La plus puissante après les Sept Séraphins ? Ridicule ! Une véritable plaisanterie.
On ne voyait certaines choses clairement qu’à la fin.
Pour Maître du Palais Yao, tout était fini. Jamais elle n’aurait imaginé que ce jour arriverait si vite.
Lu Yin resta immobile. L’eau qui entourait autrefois le Palais Bifrost retomba du ciel, trempant le Domaine de Bifrost et nombre de spectateurs.
Tous fixaient Lu Yin. Le Troisième Patron l’avait emporté, même si sa victoire était mystérieuse. Il n’y avait pas à le nier. À voir l’état pitoyable de Maître du Palais Yao, les spectateurs étaient terrifiés.
Celle que l’on considérait comme la plus puissante après les Sept Séraphins venait de subir une défaite écrasante. Si celle-ci avait été compréhensible, soit. Mais personne ne savait même comment Maître du Palais Yao avait perdu.
Les yeux de Shui Hua s’écarquillèrent. Elle foudroya Lu Yin du regard, consumée par le ressentiment et la soif de sang, puis poussa un cri perçant : « Membres du Palais Bifrost, tuez-le ! »
« Oui ! »
« Oui… ! »
Des silhouettes jaillirent du Palais Bifrost, l’épée à la main, et fondirent sur Lu Yin. Des flots d’eau verte s’entrelacèrent tandis qu’ils attaquaient avec l’Épée invulnérable de Bifrost. La mort était leur seule issue.
Lu Yin cracha soudain du sang. Tout autour de lui devint irréel, comme un rêve. Où était-il ? Dans le Nid de l’Esprit ? Dans le Megaverse de Tianyuan ? Ou se trouvait-il toujours dans le Sanctuaire du Karma ? Il subissait un contrecoup karmique, qui brouillait les frontières entre la réalité et le cycle du karma.
Des lames d’énergie d’épée verte s’abattirent autour de Lu Yin, mais il se contenta d’agiter la main. Le sang jaillit dans le ciel et rougit la pluie verte.
La pluie de sang balaya le Domaine de Bifrost, transperçant le vide et même le corps de certaines personnes. Les victimes de cette tempête furent emportées par la puissance terrifiante de Lu Yin. Aucune ne pouvait résister. Nombre de spectateurs s’enfuirent, sans oser s’approcher davantage.
L’aura de Lu Yin était devenue chaotique, mais aucun des témoins ne comprenait ce qui lui arrivait.
Avait-il été blessé en affrontant Maître du Palais Yao ? Peut-être sa victoire avait-elle été moins facile qu’il n’y paraissait.
Shui Hua toucha lentement le sol. Même à cet instant, elle ne comprenait pas comment Maître du Palais Yao avait été vaincue.
Maître du Palais Yao leva les yeux vers le sang qui lui tombait sur le visage. Elle ne haïssait pas Lu Yin, mais le Grand Séraphin. Celui-ci s’était servi d’elle, puis l’avait abandonnée sans hésiter.
La beauté du Domaine de Bifrost, comme celle de Maître du Palais Yao, n’avait eu aucun égal dans le Nid de l’Esprit. Pourtant, en cet instant, une note de désolation et de sang teintait cette beauté.
Lu Yin se tenait au-dessus du sang et de l’eau, chancelant. Le regard hébété, il vit Long Xi lui sourire sous la pluie. Elle tenait la petite Xiaoxuan dans ses bras. Le sourire innocent et insouciant de l’enfant était si adorable. Quand ses grands yeux lumineux se posèrent sur lui, il s’y vit reflété.
C’était son enfant. Le sang se mêlait à l’eau, formant une ligne écarlate qui traversait le monde.
Celui qui ne cultivait pas le karma pouvait en souffrir le contrecoup, mais pour celui qui l’avait cultivé, les effets étaient tout autres. Ils le faisaient douter de la réalité, nier sa propre existence et remettre en question ce qui s’était déjà produit comme ce qui pourrait arriver.
À cet instant, Lu Yin eut l’impression d’être retourné dans la région interdite du Royaume Mirari, face aux fruits. Devait-il les manger ou non ?
Long Xi lui faisait signe.
Le rire clair et joyeux de la petite Xiaoxuan résonnait à ses oreilles.
Les yeux de Lu Yin s’embrasèrent soudain. Les arbres et tous les fruits portant son visage se changèrent en spirales karmiques qui s’élancèrent dans le ciel. Elles s’élevèrent sans fin, s’entremêlant dans l’espace jusqu’à se relier à quelque chose de bien plus lointain. Puis un karma infini remplaça les étoiles, l’univers et tout ce que Lu Yin pouvait voir.
On aurait dit que tout ce qui existait était fait de karma.
Chacun percevait la réalité à sa manière.
Le monde d’une fourmi était entièrement différent de celui d’un éléphant.
Tous les êtres humains voyaient-ils la réalité de la même façon ?
Lu Yin était certain que non. Il ne voyait plus le ciel bleu, les nuages blancs, les étoiles, ni même l’obscurité : il ne voyait que le karma. Un vaste univers entièrement fait de karma. Il contemplait une réalité parallèle, mais était-elle réelle, elle aussi ?
Son existence découlait-elle du karma, ou le karma découlait-il de son existence ?
Vivait-il pour lui-même, ou pour les autres ?
Lu Yin se prit la tête et agita la main. Des spirales karmiques s’enroulèrent autour de lui : une, deux, trois. Bientôt, elles furent innombrables. Il était entouré de tous ceux qu’il avait rencontrés. Chacune de ces personnes avait un lien avec lui. Il revit Nightking Zhenwu, ainsi que Yan Gang et tous les autres qui avaient croisé sa route.
Les innombrables spirales karmiques formèrent des Roues du Karma. Il plongea la main à travers elles et, tandis que le temps poursuivait son cours, vit une infinité de versions de lui-même, ayant chacune fait des choix différents et connu une autre fin.
Son existence découlait-elle du karma, ou le karma découlait-il de son existence ?
Laquelle ? Laquelle ?
Les yeux de Lu Yin s’injectèrent de sang et son cœur se mit à battre si violemment qu’il sembla sur le point d’exploser.
Tout son corps tremblait. Les Roues du Karma autour de lui continuaient de scintiller et de se multiplier, le poussant vers la folie.
À cet instant, une paire d’yeux froids et sinistres s’ouvrit très loin en contrebas. Le moment était venu. L’aura de sa cible était devenue si chaotique qu’il pouvait enfin réussir.
Ces yeux appartenaient à un homme nommé Bu Ya. Il venait de la Portée fantôme, et son Arme spirituelle était les Poignards volants à main broyeuse. Depuis le début de sa cultivation, il s’était consacré exclusivement à maîtriser les poignards volants. Jour après jour, année après année, siècle après siècle, sans jamais s’arrêter. Il ne s’était imposé aucune limite dans leur maniement. Les particules de Séquence ? Il ne les avait jamais maîtrisées. Son don inné ? Il n’avait jamais appris à l’utiliser. Les techniques de combat ? Il ne les avait jamais pratiquées. Il n’avait fait que manier des poignards volants. Son obsession pour ces armes lui avait valu les Poignards volants à main broyeuse comme Arme spirituelle, à l’issue de sa Transformation spirituelle.
Bu Ya devait commencer par s’enfoncer les poignards dans la main, puis frapper le corps de son ennemi.
Il avait répété cette même attaque d’innombrables fois avec ses Poignards volants à main broyeuse.
En combat régulier, Bu Ya n’était pas de taille à affronter un seul puissant de Séquence, car il n’avait jamais compris aucune loi de l’univers. En revanche, lors d’une attaque surprise, s’il saisissait le bon moment, il pouvait tuer instantanément n’importe quel expert. Bu Ya était convaincu de pouvoir vaincre tout le monde, y compris Maître du Palais Yao, pourtant proclamée la plus puissante après les Séraphins.
Telle était la force de Bu Ya. Ses Poignards volants à main broyeuse lui avaient valu une place parmi les trois meilleurs de la Portée fantôme. Les Trois Assassins, qui en faisaient également partie, étaient classés cinquièmes. Même en unissant leurs forces, ces trois puissants de Séquence étaient restés derrière Bu Ya. Voilà à quel point sa technique était terrifiante.
Cette fois, sa cible était Lu Yin.
Un poignard volant apparut dans sa main. Sa lame était épaisse et émoussée, sans le moindre tranchant. Personne, en le voyant, n’aurait pu imaginer qu’il avait pris la vie de nombreux cultivateurs puissants.
Bu Ya leva la main. Le poignard trembla dans sa poigne, puis disparut aussitôt. Il réapparut juste devant Lu Yin, pointé en plein milieu de son front. Il visait un point où il pourrait lui ôter la vie.
Bu Ya était sûr de son attaque. Sa cible était trop instable, trop distraite. Son aura était chaotique et il était manifestement sur le point de perdre complètement le contrôle. Bu Ya préparait cet instant depuis longtemps et s’était infiltré dans le Domaine de Bifrost sans même que Maître du Palais Yao le remarque. Cette attaque suffirait à tuer Lu Yin.
Une Roue du Karma apparut devant Lu Yin. En fait, d’innombrables Roues du Karma l’entouraient. Le poignard s’enfonça par hasard dans l’une d’elles et laissa une trace karmique derrière lui.
L’instant ne dura qu’un battement de cils, mais, pour Lu Yin, il sembla s’étendre sur toute une vie. Il vit l’essor et le déclin de cette trace karmique. Tout commença avec un vaisseau de guerre nommé Sans limites, venu du Megaverse de Tianyuan. Il avait franchi une distance insondable pour atteindre le Nid de l’Esprit. Les personnes à son bord avaient enfreint à maintes reprises les lois et les édits de la Salle des Ascendants, s’attirant l’hostilité du mégaverse tout entier. Voilà l’origine de ce poignard.
La fin, c’était Lu Yin. Le poignard se plantait dans son front, achevant ce fil de karma.
Pourtant, ce karma achevé ne concernait pas Lu Yin. Il était déjà mort. Comment un mort pouvait-il accomplir son karma ?
Si un mort ne pouvait accomplir son karma, à quoi servait donc ce karma ?
Les yeux de Lu Yin retrouvèrent soudain leur netteté et ses pupilles se réduisirent à de minuscules points. Le temps sembla se figer autour de lui. Il leva la main et saisit lentement le poignard. Quel poignard émoussé. Quelqu’un essaie de me tuer ? Il est en contrebas.
Était-ce vraiment un cycle karmique ? Un seul regard suffirait à le savoir.
Lu Yin prit appui sur le sol, qui se fendit. Bu Ya resta stupéfait. Son attaque avait-elle vraiment été bloquée ? Au moment où Lu Yin saisit le poignard, Bu Ya fut saisi d’une incrédulité indescriptible. Comment quelqu’un pouvait-il faire une chose pareille ?
Une force irrésistible tira Bu Ya vers le haut, avant de le plaquer au sol. Il atterrit juste à côté de Maître du Palais Yao.
Bu Ya tenta de s’enfuir, mais un visage apparut devant lui. Celui de Lu Yin.
Lu Yin fixa Bu Ya.
Bu Ya se figea. À cet instant, l’aura de Lu Yin évoquait celle d’une bête primordiale. Bu Ya ne pouvait plus maîtriser son corps et se retrouvait complètement paralysé. Son sang semblait s’être glacé et son esprit se vida. Il ne pouvait plus penser qu’aux yeux et au visage qui se trouvaient devant lui.
Les réflexions d’OMA
Traduit par : OMA
Révisé par : Neshi/Nyxnox
Vérifié par : OMA