Chapitre 3 445
L’attaque à l’épée semblait désinvolte. La lame ne visait même pas Lu Yin, mais le vide.
Il esquiva sans difficulté, mais quelque chose clochait. Il n’aurait pas dû être si facile d’éviter l’attaque d’un Dukkhan.
Pourtant, il avait trouvé trop facile d’esquiver l’épée de l’homme d’âge mûr, et cela ne lui disait rien qui vaille.
L’homme ne sembla pas s’émouvoir du fait que Lu Yin avait évité son attaque et continua de trancher le vide.
Lu Yin n’hésita pas à utiliser le Pas Inversé, qui lui permit d’apparaître devant le Dukkhan, face à l’épée qui s’abattait.
L’épée tomba dans un fracas retentissant. Lu Yin la rattrapa en pinçant la lame entre ses doigts. Une force terrifiante parcourut l’arme et tenta de lui arracher la main de la garde. Le Dukkhan fut pris au dépourvu par la force physique de Lu Yin. Il n’était pas étonnant que le jeune homme eût vaincu Yu Shan si facilement. L’homme relâcha aussitôt l’épée, qui se dissipa avant de réapparaître dans sa main.
« Calligraphie sauvage de l’épée et de l’herbe : Trait immortel, Domaine de la Sagesse. Faites venir Yuan Qi. Je m’appelle Mr. Li. » L’épée de l’homme d’âge mûr s’abattit de nouveau, comme le trait final.
Sous les étoiles apparut le caractère 草, qui se transforma rapidement en un flux infini de qi de l’épée. Celui-ci déchira l’espace et anéantit une région entière de l’univers.
Lu Yin changea d’expression. La puissance de ce qi de l’épée lui glaça le sang. De plus, il ne s’agissait pas seulement de qi de l’épée : il renfermait aussi le mystérieux pouvoir du retour dans le temps. Ce Dukkhan maîtrisait le pouvoir du temps à un degré tel qu’il le maniait mieux encore que Séraphin Yi.
Pourtant, il était en réalité assez simple de contrer cette technique de combat.
Le corps de Lu Yin scintilla tandis que le Flux lumineux formait une barque autour de lui. Elle vogua dans une direction précise, et le puissant qi de l’épée, capable d’anéantir une vaste région de l’univers, disparut tout bonnement.
Le caractère 草 avait été formé par les coups d’épée qui s’étaient évanouis dans le vide. Les attaques avaient déjà été lancées : elles n’auraient donc pas dû pouvoir réapparaître. Mais le Dukkhan avait utilisé le pouvoir du temps pour les ramener, puis les avait réunies afin de former le caractère de l’herbe. Pour contrer cette technique, Lu Yin devait donc simplement empêcher toute manipulation temporelle. Le qi de l’épée retourna ainsi dans le vide.
Le Flux lumineux grandissait en dévorant le temps soustrait au Fleuve des Éons.
Le temps manipulé pour faire réapparaître les coups d’épée ne pouvait pas appartenir au Fleuve des Éons.
Le Royaume Mirari était ancré dans le Megaverse de Tianyuan, coupant le cours du Fleuve des Éons. Cela empêchait les mégaverses extérieurs de puiser dans le fleuve pour modifier le passé ou l’avenir. Mais rien ne les empêchait de cultiver leur maîtrise du temps au point de remonter le cours des événements et d’annuler des attaques déjà lancées.
Le Dukkhan ne s’était pas attendu à tomber sur quelqu’un comme Lu Yin, qui maîtrisait dans une certaine mesure le pouvoir des éons.
Lu Yin pouvait voguer sur le Fleuve des Éons. Même Wei Nu, la passeuse du Fleuve des Éons, ne pouvait pas lui échapper facilement.
L’homme d’âge mûr demeura figé sur place, abasourdi. Que venait-il de se passer ?
Lu Yin saisit l’occasion et leva la main pour libérer une spirale de karma. Le Dukkhan sentit aussitôt le danger et recula, mais il avait oublié que Lu Yin en avait libéré une autre un peu plus tôt. Les deux spirales se rejoignirent dans l’espace et formèrent une roue qui effleura l’homme.
La Roue du Karma. C’était la première fois que Lu Yin tentait d’améliorer sa Technique de la Clarté intérieure.
Au contact de la roue, le Dukkhan vit défiler plusieurs scènes. Des gens s’accrochaient avec ferveur aux fragments de sa statue et les vénéraient. Cette vision le satisfit grandement : elle répondait à ses attentes.
Mais il vit aussi quantité de personnes piétiner les fragments de sa statue qu’elles avaient emportés. Elles insultaient les débris et allaient même jusqu’à les jeter dans des fosses nauséabondes. Ces scènes le rendirent furieux. Comment ces gens osaient-ils l’insulter ?
La foi naissait de l’intérieur. Ces gens avaient placé leur foi dans le Dukkhan, mais, comme il n’avait pas exaucé leurs souhaits, leur croyance était devenue vaine.
La Roue du Karma montra de nombreuses scènes à l’homme d’âge mûr, toutes accessibles à ses propres pouvoirs. Après tout, les gens qu’il observait n’étaient que de simples humains.
Pourtant, il avait l’impression de les voir pour la première fois. Le sentiment d’être piétiné et insulté submergea tout ce qu’il savait, au point qu’il se sentit lui-même précipité dans cette fosse répugnante.
Il cracha une gorgée de sang.
Le Dukkhan haletait. C’était grave : son Dukkha devenait instable. Il fixa Lu Yin, stupéfait. Comment le jeune homme avait-il pu faire ça ? Il avait ébranlé le Dukkha jusque-là stable de l’homme, qui montrait désormais des signes inquiétants de perte de contrôle.
Lu Yin ne passa pas immédiatement à l’attaque. Il se contenta d’observer l’homme d’âge mûr. La Roue du Karma était effectivement utile, en particulier contre les Dukkhans, mais elle avait encore de nombreuses faiblesses. Il venait simplement de trouver une piste pour développer sa Technique de la Clarté intérieure. Avec le temps, il en découvrirait d’autres.
« Troisième Patron, impressionnant. Je t’ai sous-estimé. Tu représentes une menace encore plus grande que Yuan Qi. » L’épée du Dukkhan se transforma en un tourbillon d’énergie qui disparut dans l’espace. « Adieu. »
Il s’apprêtait à partir lorsqu’un éclair de qi vert de l’épée jaillit. Le Dukkhan chancela, pris de vertige, puis se retourna d’un bond. « Une force spirituelle ? »
Lu Yin agita la main. Un soleil couchant apparut, et ses derniers rayons embrasèrent l’horizon !
Brûle tes arts martiaux.
Le Dukkhan changea d’expression. C’était une technique de compréhension. Devant lui surgit le Progéniteur Xi, qui frappa de son épée en libérant une puissance inimaginable. Les nouveaux chapitres paraissent d’abord sur novelping.com.
Un flot d’énergie forma une barrière qui bloqua l’attaque du Progéniteur Xi. Son épée ne parvint pas à la percer.
Le Dukkhan regarda Lu Yin au-delà du Progéniteur Xi. « Le Domaine de la Sagesse te salue. Bienvenue au Nid de l’Esprit ! »
Sur ces mots, l’homme s’échappa.
Lu Yin ne tenta pas de l’arrêter. Il n’avait pas dévoilé toute sa puissance. Après tout, l’homme venait du Domaine de la Sagesse.
Le Progéniteur Xi rengaina son épée. « Cet homme est extrêmement puissant. Il n’égale pas Yong Heng, mais il reste difficile à affronter. »
Quoi qu’il en soit, l’homme était un Dukkhan.
Pourtant, le contact avec la Roue du Karma l’avait fait terriblement souffrir. S’il ne parvenait pas à stabiliser son Dukkha, il risquait de régresser et de ne plus jamais pouvoir atteindre de nouveau le Dukkha.
L’homme avait payé un prix à peine moins lourd que la mort.
Lu Yin ne s’était pas attendu à pouvoir tuer facilement un Dukkhan. Bien sûr, il aurait pu encercler un tel expert avec d’autres combattants du Megaverse de Tianyuan, ou demander au Progéniteur Originel d’intervenir, mais le moment n’était pas encore venu.
Lu Yin ne parvenait pas à percer à jour les manigances du Domaine de la Sagesse.
L’héritier clandestin ?
Lu Yin avait déjà rencontré l’héritier officiellement reconnu du Domaine de la Sagesse, et il était impatient de faire la connaissance de l’héritier secret.
…
La Porte des Lois se trouvait dans le Domaine de la Loi.
Le Domaine de la Loi appartenait tout entier à la famille Zhan, dont l’ancêtre, Zhan Ming, était l’un des Sept Séraphins actuels.
Peu après la fuite de Mr. Li, l’image d’un vieil homme apparut devant Zhan Ming, dans le Domaine de la Loi.
« Tu ne fais pas dans la discrétion en venant me voir. Ce ne serait pas bon que le Grand Séraphin le découvre. » Zhan Ming avait l’air vieux, mais, malgré ses cheveux blancs, son visage était encore assez jeune.
Le vieil homme sourit. « Il y a beaucoup de choses que le Grand Séraphin ne voudrait pas voir, comme la clé. Elle est au Manoir du Grandverse, n’est-ce pas ? »
Les yeux de Zhan Ming s’illuminèrent. « Je ne vois pas de quoi tu parles. »
« Mon vieil ami, tu mets en doute mon intelligence ? »
« Depuis toujours. »
« Hé, la clé est au Manoir du Grandverse. J’en suis certain. »
Zhan Ming fixa le vieil homme. « C’est toi qui étais derrière cette alliance des cinq domaines, n’est-ce pas ? Tu voulais mettre à l’épreuve le Manoir du Grandverse et ma Porte des Lois ? »
« Sans la coopération de la Porte des Lois, le Manoir du Grandverse n’aurait jamais pu être informé aussi vite de cette alliance. Ce n’était qu’une petite manœuvre. Il fallait comprendre la nature de vos relations avant de pouvoir passer à l’étape suivante. »
Zhan Ming était intrigué. « Quelle est cette prochaine étape ? J’aimerais bien le savoir. »
Le vieil homme sourit. « Je suis curieux, moi aussi. Où en es-tu dans ta technique de séquence ? »
Sur ces mots, l’image du vieil homme disparut.
L’expression de Zhan Ming s’assombrit. Jusqu’où ce vieux fou était-il allé dans ses déductions ?
Zhang Ming n’avait pas prévu que la clé finirait par se retrouver dans une telle situation. Il avait compté sur Zhan Yan pour la garder dans le Megaverse de Tianyuan : ainsi, elle aurait échappé aux manigances du Grand Séraphin tout en accomplissant un exploit. Si le Megaverse de Tianyuan venait soudain à être réinitialisé, ce serait encore mieux. Quelle que soit la façon de voir les choses, ils n’auraient rien perdu.
Contre toute attente, le Megaverse de Tianyuan avait non seulement surmonté la crise, mais son peuple avait aussi réussi à vaincre Aeternus. Les manigances du Nid de l’Esprit avaient été dévoilées, et Yuan Qi et Zhan Yan avaient tous deux été capturés. Pire encore, Zhan Yan avait été contrainte de révéler l’existence de la clé.
La clé était tombée entre les mains du Megaverse de Tianyuan, et même la Porte des Lois ne pouvait pas les forcer à la rendre. Ils ne pouvaient que suivre la voie ouverte par ce Troisième Patron. Le pire, c’était que le vieux fou avait tout compris.
Il avait percé à jour l’affaire de la clé et compris la passivité de la Porte des Lois. Et il avait même deviné la technique de séquence de Zhan Ming.
Ce vieux fou avait toujours un coup d’avance. Toujours un coup d’avance.
L’expression de Zhan Ming s’assombrit. La clé… il devait la récupérer.
Privés de leurs dirigeants, les territoires entourant le Manoir du Grandverse se firent bien plus calmes. Personne ne voulait leur chercher des ennuis, et nombre de leurs observateurs s’en allèrent.
Bien qu’ils eussent enfreint plusieurs règles du Nid de l’Esprit et abrité des personnes visées par de puissantes factions, la force insondable du Manoir du Grandverse dissuadait tout le monde de le provoquer.
La Flèche céleste et la Terre des Bêtes primordiales ne passèrent pas non plus à l’action, mais c’était simplement parce que leur tour n’était pas encore venu.
Personne ne voulait subir le même sort que ces cinq domaines.
Un semestre passa en un clin d’œil. Pendant ce temps, plus de vingt personnes rejoignirent le Manoir du Grandverse. Toutes avaient été acculées au désespoir.
Lu Yin connaissait leur histoire et finit par choisir un couple marié pour lui venir en aide.
« Je m’appelle Bian Ji. »
« Je m’appelle Yan Xiang’er. »
« Merci, Troisième Patron ! Vous êtes notre sauveur ! Si vous pouvez nous aider à retrouver notre fille, nous vous servirons tous les deux pour l’éternité. »
Lu Yin répondit : « Inutile de me remercier autant. Personne ne maltraitera les membres de mon Manoir du Grandverse sans en payer le prix. »
Tous ceux qui avaient rejoint le Manoir du Grandverse s’étaient retrouvés acculés d’une manière ou d’une autre. Lu Yin avait choisi d’aider ce couple en raison de la faction à laquelle il était lié : le Palais Bifrost.
Bian Ji et Yan Xiang’er étaient mariés et avaient une fille nommée Bian Xiaoxiao. Mais le Palais Bifrost l’avait emmenée. Ses parents avaient supplié à plusieurs reprises le Palais de la leur rendre, mais toutes leurs demandes avaient été rejetées, et le couple avait même été grièvement blessé. Après leur dernière tentative, on s’était lancé à leur poursuite. Sans un coup de chance, ils n’auraient pas survécu assez longtemps pour rejoindre le Manoir du Grandverse.
Le Palais Bifrost avait pris Bian Xiaoxiao pour une raison toute simple : elle était parfaitement adaptée à sa technique de combat.
Le Palais Bifrost était célèbre pour sa technique de combat emblématique : l’Épée invulnérable de Bifrost. Une fois dégainée, l’épée était invincible. Elle ne laissait derrière elle que la mort. Déchaînée, l’Épée invulnérable de Bifrost comptait parmi les rares techniques de combat capables de rivaliser avec les techniques d’épée de la Salle des Ascendants.
Mais il n’était pas facile de maîtriser l’Épée invulnérable de Bifrost. Il fallait un talent particulier, ainsi que la capacité de s’adapter à cette épée.
Le Palais Bifrost envoyait ses membres dans tout le Nid de l’Esprit, où ils proposaient l’Épée invulnérable aux enfants qui leur semblaient aptes. Si l’enfant parvenait à cultiver la technique, ils l’emmenaient avec eux.
À l’origine, c’était une bonne chose. La dirigeante du Palais Bifrost, le Maître du Palais Yao, était considérée comme la plus grande cultivatrice en dessous du rang des Sept Séraphins. On s’attendait à ce qu’elle devienne un jour Séraphin. Elle se tenait au sommet du Nid de l’Esprit, et rejoindre le Palais Bifrost permettait à quiconque de surpasser ses pairs.
Le Palais Bifrost imposait toutefois des règles strictes. Quiconque le rejoignait devait rompre tous ses liens avec le monde extérieur.
Sa famille, ses amis, tout le monde.
On effaçait la mémoire de tous les enfants emmenés par le Palais Bifrost, afin qu’ils ne soient plus attachés qu’à lui pour le reste de leur vie.
Pour cette raison, personne ne voulait envoyer ses enfants au Palais Bifrost.
Bian Xiaoxiao avait découvert l’Épée invulnérable par hasard et révélé un talent sans pareil pour la manier. Même parmi les nombreux enfants que le Palais Bifrost avait évalués au fil des ans, elle était considérée comme un génie exceptionnel. Il était donc naturel qu’on l’emmène.
Les supplications de Bian Ji et de Yan Xiang’er n’avaient pas ému le Palais Bifrost. Ils s’y étaient rendus à plusieurs reprises pour réclamer leur fille, mais, afin d’empêcher ses parents d’influencer la jeune enfant, le Palais Bifrost avait envoyé des gens traquer Bian Ji et Yan Xiang’er.
Les réflexions d’OMA
Traduit par : OMA
Révisé par : Neshi/Nyxnox
Relu par : OMA