Chapitre 1 149
Lu Yin réfuta aussitôt Silver : « C’est tout simplement impossible ! Comment les humains pourraient-ils vivre éternellement ? Même les Progéniteurs en sont incapables. »
« Un corps physique peut être préservé éternellement par cryostase. Alors, pourquoi les humains ne pourraient-ils pas vivre à jamais ? Voilà ce qu’il faudrait étudier. En attendant, ce n’est qu’un rêve, non ? » Silver rayonna.
Lu Yin resta sans voix et regarda au loin. Ces humains étaient-ils vraiment des zombies ? Ils ne se distinguaient en rien des humains ordinaires. Ils poursuivaient leurs propres objectifs et faisaient ce qu’ils aimaient le plus. Rien ne les différenciait du monde des mortels, et cela n’avait rien à voir avec l’image qu’il s’était faite du quartier général de l’Alliance des Néohumains.
Lu Yin suivit Silver dans une ville où ils croisèrent de nombreux humains ordinaires. Les lignes de runes de ces derniers révélaient des niveaux de puissance variés. Tandis que les deux hommes se promenaient, les alentours résonnaient de rires, comme si chacun était parfaitement heureux de sa vie.
Pourquoi ? Est-ce là la véritable nature de l’Alliance des Néohumains ?
« Capitaine, ça te dirait de boire un verre ? C’est moi qui régale. » Silver désigna un restaurant tout proche.
Lu Yin hocha la tête.
Ils s’assirent bientôt tous les deux, et un serveur au maintien plutôt raide vint leur apporter leurs boissons.
Lu Yin observa le serveur avec curiosité.
Silver sourit. « Il vient d’arriver en ville. Il s’adaptera vite. »
Lu Yin détourna les yeux, puis baissa le regard vers son verre, perplexe.
« Septième Frère, tu crois que ce type a amené un humain ordinaire dans cette ville juste pour te tromper ? » supposa le Singe fantôme.
Lu Yin avait lui aussi envisagé cette possibilité, mais il était certain que cet endroit était le quartier général de l’Alliance des Néohumains. Il était également certain que le serveur de tout à l’heure, comme les « gens » qu’ils avaient croisés auparavant, étaient bel et bien des zombies. Rien ne pouvait tromper ses yeux.
Tous ces gens menaient une existence paisible et insouciante, mais ils avaient les yeux écarlates et les pupilles verticales.
C’était le signe distinctif des zombies.
Les zombies pouvaient-ils vraiment conserver leur intelligence ? Pouvaient-ils réellement reprendre le cours ordinaire de la vie humaine ? La situation dépassait complètement Lu Yin.
« Bonjour, je voudrais une poche de sang, s’il vous plaît. Merci. » Une femme assise au comptoir du restaurant passa commande.
Derrière le comptoir, le serveur raide se pencha, puis lui tendit une poche de sang. Elle la prit en souriant. « Merci. »
Elle quitta ensuite le restaurant.
Lu Yin fut stupéfait. Cette femme était une véritable humaine.
Silver sirota sa boisson, puis adressa à Lu Yin un sourire mélancolique. « Capitaine, je t’ai toujours gardé à l’œil. »
Lu Yin se tourna vers son compagnon. « Tu m’observais ? »
Silver hocha la tête en soupirant. Puis il sourit et répondit : « Capitaine, tu es bien mon capitaine. Quand l’Innerverse et l’Outerverse ont été séparés, j’ai cru que tu mourrais à coup sûr. Certains puissants de l’Innerverse étaient restés dans l’Outerverse, et certains étaient même tes ennemis. Et pourtant, non seulement tu as survécu, mais tu as aussi unifié l’Outerverse… »
« Tu t’es emparé de force de l’Arche de la Rivière Astrale, tu as vaincu Lan Si et Nightking Zhenwu, et tu as même plongé toute la Zone de Flux de la Nuit et du Jour dans le chaos. Capitaine, tout ce que tu as accompli est remarquable, et je t’admire sincèrement. »
Lu Yin fixa Silver. « Et toi, alors ? Tu es passé du statut d’étudiant à l’Académie de Combat Astral à celui de meilleur combattant de notre génération, écrasant tout le monde par ta force. Si l’on parle d’exploits, les tiens n’ont rien à envier aux miens. »
Silver haussa les épaules. « Je suis loin de t’arriver à la cheville, capitaine. Pour être honnête, j’ai toujours été un Chasseur, mais j’ai réussi à dissimuler ma véritable force par certains moyens. Toi, en revanche, tu as atteint ce niveau après seulement douze ans de cultivation… »
Silver se leva soudain et se pencha vers Lu Yin. « Capitaine, quelque chose d’extraordinaire s’est produit autour de toi. »
Lu Yin resta impassible et demanda : « Ne me dis pas que tu connais, toi aussi, la Technique des Neuf Clones du Progéniteur Chen. »
Silver sourit largement et se rassit lentement. « Seuls Starsibyl et Xia Jiuyou connaissent la Technique des Neuf Clones. Shang Qing a pu me tenir tête aussi longtemps uniquement grâce aux deux clones de qi du Progéniteur Chen, ce qui prouve la puissance de cette technique. Hélas, elle a aussi ses défauts.
« Les neuf clones de Xia Jiuyou comprennent Xia Tian, Xia Ye, Xia Luo et six autres. Tant qu’ils ne fusionnent pas, tout va bien. Mais s’ils fusionnent, lequel deviendra le véritable ego ? »
Lu Yin s’était déjà posé la question et connaissait très bien Xia Luo. Celui-ci n’accepterait jamais de fusionner à nouveau avec Xia Jiuyou. C’était là une véritable faille fatale dans la technique.
« Cela dit, je pense que Xia Jiuyou a déjà pris les dispositions nécessaires. Mais rien n’est immuable. Regarde-toi, capitaine. Qui aurait cru que tu atteindrais un tel niveau ? Xia Luo n’est pas qu’un simple outil, lui non plus. » Silver rit, visiblement ravi du malheur d’autrui.
Lu Yin dévisagea Silver, abasourdi. « Tu ne m’as quand même pas capturé juste pour parler de tout ça ? »
« Bien sûr que non. Je veux que tu rejoignes notre cause et l’Alliance des Néohumains ! Nous avons besoin de quelqu’un comme toi, capitaine. Ton talent martial est sans égal, et ton intelligence t’a permis d’unifier l’Outerverse. Capitaine, l’Alliance des Néohumains a jeté son dévolu sur toi. Ta valeur n’a rien à envier à celle de la Technique des Trois Soleils. »
Lu Yin fronça les sourcils. « Ne me dis pas que c’est toi qui as poussé le Dieu sans Ombre à venir me trouver, à l’époque ? »
Silver gloussa. « Qui sait ? »
À la réponse de Silver, Lu Yin devina aussitôt la vérité. Il avait forcément joué un rôle dans cette affaire.
À l’époque, Xia Luo, Silver et Lulu Mavis avaient tous fait des pieds et des mains pour quitter la Terre avec Lu Yin. Pourquoi diable tant de personnalités importantes s’étaient-elles retrouvées sur Terre ?
Lu Yin demanda aussitôt à Silver : « Qu’est-ce que tu faisais sur Terre ? »
« C’était une coïncidence », répondit Silver.
Lu Yin leva les yeux au ciel. Comme si j’allais te croire.
« En fait, capitaine, tu as déjà pu constater par toi-même que l’Alliance des Néohumains n’est pas aussi maléfique que tu le prétends. La vie ici est agréable, non ? Personne ne subit de stress, et tous peuvent jouir de la vie éternelle. »
Lu Yin inspira profondément. « À quoi bon vivre éternellement si l’existence est dépourvue de hauts et de bas ? »
Silver resta un instant interdit, puis sourit. « C’est un refus ? »
Lu Yin ricana. « Est-ce que j’ai le choix ? »
Silver vida son verre d’un trait et répondit : « Allons-y, capitaine. Détendons-nous un peu. Tu vas bientôt souffrir. »
Lu Yin n’était pas en mesure de refuser. Il se trouvait au quartier général de l’Alliance des Néohumains, avec des experts postés tout autour de lui. Rien que la pensée du Dieu-Chaman, son ravisseur, suffisait à le contraindre à céder.
Même avec son anneau cosmique, il ne pourrait pas faire grand-chose.
Le cœur de Lu Yin se serra à la pensée de son anneau cosmique. Tout le monde devait le croire mort, à présent.
Heureusement, les objets qu’il contenait ne risquaient pas de disparaître. Si les plus de sept millions d’essences stellaires qui s’y trouvaient venaient à s’évaporer, il en serait encore plus bouleversé.
Partout, la ville était d’une propreté remarquable, et les zombies comme les humains semblaient vraiment capables de coexister.
« Où se trouve la Nation d’Aeternus ? Dans le Neoverse ? » demanda Lu Yin.
« Dans une dimension de poche au sein du Neoverse. »
Lu Yin comprit aussitôt que cet espace ressemblait au Continent Shenwu. Les espaces parallèles étaient un phénomène courant dans l’univers. Il arrivait que des mondes parallèles apparaissent, mais ils ne pouvaient jamais englober l’univers entier et restaient toujours limités à une zone précise. Ils pouvaient être vastes comme des filaments ou ne faire que quelques mètres carrés.
Certaines civilisations vivant dans ces dimensions de poche étaient extrêmement avancées et avaient atteint un niveau technologique impressionnant, tandis que d’autres pouvaient être très primitives. Le temps pouvait aussi s’y écouler différemment.
À cet instant précis, l’univers parallèle qui abritait la Nation d’Aeternus au sein du Cinquième Continent pouvait très bien correspondre à une autre ville semblable. Ou peut-être n’était-ce qu’un terrain vague désertique.
Lu Yin préféra croire que cet endroit correspondait à un espace vide, car il serait ainsi encore plus difficile de trouver la Nation d’Aeternus.
« La Nation d’Aeternus est une utopie pour beaucoup. Certains l’ont même appelée le paradis. Capitaine, tu vas adorer cet endroit. » Silver sourit.
Lu Yin et Silver déambulèrent dans les rues. Au bout d’un moment, Lu Yin remarqua que les gens portaient des vêtements très couvrants qui leur dissimulaient le corps. Pourtant, il ne faisait pas si froid…
« Capitaine, la Nation d’Aeternus est immense, et ceci n’est qu’une ville. Il y a aussi des montagnes et des rivières dans les environs, ainsi que des îles et même d’autres royaumes plus loin. Toute cette région s’appelle la Nation d’Aeternus. Laisse-moi te la faire visiter », expliqua Silver.
Lu Yin hocha la tête. Soudain, il attrapa l’un des passants et lui arracha ses vêtements. Ses pupilles se contractèrent aussitôt.
Le Singe fantôme poussa un cri de stupeur.
Les entrailles de la personne que Lu Yin avait déshabillée tombèrent au sol, et elle se mit à saigner abondamment. À en juger par la plaie mise à nu, on l’avait clairement éventrée.
Un frisson parcourut Lu Yin. La personne dont il avait arraché les vêtements hurla de désespoir. Soudain, des yeux écarlates s’illuminèrent tout autour d’elle tandis que d’autres se précipitaient sur l’homme.
Lu Yin serra le poing et saisit Silver par le col. Les yeux de Silver s’écarquillèrent à la vue des zombies qui approchaient. « Reculez. »
Plusieurs zombies se mirent à haleter. L’homme tremblait en rassemblant ses vêtements déchirés pour se couvrir. Alors seulement, les zombies alentour retrouvèrent leur calme et leur apparence humaine.
Les yeux de Lu Yin brillèrent tandis qu’il regardait l’homme s’éloigner en hâte, la peur clairement visible sur son visage.
D’une voix glaciale, il s’adressa à Silver : « C’est ça, le paradis dont tu parlais ? »
Le visage de Silver se durcit. « Capitaine, pourquoi t’es-tu donné la peine de me démasquer ? Le paradis, c’est une bonne chose, non ? »
Une intention meurtrière monta en Lu Yin, qui serra le poing. « Ces humains ordinaires ne sont que des jouets pour les zombies. Ils sont forcés de vivre parmi des zombies qui peuvent à tout moment les déchiqueter, les tuer et prélever leurs organes. Ton soi-disant “paradis” ne concerne que les zombies, pas nous, les humains.
« La vie éternelle dont tu parles ne s’applique qu’à des corps qui continuent de vivre. Mais tous ces gens ne peuvent que se recroqueviller, terrorisés et désespérés. »
Silver eut un rictus. « Et alors ? On leur a donné la vie éternelle, et ils ne peuvent pas mourir. »
« Se… Septième Frère. C’est ce qui nous attend aussi ? On doit se couvrir de la tête aux pieds, sinon les zombies vont nous dévorer ! Septième Frère, dépêche-toi de trouver un moyen de nous évader ! Septième Frère ! » La scène macabre avait manifestement terrifié le Singe fantôme.
À cet instant, Lu Yin fut saisi d’effroi au milieu de cette ville en apparence paisible. Une peur indicible lui emplit le cœur. La lumière du soleil qui l’éclairait ne lui apportait aucune chaleur ; elle le glaçait, au contraire, d’une manière atroce. Cette ville n’avait rien d’ordinaire, ni pour les humains ni pour les zombies.
C’était un banquet pour les zombies et une cage pour les humains. Voilà le paradis de l’Alliance des Néohumains.
De l’autre côté de la rue, du sang éclaboussa les fenêtres de la pièce voisine de Lu Yin. Des paires d’yeux aux iris écarlates et aux pupilles verticales croisèrent son regard, puis le sang fut bientôt nettoyé. Les vitres étaient si propres qu’on aurait dit qu’il ne s’était jamais rien passé.
Lu Yin se sentit comme emprisonné dans la glace. Il n’aurait jamais imaginé qu’un tel endroit puisse exister. Cet endroit était encore plus répugnant que la Planète Driftcharge, et même devenir de la viande blanche aurait été un sort préférable. Sur la Planète Driftcharge, au moins, on pouvait mourir. Ici, la mort ne marquait pas la fin, et la vie était bien pire que la mort.
Quelqu’un avait dit un jour qu’attendre la mort était pire que mourir. Les habitants d’ici devaient affronter sans cesse une horreur à vous glacer le sang, sans même avoir le droit de mourir.
La vie éternelle ? Quelle terrible plaisanterie ! Le plus grand rêve de tous ces humains était sans doute de mourir.
Les réflexions d’OMA
Traduit par : OMA
Révisé par : Neshi/Nyxnox
Vérification de la traduction : OMA