Chapitre 1 125
« Le Neoverse est vraiment sombre. Alors, voilà comment la Salle de l’Honneur règle les choses. Ce prétendu “tournoi de la Tour Astrale” n’est en réalité qu’une immense scène à leurs yeux, et même les Sept Cours ne peuvent rien y changer », marmonna Starsibyl en fixant le lointain. Elle espérait que les autres feraient comme ils l’avaient dit : ils ne pourraient créer un miracle qu’en unissant leurs forces.
Étrangement, Starsibyl pensa soudain à Lu Yin. Il était la seule variable dans ses plans, car elle ne parvenait à rien deviner à son sujet.
« J’espère que tu réussiras à créer un miracle », murmura Starsibyl, sans même savoir à qui elle s’adressait.
…
Lu Yin avançait à vive allure vers une haute montagne, suivi de Black et White. Lorsqu’ils arrivèrent au pied de celle-ci, ils virent Lan Si balayer les alentours à coups de Paume du Vide, rouant de coups les autres cultivateurs au point de les empêcher de bouger. Déjà, un bon nombre d’entre eux flottaient sur la mer en gémissant de douleur.
En voyant arriver Lu Yin, les yeux de Lan Si s’illuminèrent. « Je savais que tu viendrais ! Impossible que tu rates une occasion pareille. »
Avant même que Lu Yin ait le temps de répondre, White prit la parole. « Hé, Lu Yin, présente-nous ce beau gosse. »
Black aussi semblait pleine d’impatience.
Lu Yin resta sans voix. « Voici Lan Si. Tu le trouves beau ? »
Black et White hochèrent vigoureusement la tête.
Surpris, Lan Si dévisagea les deux gamines. Puis, comme s’il se souvenait de quelque chose, il prit un air étrange. « Elles viennent de l’Île Eversky ? »
Lu Yin acquiesça et répondit, impuissant : « Et elles n’attirent que des ennuis. »
Black et White lui lancèrent un regard noir, comme pour lui faire comprendre de se taire.
Lan Si s’en amusa.
Au loin, une femme voilée observait le groupe en s’approchant.
Le groupe de Lu Yin se tourna vers elle.
Arrivée près d’eux, la femme retira son voile, dévoilant des traits singuliers.
Tous les autres en restèrent bouche bée, même Black et White.
« La Reine des Fleurs Ming Yu du Manoir d’Azur ? » lâcha Lu Yin, assez surpris.
Ming Yu, la Reine des Fleurs du Manoir d’Azur, se tenait devant eux. Lu Yin avait déjà rencontré cette femme au Manoir d’Azur, en dehors de la Zone des Montagnes et des Mers, et elle lui avait laissé une impression profonde.
Elle sourit. « Bonjour à tous. »
« Que faites-vous ici ? » demanda Lu Yin, perplexe.
Ming Yu sourit. « Le Manoir d’Azur est certes un lieu de divertissement, mais c’est aussi l’une des grandes puissances du Neoverse. La Zone des Montagnes et des Mers abrite l’héritage de tout le Domaine Humain ; tous ceux qui connaissent son emplacement peuvent y entrer. »
Lu Yin comprit aussitôt.
« Hein ? Lu Yin, tu es allé au Manoir d’Azur ? Je vais le dire au maître ! » s’exclama Black en fusillant Ming Yu du regard.
White aussi était contrariée. « Il faut absolument le dire au maître et à l’ancien Shenwei ! »
Lu Yin aurait bien voulu préciser que Highsage Shenwei était celui qui l’avait emmené au Manoir d’Azur, mais il n’osa rien dire après réflexion. Après tout, Highsage Shenwei était peut-être en train de l’observer à cet instant même.
Lu Yin ne s’était pas trompé : Highsage Shenwei les observait bel et bien. Ou plutôt, il contemplait Ming Yu avec une admiration flagrante. Quelle beauté !
Lan Si ne s’intéressait pas à Ming Yu et se tourna vers Lu Yin. « Si je ne me trompe pas, il s’agit d’une goutte de sang de Progéniteur. Frère Lu, si tu la veux, tu peux la prendre. »
« Septième frère, arrête tes bêtises ! Va récupérer le sang de Progéniteur ! C’est du sang de Progéniteur ! » Le Singe fantôme perdait patience.
Lu Yin présenta ses excuses à Lan Si. « Désolé, mais ce sang de Progéniteur a beaucoup de valeur à mes yeux. Je te rembourserai quand nous serons sortis d’ici. »
Lan Si secoua la tête. « Ce n’est pas nécessaire. »
Il ajouta à voix basse : « En route vers le Neoverse, Starsibyl nous a dit que nous devions unir nos forces si nous voulions qu’un des Dix Arbitres ait une chance de devenir l’un des Cinq Cosmiques. Il faut tout faire pour briser la tradition qui veut que les Cinq Cosmiques viennent uniquement du Neoverse. »
Lu Yin rit. « Si vous l’aviez vraiment écoutée, vous ne seriez pas les Dix Arbitres. »
Lan Si sourit. « Elle nous a sous-estimés. Même si aucun de nous ne devient l’un des Cinq Cosmiques et que nous n’obtenons aucun héritage, nous ne ferons toujours pas équipe. Les Dix Arbitres sont dix individus. Enfin, ce n’est que mon avis. »
« Mais vous aviez quand même accepté de vous allier, à l’époque, non ? » demanda Lu Yin, perplexe.
Lan Si lui expliqua : « C’était uniquement pour obtenir davantage d’informations sur le tournoi de la Tour Astrale. Et puis, tu ne trouves pas que la Secte des Starsibyls est trop obsédée par cette compétition pour les Cinq Cosmiques ? On a toujours considéré la Secte des Starsibyls comme presque surnaturelle, et pourtant, elle a créé le classement des Cent Meilleurs en excluant les Dix Arbitres. Maintenant, elle essaie de se mêler des Cinq Cosmiques du Neoverse. J’ai le pressentiment qu’elle prépare quelque chose. »
Lu Yin acquiesça : il avait la même impression. La Secte des Starsibyls avait toujours été particulièrement mystérieuse, et il n’était pas étonnant de soupçonner qu’elle préparait quelque chose.
« Septième frère, va récupérer cette goutte de sang de Progéniteur ! » Le Singe fantôme était vraiment à bout de patience.
Lu Yin rit : inutile de s’impatienter. Une puissance terrifiante s’était manifestée depuis longtemps dans une autre direction. Lan Si et la Reine des Fleurs Ming Yu du Manoir d’Azur l’avaient tous deux sentie ; sinon, pourquoi seraient-ils restés là à discuter tranquillement au pied de la montagne ?
Cette puissance terrifiante appartenait sans aucun doute à un Éclaireur, mais ils ignoraient qui était ce puissant personnage.
Les autres ne dirent plus rien et se dirigèrent tous vers la haute montagne.
Sur leur droite, la mer se souleva et l’eau fut brûlée par une chaleur intense. Dans le même temps, un brouillard blanc apparut.
Un cheval hennit, et un feu noir illusoire embrasa le vide. Un expert du Jardin des Sépultures venait d’apparaître au pied de la montagne : Yōu Qi.
L’héritière de la famille Yōu était Yōu Qin, tandis que celui du Jardin des Sépultures se nommait Yōu Qi ; leurs noms ne différaient que d’une seule lettre.
Le Manoir d’Azur était un lieu de divertissement, mais sa réputation dans tout le Neoverse était impressionnante, surtout depuis l’invasion du Sixième Continent. À cette époque, l’un des Manoirs d’Azur avait réussi à atteindre la Mer Cosmique et avait traversé le ciel là-bas.
Ming Yu était la Reine des Fleurs du Manoir d’Azur et une génie hors pair qui était déjà devenue une Chasseuse. Elle aussi pouvait naturellement voir l’homme du Jardin des Sépultures.
Black et White le voyaient également.
On pouvait dire que tous ceux qui s’étaient rassemblés autour de Lu Yin comptaient parmi l’élite de la Zone des Montagnes et des Mers, à l’exception de Black et White. Mais les deux gamines étaient si rapides que même Ku Lei ne parvenait pas à les rattraper, et personne ne pouvait nier qu’elles comptaient parmi les meilleures de leur génération.
En regardant Yōu Qi approcher lentement, Lu Yin inspira profondément. Son apparence correspondait à celle de la silhouette illusoire à cheval qu’il avait autrefois aperçue dans l’Outerverse. L’expression « un regard d’indifférence glaciale » semblait avoir été inventée pour lui.
Lorsque Lu Yin avait vu cette silhouette dans l’Outerverse, elle avait chevauché sa monture à travers l’espace et avait failli détruire son vaisseau spatial. Cet individu venait clairement du Jardin des Sépultures.
Parmi les Trois Mains Obscures, le Jardin des Sépultures était le plus mystérieux.
Lu Yin semblait avoir un lien avec le Jardin des Sépultures, car Xuan Jiu lui avait un jour prédit qu’il viendrait le chercher.
Les flammes noires illusoires se répandirent et brûlèrent le pied de la montagne avant de s’étendre sur toute la mer.
Les autres cultivateurs s’éloignèrent en hâte. Certains ne pouvaient même pas voir Yōu Qi, tandis que ceux qui le voyaient avaient pris la fuite à la première occasion.
Lan Si prit un air grave et s’avança d’un pas. « Frère Lu, je vais te frayer un chemin. »
Lu Yin fronça les sourcils. « Fais attention. »
Lan Si s’approcha de Yōu Qi, pas après pas.
Les flammes noires illusoires qui enveloppaient Yōu Qi formèrent une lance qu’il pointa vers Lan Si. « Quitte la Zone des Montagnes et des Mers. »
Lan Si leva les yeux et chargea hardiment en lançant une paume : Cent Cinquante Couches.
La lance noire de Yōu Qi fusa vers lui.
La paume et la lance s’entrechoquèrent, et le vide se brisa en une toile d’araignée. L’expression de Lan Si changea aussitôt. Il savait que Yōu Qi était très puissant, mais il ne s’était pas attendu à ce que son adversaire puisse bloquer de front Cent Cinquante Couches. Sa force physique était-elle vraiment si impressionnante ?
Non, c’était la puissance du cheval.
Yōu Qi était un cavalier qui avait fusionné sa force avec celle de sa monture, atteignant ainsi un niveau inimaginable pour le commun des mortels.
Yōu Qi fut pourtant lui aussi impressionné par la puissance de la Voie des Couches superposées de Lan Si. Il était certain que peu de gens pouvaient bloquer sa lance ; Liu Tianmu y était parvenue grâce aux Treize Épées, tandis que Lan Si s’était appuyé sur sa Voie des Couches superposées.
Le cheval hennit et lança un cri vers le ciel, projetant les flammes noires illusoires en avant pour engloutir Lan Si.
Lan Si recula. Sa paume trembla tandis qu’il frappait avec une Paume du Vide. Au loin, Lu Yin ouvrit de grands yeux.
La Paume du Vide était non seulement l’un des atouts de Lan Si, mais aussi son attaque la plus puissante. Cette frappe invisible pouvait passer inaperçue, et même ceux qui la percevaient n’étaient pas forcément capables de l’esquiver, encore moins d’en encaisser la puissance.
D’après l’expérience de Lu Yin, seules deux personnes avaient réussi à encaisser une Paume du Vide de plein fouet. La première était Mu Ziying, qui pouvait compter sur son don inné d’armure de bois, même s’il n’avait pas pu résister à plus de quelques coups. L’autre était Shang Qing, qui l’avait repoussée grâce à sa Technique des Trois Soleils.
Shang Qing était le seul à avoir encaissé une Paume du Vide à pleine puissance : même Lei Nü avait craché du sang après en avoir reçu une.
Les runes de chaque Paume du Vide étaient nombreuses. Lu Yin vit cette attaque traverser le vide et arriver devant Yōu Qi. Soudain, les flammes noires illusoires s’embrasèrent ; la Paume du Vide ne toucha pas Yōu Qi, mais frappa les flammes qui l’enveloppaient désormais. L’attaque en dissipa un bon nombre, mais Yōu Qi ne recula même pas d’un demi-pas.
Lan Si prit un air grave. Rares étaient ceux qui pouvaient encaisser ainsi sa Paume du Vide. Cet homme du Jardin des Sépultures était terrifiant.
Yōu Qi regarda son adversaire avec admiration. « Les Dix Arbitres ont vraiment la réputation qu’ils méritent. Liu Tianmu était très puissante, et tu l’es tout autant. Quel dommage. »
Soudain, un sifflement lugubre et désespéré retentit, et un étrange livre apparut au-dessus de la tête du cavalier.
« Dans l’Antiquité vivait un puissant personnage nommé Dun Jiu, dont le don inné était un bouclier », déclara lentement Yōu Qi. Alors qu’il parlait, les flammes noires qui le recouvraient disparurent et un bouclier apparut devant lui.
Lan Si haussa les sourcils. Yōu Qi avait rétracté ses flammes noires, ce qui signifiait qu’elles ne pouvaient pas résister à plus de quelques Paumes du Vide. Lan Si aurait donc dû enchaîner les frappes, mais les flammes venaient soudain d’être remplacées par un bouclier.
À quelque distance de là, le regard de Lu Yin s’aiguisa. De quel genre de don inné s’agissait-il ? Le bouclier de Dun Jiu ? Yōu Qi pouvait-il emprunter les dons innés d’autres personnes ?
À côté de Lu Yin, Ming Yu, du Manoir d’Azur, pâlit. « La légende raconte que le Jardin des Sépultures est un endroit où les morts renaissent. C’est vrai : Dun Jiu était un puissant personnage mort depuis longtemps, et son don inné était bien le bouclier qu’on voit à présent. »
Lu Yin n’en revenait pas : cet homme empruntait vraiment le don inné d’une autre personne, et même celui d’un mort.
Black et White, paniquées, fixaient Yōu Qi avec effroi. Cet homme était vraiment étrange.
Lan Si ne s’attarda pas sur la question et attaqua simplement d’une Paume du Vide.
Ses Paumes du Vide étaient extrêmement puissantes. Celle-ci traversa le vide et arriva juste devant Yōu Qi. Un grand fracas retentit, et le bouclier qui le protégeait s’enfonça visiblement à un endroit, mais il parvint à bloquer la Paume du Vide.
Yōu Qi leva sa lance et chargea Lan Si, la lui décochant. Le manche tourna dans sa main, et la pointe transperça le vide.
Lan Si tenta d’esquiver. La lance que Yōu Qi avait dirigée vers l’Arbitre fut soudain déviée de force et se planta en direction de Lu Yin. Incapable d’atteindre Lan Si, Yōu Qi avait décidé de s’en prendre à quelqu’un d’autre : il voulait frapper quelqu’un.
Black et White poussèrent un cri et détalèrent.
Ming Yu voulut esquiver, mais la lance de Yōu Qi l’avait immobilisée et elle ne pouvait pas bouger. Même si elle était une Chasseuse, combien d’expérience du combat avait-elle pu acquérir en grandissant dans un lieu de divertissement comme le Manoir d’Azur ? Quand Lu Yin vit la lance foncer vers lui, il saisit Ming Yu, la jeta sur le côté, leva la main et attrapa la lance. Une force de combat à neuf lignes jaillit dans le ciel, et Cent soixante-dix Couches vibra depuis sa main.
Le bouclier qui protégeait Yōu Qi se mit à vaciller, et il ne parvint plus à tenir sa lance fermement.
Lu Yin cria : « À terre ! »
Il déploya alors sa force pour tenter de plaquer Yōu Qi au sol.
Yōu Qi lâcha sa lance, laissant Lu Yin s’en emparer. Puis le cavalier saisit les rênes de son cheval, qui poussa un hennissement aigu en levant haut ses pattes avant, avant de les abattre sur Lu Yin.
Les pupilles de Lu Yin se transformèrent en runes tandis qu’il fixait les sabots du cheval qui s’abattaient sur lui et en effaçait certaines. Dans le même temps, il décocha une Paume du Vide de sa main gauche.
Un fracas retentit et Yōu Qi fut touché. Cette fois, il encaissa réellement le coup et fut projeté hors de sa monture. Lorsque les sabots du cheval frappèrent Lu Yin, celui-ci ne recula que de quelques pas. Puis il leva les mains et concentra les Deux Soleils pour attaquer le cheval.
Les réflexions d’OMA
Traduit par : Choco
Révisé par : Neshi/Nyxnox
Relu par : OMA