Chapitre 82
Translator: La0o9 Editor: La0o9
Les négociations atteignirent bientôt une impasse. Le Royaume de Royas avait choisi de faire des compromis sur de nombreux aspects, mais la personne qui devait signer le contrat devait être Nala.
Même sans réfléchir, n’importe qui pouvait deviner qu’une sorte de machination se cachait derrière cela. Nala était la Sainte du Salut d’Interkam, ainsi que sa Princesse. Si tout se passait bien, elle deviendrait la prochaine souveraine d’Interkam.
Cette requête fut rejetée immédiatement après avoir été formulée. De nombreux chevaliers nobles du pays étaient des partisans de Nala. Bien qu’ils aient choisi d’abandonner Nala lorsqu’ils avaient repris le commandement de l’armée, c’était aussi à cause de cet abandon qu’ils se sentaient honteux et avaient juré de maintenir leur chevalerie ainsi que le seuil minimum de fierté de la noblesse.
Cependant, il s’avéra que ce « seuil minimum de fierté » n’était pratiquement rien. Quelques jours après que les négociations eurent atteint une impasse, l’opinion selon laquelle il s’agissait d’« une condition qui ne peut être acceptée sous aucun prétexte » changea. Car l’armée de Royas était à nouveau en train de se réorganiser.
Comme l’avait déclaré la partie de Royas, si Interkam ne pouvait accepter cette condition, il n’y avait plus besoin de pourparlers de paix.
« Ce n’est qu’une signature d’accord, il n’y aurait pas nécessairement de danger. N’est-ce pas égoïste de la part de la Princesse de ne pas accepter ? N’est-elle pas la Sainte du Salut ? Pourquoi ne pourrait-elle pas accepter quelque chose d’aussi insignifiant ? »
À un moment donné, ce genre d’argument commença à avoir du sens pour les nobles, et les gens se mirent à soutenir l’idée que la Princesse accepte cette condition pour mettre fin aux négociations. Interkam était à ce stade incapable de supporter une autre guerre, la longue bataille jusqu’à présent avait rendu les nobles un peu estropiés et peu disposés à subir davantage de pertes.
Et comme l’histoire l’avait montré, s’il y avait une première trahison, il y en aurait une seconde. Puisque Nala ne les avait ni blâmés ni rejetés la première fois qu’ils l’avaient fait, elle ne le ferait pas non plus la deuxième fois. Après tout, elle était la bienveillante Sainte du Salut !
Les nobles continuèrent à manipuler l’opinion publique pour forcer Nala à prendre une décision. Selon eux, Nala n’était qu’une chanceuse villageoise, n’importe qui d’autre aurait pu réussir à sa place, ils utilisèrent tous les moyens à leur disposition pour la calomnier.
Les comportements de ces aristocrates devenaient de plus en plus contradictoires de jour en jour. D’une part, ils espéraient que Nala accepterait d’être la représentante pour signer le traité afin que leurs intérêts et bénéfices soient assurés ; mais d’autre part, ils ne voulaient pas non plus que Nala accepte.
Parce que cela prouverait que Nala n’était rien de plus que cela, et que son titre de « Sainte du Salut » n’était qu’un nom. Cela signifierait qu’elle n’était pas si bienveillante elle-même, ce qui ferait que leurs comportements n’apparaîtraient pas aussi égoïstes et avares. Comme ce serait merveilleux !
Comparé aux autres, le comportement de Seth Ier était beaucoup plus cohérent, il ne souhaitait rien d’autre que Nala marche vers sa mort, de cette façon le trône ne serait qu’à lui.
La majorité des nobles, dans l’intérêt de leurs bénéfices, brisa finalement ce dernier petit fragment de fierté qu’ils appelaient le « seuil minimum de la noblesse » et accepta que Nala aille signer le traité.
Quant aux gens ordinaires, bien que le prestige de Nala fût élevé parmi les civils, ils ne pouvaient pas changer les décisions des nobles. Sans compter que la plupart d’entre eux soutenaient également que Nala aille signer le traité, ils n’en ressentaient même pas de honte. Après tout, son soi-disant titre de « Sainte du Salut » signifiait qu’elle devait se dévouer pour leur apporter le salut, n’est-ce pas ?
À Interkam, seule l’Église de la Grâce Divine n’avait pas encore fait de déclaration publique, alors qu’ils se bombardaient pratiquement de mots pendant les débats. La plupart des échelons supérieurs étaient en désaccord avec l’envoi de Nala, car c’était eux qui avaient soutenu Nala jusqu’à sa position actuelle. Dès que Nala deviendrait la Reine, ils pourraient récolter les généreuses récompenses de leurs efforts, alors pourquoi devraient-ils faire prendre un risque aussi énorme à Nala maintenant ?
Tandis que ceux qui étaient d’accord pour envoyer Nala croyaient que ce serait la meilleure chance pour eux de répandre leur foi à Royas. Si la guerre éclatait à nouveau, le rejet domestique de l’Église par Royas ne ferait qu’augmenter, et il deviendrait beaucoup plus difficile pour eux de s’y propager qu’à tout autre moment.
« Tout le monde, l’Abysse Noir approche, nous n’avons pas le temps », déclara froidement Luen, le sceptre à la main. « La lumière de Dieu devrait briller sur plus de gens, et non être limitée à Interkam, notre temps est compté. »
La controverse au sein de l’Église de la Grâce Divine fut progressivement réprimée par Luen. Il ne put s’empêcher de se remémorer la scène d’il y a quelques années. À cette époque, c’était sa persuasion qui avait fait avancer Nala, et maintenant, ce serait également lui qui pourrait l’envoyer à sa mort.
« Ce que je fais, je le fais pour le bien du monde ! »
Nala ne prêta aucune attention aux négociations des derniers jours, et ne se soucia pas non plus des ragots autour d’elle. Elle resta simplement à la maison et accompagna sa mère, Isabella. La femme n’avait actuellement qu’un peu plus de 40 ans, mais elle paraissait déjà en avoir 50 ou 60.
La vie difficile de ses premières années lui avait laissé diverses afflictions. Surtout à la naissance de Nala, elle n’avait pas eu le temps de se reposer après l’accouchement et avait dû travailler sans cesse pour se nourrir et nourrir Nala.
« Nala, n’y va pas », supplia Isabella en tenant la main de Nala. « Ne suis pas l’exemple de ton père. »
C’était maintenant la même situation qu’avec Jacob à l’époque, entouré par les villageois, influencé par la notion d’un « bien supérieur » et forcé d’emprunter un chemin de mort.
« Mais c’est la bonne chose à faire », dit doucement Nala avec une tendresse sans précédent : « Je ne peux pas rester les bras croisés et regarder la guerre éclater à nouveau. Si je ne le fais pas, je suis sûre que je le regretterai. »
« Mère, j’hésite aussi, mais ne m’as-tu pas appris avant ? Lorsque je suis confrontée à des choix difficiles, je dois choisir ce que je pense être la bonne chose à faire », continua Nala : « Et en ce moment, je dois choisir la bonne chose à faire. »
Les yeux d’Isabella étaient d’une tristesse sans précédent. Toutes ces années auparavant, son mari avait perdu la vie pour faire le bon choix. Elle n’avait pu que soutenir sa décision à l’époque, et maintenant, alors qu’elle voulait arrêter la décision de Nala, elle découvrait qu’elle ne pouvait plus l’arrêter.
Depuis qu’elle avait poussé Nala à accepter la position de « Sainte du Salut », elle avait été incapable d’y mettre fin.
En regardant Nala quitter le manoir, en regardant la foule de gens qui l’acclamaient, Isabella sentit soudain que la « Sainte » de quelque chose ou d’autre n’aurait jamais dû exister. Ces gens avaient manifestement oublié que Nala avait été saluée comme la « Sainte du Salut » à cause de ses actions et non l’inverse ! Elle n’avait aucune obligation de faire quoi que ce soit pour ce nom ! Ces gens, ils ne méritaient pas le salut !
Mais il était déjà trop tard, avec l’accord de Nala pour y aller, les négociations furent rapidement achevées. La seule chose qui restait à faire était que les représentants des deux pays se rencontrent et signent le traité de paix à la frontière.
Ceux qui assisteraient à cette signature comprenaient le groupe missionnaire de l’Église de la Grâce Divine, une équipe de chevaliers, et la Sainte du Salut, Nala.
« Votre Excellence Nala, veuillez nous permettre de vous accompagner », une équipe de chevaliers se précipita et s’agenouilla sur un genou devant Nala, le chef de ce groupe était l’héritier de l’[École d’Acier], Alkors Louis.
« Alkors, je me souviens que tu as reçu la pairie pour devenir Vicomte, n’as-tu pas dit que tu discutais de mariage avec la fille d’un Comte ? Il n’est pas nécessaire que tu me suives cette fois », dit Nala avec un sourire.
« Ces choses n’ont plus d’importance maintenant », Alkors se leva, dégaina son épée de chevalier et la tint à deux mains devant son visage, permettant à la lame semblable à un miroir de refléter son visage et sa résolution. Derrière lui, les autres chevaliers firent de même, levèrent leurs épées devant leurs visages et déclarèrent à l’unisson : « Nous sommes des chevaliers, et nous n’avons pas peur de mourir ! »