Chapitre 770
Chapitre 770
L’ascension d’une nouvelle déesse fut un événement qui secoua le monde, s’étendant même au-delà des frontières du Royaume Mortel.Latest content published on NoveIꜰire.net
Dans le Royaume Divin, des dizaines de ruines flottaient autour, vestiges de ce qui fut jadis le Royaume Divin.
Parmi eux, seules celles appartenant aux 14 déesses, ainsi qu’à Ymir, la déesse de la Destruction, étaient entièrement actives. Pendant ce temps, les royaumes des Deux Mères Déesses restaient encore aujourd’hui inerte, accompagnant silencieusement leur sommeil prolongé.
Mais désormais, là où il ne devrait y avoir que ruine et destruction, un vent de changement se levait, apportant avec lui l’aura du renouveau. Des pierres brisées se rassemblaient, et deux royaumes détruits commençaient à fusionner sous la volonté du monde.
Amour et Haine.
Similaires aux sœurs jumelles, elles représentaient des lois opposées — deux sœurs partageant des concepts qui semblaient se heurter mais étaient en réalité complémentaires. Elles étaient deux faces d’une même pièce.
Pendant le Crépuscule des Dieux, celle qui était autrefois connue comme la déesse de l’amour tomba, son concept étant dévoré par sa sœur.
Bien qu’elle ait été tuée peu après par Adam, puisqu’elle ne mourut pas sous la puissance du Fin, elle put ressusciter avec les deux autorités en sa possession.
Ressuscitée il y a un peu plus de mille ans, elle explora le monde, cherchant avec ardeur un moyen de renaître pour reprendre son Trône dans le ciel le plus élevé connu de l’univers — le Royaume Divin.
Mais, à son grand désappointement, elle ne trouva pas de voie pour faciliter son ascension. Instinctivement, elle savait ce qu’elle devait faire. Elle avait juste besoin de résonner parfaitement avec son concept une fois de plus et de donner naissance à une nouvelle divinité.
Cependant, une tâche aussi monumentale était plus facile à dire qu’à faire. Même pour une ex-déesse de son calibre.
Elle parcourut donc le monde avec encore plus d’efforts et de détermination. Pendant plus d’un siècle, elle chercha dans le Royaume Mortel, essayant de trouver quelque chose qui remuerait son cœur.
Elle fit tomber des royaumes, ridiculisa toutes les formes de vie, et manipula autant de personnes que ses caprices le demandaient sur l’instant, mais cela n’a jamais été suffisant.
Aucune de ces manœuvres ne pouvait faire battre son cœur. Aucune d’entre elles ne pouvait l’inspirer à faire le pas suivant.
Du moins, cela avait été le cas jusqu’à ce jour fatidique.
Le jour où elle rencontra une petite sorcière.
Ce n’était qu’un caprice, une façon de passer le temps et de chasser son ennui croissant.
Mais elle réalisa bientôt à quel point la petite sorcière insignifiante était intéressante. Grâce à cette sorcière, elle fut témoin d’une histoire digne du plus grand drame.
Une histoire emplie d’amour, de regret, de jalousie, et de trahison.
Une histoire d’un genre qu’elle avait déjà vue maintes fois auparavant, et pourtant celle-là en particulier avait atteint une telle intensité qu’elle regardait, le souffle coupé, en attendant avec plaisir ce qui allait se passer ensuite.
Après tout, les acteurs et protagonistes de cette histoire étaient d’un calibre que peu pouvaient atteindre.
Le récit d’une Sorcière Maudite et d’un Prince Bénit.
Deux personnes qui pouvaient être considérées, à bien des égards, comme les chéris du monde. Que ce soit en termes d’identités respectives ou du pouvoir qu’elles possédaient, elles frôlaient toutes deux le rang le plus élevé des royaumes établis.
C’était une épopée incroyablement captivante, comme aucune autre pour elle.
Elle ria lorsqu’elle entendit la sorcière avouer son amour à l’homme.
Elle retint son souffle lorsqu’elle vit la sorcière utiliser ses sœurs pour l’aider à conquérir le monde.
Contenu non autorisé : si vous découvrez cette narration sur Amazon, signalez la violation.
Elle se mit à verser des larmes lorsque la sorcière fut finalement trahie par l’homme qu’elle aimait.
Pour la première fois depuis cent ans, elle sentit son cœur battre puissamment dans sa poitrine.
C’était ça. C’était l’histoire qu’elle attendait. Elle voulait, elle avait besoin de faire partie de cette histoire.
Passant d’observatrice à actrice.
Monte sur scène, elle abat l’un des protagonistes de cette tragédie de ses propres mains tout en se dissimulant dans l’ombre.
Elle a tué Jupiter Luxuria. Elle n’avait même pas besoin de bouger ; repousser ces membres du culte qui adoraient Adam avait été bien trop facile.
Si elle n’avait pas intervenu, l’avenir aurait changé radicalement par rapport au chemin qu’il avait emprunté. Jupiter serait devenu l’Empereur du Royaume Mortel, puis aurait complètement exilé Médée. Même Ambroisie n’aurait pas pu l’attaquer, et l’histoire aurait pris fin.
Cependant, grâce à son intervention, une histoire qui aurait dû s’achever entièrement n’était simplement que mise en pause.
Et elle attendait.
Depuis cent ans, elle attendait.
Cent ans deviennent trois cents.
Elle a été témoin de tant d’autres histoires tragiques.
Une histoire sur une jeune sorcière qui aimait l’humanité trop fort mais qui a été trahie.
Une histoire sur une princesse vicieuse qui terrorisait le monde avec son venin.
Une histoire sur des jumeaux qui sont morts parce qu’ils souhaitaient prouver leurs théories au monde.
Et même l’histoire d’un jeune phénix qui a échoué à protéger ses amis.
Toutes ces histoires étaient belles, et pourtant aucune ne l’avait touchée autant que celle de la Sorcière Maudite.
Trois cents ans deviennent sept cents, et bientôt près de mille ans passent.
Et pourtant, elle ne s’est jamais lassée d’attendre. Pourquoi le ferait-elle ? En grandissant, mille ans n’étaient qu’un clin d’œil, une durée insignifiante pour des êtres qui mesuraient le temps en èons.
Elle avait juste besoin d’attendre. Elle savait très bien qu’une histoire aussi puissante ne pouvait se terminer si abruptement, et sa patience avait enfin été récompensée.
Après mille ans, un nouveau chapitre s’était ouvert.
Commencant avec Mars Luxuria, puis continuant avec Sol Luxuria.
Elle a tout observé de loin. Ne s’avançant jamais pour entrer elle-même en scène, mais jamais trop loin pour ne pas pouvoir se considérer elle-même comme spectatrice. Et lorsque le mariage entre les deux a été annoncé au monde, Su Daji pouvait dire, sans l’ombre d’un doute, qu’elle avait applaudi le plus fort de toutes. Plus même que les participants de cette merveilleuse pièce.
Et ainsi, elle est de nouveau montée sur la scène, liant cette fois son histoire à celle de Sol, elle est devenue quelqu’un qu’il ne pouvait ignorer.
Si la vie était une pièce de théâtre, alors elle était à la fois spectatrice, scénariste et actrice.
Bien que la mort de son frère ou sa sœur ait été une honte et quelque chose qu’elle n’avait pas prévu, elle l’a acceptée comme une perte nécessaire pour augmenter la puissance du récit qu’elle tissait.
Après tout, quelle vengeance pouvait être plus belle que celle motivée par la mort de la famille ? Sa propre chair et son propre sang ?
Elle a ri, ressentant la puissance du Destin tissée autour du récit qu’elle avait créé.
Une bienfaitrice pour l’un, une ennemie pour un autre.
Les combats de niveau divin ne se résumaient pas à de simples coups de poing ou de pied ; la capacité à contrôler le récit pouvait tout changer pour des êtres de leur calibre.
Bien que ce soit dommage qu’elle ne puisse pas devenir l’ennemi juré de Sol, puisqu’il avait déjà établi une règle de Trois contre Nihil, cela ne la dérangeait pas.
Elle savait qu’aspirer à un tel rôle pouvait être trop dangereux et briser l’équilibre qu’elle avait soigneusement élaboré au fil du millénaire de ses machinations. Après tout, le récit d’un ennemi juré ne pouvait se terminer que lorsque l’un d’eux mourait.
Elle ne craignait pas Sol, mais il n’était pas nécessaire de s’entrelacer trop avec lui.
Finalement, elle ouvrit les yeux. Le monde sous sa vue divine semblait maintenant si familier ; elle ne put s’empêcher de gémir d’un plaisir incroyable.
Ce n’est qu’à ce moment-là qu’elle réalisa à nouveau à quel point elle avait été diminuée en tant que simple mortelle.
Mais elle comprit aussi une autre chose importante.
Je ne peux pas utiliser toute ma puissance ici.
C’était encore quelque peu supportable en tant que demi-déesse. Mais maintenant qu’elle était de nouveau devenue une déesse, elle ressentait vraiment comme une baleine essayant de respirer sur la terre ferme ou un requin dans un bocal.
La mana dans l’air était tout simplement trop faible, et son existence trop grande pour faciliter son maintien.
Bien que sa puissance croisse rapidement grâce à la naissance d’une déesse, paradoxalement, elle était en danger à cause de cette même déesse.
C’est dommage, mais je dois faire attention.
Si elle allait trop loin en respirant la mana, le monde serait en danger et la considérerait comme une ennemie. Si cet événement se produisait, elle perdrait automatiquement son avantage et ne pourrait plus entrer dans le Monde Mortel.
« Cela ne peut pas être ! »
La rêverie d’Euphorie fut interrompue par le cri d’Invidia.
En voyant leur réaction, un sourire moqueur étira ses lèvres divines, « Vraiment aussi stupides que vous l’avez toujours été. Mes chère sœurs. »
Les quatorze déesses réagirent. Luxuria vérifia d’abord si Asmodeus était toujours en vie, tandis qu’Invidia et les autres tentaient désespérément d’agir et d’empêcher la catastrophe qui allait se produire.
Mais elles comprirent vite qu’il n’y avait rien à faire. Les portes du Monde Mortel leur empêchaient d’y accéder.
Elles pouvaient encore voir, et elles pouvaient même envoyer leur avatar si elles le souhaitaient, mais elles ne pouvaient pas se matérialiser avec leurs véritables corps à l’intérieur du royaume.
Le monde lui-même rejetait leur présence.
Le seul petit problème, c’était que ce rejet était entièrement unilatéral. Elles savaient que la déesse fraîchement née, ou plutôt ressuscitée, pouvait entrer dans le Royaume Divin de son côté, et il n’y avait rien qu’elles pussent faire pour l’arrêter.
Euphorie comprit ce fait, et ne fit rien d’autre qu’esquisser un sourire en regardant les déesses impuissantes.
« Chères petites sœurs. Restez silencieuses et regardez. Sachez simplement que ce n’est que le début. »
La confusion céda rapidement la place à la peur lorsque les déesses réalisèrent un simple fait à partir des paroles d’Euphorie.
Elle n’était que la première.
Luxuria, la plus calme d’entre elles, s’approcha de la porte et observa celle qu’elle considérait autrefois comme sa sœur aînée.
La distance entre elles semblait si courte, et pourtant c’était une distance séparant deux royaumes totalement différents, quelque chose que l’on ne pouvait jamais franchir sauf si Euphorie faisait le premier pas pour entrer dans le divin.
« Tu étais réellement en vie, alors. »
« Toi, tu n’es pas surprise ? Eh bien, je suppose que tu as toujours été la plus intelligente du groupe. Alors, quels sont tes plans, ma petite sœur sournoise ? »
« Moi ? Rien. Je savais que vous reviendriez tous, mais je suis sûre que personne n’aurait imaginé que cela se passerait comme ça. » Luxuria sourit légèrement, indifférente face aux menaces qui pesaient avec l’ascension d’Euphorie.
« Pour quelqu’un qui sait qu’elle est impuissante, tu sembles très calme, » commenta Euphorie, ses yeux se plissèrent en fentes, la suspicion éclairant son regard.
« Bien sûr. Après tout, tu n’as peut-être pas eu le choix, mais tu as vraiment choisi le pire jour possible pour t’élever. »
En prononçant ces mots, Luxuria lança un regard plein de sens vers Lustburg. Elle savait qu’un événement intéressant était inévitable très, très bientôt.