Chapitre 398
Chapitre 398
Au fur et à mesure que le festival avançait, Sol commença lentement à prêter de plus en plus attention à Sheherazade, et plus il le faisait, plus il devenait curieux d’elle en tant que personne.
« Sol ! Sol ! Regarde ça ! »
Sol sourit en regardant Isis recevoir une glace pour la petite Sheherazade qui bavait. C’était une scène amusante car la glace était clairement trop grande pour la petite fée. Mais la voir la dévorer lentement tout en utilisant de la magie pour éviter qu’elle ne déborde était si mignonne que c’était réconfortant.
« Tu sais, j’ai toujours été curieuse. Pourquoi es-tu toujours si heureuse et pétillante ? »
Lorsque Sol s’était rapproché de Sheherazade pour la première fois, il ne la considérait que comme une naïve tête en l’air. Ce n’est qu’après avoir appris son passé qu’il comprit que cela était loin d’être la vérité.
Contrairement à lui ou Isis, Sheherazade n’était pas née dans de bonnes conditions. Elle n’était pas noble ni issue d’une famille puissante. Elle était une simple roturière de sa propre race, confrontée à ses propres difficultés quotidiennes.
Pour elle, son talent et sa puissance n’étaient pas une bénédiction mais une malédiction. Elle avait perdu ce peu qu’elle possédait déjà. Elle était devenue une cible, devait vivre cachée, et avait de l’anxiété à l’idée d’être un jour capturée, pour finir presque morte après avoir été piégée dans un vortex spatio-temporel et tombée dans un désert.
Seule la chance lui avait permis de rencontrer Isis.
Pourquoi quelqu’un comme elle pouvait-il encore vivre une vie aussi heureuse et rester si gentille ? Pourquoi ne pensait-elle pas à la vengeance ? Pourquoi n’était-elle pas consumée par la peur ou la haine ?
Sol ne savait pas pourquoi il lui posait cette question. Mais plus il pensait à la vie de Lilith, plus il voulait connaître le point de vue des personnes qui ne cédaient pas face au désespoir.
« Hum… ? »
Les deux filles furent clairement surprises par cette question soudaine.
Sheherazade pencha la tête, confuse, puis réfléchit.
« Tu sais… Je ne suis pas vraiment très intelligente ou forte. Haha~ »
Elle esquissa un sourire embarrassé avant de continuer : « –Mais tu vois. Je n’ai pas vraiment le choix, n’est-ce pas ? Ce n’est pas comme si pleurer ou être en colère allait changer ma situation. Je n’aime pas les choses tristes. Donc je ne veux pas devenir triste moi-même. »
Sol resta sans voix face à un raisonnement aussi simple : « Alors tu te forces à montrer de la joie ? »
« Hein ? Pas vraiment ? Je veux dire, je peux bien manger, bien vivre, j’ai Isis et maintenant je visite même le royaume des mortels. Hahaha~ ! Ma vie est si heureuse. Alors pourquoi ne voir que le négatif ? La vie est bien plus amusante quand on rit. »
Voyant Sol la regarder avec une expression étrange, Sheherazade devint confuse,
« Désolée. Comme je l’ai dit, je ne suis pas vraiment très intelligente. Je ne sais pas comment m’expliquer autrement. »
« Non… »
Sol secoua la tête, « Tu n’as pas à t’excuser. »
Il leva les yeux vers le ciel. « Je ne sais pas si ta façon de penser est juste ou fausse. Mais sûrement, le monde serait un endroit bien plus heureux si tout le monde pensait comme toi. »
Sol ne pouvait pas accepter la façon de penser de Sheherazade.
Pour lui, ne voir que le positif et se contenter de ce que l’on avait signifiait accepter la stagnation. Refuser d’avancer et d’évoluer.
Les gens devenaient plus forts en affrontant et en surmontant les difficultés. Les humains évoluaient parce qu’ils n’étaient pas satisfaits.
Plutôt que la Luxure, la cupidité était le plus grand moteur pour être doté d’intelligence.
Mais… cela signifiait-il qu’il avait raison et qu’elle avait tort ?
Non. Certaines personnes trouvaient le bonheur en atteignant des sommets plus élevés. D’autres, comme elle, étaient heureuses avec les petites choses de la vie.
Il n’y avait pas de vrai ou de faux dans la façon dont on poursuit le bonheur.
« Merci de m’avoir répondu. »
Sol sentit son respect pour la petite fée s’envoler.
Face à l’adversité, certaines personnes ne pouvaient que renoncer, s’agenouiller et maudire le monde.
Il n’y avait rien de mal à cela. La façon dont on gère la tristesse est personnelle et personne n’a le droit de les juger.
Mais il y avait certaines personnes.
Les gens les appelaient, idiots, simples d’esprit, naïfs, et stupides. Sans comprendre la profondeur de leur force intérieure.
Même face au moment le plus dévastateur, ils pouvaient sourire, se relever et trouver de la joie dans les choses simples.
Ces personnes, peu importe combien le destin les frappait, pouvaient encore avancer et progresser, sans regarder en arrière.
En y réfléchissant, on pourrait dire que la force mentale de Shéhérazade était même supérieure à celle de Lilith.
L’une choisit d’abandonner la vie après avoir perdu celle qu’elle aimait le plus. Vivre uniquement dans le passé en ignorant le présent ou l’avenir.
L’autre choisit de rire face au Destin, même après avoir tout perdu, et décida de se concentrer sur le présent et l’avenir.
« Hahaha, tu es vraiment incroyable. »
« Je le suis ? Hehehe~ ! Bien sûr que oui ! Incline-toi devant mon moi génial ! »
« Bien sûr, ta fabulosité. »
Shéhérazade rit et s’envola avant de se poser sur la tête de Sol, entre ses cornes. « Allons-y ! Mon fier destrier. Arrêtons de penser aux choses difficiles et amusons-nous ! »
Isis ouvrit grand les yeux en voyant cela. Même si Sol n’avait pas été élevé par des dragons, elle savait très bien à quel point ils pouvaient devenir furieux si quelqu’un qu’ils ne respectaient pas essayait de les monter.
Mais quand elle vit que Sol ne montrait aucune réaction négative et riait simplement à haute voix, elle sentit un poids s’enlever de ses épaules et elle aussi se mit à rire avec eux.
Une des raisons pour lesquelles Isis avait réussi à garder son sourire même en vivant dans un endroit où tout le monde la détestait, c’était qu’elle avait quelqu’un comme Shéhérazade à ses côtés.
La fée apportait toujours de la joie et du bonheur, apaisant ses inquiétudes. Elle était heureuse de voir qu’elle avait le même effet sur Sol.
Elle prit Sol par le bras et les trois continuèrent à visiter les stands.
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(AN : https://www.youtube.com/watch?v=L8iq_oyBmAg&ab_channel=AnimeeeTubeee)
Après que Sol ait décidé de cesser de trop réfléchir à tout, il commença lentement à suivre le rythme de Shéhérazade et Isis.
Soudain, il se rendit compte que le monde n’était pas si compliqué après tout.
Ils visitaient des stands où ils pouvaient gagner des prix. Une fois que le prix atteignait un certain montant, le propriétaire du stand leur offrait même de garder les prix pour eux, puis de les expédier plus tard à la Tour.
Le fait qu’aucun d’eux ne montre de surprise à cela était assez révélateur, mais Sol les ignora simplement.
Il avait l’impression de devenir plus jeune. Comme un enfant qui court partout et s’amuse simplement, sans connaître à quel point le monde est vaste.
La lumière dans le ciel, les gens dansant ou se déplaçant en déguisements élaborés, tout cela était simplement joyeux et magnifique.
Dans cet endroit, il n’y avait pas de distinctions entre nobles et roturiers. Les gens s’amusaient simplement.
Cela pourrait être considéré comme de l’évasion. Ignorer la réalité pour un bref moment de bonheur.
Mais Sol ne prit pas la peine de réfléchir trop profondément.
Il s’amusait.
C’était différent de la joie née du combat et de la défaite d’un adversaire habile.
C’était aussi différent du bonheur de passer du temps avec ses amants.
C’était une forme de joie plus pure et plus simple. Une joie qui avait longtemps été réprimée dans son cœur à cause de toutes les responsabilités qui pesaient sur lui. Mais maintenant, il pouvait l’exprimer librement.
Sol avait toujours voulu un ami. Quelqu’un avec qui il pourrait parler en égal et partager la joie comme la peine.
Il pensait avoir un ami en Chloe, la fille sacrée du côté des Anges. Mais le temps qu’ils avaient passé ensemble était simplement trop court.
Il pensa alors qu’il pourrait devenir ami avec Ares. Mais après ce qui s’était passé avec Gerald et leur relation de subordonné/superieur, c’était tout simplement impossible.
Mais maintenant, il réalisait qu’il avait deux vrais amis.
Isis et Shéhérazade.
Tout bien considéré, ils n’avaient passé que quelques mois ensemble.
Mais ce qu’ils ont affronté en ces quelques mois dépassait ce que la plupart des gens verraient de toute leur vie.
Sol a toujours été méfiant à l’idée de faire confiance à quelqu’un après ce qui s’était passé avec Gerald.
Mais avec eux, il n’avait pas cette crainte.
Était-il encore naïf ?
Peut-être.
Devrait-il toujours garder l’œil ouvert au cas où ?
Très probablement.
Mais le ferait-il ?
Pas du tout.
La confiance se mérite. Elle ne se donne pas. Les deux avaient combattu à ses côtés. Mis leur vie en danger pour lui et décidé de le suivre où qu’il aille.
S’il ne croyait pas en eux, en qui pourrait-il encore croire ?
Ce soir-là, Sol riait comme un enfant.
Demain, il ferait face à bien des choses qui le dépassaient.
Ce serait difficile. Il pourrait être déçu.
Ses efforts pourraient ne pas être récompensés au final.
Mais cela lui allait.
Il lui suffisait de continuer à avancer jusqu’au bout.
(AN : Qu’est-ce que le bonheur ? La force apporte-t-elle le bonheur ? Dans notre monde, la force serait l’argent. Certains disent que l’argent ne mène pas au bonheur. En réalité, je crois qu’on n’a pas besoin d’argent pour être heureux. De la même façon, on n’a pas besoin de force pour être heureux. Mais avoir de la force aide à éviter d’être massacré simplement parce qu’un gros bras a eu une mauvaise journée. Si Shéhérazade était forte comme Tiamat, qui diable essaierait de la cibler ?)
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