Chapitre 2 538
« Qu’en penses-tu ? Tu crois qu’ils apprendront à se servir correctement de leurs reliques ? »
Un léger sourire se dessina sur les lèvres du vieux Lancelot avant qu’il ne réponde : « Il leur faudra du temps. Tu devrais voir les bons à rien dont je dois m’occuper. »
Je ne le contredis pas, car j’avais déjà assisté à leur démonstration lorsqu’ils avaient rejoint son école.
Pourtant, c’étaient des Utilisateurs de reliques envoyés ici par les différents pays de l’Alliance raciale. C’étaient ceux que le vieux Lancelot avait promis à ces pays de former.
Au bout du compte, il n’avait donc aucun moyen d’y échapper.
Mais, à vrai dire, leur comportement ne le dérangeait pas tant que ça.
Il aimait enseigner ; plus il y avait d’élèves, mieux c’était.
Tant qu’ils avaient un minimum de savoir-vivre, le vieux Lancelot ne voyait aucun inconvénient à les instruire.
Quant à ceux qui n’avaient pas bon caractère, il les avait déjà refusés et chassés. De toute façon, le vieux Lancelot n’avait jamais voulu s’occuper de ces gens-là.
Mais la frontière entre ceux qu’il jugeait irrécupérables et les autres était très mince.
Il en gardait beaucoup qu’on considérait comme mauvais, parce qu’il pensait pouvoir les remettre dans le droit chemin.
J’avais déjà rencontré ces vauriens, et le vieux Lancelot semblait plutôt doué pour les redresser. Il ne lui fallut que quelques jours pour raboter leurs aspérités.
À voir les bleus qu’ils avaient au visage, on devinait sans peine la méthode qu’il avait employée.
Mais ce n’était pas forcément une mauvaise chose.
Plus ces Utilisateurs de reliques restaient dans leur pays, plus les nobles qui y vivaient risquaient de les corrompre. Cela dit, ils n’étaient pas tous mauvais ; certains avaient aussi bon caractère.
Quoi qu’il en soit, ils étaient tous les élèves du vieux Lancelot, à présent.
En regardant autour de moi, je ne pus m’empêcher de reconnaître qu’ils s’étaient vraiment donné du mal pour l’aider à installer cette école.
L’Alliance raciale avait beau avoir déjà accepté d’aider le vieux Lancelot à fonder son école, elle ne se serait pas activée aussi vite pour cette seule raison.
En définitive, si elle s’était tant investie dans la création de cette école, c’était à cause de la dernière condition que j’avais avancée lors de la réunion.
Puisque tout reposait sur la force pour obtenir une place de chef parmi les Utilisateurs de reliques, il ne leur restait qu’à rendre les leurs plus puissants.
Et, parmi toutes les méthodes possibles, la plus efficace consistait à faire appel à celui qui avait formé les premiers Utilisateurs de reliques et les avait menés là où ils en étaient aujourd’hui.
Tout le monde reconnaissait non seulement la force du vieux Lancelot, mais aussi son talent pour enseigner. C’était pourquoi tous comptaient sur lui pour faire de leurs Utilisateurs de reliques des candidats capables de se disputer ces postes.
Seulement, ils étaient tombés tête la première dans le piège qu’on leur avait tendu.
« Ce n’est pas comme ça qu’il faut faire. Concentre-toi et garde le contrôle de l’Énergie divine jusqu’au bout. Si tu la perds en cours de route, elle se dispersera.
— Tu réfléchis tellement à ce que tu veux faire que tu mets trop de temps à rassembler l’Énergie divine.
— Allez, tu fais “frouf” et ensuite “vlan” ! »
À part ce dernier conseil, les autres étaient plutôt utiles aux Utilisateurs de reliques qui avaient rejoint l’école.
Ceux qui donnaient les conseils étaient les chefs choisis parmi les Utilisateurs de reliques.
C’était l’autre volet du plan mis en place pour contrecarrer les projets des petits pays.
Nous cherchions à nouer des liens entre eux et les Utilisateurs de reliques placés sous leurs ordres. Ainsi, au bout du compte, ces derniers ne voudraient pas les défier.
Bien sûr, ils ne seraient pas là lors des visites des représentants des autres pays. Mais ceux-ci ne tenaient pas à venir souvent, puisqu’ils n’étaient pas particulièrement à l’aise dans cet endroit.
Le vieux Lancelot avait choisi un lieu éloigné de toute ville, au beau milieu d’un village quelconque. Ce n’était certainement pas là que ces représentants auraient voulu séjourner.
Alors, tant que les professeurs étaient absents quand les représentants ne l’étaient pas, personne ne pouvait vraiment y trouver à redire.
J’avais tout compris bien avant qu’ils ne passent à l’action.
Mais, pour ce qui était de la manière d’enseigner d’Alidus…
C’était le seul élément imprévu du plan : je ne m’attendais pas à ce qu’il soit si mauvais pédagogue. J’en avais déjà eu un aperçu pendant le tournoi, mais j’avais espéré que le vieux Lancelot l’aiderait.
Seulement, quand le vieux Lancelot vit la façon dont Alidus enseignait, il se contenta de dire : « C’est sa méthode, il n’y a rien de mal à ça. Certains ne peuvent apprendre qu’avec lui. »
Puisque le vieux Lancelot n’intervenait pas, ce n’était pas à moi de m’en mêler.
Au moins, il semblait bien s’entendre avec ses cadets.
À l’avenir, quoi que tentent ces petits pays, toutes les voies qu’ils auraient pu emprunter seraient déjà bloquées.
Un plan qui faisait d’une pierre plusieurs coups.