Chapitre 641
Chapitre 641 - Bataille Imaginaire
Traducteur/Checker: Gray
Sunny et le diabolique destrier du Seigneur de l'Ombre déchu s'affrontèrent dans une interminable tapisserie de cauchemars. Tous deux étaient animés d'un désir insatiable de détruire l'autre, brûlant de soif de sang, de fureur et d'une implacable volonté de tuer.
Leur sang coula dans une centaine de rêves déchirants, se dissolvant dans les rivières cramoisies qui se déversèrent dans le Royaume de Hope au fil des siècles. En tant que plus faible des deux, c'était Sunny qui saignait le plus souvent... mais à chaque fois qu'il était déchiré et tué, il s'assurait de laisser au moins une marque sur le corps ténébreux de l'étalon.
Peu importe le nombre de fois que ce maudit cheval tuait Sunny, il devait partager sa douleur. Sunny n'était pas seulement chassé... non, il était lui-même un chasseur. Qu'importait le nombre de morts qu'il connaissait, les affreux tourments que les cauchemars lui réservaient ? Dans ce royaume de terreurs, il était aussi immortel que le destrier stygien. Chaque fois qu'il mourait, il renaissait.
Et chaque fois qu'il renaissait, il avait une chance de devenir quelqu'un — ou quelque chose — que l'étalon infernal ne pourrait pas vaincre. Lorsque cela se produisait, les rôles s'inversaient et c'était le cheval noir qui devait souffrir, être brisé et mourir de sa main.
Chaque meurtre remplissait l'âme de Sunny d'une joie sombre et jubilatoire.
Il se moquait de mourir encore et encore, d'être le témoin d'horreurs atroces et d'éprouver la pire cruauté que l'on puisse imaginer. Il n'était même pas sûr d'être une personne, après tout. Mais peu importe qui ou ce qu'il était, Sunny était heureux d'endurer autant d'agonie qu'il y en avait, tant qu'il pouvait faire en sorte que le destrier sombre la ressente aussi.
Aucun d'entre eux ne pouvait mourir dans ses rêves, et cette bataille allait donc se jouer sur la ténacité de leurs volontés.
Ils allaient voir lequel d'entre eux se briserait le premier...
Malheureusement, les occasions de blesser réellement le destrier de l'ombre étaient rares. Dans toute l'histoire du Royaume de Hope, il n'y avait pas beaucoup de créatures capables de défier sa force vicieuse, et encore moins de créatures que Sunny avait eu la chance d'habiter dans leurs moments les plus sombres de désespoir.
Ce n'est pas pour autant que sa chasse fut sans succès.
Après avoir cédé à la folie et abandonné la foi en la réalité des cauchemars et de ses propres souvenirs, Sunny se retrouva avec un vide béant à la place de son identité. Il ne savait que très peu de choses sur ce qu'il était vraiment, et ne se souciait pas vraiment d'en savoir plus. Cela n'avait aucun sens pour son objectif de tourmenter et de tuer le cheval noir, encore et encore... néanmoins, quelques constantes se révélèrent bientôt.
Son cœur douloureux, son don de regarder dans l'âme des êtres vivants... et son nom. C'était la seule chose dont il parvenait à se souvenir...
Perdu de la Lumière.
C'était son nom, et c'était ce qu'il était.
Une fois que Perdu de la Lumière avait réussi à se souvenir de son nom, celui-ci agissait comme une ancre irrésistible qui tirait lentement d'autres choses de l'obscurité de l'oubli qui enveloppait son véritable être. Pas des souvenirs à proprement parler, mais des choses bien plus utiles... des compétences, des fragments de connaissances, des idées, des schémas de pensée...
Tout comme un corps possédait sa propre mémoire, une âme en possédait une aussi. Connaître son nom, son vrai nom, était la clé qui permettait de la débloquer.
Il n'était donc pas complètement démuni face au destrier infernal.
De plus, Perdu de la Lumière avait découvert qu'il avait une étrange aptitude pour ce combat onirique éprouvant qui était le leur. Se réveiller dans un nouveau corps après chaque mort — qu'il s'agisse d'un homme ou d'une femme, d'un enfant ou d'un vieillard, d'un humain ou d'une bête, d'une créature ordinaire ou d'un Éveillé possédant des pouvoirs uniques et inexplicables — aurait été totalement déroutant et décourageant pour n'importe quel guerrier. Comment se battre si l'on ne se connaît pas soi-même ?
Mais son esprit possédait une flexibilité remarquable, une capacité insidieuse à s'adapter à n'importe quelle circonstance presque en un instant, comme s'il était informe et malléable par nature, et donc facilement modelable pour s'adapter à n'importe quelle situation.
Perdu de la Lumière découvrit qu'il pouvait manier avec brio un grand nombre d'armes, quelle que soit son identité, comme s'il avait déjà participé à d'innombrables batailles. Il pouvait apprendre à manier n'importe quelle autre arme en observant simplement ses ennemis pendant quelques instants. Il pouvait facilement percevoir leurs techniques et leurs intentions, et utiliser ce savoir pour les détruire.
Lorsqu'il renaissait sous la forme d'une créature redoutable, il comprenait presque instantanément comment utiliser son corps bestial pour déchiqueter ses ennemis, comme s'il avait vécu d'innombrables vies sous la forme d'innombrables monstres.
Mais le plus important, c'est qu'il découvrit que se battre contre ceux qui étaient plus forts que lui était sa seconde nature. L'esprit de Perdu de la Lumière était plein de trahison et de ruse, qu'il pouvait utiliser pour infliger de terribles blessures au redoutable étalon, même si leur puissance était largement incomparable.
C'est ainsi qu'ils se chassèrent et s'entretuèrent dans de nombreux cauchemars, attendant de voir lequel des deux céderait le premier sous le poids du désespoir et d'une souffrance sans fin.
Perdu de la Lumière ne céderait pas.
...Mais ce maudit cheval refusait lui aussi de se céder.
Le destrier noir était aussi résistant que lui, aussi têtu, aussi volontaire et aussi impitoyable. Il endura le flot ininterrompu de blessures et de morts que Perdu de la Lumière lui infligeait avec la même détermination inébranlable, sa haine et sa fureur meurtrière ne faisant que croître.
Le destrier était animé d'une volonté diabolique et d'un esprit sournois. Il était prêt à souffrir de terribles tourments pour l'éternité, tant qu'il s'agissait de détruire son ennemi encore et encore. Sans se soucier de l'agonie, l'étalon semblait sombrement satisfait de la partager avec sa proie sauvage.
Le cheval noir était aussi fou que Perdu de la Lumière l'était.
Aucun des deux n'abandonna, peu importe le nombre de fois où ils furent mutilés, déchiquetés et tués.
Ni l'un ni l'autre ne céda.
...En fin de compte, c'est le cauchemar sans fin qui devait se fracturer et s'effondrer à la place.