Chapitre 2 400
Chapitre 2400 – Briser les Règles
Traducteur/Checker : Gray
Aaahh...
Sunny sentait son esprit se dérober.
Le Marionnettiste se dressait au-dessus du monde comme une falaise sombre, les orbes noirs géants de ses yeux noirs inquiétants fixant les pentes de la montagne de soie sans passion.
Kai luttait toujours pour se libérer de la masse de soie noire, mais il était presque entièrement immobilisé à présent.
Sunny se débattait également contre les fils du Marionnettiste.
Mais c'était inutile.
Si ces derniers ne faisaient que le maintenir en place, il aurait pu les déchirer. Il aurait pu se glisser hors de leur étreinte inéluctable, au moins. Mais les fils liaient son esprit comme ils liaient son ombre — ses pensées mêmes étaient entravées, et Sunny ne pouvait même plus envisager d'essayer de se libérer.
Le temps lui était compté.
La seule pensée que le Marionnettiste ne pouvait pas empoisonner par le doute était celle que Sunny répétait silencieusement, l'utilisant comme un axe qui maintenait son esprit ensemble et l'empêchait de tomber entièrement sous le contrôle de l'étrange Créature du Cauchemar.
Tuer, je dois le tuer !
Sa soif de sang était son seul salut.
Les vastes ombres s'agitèrent. Sunny divisa son esprit en d'innombrables flux, abandonnant la plupart d'entre eux pour en libérer certains de l'emprise insidieuse du Marionnettiste.
Il devait faire quelque chose de radical.
Le temps des mesures désespérées était venu...
Et disparu.
L'heure de la folie pure avait sonné.
Sunny s'imagina en train de prendre une grande inspiration.
Après quoi, il prit toute sa volonté, toute son autorité, toute son intention de tuer et tout le pouvoir que lui avait conféré l'Étoile du Soir.
Et les utilisait pour faire naître une ombre.
En y réfléchissant bien... le Marionnettiste était vraiment dans une mauvaise situation.
Son véritable pouvoir résidait dans ses esclaves, mais aucun d'entre eux n'était là pour protéger son maître.
Le papillon noir restait immobile, et ce n'était pas parce qu'il n'avait pas besoin de bouger, mais plutôt parce que le Tyran Enneigé n'était pas si féroce et si fort physiquement. Tout ce qu'il pouvait faire pour dissuader l'adversaire était d'utiliser ses pouvoirs profanes et sa volonté particulière pour l'atteindre.
De plus, Sunny était plus ou moins son prédateur naturel.
En effet, Sunny commandait une légion de mânes, et les mânes ne possédaient ni volonté ni conscience de soi. Ils n'avaient aucun désir, aucune résolution, aucune détermination propre...
Ils ne connaissaient donc pas l'hésitation. Ils étaient immunisés contre le doute, car le doute était étranger à leur nature même. Le Marionnettiste n'avait rien à empoisonner, il était donc impuissant à contrôler les mânes — il ne pouvait que contrôler leur maître. Mais tant que Sunny resterait ferme dans ses convictions, ses mânes seraient capables de faire ce qu'il ne pouvait pas faire.
Seul un énorme problème, de la taille d'une montagne, subsistait. Le Marionnettiste était peut-être faible en cas d'affrontement direct, mais ce n'était que relatif. Il restait un Tyran Maudit, quel que soit son véritable talent.
Ce n'était pas n'importe quelle ombre qui pouvait l'affronter.
Les Guêpes d'Obsidienne seraient détruites par un seul battement d'ailes du Marionnettiste. Les Loups de l'Ombre seraient vaincus et déchirés en un instant. Abondance tiendrait plus longtemps, mais n'aurait pas assez de puissance offensive pour tuer le détestable papillon de nuit avant qu'il ne soit trop tard. Le Roi des Rats était vicieux et dévastateur, mais il avait besoin de temps pour se propager et devenir inarrêtable.
Seul le Loup subsistait.
L'impitoyable et fier prédateur de la nuit des temps... assez féroce et fatal pour arracher les ailes du Marionnettiste et écraser son épouvantable tête.
Et pourtant...
Sunny était plein de doutes.
Le Loup serait-il vraiment capable de tuer le Tyran Enneigé ?
Sunny lui-même resterait-il assez ferme pour ne pas ordonner à son ombre effrayante de battre en retraite ?
Non...
Le doute rendait Sunny faible et indécis. Il le désespérait. Il avait encore assez de contrôle sur lui-même pour invoquer une ombre, mais n'était pas certain qu'il en serait de même dans quelques minutes.
Alors...
Il fit ce qu'il faisait toujours lorsqu'il était acculé au pied du mur.
Il tricha.
L'ombre invoquée par Sunny n'était pas une Guêpe d'Obsidienne, Abondance, le Roi des Rats ou le Loup.
Au lieu de cela, c'était l'ombre d'un autre Tyran Maudit.
C'était Condamnation.
Sunny avait perdu l'accès à ses mânes après être entré dans le Jeu d'Ariel, mais ces derniers existaient toujours quelque part, dans son âme. D'autres mânes auraient pu être invoquées et obéir à ses ordres, mais ce n'était pas le cas de Condamnation. Parce que celui-ci n'avait jamais répondu à son appel auparavant.
Augmentée par l'Étoile du Soir, la volonté tyrannique de Sunny et son autorité indéniable s'abattirent sur le sombre géant, lui ordonnant d'émerger de la paisible obscurité de son âme.
Sunny pensait pouvoir vaincre le Tyran obstiné grâce à la Mémoire Sacrée...
Mais il se trompait.
Sa volonté et son autorité s'effondrèrent contre les profondeurs insondables et inertes de l'énorme ombre. Condamnation refusait de bouger, comme à son habitude. Ce dernier restait immobile, surplombant les eaux silencieuses de son âme.
Sunny s'y attendait.
Après tout, il n'avait pas non plus été capable d'invoquer d'autres mânes gagnés au-delà des limites du Jeu d'Ariel. Mais si Sunny ne pouvait pas les invoquer avec son Aspect [Légion de l'Ombre], que les lois de ce royaume artificiel perturbaient, cela ne signifiait pas qu'il ne pouvait pas tromper ces lois.
Ainsi, au lieu d'ordonner à l'ombre gigantesque de se révéler, il rassembla simplement toute sa volonté...
Et bannit Condamnation de son âme.
Il chassa Condamnation dehors.
Sunny n'avait jamais fait une chose pareille auparavant — ce qui ne voulait pas dire qu'il ne pouvait pas. Maintenant qu'il était Suprême et qu'il exerçait une plus grande autorité sur son âme et sur les mânes qui la peuplaient, il pouvait les invoquer et les rappeler. Il pouvait également stocker des objets physiques dans son âme et les en expulser, les manifestant ainsi.
C'est ce qu'il avait fait avec l'immense ombre de Condamnation — il l'avait expulsée.
Sunny n'avait jamais essayé de faire cela avec aucun de ses mânes par le passé, et ce pour une bonne raison.
Toute ombre qu'il ne pouvait pas invoquer avec son Aspect [Légion de l'Ombre] était une ombre qui n'obéissait pas à ses ordres. Ce fait ne changerait pas même s'il parvenait à l'invoquer, ce qui signifiait qu'une fois que l'ombre de Condamnation émergerait au grand jour, Sunny n'aurait aucun contrôle sur elle.
Elle pouvait attaquer le Marionnettiste. Elle pouvait tout aussi bien l'attaquer lui. Elle pourrait même rester immobile et ne rien faire, se contentant d'être.
Mais c'était un risque que Sunny était prêt à prendre pour le moment.
En fait, il s'en réjouissait.
L'inconvénient potentiellement mortel de l'invocation d'une ombre désobéissante était en fait une grâce salvatrice dans sa situation actuelle.
Car si Sunny ne pouvait pas contrôler Condamnation... le Marionnettiste ne pouvait pas contrôler Sunny pour qu'il ordonne à Condamnation de se retirer.
Et comme il n'utilisait pas la [Légion de l'Ombre] pour l'invoquer, les lois du Jeu d'Ariel n'empêcheraient pas le colosse d'ombre d'apparaître.
Tyran Enneigé, Tyran Cendré... et si on ajoutait un troisième Tyran au mélange ? Brisons ses satanées règles !
D'innombrables fils de soie noire flottaient dans le vent, s'empressant de lier l'immense ombre...
La réalité semblait onduler.
La mer de nuages tourbillonnait.
Après quoi, la masse de fils de soie fut déchirée lorsqu'une énorme main émergea de l'immensité informe de Sunny, s'étendant loin dans le ciel et projetant une ombre titanesque sur le flanc de la montagne tremblante.