Chapitre 81
« Vite, vite, tout le monde, soyez sur le qui-vive ! Le grand patron de Louis Vuitton Chine vient inspecter nos installations aujourd'hui. Toi, Xiaoqi, fais attention ! La plaque d'immatriculation du gros bonnet est NB945, alors assure-toi d'être irréprochable quand il arrivera ! »
Alors que les vigiles se frottaient les mains, attendant avec impatience l'arrivée du grand patron de Louis Vuitton, Fang Chenyi avait déjà conduit sa camionnette Wuling jusqu'à l'entrée VIP du centre commercial Baida, dans le garage souterrain.
Fang Chenyi était déjà passé par là et s'était demandé pourquoi Baida ouvrirait un magasin dans un garage souterrain. Maintenant, il comprenait : c'était leur parking VIP.
« On dirait que la pauvreté limitait vraiment mon imagination. » Il devait admettre que Baida avait fait preuve d'une certaine attention dans ses aménagements.
BIP.
La camionnette Wuling s'arrêta devant la porte vitrée, mais celle-ci ne s'ouvrit pas. Voyant cela, Fang Chenyi klaxonna. « Li Qian ne les a pas encore prévenus ? » se demanda-t-il. « Son efficacité laisse un peu à désirer. »
Au moment même où il se demandait s'il n'avait pas surestimé Li Qian, les deux vigiles, debout comme des piquets à côté de la porte vitrée, froncèrent les sourcils.
« On attend le grand patron de Louis Vuitton, alors d'où sort ce fauteur de troubles ? Si le patron débarque maintenant et se retrouve coincé derrière ce type, je peux faire mes valises et me préparer à être viré, c'est sûr. »
« Hé, hé ! L'ami, c'est une voie VIP ici. Les véhicules non autorisés sont interdits. Veuillez partir immédiatement et ne pas bloquer la circulation ! »
Voyant que la vieille camionnette Wuling ne montrait aucun signe de départ, le vigile s'avança en toute hâte pour parler au jeune homme à l'intérieur.
Fang Chenyi leva les yeux au ciel, résigné. « Voilà ce qui arrive quand on ne conduit pas une belle voiture. » Il comprit enfin. « Si j'avais conduit la Sesto Elemento, ce vigile n'aurait jamais osé m'arrêter. »
« Hé, je sais que c'est le garage VIP. C'est ma destination. Oh, au fait, je suis le propriétaire de Louis Vuitton Chine. J'ai demandé à l'une de mes collaboratrices de vous prévenir. Peut-être que je suis juste un peu en avance. »
Bien qu'il ait été arrêté, le ton du vigile restait raisonnablement poli, alors Fang Chenyi expliqua patiemment la situation.
Mais pour le vigile, cette explication n'était que des foutaises. « Ce type raconte n'importe quoi », pensa-t-il. « Peu importe que son accent soit clairement local, regardez juste la voiture qu'il conduit ! Une Wuling, qui vaut peut-être cinquante ou soixante mille yuans, tout au plus. Tu connais la fortune du patron de Louis Vuitton ? Tu crois qu'il conduirait une épave pareille ? »
Le vigile imagina que le gamin avait dû surprendre les ordres de son capitaine à la radio.
« N'empêche, ce type a du culot. Si tu étais arrivé en Mercedes ou en BMW, on t'aurait peut-être cru... »
« Écoute, mon pote, arrête tes blagues. Je ne cherche pas à te rabaisser, mec. Je conduis une Baojun moi-même. Le patron de Louis Vuitton ? Tu as une idée de l'argent qu'il a ? Laisse-moi t'apprendre un truc : les riches patrons comme lui ne conduisent pas eux-mêmes. Ils sont assis à l'arrière. Allez, allez, dépêche-toi de dégager, l'ami. Le vrai patron sera là d'une minute à l'autre. Tu ne veux pas être humilié, et je ne veux pas qu'on me ponctionne mon salaire. »
Pff... Fang Chenyi resta sans voix en regardant le vigile sortir de sa poche une clé de voiture étonnamment élégante. « Ma voiture a vraiment l'air si bon marché ? » pensa-t-il. « Certes, l'extérieur ressemble à une camionnette Wuling, mais c'est là que s'arrête la ressemblance. Tout à l'intérieur, jusqu'au moindre boulon, est fait sur mesure ! »
« Non, vraiment, pourquoi je te mentirais ? Je suis honnêtement le propriétaire de Louis Vuitton. Hé, pourquoi tu ne vérifies pas mon numéro de plaque d'immatriculation pour demander ? »
Voyant que le jeune homme ne voulait pas partir malgré ses persuasions amicales, le vigile commença à s'agacer. Il fut particulièrement irrité quand Fang Chenyi lui demanda de signaler son numéro de plaque.
« Si je signale vraiment qu'une camionnette Wuling est là en prétendant être le patron de Louis Vuitton, mes supérieurs vont me passer un savon pas possible. J'aurais de la chance de m'en sortir avec juste une engueulade. »
« Hé ! Qu'est-ce qui ne va pas chez toi, gamin ? Pourquoi tu fais autant d'histoires ? Signaler ta plaque ? Ouais, c'est ça ! Laisse-moi t'éduquer. On a déjà reçu l'avis : la plaque d'immatriculation du grand patron, c'est NB945 ! Tu entends ça ? Une plaque comme ça, ça crie "Je suis le meilleur" ! Tellement imposant ! Maintenant, regardons ta plaque... N-B-9... 9-4-5 !!! BORDEL ! Mon Dieu ! "Je suis le meilleur"... non, non, C'EST VOUS le meilleur, monsieur ! C'est vous ! Toutes mes excuses ! S'il vous plaît, entrez ! Par ici ! »
Plus il parlait, plus il s'animait, son expression rayonnant pratiquement d'excitation alors qu'il décrivait la plaque d'immatriculation du grand patron. Après avoir terminé sa « leçon » pour Fang Chenyi, il fit un pas de côté pour jeter un œil à la plaque de la camionnette. Au moment où il le fit, le vigile se figea, la bouche bée et les yeux écarquillés comme des soucoupes.
À sa décharge, le vigile fut rapide à comprendre. Après un bref instant, il conclut que cela ne pouvait pas être une coïncidence. Une fois qu'il eut confirmé que la plaque était correcte, son regard se tourna à nouveau vers Fang Chenyi, et il le vit soudain sous un nouveau jour.
« Il était beau, avec un air digne... il ressemblait exactement à un homme qui a réussi... »
Observant les manières du vigile, Fang Chenyi se contenta de sourire, impuissant, et secoua la tête. Il appuya sur l'accélérateur et conduisit la camionnette Wuling dans le passage désormais ouvert.
Juste au moment où la camionnette Wuling pénétrait dans le passage, la radio sur l'épaule du vigile se mit soudainement à grésiller. Une voix rauque et en colère en jaillit :
« Bon sang ! Vieux Wang, qu'est-ce que tu fous ? C'était quoi cette voiture que tu viens de laisser passer ? Hein ? C'était quoi comme voiture ? Tu as laissé une camionnette déglinguée entrer dans le garage VIP ? Si tu as envie de mourir, ne m'entraîne pas dans ta chute ! »
En entendant le rugissement de son capitaine à la radio, le Vieux Wang ne put qu'esquisser un sourire amer.
« Capitaine, Capitaine... cette voiture... c'est la voiture du patron de Louis Vuitton... »
Dans la salle de surveillance du garage VIP, le capitaine, qui fixait l'écran, explosa en entendant les mots du Vieux Wang. Il manqua de jeter la radio qu'il tenait à la main.
« Conneries ! Avec son statut, pourquoi il conduirait cette épave ? Le patron devrait être là d'une minute à l'autre, alors tu ferais mieux de te reprendre ! Sinon, ne prends même pas la peine de venir demain ! »
Le Vieux Wang attendit que son capitaine ait fini de hurler avant de dire timidement :
« C'est vrai, Capitaine. Cette voiture appartient vraiment au patron de Louis Vuitton. Vous le saurez si vous regardez juste sa plaque d'immatriculation... »
Bien qu'encore furieux, le capitaine de la sécurité zooma inconsciemment sur la camionnette déglinguée sur le flux de la caméra.
À mesure que l'image s'agrandissait, la camionnette apparut sur le moniteur haute définition, faisant une marche arrière pour se garer. Alors que son regard glissait vers le bas, une série de caractères sur la plaque d'immatriculation apparut :
« G... C... point... N... B... 9... 4... 5... BORDEL ! GC-NB945 ??? C'est vraiment la putain de voiture du patron de Louis Vuitton ?? »