Chapitre 554
Qi Xiaotian était parti avec Poseidon Trapp réorganiser le Clan Poséidon. Seuls Vajra et Fang Chenyi étaient restés dans la grande salle.
À présent qu’il connaissait l’emplacement de la prochaine Pierre runique, Fang Chenyi n’avait aucune raison de ne pas aller la chercher.
Cette fois, cependant, il ne comptait pas emmener Qi Xiaotian et les autres. Après tout, ils n’étaient pas assez forts pour affronter des maîtres des Arts martiaux.
Plutôt que de s’embêter à les emmener, mieux valait donc les laisser sur place pour qu’ils achèvent de consolider le Clan Poséidon.
Quant à Vajra… sans même parler du fait qu’il pouvait à lui seul balayer tout le Clan d’Hadès…
…s’il le laissait derrière lui, il n’y aurait probablement personne pour le maîtriser.
Qui savait dans quel pétrin il risquait de se fourrer ?
Il tourna la tête et vit le grand gaillard accroupi par terre, occupé à tracer des cercles sans entrain. Un sourire espiègle aux lèvres, Fang Chenyi l’appela.
« Hé, toi ! Arrête de rester accroupi là à dessiner des cercles. Viens, j’ai quelque chose d’amusant à te donner. »
En l’entendant l’appeler, Vajra bondit joyeusement sur ses pieds et accourut, l’air de vouloir lui plaire.
La créature était plutôt futée. Il avait suffi que Fang Chenyi parle d’un objet amusant pour éveiller aussitôt son intérêt.
Face à Vajra, grand et bâti comme une armoire, Fang Chenyi fit tourner son poignet. Le Trident pivota dans sa main en une jolie arabesque, puis il le tendit au singe.
« Tiens, c’est pour toi. Voyons si tu arrives seulement à le manier. »
Ce Trident ne pesait pas les légendaires 7 425 kilos du Bâton d’or Ruyi, mais il n’avait rien d’un objet ordinaire.
« La force actuelle de Vajra est insondable, mais je me demande s’il arrivera seulement à soulever ce truc. »
À la vue du Trident qu’on lui tendait, Vajra s’empressa de tendre la main.
Il venait de voir son maître le faire tournoyer et brûlait d’envie de le prendre en main.
Accroupi par terre à tracer des cercles, il avait cherché comment amadouer son patron pour qu’il lui cède l’arme. Jamais il n’aurait imaginé que celui-ci la lui donnerait tout simplement. Comment aurait-il pu ne pas sauter de joie ?
L’instant d’après, sous le regard attentif de Fang Chenyi, l’énorme main de Vajra se referma sur la hampe du Trident.
Il le souleva d’une seule main, sans le moindre effort.
Son visage ne trahissait pas la moindre difficulté. Fang Chenyi ne put que revoir à la hausse l’idée qu’il se faisait de la véritable puissance de Vajra.
Le Trident en main, Vajra afficha un sourire jusqu’aux oreilles.
Et il ne resta pas les mains inactives : il se mit à imiter les mouvements de Fang Chenyi, faisant tournoyer la grande hallebarde.
Mais, aussi vite qu’il apprenait, il ne parvint pas à reproduire les manœuvres complexes de Fang Chenyi.
Entre ses mains, le Trident tenait moins de l’arme d’hast que de la massue : il s’en servait pour faucher largement et asséner des coups vers le bas.
La grande salle retentit aussitôt du sifflement de l’arme qui fendait l’air.
CRAC.
Fang Chenyi regardait avec amusement la créature bondir dans tous les sens, ravie de jouer avec le Trident…
Quand, soudain, un craquement sonore retentit.
Des débris se mirent aussitôt à pleuvoir du plafond de la salle.
« Putain ! Regarde où tu balances ce truc ! Si tu fais s’écrouler la salle, on sera enterrés dessous tous les deux ! »
En fait, dans son enthousiasme, le singe venait de fracasser le grand pilier central de la salle.
Heureusement, la salle était solidement bâtie ; l’effondrement du pilier ne fit tomber que quelques débris.
Mais, à entendre les craquements qui se succédaient, il ne savait pas combien de temps encore la salle tiendrait.
Fang Chenyi secoua la tête, impuissant, et n’eut d’autre choix que d’entraîner rapidement Vajra hors de la salle. Qui savait si tout l’édifice n’allait pas s’écrouler d’un instant à l’autre ?
« Dire que Vajra a brisé d’un seul coup ce pilier si épais que plusieurs hommes auraient dû se donner la main pour l’encercler. La force de son coup devait être phénoménale. »
Il jeta un coup d’œil au Trident que tenait Vajra. Malgré le choc, il n’était ni tordu ni même cabossé.
« Ce Trident doit être incroyablement résistant. »
L’homme et le singe sortirent de la salle. Mais Fang Chenyi n’eut même pas le temps de réprimander Vajra : un grondement sourd résonna derrière eux et le sol se mit à trembler.
Un instant plus tard, la grande salle, qui s’élevait à des dizaines de mètres, s’effondra dans un fracas.
« Putain ! Elle s’est vraiment écroulée ! »
Alors que la salle s’effondrait, Fang Chenyi s’assura de tirer Vajra en arrière, et tous deux s’éloignèrent rapidement jusqu’à une distance sûre.
L’effondrement souleva toutefois un immense nuage de poussière. Quand Fang Chenyi eut entraîné Vajra hors de la zone, le gorille noir et lustré d’autrefois était couvert de crasse de la tête aux pieds. Il ressemblait à s’y méprendre à un singe couvert de boue.
Fang Chenyi, lui, était parfaitement propre.
Il avait délibérément libéré son pouvoir pour former une barrière protectrice autour de lui et empêcher la poussière tourbillonnante de l’atteindre.
Vajra, lui, n’avait pas songé à faire de même. Voilà pourquoi il ressemblait à présent à un gigantesque gorille couvert de boue.
Après avoir secoué sa fourrure d’un puissant mouvement du corps pour en chasser la poussière, Vajra comprit qu’il allait avoir des ennuis. Il baissa la tête et resta silencieux devant Fang Chenyi.
Il serrait toutefois toujours le Trident, de peur que Fang Chenyi ne le lui reprenne.
Le vacarme attira rapidement une foule, et Qi Xiaotian fut le premier à arriver sur les lieux.
Voyant que Fang Chenyi et Vajra n’étaient pas blessés, il poussa un long soupir de soulagement, puis demanda d’un air perplexe :
« Que s’est-il passé, frère Fang ? »
Fang Chenyi désigna Vajra du menton.
« Cet idiot faisait tournoyer son nouveau jouet dans la salle et a brisé le pilier central en deux. »
« Euh… »
Qi Xiaotian et les autres, qui s’étaient précipités sur place, restèrent sans voix devant l’explication de Fang Chenyi.
Mais, voyant que personne n’était blessé, ils se dispersèrent tous.
Une fois la foule partie, Fang Chenyi tapa, exaspéré, sur la grosse tête de Vajra.
« Ça t’apprendra à faire moins de bêtises. Bon, ça va, arrête cette tête d’enterrement. Je ne t’en veux pas vraiment. »
En entendant ça, Vajra, qui avait l’air complètement abattu, afficha aussitôt un grand sourire.
Il poussa même quelques cris joyeux, comme pour promettre à Fang Chenyi qu’il ne ferait plus de bêtises.
« Bon, maintenant que tu as démoli l’endroit, nous n’avons plus de toit. Je comptais partir demain pour le Clan d’Hadès, mais autant nous mettre en route dès ce soir. Allons-y. »