Chapitre 497
Le ciel était pur et azuré, et la terre ressemblait à une mer de jade.
Le sol y était particulièrement fertile ; les plantes aquatiques poussaient en abondance, jusqu’aux genoux d’un homme.
C’était le célèbre Yu Tian des Plaines du Nord, réputé comme l’un des pâturages les plus riches. À présent, les gens s’y rassemblaient, leurs bannières flottant au vent.
Le rassemblement des héros de Yu Tian durait déjà depuis un demi-mois.
Durant la première semaine, chaque tribu avait clamé ses propres slogans, dans un vacarme incessant. Peu à peu, cependant, toutes les forces avaient commencé à s’unir par le biais d’alliances. À présent, il ne restait plus que les deux plus puissantes.
D’un côté se trouvaient Liu Wen Wu, de la tribu Liu, et de l’autre Hei Lou Lan, de la tribu Hei.
En cet instant, les deux camps se faisaient face avec bravoure.
Une vaste arène avait été aménagée au milieu de la foule.
Deux maîtres Gu des Plaines du Nord s’y livraient à un combat acharné ; tous deux étaient de rang quatre.
Autour de l’arène, les spectateurs suivaient le combat avec attention. Ils avaient rarement l’occasion d’assister à des affrontements entre chefs de tribu.
Surtout lorsqu’il s’agissait des deux combattants présents : l’un appartenait à la voie vertueuse, l’autre à la voie démoniaque. Tous deux étaient célèbres et se vouaient une haine profonde !
« Démon des eaux, rends-toi ! » cria le maître Gu d’âge mûr dans l’arène, avant de frapper le sol du pied et de bondir dans les airs.
En plein vol, il prit une profonde inspiration, puis souffla vers son adversaire une flamme noire de la taille d’un panier.
Le cœur de Démon des eaux Hao Ji Liu se mit en alerte.
Ses yeux brillèrent d’une lueur bleue tandis qu’il déversait frénétiquement son essence primitive d’or jaune dans le Gu du Mur d’eau.
« Lève-toi ! »
Il leva les deux paumes de bas en haut ; son geste paraissait lourd, comme s’il soulevait un poids de dix mille catties.
À son mouvement, une vapeur d’eau sans limites se condensa en une cascade bleue qui jaillit du sol.
La cascade s’élança à contresens, puis retomba en formant une arche d’eau épaisse.
Les flammes noires s’abattirent lentement sur le mur d’eau et s’éteignirent aussitôt.
« Hein ? » Les spectateurs furent stupéfaits. Ils s’apprêtaient à railler Démon des eaux, qui avait fait tout un plat de rien, lorsque la braise, à peine éclairée d’une lueur, explosa soudain !
BOUM !!!
L’explosion assourdissante résonna comme le fracas du tonnerre.
De grandes gerbes de flammes jaillirent et changèrent l’épais mur d’eau en vapeur.
La violente déflagration souleva un vent furieux qui se propagea à toute vitesse.
Mais la tempête ne put sortir de l’arène. Des maîtres Gu se tenaient tout autour et activaient leurs Gu défensifs, formant une barrière circulaire qui protégeait solidement le terrain.
« Quelle maîtrise terrifiante ! »
« Une explosion aussi puissante approche déjà les effets d’un Gu de rang cinq. Chai Ming le Prodigue du Feu avait dissimulé cette technique meurtrière jusqu’ici ! »
« Démon des eaux l’a bien repérée, mais il a tout de même sous-estimé l’attaque de seigneur Chai Ming. »
À mesure que les secousses de l’explosion s’atténuaient, les spectateurs se mirent à discuter bruyamment, les yeux rivés sur l’arène.
Hei Lou Lan et Liu Wen Wu eux-mêmes ne parvenaient pas à en détacher le regard.
Mais, sous la barrière lumineuse circulaire, la vapeur d’eau avait plongé l’arène dans un brouillard blanc qui empêchait d’y voir clairement.
Tous attendirent patiemment. Lorsque la vapeur se dissipa, Chai Ming se tenait toujours debout, haletant, et regardait le corps sous son pied. « Démon des eaux, pensais-tu qu’un jour pareil viendrait, quand tu as tué mon père ?! »
Démon des eaux Hao Ji Liu cracha plusieurs gorgées de sang sous le pied de Chai Ming, le visage tordu par la douleur.
« Hahaha, nous avons gagné ! »
« Seigneur Chai Ming est invincible ! »
Les spectateurs restèrent un instant bouche bée, puis le camp de Liu Wen Wu éclata en acclamations assourdissantes.
De l’autre côté, certains partisans de Hei Lou Lan gardaient le silence, tandis que d’autres avaient la bouche crispée.
« Frère Lou Lan, je vous laisse gagner¹. » Liu Wen Wu se leva et joignit les poings devant Hei Lou Lan, un sourire aux lèvres et une élégance tout en retenue.
Hei Lou Lan semblait n’avoir pas prévu ce résultat. Il renifla froidement et s’apprêtait à prononcer quelques paroles de politesse…
Fouit !
Un léger sifflement retentit, et Chai Ming baissa les yeux vers sa poitrine, stupéfait.
Une lame d’eau acérée lui jaillissait du cœur.
Il se retourna lentement et vit son ennemi, Hao Ji Liu, lui sourire avec cruauté, le visage couvert de cloques laissées par le feu.
« C’est le vrai… Alors, celui sous mon pied… » Chai Ming était perplexe.
Ploc.
Au même instant, le « Hao Ji Liu » sous son pied se transforma en flaque d’eau et se dispersa.
« C’est le Gu de l’Image aquatique ! » s’exclama quelqu’un.
« Le Gu de l’Image aquatique est un rare Gu de rang quatre, mais le Démon des eaux a manifestement employé plusieurs autres méthodes pour rendre son image aussi réaliste. »
Les paroles qui lui parvinrent aux oreilles permirent à Chai Ming de comprendre pourquoi il avait perdu.
« Misérable… » Ce fut le dernier mot qu’il prononça. Il mourut le cœur empli d’indignation.
« Seigneur Chai Ming ! » s’écrièrent de nombreuses personnes, accablées de chagrin.
« Mon frère ! » Le chef de la tribu Chai fondit en larmes.
« Hahaha… » Hei Lou Lan renversa la tête et éclata de rire, sans chercher le moins du monde à dissimuler sa joie. Il leva le pouce vers le Démon des eaux. « Hao Ji Liu, tu as fait du bon travail ! Viens, bois ce vin ! »
« Merci pour votre récompense, seigneur. » Démon des eaux quitta l’arène en grimaçant sous la douleur des brûlures qui couvraient son corps, mais accepta tout de même la coupe et la vida d’un trait.
« Excellent vin ! » lança-t-il avec un sourire flagorneur, avant de rendre la coupe à Hei Lou Lan.
Bien que tous méprisassent son absence de scrupules, sa force était désormais manifeste et sa réputation maléfique était bien connue ; personne n’osa le railler ni se moquer de lui.
Hei Lou Lan agita la main et lança de sa voix rude et grossière : « Garde aussi cette coupe en récompense. Yan Cui Er, viens, apporte-moi une coupe propre et sers-moi le meilleur vin ! »
À son appel, une jolie jeune fille vêtue d’une magnifique tenue s’avança docilement. Elle posa plusieurs coupes sur la table devant Hei Lou Lan, puis versa le vin avec grâce.
C’était la fille aînée de la tribu Yan et la fiancée de Liu Wen Wu. Démon des eaux Hao Ji Liu l’avait enlevée et offerte à Hei Lou Lan comme présent de bienvenue.
Hei Lou Lan avait emmené Yan Cui Er en hâte au rassemblement des héros afin de s’en servir contre Liu Wen Wu.
« Jeune maître Liu, vous ne pouvez pas me vaincre. Pourquoi ne pas admettre votre défaite ? Je vous rendrai alors votre fiancée. » Hei Lou Lan vida sa coupe d’un trait et essuya grossièrement de sa barbe le vin qui y avait coulé.
« Héhéhé, pourquoi un homme s’inquiéterait-il de ne pas avoir d’épouse ? Cette jeune fille est belle, certes, mais elle ne saurait remplacer l’ambition qui m’anime. Frère Lou Lan, n’as-tu jamais entendu le vieux dicton : les femmes sont comme des vêtements, les frères comme nos mains et nos pieds ? Puisqu’elle te plaît, frère Lou Lan, garde-la. » Liu Wen Wu gloussa, sans laisser paraître le moindre courroux.
« Le jeune maître Liu est vraiment ambitieux ! »
« Le jeune maître Liu Wen Wu est un véritable homme des Plaines du Nord. »
« C’est bien vrai ! Seul un homme pareil mérite que nous le suivions ! »
Les gens du camp de la tribu Liu prirent tour à tour la parole pour soutenir Liu Wen Wu. Comme il s’agissait d’une femme, ils n’étaient pas troublés et n’avaient rien à répliquer.
C’était la tradition des Plaines du Nord : les hommes y étaient considérés comme supérieurs aux femmes. « Les femmes sont comme des vêtements, les frères comme des mains et des pieds » : ce dicton venait du Vénérable immortel Soleil Géant en personne.
Les lignées transmises par le Vénérable immortel Soleil Géant étaient collectivement appelées la famille Huang Jin.
La famille Huang Jin détenait l’autorité suprême dans les Plaines du Nord et suivait également les traditions de son ancêtre.
Si Liu Wen Wu pouvait rivaliser d’égal à égal avec Hei Lou Lan, c’était qu’il n’était naturellement pas facile à gérer. Ses paroles tournaient en fait en dérision le caractère lubrique et dépourvu d’ambition de Hei Lou Lan, le faisant passer pour un homme détaché des affaires profanes.
Hei Lou Lan renifla avec colère. « Les gens de votre tribu Liu ont toujours eu la langue bien pendue. Et alors ? Allez, allez, envoyons nos hommes dans l’arène et faisons-les s’affronter ! »
L’expression de Liu Wen Wu changea aussitôt quelque peu.
Yan Cui Er n’était pas son plus grand point faible ; c’était bien celui-là.
Au cours des neuf affrontements précédents, il n’en avait remporté que trois et avait perdu de nombreux experts. Lors du combat juste avant, il avait même perdu l’expert de rang quatre Chai Ming le Prodigue du Feu.
À présent, Hei Lou Lan le défiait de nouveau, et il n’avait pas d’autre choix que d’accepter.
S’il refusait, il passerait pour un lâche. Or, les hommes des Plaines du Nord méprisaient par-dessus tout les maîtres lâches.
Mais s’il acceptait, il était certain de perdre plus qu’il ne gagnerait.
*Bon sang, ce salaud me provoque exprès pour affaiblir mes troupes d’élite. Mais je ne peux pas montrer de faiblesse au rassemblement des héros. Qui vais-je envoyer cette fois ?*
Liu Wen Wu grinça intérieurement des dents et promena son regard autour de lui.
Des gens appartenant à la voie vertueuse comme à la voie démoniaque s’étaient ralliés à lui ; les personnages célèbres ne manquaient pas. Pourtant, à cet instant, aucun n’osait croiser son regard : les uns baissaient la tête, les autres regardaient au loin.
Alors que les subordonnés de Liu Wen Wu étaient gênés, une voix tonitruante retentit au loin : « Grand frère, ne t’inquiète pas, envoie-moi ! »
« Mon troisième frère est arrivé. » Liu Wen Wu se réjouit en entendant cette voix.
La foule s’écarta pour ouvrir un passage. La personne qui s’y engagea surprit tout le monde.
Cet homme était grand, avec un corps massif, une bouche féroce et un nez large. Sa peau était noire comme l’encre, et sa longue barbe ainsi que sa chevelure blanche semblaient se fondre en une crinière de lion.
Cette apparence si singulière, avec ses cheveux blancs et sa peau noire, laissa la foule interdite un instant, avant que quelqu’un ne s’écrie, révélant l’identité de l’homme : « Cet homme… c’est un homme-encre ! »
Les hommes-rocs, les hommes-œufs, les hommes-poilus et les hommes-encre n’étaient pas les descendants de Ren Zu, mais des hommes variante.
Les hommes-encre étaient également mentionnés dans les Légendes de Ren Zu. Leur terre natale était la Montagne des Livres.
La Montagne des Livres abritait une Chute d’encre qui se déversait dans la Source de littérature. L’encre déchaînée tombait sur les rochers et donnait naissance aux hommes-encre.
« Grand frère, ton petit frère est en retard ! » L’homme-encre s’avança jusqu’au centre du terrain et s’inclina profondément devant Liu Wen Wu.
« Tu n’es pas en retard, pas du tout. Tu arrives à point nommé. » Liu Wen Wu lui tapota l’épaule et le présenta à tous. « Voici Mo Shi Kuang, avec qui j’ai juré fraternité dans ma jeunesse. »
« Mo Shi Kuang… Le jeune maître Liu a vraiment bon goût : il fraternise avec un insignifiant homme variante. Très bien, que mon Prince Vipère échange quelques coups avec ton frère. »
Du côté de Hei Lou Lan, un maître Gu aux yeux triangulaires s’avança.
« Viens. » Le Prince Vipère rejoignit l’arène et fit signe à Mo Shi Kuang d’approcher d’un doigt.
Mo Shi Kuang, provoqué par ce geste, bondit aussitôt dans l’arène, furieux. « Meurs ! »
Il frappa ses deux paumes l’une contre l’autre.
BOUM !
Une force invisible balaya tout sur son passage et s’abattit sur le Prince Vipère sans rencontrer le moindre obstacle.
« Quoi ? La voie du qi ? Rang quatre, stade de pointe ! Merde… » Le Prince Vipère n’eut même pas le temps de finir sa phrase : il fut écrasé en une bouillie de chair qui éclaboussa les alentours.
Le combat se termina en un seul mouvement.
Haaa…
Des souffles glacés aspirés à l’unisson résonnèrent dans l’air.