Chapitre 151
« Quoi ? » Gu Yue Yao Le fut stupéfaite en entendant cela.
Fang Yuan avait déjà frappé à la vitesse de l’éclair : sa main s’abattit sur sa nuque ! Elle s’évanouit sur-le-champ.
La jeune fille s’effondra, impuissante, et Fang Yuan la rattrapa aussitôt par la taille. Puis il activa le Gu des Écailles furtives, et leurs corps disparurent sur place.
Lorsque Gu Yue Yao Le reprit connaissance, encore ensommeillée, elle se découvrit dans une grotte obscure, au cœur de la montagne.
Elle secoua la tête et tenta machinalement de se relever.
Mais elle constata bientôt que ses bras étaient attachés dans son dos, la corde passée autour de son cou ; on l’avait solidement ligotée à un gros rocher.
Fang Yuan lui avait dérobé tous les Gu qu’elle portait sur elle, les avait raffinés et se les était appropriés.
Elle n’était qu’une jeune fille de quinze ans. Avec son corps frêle, comment aurait-elle pu se libérer de cette corde épaisse, enroulée plusieurs fois autour du rocher et nouée solidement ?
Prisonnière dans cet endroit isolé et inconnu, la jeune fille commença à avoir peur.
Elle repensa à l’instant qui avait précédé son évanouissement ; même la personne la plus naïve aurait compris que Fang Yuan s’apprêtait à lui faire du mal.
« Mais qu’est-ce que Fang Yuan va me faire ? Qu’est-ce qu’il prépare ? Est-ce parce que je me suis plainte de lui à grand-mère, et qu’il veut se venger ? » Ligotée, impuissante, la jeune fille vit ses pensées se bousculer à toute vitesse.
Plus elle y réfléchissait, plus elle avait peur, et elle se mit à sangloter sans pouvoir s’arrêter.
« Grand-mère, où es-tu ? Viens vite me sauver… » En pleurant, elle fut saisie d’une peur et d’une solitude intenses.
Fang Yuan n’était nulle part en vue, et ses sanglots emplissaient la grotte.
« Fang Yuan compte me laisser enfermée ici ? Pendant sept ou huit jours, jusqu’à ce que je meure de faim, pour que je ne dise plus jamais de mal de lui ? » Après avoir pleuré un moment, Gu Yue Yao Le envisagea cette possibilité.
Quel être malfaisant !
Fang Yuan, je ne te pardonnerai jamais !!
Elle serra les dents. L’opinion qu’elle avait de Fang Yuan, déjà mauvaise au départ, sombra dans le négatif.
Depuis sa naissance, Gu Yue Yao Le n’avait jamais haï quelqu’un à ce point.
C’est alors qu’elle entendit des pas.
Bientôt, la silhouette de Fang Yuan émergea des ombres.
« Fang Yuan, qu’est-ce que tu me veux ? Détache-moi tout de suite ! Sinon, ma grand-mère s’occupera de toi. » En le voyant, Gu Yue Yao Le se débattit de toutes ses forces, frappant le sol de ses jambes fines comme un faon pris au piège.
« Tu as de l’énergie à revendre », lança froidement Fang Yuan.
Gu Yue Yao Le allait ouvrir la bouche pour continuer à crier de colère, mais elle aperçut alors un énorme ours derrière Fang Yuan.
« U-un ours… » Les yeux écarquillés de stupeur, elle balbutia.
Fang Yuan eut un rire froid. Il tendit la main et caressa le pelage noir de l’ours. Sa voix glaciale s’écoula dans la grotte comme un vent funeste. « Avec la marée des loups, ce n’était pas facile de trouver un ours sauvage pareil. Il m’a fallu beaucoup de temps et d’efforts. »
Gu Yue Yao Le comprit aussitôt. Son esprit vif lui rappela que Fang Yuan avait jadis pris un Gu de l’Asservissement de l’ours à Xiong Jiao Man.
« Je vois… » Elle eut un rire froid et allait parler, mais Fang Yuan s’accroupit soudain devant elle.
« Qu’est-ce que tu fais ?! » La jeune fille tenta de s’éloigner, mais Fang Yuan lui agrippa fermement les joues de la main droite, sans le moindre effort.
« Quel joli minois. Vraiment charmant », remarqua Fang Yuan d’un ton neutre.
Frrt !
Sa main droite s’élança, agrippa la chemise de Yao Le et tira dessus.
Le vêtement se déchira aussitôt, laissant voir ses sous-vêtements roses.
« Ah— !!! » Stupéfaite, la jeune fille poussa un cri strident et se débattit frénétiquement. La corde lui entaillait la chair tendre jusqu’au sang, mais elle n’y prêta aucune attention.
Fang Yuan eut un rire froid et continua de tirer sur ses vêtements pour les déchirer.
Rrrrip.
Bientôt, il ne resta plus de la tenue en lambeaux de la jeune fille que quelques bandes de tissu, dévoilant de larges pans de sa peau délicate et laiteuse.
« Non, non ! » Terrifiée, elle cria de toutes ses forces. À mesure qu’elle imaginait les différentes choses que Fang Yuan pouvait lui faire, tout son corps se mit à trembler.
Pourtant, Fang Yuan ne poursuivit pas comme elle s’y attendait. Il se releva et recula.
Les cris de la jeune fille se muèrent en sanglots.
Mais à cet instant, l’ours noir remua les pattes et s’approcha.
La jeune fille fut terrifiée. Ses pupilles se rétrécirent jusqu’à devenir minuscules : elle venait de sentir la mort approcher.
Fouich !
La patte de l’ours s’abattit, fendant l’air dans un sifflement.
Un bruit sec retentit. Le crâne de la jeune fille fut frappé et la force du coup lui brisa la nuque.
Sa tête pivota selon un angle monstrueux, le cou brisé, et resta pendue d’un côté.
Un instant plus tôt, elle était encore d’une beauté ravissante ; l’instant d’après, elle n’était plus qu’un cadavre. Son corps chaud, attaché au rocher, ressemblait à une poupée cassée.
À présent, même sans que Fang Yuan maîtrise le Gu de l’Asservissement de l’ours, l’animal, tenaillé par la faim, avait déjà baissé la tête pour savourer ce festin.
Il commença par ronger la gorge de la jeune fille. Le sang frais jaillit aussitôt et éclaboussa son pelage noir.
Ensuite, il s’attaqua aux seins blancs et tendres de la jeune fille, pareils à des boutons de fleurs encore clos.
L’ours mordit d’une seule bouchée son sein droit, arrachant la peau et la chair et dévoilant ses côtes d’une pâleur mortelle.
À cet instant, l’ours brisa ces os d’un coup de patte. Les organes internes de la jeune fille furent écrasés et le sang se mit à couler à flots.
Libéré de la cage de ses os, l’ours enfonça davantage son museau dans le corps de la jeune fille. Il happa son cœur, qui battait encore, puis l’avala d’une seule bouchée.
Le cœur glissa dans sa gorge et descendit dans son estomac. Cet ours, qui avait dû se cacher sans pouvoir manger à cause de la marée des loups, poussa un rugissement de satisfaction.
Après un nouveau rugissement, il baissa encore la tête et se remit à dévorer ses organes internes sans retenue.
Gloups, gloups, gloups.
L’ours noir ouvrait et refermait la gueule en mâchant. De grandes quantités de sang en jaillissaient dans un bruit de liquide.
Un long moment passa avant qu’il ne relève enfin la tête.
La poitrine de la jeune fille était désormais vide, et l’énorme blessure s’étendait jusqu’à son ventre. Pourtant, l’ours ne semblait guère s’intéresser à ses intestins blancs et luisants.
Il se concentra sur ses jambes fines et blanches.
Les doigts de jade de la jeune fille furent arrachés d’une seule bouchée par l’ours noir. Après quelques coups de mâchoire, il les avala dans un craquement net.
Ses cuisses étaient elles aussi un mets de choix.
La chair tendre de ses cuisses dégageait un parfum de jeune fille. Quand l’ours eut fini, il ne resta que les os blancs de ses jambes.
Au milieu de ses mouvements, le crâne de la jeune fille finit par tomber au sol.
À vrai dire, elle avait un joli visage. Ses yeux noirs et brillants, son nez rond légèrement retroussé, sa peau rosie comme des fleurs de pêcher, sa petite bouche et ses deux rangées de dents blanches et régulières.
Mais à présent, son visage avait perdu toute couleur ; sa peau était d’une pâleur cadavérique. Ses beaux cheveux noirs pendaient et lui couvraient la moitié du visage. Ses yeux écarquillés fixaient le vide, emplis de peur et de colère.
Une mort injuste et pleine de rancœur !
REMARQUE : Ce qui suit est un texte religieux qui semblera peut-être absurde à la plupart des lecteurs. Prenez-le avec un grain de sel.
Les bras croisés, Fang Yuan observa l’expression de Gu Yue Yao Le et se rappela une parole bouddhiste entendue sur Terre : « Sans notion de soi, sans notion de personne ; détaché de tout être vivant, détaché de la notion du temps. Le vide, c’est le crâne rouge et les os blancs, la peau et la chair ! »
« Je suis moi-même, mais sans individualité. Briser la notion de soi, c’est comprendre que l’on est ordinaire et banal. “Sans notion de soi” signifie que “tous sont égaux, sans différence”. »
« L’humanité consiste à ne plus considérer les humains comme une race supérieure ni à rabaisser les autres êtres vivants. “Sans notion de personne” signifie que “le monde est égal, sans différence”. »
« Les “êtres vivants” désignent toutes les formes de vie. Il ne faut plus tenir la vie pour supérieure ni croire que les choses inanimées, telles que les pierres et l’eau, sont douées de conscience. C’est cela, être “détaché de tout être vivant”, autrement dit : “tout dans le monde est égal, sans différence”. »
« Tout objet et toute créature ont leur propre durée de vie. Être “détaché de la notion du temps”, c’est précisément comprendre que, qu’ils existent ou non, ils sont tous égaux, sans différence. »
« Aussi beau ou belle soit-on, on finit toujours en squelette. Les os, la peau et la chair ne font qu’un, mais les gens préfèrent la peau et la chair et craignent les os : ils s’attachent aux apparences et ne reconnaissent pas que tout est égal. »
« Cette parole bouddhiste appelle les humains à dépasser toutes les formes pour voir la vérité. »
« La beauté est superficielle ; les gens, moi-même, le monde et le temps, tout cela est superficiel. Celui qui dépasse les apparences voit le Bouddha. »
« Reconnaître et dépasser, traiter toute chose comme égale : tout est égal. »
« Ainsi, le Bouddha sacrifia son corps pour nourrir les tigres et se coupa la chair pour nourrir les aigles. C’était la bienveillance de son cœur : il voyait tout ce qui existe en ce monde comme sien, aimait toute chose et portait à tout un amour immense. »
« Que ce soit moi, les autres, les animaux, les plantes, ou même les pierres et l’eau inanimées, jusqu’aux choses qui n’existent pas, nous devons tout aimer. »
« Si un mortel voyait un ours dévorer une personne, un adolescent fougueux bondirait peut-être en criant : “Monstre, ne touche pas à un être humain !” ou “Beauté, n’aie pas peur, tonton est là pour te sauver !” et ainsi de suite. »
« C’était là l’amour et la haine d’un mortel : aimer les jeunes filles et haïr les grands ours. Ne pas dépasser les apparences, s’y attacher encore et ne pas voir son squelette humain rouge. »
« Si le Bouddha se tenait là et voyait un ours dévorer une personne, il soupirerait et réciterait : “Si je ne vais pas en enfer, qui donc ira ?” Il sauverait la jeune fille et se donnerait en pâture à l’ours noir. »
« C’était là l’amour et la haine du Bouddha : aimer la jeune fille et aimer l’ours, traiter toute chose comme égale. »
« Mais, en cet instant, c’était Fang Yuan qui se tenait ici. »
En voyant la mort tragique et violente de la jeune fille, son cœur ne fut pas ébranlé.
Ce n’était pas qu’il se fût insensibilisé à la mort ; il avait dépassé les apparences et n’était plus attaché à rien. Sans notion de soi, sans notion de personne ; détaché de tout être vivant, détaché de la notion du temps…
Voir tous les êtres vivants comme égaux, c’était reconnaître l’égalité du monde.
Ainsi, la mort de la jeune fille ne différait pas de celle d’un renard ou d’un arbre.
Mais pour un simple mortel, la mort de la jeune fille aurait éveillé la colère, la haine et la pitié. Si c’était la jeune fille qui dévorait l’ours, il n’aurait rien ressenti. Si une vieille dame avait été dévorée, sa pitié en aurait été considérablement réduite. Si c’était un méchant, un meurtrier, qui se faisait dévorer, il aurait applaudi et s’en serait réjoui.
En vérité, tous les êtres sont égaux, et le Ciel et la Terre sont justes.
La nature est équitable, indifférente à l’amour comme à la haine ; elle est sans émotion et ne favorise personne.
La loi du plus fort : le vainqueur rafle tout !
La disparition d’une forme de vie, qu’est-ce que cela représente pour l’ensemble du monde naturel et l’immensité du cosmos, pour le long fleuve de l’Histoire ?
La mort, c’est la mort. Qui peut choisir de ne pas mourir ? Qu’importe qu’il s’agisse d’une jeune fille, d’un ours, d’une fourmi, d’un renard, d’un arbre, d’une vieille dame ou d’un meurtrier : tous sont vils ! Méprisables ! De la vermine !
Ce n’est qu’en reconnaissant cela, en dépassant les apparences et en atteignant la vérité que l’on accède à la divinité.
Cette divinité, si elle fait un pas vers la lumière, devient Bouddha. Si elle fait un pas vers les ténèbres, elle devient démon.
La nature démoniaque !