Le silence dans la Cité des Engrenages n'était plus celui d'une machine parfaitement huilée, mais celui d'un cadavre mécanique se vidant de sa vapeur et de ses étincelles.
(Sssssssss-hiss... glou...!!)
Ce qui était autrefois une métropole de bronze et de précision n'était plus qu'un paysage de cauchemar ; les horloges, qui rythmaient jadis l'existence, gisaient à terre comme des géants décapités, leurs sphères de cristal pulvérisées et leurs aiguilles tordues telles des doigts agonisants pointés vers l'aurore chromatique.
(GRINCEMENT... CLANG-GG...!!)
Le sol de la place centrale, qui avait supporté le poids des époques, était désormais fracturé en mille morceaux.
"Haa... haa... haa..."
Les dalles aux reflets boréaux avaient pris une teinte grisâtre cadavérique, percées de fissures si profondes qu'une chaleur industrielle étouffante s'en échappait.
(Goutte... splat... grésillement...!!)
Dans chaque recoin, l'air était saturé par l'odeur âcre du métal brûlé et le parfum sucré du cacao pourri, créant une atmosphère dense qui rendait la vision difficile.
"Fuuh... Je me sens si bien..."
Les colosses de bronze qui patrouillaient autrefois les rues n'étaient plus que des tas de ferraille fumante, leurs circuits exposés et leurs yeux-lentilles éteints, fondus par la friction d'attaques que même leurs capteurs n'avaient pu enregistrer.
(K-chak!)
Au milieu de cette désolation, appuyé contre l'axe d'un engrenage maître qui refusait de s'arrêter de tourner malgré sa scission en deux, Yumemaru tentait de reprendre ses esprits.
"Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas ressenti une telle brûlure... Comme je le pensais... J'aime vraiment me battre..."
Devant lui, la silhouette de Sirael, allongée avec un sourire de satisfaction, marmonnait dans sa barbe en contemplant le ciel embrasé.
(¡¡K-ZAK... CHONK!!)
Là, luttant pour rester debout, Yumemaru portait sa tunique — autrefois élégante — désormais réduite à un chiffon de tissu brûlé et imbibé de sang, alors qu'il tentait de se redresser.
"Hé, tu penses la même chose, n'est-ce pas ?!"
La conscience de Yumemaru s'était brouillée après s'être poussé dans ses derniers retranchements, incapable de saisir les mots que le monstre devant lui prononçait...
"..."
À chaque fois que l'engrenage libérait un jet de vapeur, la silhouette du Fondateur se révélait un instant : un homme qui, malgré des côtes brisées et un bras gauche pendant inutilement, continuait de serrer la garde de son épée, Lune Fendue, avec une détermination qui défiait la logique de la douleur.
"Ce regard que tu gardes malgré ton état... Ça me fait vraiment bouillir le sang."
Ses yeux, injectés de sang et assombris par l'épuisement de jours de combat ininterrompu, scrutaient l'horizon de ruines.
(... Shija... Je... dois... gagner... du temps...)
Même aux portes de la disparition, il gardait son objectif en tête, tentant d'avancer, sachant qu'ils n'étaient pas partis ; ils attendaient simplement que la poussière de la dernière collision retombe.
(¡¡VROOOO-MMMM-KRRR-SHHH!!)
Mais à cet instant, au loin, une vibration rythmique parcourut les passerelles de métal tordu.
"Collecte de données terminée... Changement d'objectif..."
La ville tentait de se réparer sous la volonté de Machina, mais les dégâts étaient si massifs et l'énergie émanant de la bataille si perturbatrice que les nouveaux engrenages naissaient déformés, grinçant dans une symphonie d'agonie métallique alors que le ciel virait au noir.
"Je suis... toujours là."
Cependant, rien de tout cela n'importait à Yumemaru dans ses derniers instants...
"¡Bluarg...!"
Il cracha un filet de sang épais, s'appuyant sur les restes d'une colonne étirée, tentant de se lever pour attirer l'intérêt des "monstres" avant qu'elles ne changent de proie.
(CLANG... CLANG... CLANG...)
Pourtant, le son des pas métalliques — lents et rythmés — qui émergeait du brouillard de vapeur ne montrait aucune émotion.
"Négatif. Le duel a été tranché selon les calculs et l'analyse de votre état actuel."
La voix de Dea-Machina trancha l'air avec une froideur chirurgicale.
"La durée du conflit a été de 336 heures en temps externe ; un exploit admirable. Cependant, tout est terminé."
Elle émergea d'entre deux engrenages maîtres fendus, ses ailes mécaniques à moitié déployées, libérant de petites décharges de pression pour chasser la poussière de son chemin.
(... C'est ça... continuez...)
En réponse à ces mots, Yumemaru parvint à esquisser un sourire cynique, mais avant qu'il ne puisse répondre, un rire mélancolique vibra depuis les hauteurs d'une tour penchée.
"Laisse tomber, Machina ! Il ne comprend pas... il ne peut pas comprendre."
À cet instant, après avoir prononcé ces mots, Mirabellis se laissa tomber des hauteurs, atterrissant avec une légèreté terrifiante sur un tas de ferraille.
"Enfin libérée des liens... Je l'ai compris..."
Sa cape rouge, désormais déchirée sur les bords, flottait comme un drapeau d'avertissement.
"Il n'abandonne pas parce qu'il nous aime... n'est-ce pas ? Il me déteste tellement qu'il a décidé que sa propre mort ne serait pas une punition suffisante. C'est si doux... de voir tes muscles se déchirer juste pour nous accorder une seconde d'attention de plus... C'est irrésistible !!"
Ses yeux vairons brillaient d'un mélange de larmes et d'extase tandis qu'elle jouait avec un morceau d'engrenage entre ses mains, l'écrasant sans effort.
"Pauvre chose, c'est si triste, quelqu'un doit l'aider ! Ne devrais-je pas le tuer alors ?!"
Guidé par le bruit, Yumemaru resserra sa prise sur Lune Fendue.
(... Continue de capturer... Leur attention...!)
Bientôt, l'air commença à se charger d'une électricité statique qui lui hérissa les cheveux.
(¡¡SHIIII-IIING!!)
Et immédiatement après, une ligne de lumière argentée fendit la vapeur sombre d'un seul coup, dégageant la vue sur la place.
"QUE CROIS-TU FAIRE ?"
Au centre du chemin dégagé, Sirael marchait, son épée tenue haute. Son armure de gala portait les marques des impacts, mais son visage... il affichait une froideur inimaginable comparée à quelques instants plus tôt.
"N'interfère pas dans mon combat."
Ainsi, Sirael s'arrêta à quelques mètres de Yumemaru, tenant tête à ses sœurs par un désir ardent de se battre encore davantage.
(Est-ce tout ?)
Sous le ciel étouffé par la vapeur noire, la silhouette de Yumemaru ne ressemblait plus à celle d'un homme, mais plutôt à une ruine biologique qui refusait de s'effondrer.
(Je ne sens plus mes mains... Quel dommage... mon corps ne répond plus, mais mon âme veut un autre round...)
Alors qu'il tentait de faire un pas en avant pour affronter la trinité de la folie, son corps protesta par un craquement sec et agonisant.
(¡¡KRRR-ACK... SISSS...!!)
Sa jambe droite, à partir du milieu de la cuisse, n'existait tout simplement plus.
"Nous... n'avons pas... fini..."
À la place, un moignon irrégulier et calciné, scellé par la cautérisation brutale d'une attaque énergétique, finissait en une masse de chair et d'os exposés.
(Je ne peux pas tomber !)
Yumemaru se maintenait dans un équilibre précaire, utilisant les restes de Lune Fendue plantés dans le sol comme une béquille improvisée, tandis que sa jambe gauche tentait de supporter tout le poids.
(... Je ne... tomberai plus...)
Mais cette jambe n'était pas intacte non plus.
(... Amber... Je suis désolé... Je n'ai pas pu te protéger...)
Son pied gauche, pris quelques jours plus tôt dans une explosion chimique orchestrée par Machina, était une masse déformée de peau fondue et de tendons exposés.
(Cette nuit-là... Je n'ai pu protéger personne... Et pourtant...)
Les orteils avaient disparu, fusionnés en un bloc de chair carbonisée qui adhérait au métal brûlant de la place avec un sifflement constant.
(Pourquoi ai-je survécu ?!)
(Pourquoi m'as-tu sauvé aussi... Paradoxe...?)
Chaque respiration était un triomphe de la douleur.
(Pourquoi m'as-tu sauvé aussi... Paradoxe...?)
Sa tunique, désormais réduite à des lambeaux noirs, révélait un torse qui était une toile de destruction technique.
(... Une prêtresse de la Flamme... Un héros... Même ce misérable à lunettes... Tous méritaient de vivre plus que moi...)
Des marques de coupures géométriques, parfaites et profondes, couvraient sa poitrine et son abdomen, traçant la trajectoire exacte des coups de Sirael.
"Haaa... haaa..."
Certaines blessures étaient si profondes que la lumière erratique des engrenages mourants se reflétait sur la blancheur de ses côtes fracturées alors que son passé revenait en trombe dans son esprit.
(... Mourir m'importait peu... Je... Je voulais mourir... mais... j'ai fait une promesse...)
Alors qu'il levait les yeux pour répondre à Sirael, la dévastation sur son visage devint évidente.
(Pour le futur que tu voulais tant protéger)
Son œil droit avait complètement disparu, remplacé par un trou noir et sanglant, causé par une estocade de précision qui avait transpercé la paupière et le globe oculaire.
(... Pour celui pour lequel tout le monde a tout donné...)
Une traînée de sang séché et de croûtes noires partait de l'orbite vide, sillonnant sa joue jusqu'à disparaître dans sa barbe négligée.
"Bon sang..."
Son bras gauche pendait inutilement le long de son corps, disloqué et brisé en plusieurs points, la main gauche gonflée et meurtrie, incapable de se fermer.
(... J'ai donné une partie de mon âme... J'ai hérité de ce que j'ai pu, impliquant des innocents... Je suis vraiment...)
Seule sa main droite, engourdie et tremblante, continuait de serrer la garde de son épée, ses articulations blanches et la peau déchirée par la friction de l'acier contre l'acier.
(Je suis pathétique...)
Son pouls était un tambour agonisant, une vibration qui résonnait dans ses os astraux.
(Je ne peux m'empêcher de penser... Shija... La réponse que tu as donnée à ce moment-là... Si je l'avais acceptée... Si seulement...)
Il ne restait aucune trace de l'élégance du Style Kyōgetsu ; il ne restait que la volonté pure, une étincelle de conscience brûlant dans son œil gauche restant, qui scrutait Sirael avec une intensité défiant la logique de son effondrement imminent.
"Comme je le pensais... Même dans cet état, tu peux te battre !"
Il était brisé, mutilé, et à la limite de ce que le fragment d'âme qui restait de lui pouvait endurer.
"Intéressant... Analyse. Ré-analyse... À la lumière des nouvelles données, l'observation va se poursuivre..."
Mais il restait debout.
"... Ce regard... il reflète tant d'amour... Et pour cette raison, en l'honneur de l'amour, je ne ferai qu'observer !"
Et grâce à cela, il parvint à persister, gagnant assez de temps...
(¡K-THUMP... K-THUMP...!)
... Pour que l'arme termine son éveil.
(Enfin)
L'atmosphère, déjà chargée d'une tension insupportable, se fractura devant un phénomène que personne sur cette place n'aurait pu prévoir.
(¡¡¡K-THUMP... K-THUMP... K-THUMP-K-THUMP-K-THUMMMMM!!)
Ce n'était pas un son, mais une onde de choc primordiale qui fit trembler les fondations de la Cité des Engrenages.
"¡¿?!"
"¡¿Est-ce que c'est...?!"
"Intéressant..."
C'était un battement rythmique, profond et chargé d'une autorité qui fit grincer les engrenages survivants jusqu'à l'arrêt pour un instant éternel.
(¡¡¡BA-DUM... BA-DUM... BA-DUM...!!!)
Yumemaru, son unique œil brillant d'une satisfaction sanglante, laissa échapper un rire rauque qui finit en quinte de toux face à ce qui allait se produire.
(... Jusqu'ici... tout se passe comme tu l'as dit... espèce de binoclard maudit...)
Sirael, Machina et Mirabellis figèrent leurs mouvements, tournant leurs visages vairons vers la source de cette perturbation.
"Je n'ai jamais aimé la poésie..."
Là, l'épée que Shija avait laissée plantée dans le sol au début termina sa métamorphose.
(¡¡¡VROOOOOOOOOM-SHINE!!!)
La lame avait achevé sa synchronie et son intégration totale avec l'âme de Mireya, s'imprégnant de quantités massives d'énergie.
(... Ce disciple se dépasse)
Cette épée avait évolué, sentant enfin l'appel de son maître...
(¡¡¡FIIIIIIIIII-SHUUUUUUUUU!!!)
Et en réponse, avec un rugissement sonique, l'épée prit son envol, montant comme une étoile filante inversée.
(¡¡Dans ce cas-là!!)
L'épée fendit le ciel suintant avec une trajectoire verticale parfaite, laissant une traînée de lumière qui déchira les nuages de vapeur, volant en réponse à l'appel désespéré de Shija.
(En tant que fondateur du Style Kyōgetsu...!)
Profitant de la seconde d'étonnement des sœurs, Yumemaru brûla chaque dernier gramme de son essence spirituelle.
"Ne vous laissez pas distraire !!"
Malgré sa jambe amputée et son corps brisé, il se propulsa avec une violence explosive, devenant un éclair de désespoir argenté.
(¡¡¡BOOM!!!)
Lune Fendue traça un arc descendant, chargé du poids de jours d'agonie, cherchant le cou d'une Sirael qui avait encore le regard fixé sur le ciel.
(¡¡¡CLANG-VRAAAAAAASH!!!)
Cependant, malgré cela, ce qui frappa contre l'acier ne fut que de l'acier...
"Je ne quitte jamais mon objectif des yeux dans un duel..."
Le choc des métaux fut assourdissant.
"Alors viens, continuons ce combat !!"
Sirael, avec des réflexes qui défiaient la surprise, interposa sa lame argentée à la dernière milliseconde, libérant des étincelles qui baignèrent leurs deux visages, illuminant la distance minimale séparant leurs yeux.
(NE FAIS PAS L'ERREUR DE PERDRE...!)
En misant tout, une légende ouvrait la voie à celui qui le surpasserait...
"¡¡HAAAAAAAAAAAAAA!!"
... Ce jour-là, au sein de l'âme, un fragment du passé disparaîtrait et, à son tour...
(¡¡FSSSHHHH-ZING!!)
Au milieu de la lumière, une chaîne se briserait.