L’air de Flambell City cessa de circuler. Il devint lourd, erratique, comme si l’atmosphère elle-même était aspirée dans un vortex affamé.
(VUUUUUM—VUUUUUM!)
Seul le son rythmique de la pression qui s’effondrait résonnait à travers toute la zone.
« Tu sais, Shija… c’est curieux. »
À cet instant, Melioris commença à bouger ses mains avec une délicatesse glaciale ; ses doigts traçaient des trajectoires fluides dans l’air, entremêlant les flammes violacées de sa droite avec le voltage céleste de sa gauche.
« L’énergie maudite est comme une basse continue ; une impulsion viscérale, sombre et persistante qui soutient le poids de la douleur humaine. C’est une flamme qui ne sait pas quand s’arrêter. »
Il n’y avait aucun effort sur son visage, seulement une concentration absolue qui faisait se fissurer l’espace autour d’elle.
« Chaque être vivant émet une note, un bourdonnement constant que nous appelons Énergie Spirituelle. C’est la mélodie de base, le ton neutre qui soutient la partition de la réalité. Mais, que se passe-t-il lorsque cette mélodie se tord ? »
Le violet et le bleu ne se mélangeaient pas ; ils entraient en collision, générant un flash de lumière noire et violet néon qui effaçait les ombres du sol.
« Quand la douleur et le ressentiment la corrompent jusqu’à ce qu’elle perde sa pureté… ceci naît. »
Le bourdonnement devint un rugissement sourd qui dévora le bruit du vent et les cris lointains.
« Normalement, l’esprit et la malédiction se repoussent. Ils sont l’origine et son ombre essayant d’occuper le même espace sur la portée. C’est un bruit chaotique que personne ne peut diriger… Mais sous ma baguette, la dissonance devient de l’art. »
Alors qu’elle prononçait ces mots, Shija crut voir un instant les yeux de Melioris briller faiblement comme une aurore. Malgré la pression, il était encore capable d’entendre chaque mot qu’elle prononçait tout en sentant le monde rétrécir autour de lui.
« Je vais te montrer ce qui arrive quand la vie entre en collision frontale avec sa propre corruption. Sois attentif~ »
L’élégance avec laquelle Melioris dirigeait ce vide était la partie la plus terrifiante : une danse raffinée qui précédait l’annihilation totale. Ce n’était pas seulement de l’énergie que Shija voyait ; c’était une tache de « néant » absolu avançant vers lui, une distorsion qui consumait la poussière et les débris avant même de les toucher.
« Technique Expérimentale : Amalgame Existentiel. »
Ainsi, Melioris entrelacera ses doigts dans un sceau manuel complexe et élégant, joignant l’index et le majeur des deux mains tandis que le reste se fermait dans une prise d’une précision absolue ; à cet instant, le monde sembla retenir son souffle.
(S-SHHHHHHHH—BOOM!!!)
Jusqu’à ce que le silence soit brisé par le son de la complainte spatio-temporelle alors qu’elle se déchirait.
« C’est parti~♪ »
Alors qu’elle étendait les bras, la collision entre la Flamme du Foyer Hanté et le Voltage Ambivalent atteignit son point critique, tirant une masse d’énergie qui ne devrait pas exister dans l’ordre naturel. Ce que Melioris avait déchaîné était une technique d’annihilation basée sur la collision. En forçant deux natures de pouvoir diamétralement opposées à occuper le même espace au même moment, la matière résultante n’était pas une somme, mais une soustraction absolue.
(VUUU-SHHHHRRRRMMMM!)
Cette collision ne généra ni feu ni électricité, mais un point de non-existence. La technique ne frappait pas avec une force physique ; elle effaçait simplement la matière qu’elle rencontrait sur son chemin. Chaque objet solide — la pierre volcanique, les débris d’acier, et l’air lui-même — disparaissait instantanément au niveau moléculaire.
Pour Shija, ce qui venait vers lui était un effacement systématique de l’existence. Face à une technique d’une telle ampleur, tout guerrier doté d’un instinct de survie aurait choisi l’esquive. Cependant, avec le corps blessé de Boudica à ses pieds, fuir n’était pas une alternative viable. Il lui fit face frontalement.
(Tu as raison… C’est curieux…)
À l’instant où la sphère de vide absolu effleura la périphérie de sa garde, Shija ressentit le désespoir de la mort la plus fondamentale. C’était la terreur du néant absolu, la sensation glaciale que son histoire et son esprit étaient sur le point d’être arrachés du tissu de l’univers.
(Dub-dum… dub-dum…)
Cette proximité même avec la fin agit comme un catalyseur. Au lieu de le paralyser, le désespoir extrême comprima sa conscience en un point de clarté surnaturelle.
(¡¡K-THUM!! ¡¡K-THUM!!)
Sa concentration s’amplifia à un degré qu’il n’avait jamais ressenti auparavant. Les battements de son cœur et les vibrations des molécules d’air en train d’être désintégrées devinrent clairs. Dans cet état d’hyper-concentration né de l’agonie, Shija cessa de voir l’attaque comme une force inarrêtable et commença à la percevoir pour ce qu’elle était vraiment : une structure d’énergie qui existait dans un moment qu’il pouvait encore reconquérir.
Dans l’esprit de Shija, le temps se fragmenta. Le rugissement du vide s’évanouit, remplacé par un silence blanc et le son assourdissant de son propre cœur, qui brûlait dans sa poitrine comme une braise rougeoyante.
(La peur a disparu. La fatigue a disparu.)
Il se tenait sur l’équilibre précaire entre la vie et la mort.
(C’est donc ça… ce que signifie exister. Il ne s’agit pas de résister à la tempête ; il s’agit de devenir l’impulsion qui la transperce.)
Dans ces limbes, toute sa vie défila devant ses yeux — une tapisserie détaillée d’échecs et ce serment qui le maintenait debout.
(Si c’est ma fin, je la transformerai en mon prélude.)
Sa poitrine brûlait de l’ignition de sa propre volonté.
(TING!)
(ZWUUUUUUUUUUUUU—!!)
Le temps commença à reprendre son cours naturel, mais pour Shija, le monde continuait de bouger à une allure d’escargot. Dans cet état d’accélération cognitive extrême, il força son corps à bouger au-delà de toute limite biologique.
(TRRR-CHAK! KRR-AKT!)
Ses muscles et ses tendons commencèrent à se déchirer, son squelette craqua, et son sang atteignit le point d’ébullition. Pour empêcher son corps de s’effriter comme de la cendre, Shija inonda chaque fibre de son être avec du Ki, stimulant ses cellules pour qu’elles tiennent ensemble par pure volonté.
(K-SHHHH!!!)
Ignorant la destruction interne, il fixa son regard sur la sphère d’annihilation. Il analysa le flux, disséquant l’union entre la flamme pourpre et l’éclair céleste.
(Mais… ce n’est toujours pas… parfait…)
Et alors, il le trouva. En raison de l’inefficacité innée que Melioris portait encore en canalisant des énergies aussi polairement opposées, le point de suture où la malédiction et l’esprit se rencontraient était défectueux.
(C’EST TOUT OU RIEN !!)
(VVVVVRRRRRR!)
Il y eut une fluctuation microscopique au cœur du paradoxe…
(SHHHINNGG!)
Shija leva son épée avec un mouvement qui semblait traîner le poids de sa propre âme. L’acier rugit avec une fréquence qui fit saigner les oreilles des personnes présentes. Il versa chaque goutte de son Ki et chaque fibre de son essence vitale dans le tranchant jusqu’à ce que l’épée cesse d’être du métal et devienne un pur jugement.
(¡¡!!)
Le regard fixé sur la fissure invisible, Shija frappa.
(TSUN!)
C’était un mouvement qui n’appartenait ni au temps ni à l’espace. La coupe frappa exactement à la dissonance, obligeant le monde à s’arrêter pendant une microseconde.
(ZWUUUUUUU-BOOM!)
Finalement, l’Amalgame Existentiel vibra ; son centre se contracta violemment alors qu’il perdait son axe technique, et soudain, la réalité elle-même sembla se replier vers l’intérieur, générant une implosion de lumière aveuglante qui dévora les alentours…