Chapitre 62
Nombre d'esprits : Trois [Triplés].
Type : Esprits.
Éveil : Six mois, neuf mois, douze mois.
Putain ! Putain ! Putain !
C'est quoi ce bordel ?
'El !'
[Ouais ?]
'Pourquoi ça en affiche trois !?'
[... Peut-être qu'il est cassé ?]
'Oublie que je t'ai demandé quoi que ce soit, abruti.'
Bip, bip.
Alors que le lieur d'esprit continuait de biper, je pris une profonde inspiration pour calmer mon cœur agité avant de reporter mon attention sur celui d'Ashlyn.
Nombre d'esprits : Deux.
Type : Esprits.
Éveil : Neuf mois.
Ok, au moins le sien est identique à celui du jeu.
Mais attends... Putain, c'est pas le moment pour ça.
"Vous en avez un, vous ?" Avant même que je puisse réfléchir, Miley posa la question en jetant un œil à notre lieur.
"Il bipe, qu'est-ce que ça veut dire ?" demanda Ashlyn, confuse, en nous regardant, Miley et moi.
"Ça veut dire que tu as formé un contrat", répondis-je en me plaçant entre elle et Miley.
"Oh, vraiment ?" Avec un sourire radieux, elle répondit : "Le tien bipe aussi. Tu as aussi formé un contrat ?"
"Laisse-moi voir !" intervint Miley en essayant de jeter un coup d'œil au lieur d'Ashlyn.
"Recule." Je me mis entre elle et Ashlyn, en la fusillant du regard.
Je ne peux pas la laisser voir, sinon elle va faire une scène comme dans le jeu et l'annoncer à tout le monde.
"Pousse-toi, Azariah." Elle me rendit mon regard noir en tentant de passer.
"T'as pas d'éducation ? On ne regarde pas les affaires des autres", lançai-je en faisant un pas de côté pour la bloquer à nouveau.
"Pourquoi toi tu peux voir et pas moi ?" grogna-t-elle en essayant de me pousser.
"Attends, Azariah, la professeure Lauryn va nous gronder si vous continuez à vous battre." Pour nous arrêter, Ashlyn tenta de s'interposer. "Laisse-la regarder, ça ne me dérange pas."
"Mais moi, si !"
"Pour qui tu te prends ?" Au lieu d'Ashlyn, c'est Miley qui répondit : "Pousse-toi, ou tu vas le regretter."
"Tu vas faire quoi ? Pleurer ?"
"Haah, pourquoi je pleurerais alors que je peux t'éclater le crâne ?" Furieuse, elle serra les poings.
"Ouais, j'aimerais bien voir ça", crachai-je avant de me retourner vers Ashlyn.
"Ashly—."
"Qu'est-ce que vous foutez ?" Avant que je puisse l'avertir, une voix trancha l'air, me faisant sursauter.
"Professeure Lauryn", salua Ashlyn avec un sourire et une légère révérence, tandis que je la cachais de la vue de Lauryn.
"Azariah", m'appela Lauryn, d'un ton ferme, "pousse-toi."
"Laur—." Ses yeux me firent taire. "Professeure Lauryn, est-ce qu'on pourrait garder nos résultats secrets ?"
"Non", répondit-elle en secouant la tête. "Et ne t'inquiète pas, vos résultats seront en sécurité au sein de l'Académie."
Ouais, c'est ça, cause toujours !
Putain, j'aurais dû empêcher Ashlyn d'utiliser le lieur d'esprit.
"Attendez ! Laur—." Ma protestation fut étouffée alors que j'étais poussé sans ménagement.
"Hmm ?" Les sourcils de Lauryn se haussèrent de surprise en examinant le lieur d'Ashlyn.
Dissimulant rapidement son expression, elle balaya les environs, remarquant les regards curieux des autres étudiants qui avaient terminé leurs tests.
"Tu en as parlé à quelqu'un ?" Son ton était sévère en se concentrant sur Ashlyn.
"N-non, seul Azariah est au courant", répondit Ashlyn en secouant la tête.
"Restez discrets et n'en parlez à personne", ordonna fermement Lauryn en prenant le lieur des mains d'Ashlyn.
"Mais—."
"C'est pour votre bien", coupa-t-elle sèchement.
"Tu n'as personne pour te protéger, alors il vaut mieux ne pas devenir le centre de toutes les attentions."
Ashlyn hocha la tête, et je poussai un soupir de soulagement. Au moins, on est en sécurité pour l'instant.
Mais ma tension remonta d'un cran quand Lauryn posa son regard sur moi.
"Attendez ! Lauryn !" Malgré ma protestation, elle saisit violemment ma main et examina mon lieur.
Cette fois, sa réaction fut plus profonde, ses yeux tremblaient violemment alors qu'elle desserrait doucement sa prise.
"Lauryn... Prenez une grande inspiration... Une grande inspiration", lui dis-je en jetant un œil aux regards curieux qui se multipliaient, ma propre nervosité grandissant.
Lauryn fit un pas en arrière, sans jamais me quitter des yeux.
"Huff..."
Elle expira doucement avant de m'adresser un... doux sourire.
"Attendez, Lauryn, pas besoin d'être mesquine maintenant", plaidai-je, en essayant de paraître le plus innocent possible.
"Attendez, je vous en prie, Lauryn !"
"Félicitations, Azariah, pour avoir contracté trois Esprits", dit-elle avec un sourire angélique, en me tapotant l'épaule avant de s'éloigner.
Mais ses mots semblèrent jeter un sort ; tout le stade tomba dans le silence.
Pas un mot ne fut prononcé pendant un moment, jusqu'à ce que le stade entier explose en commérages.
"Attends, sérieux ?"
"Comment !? J'en ai même pas un."
"Mais c'est pas impossible d'avoir plus d'un esprit ?"
"Pourquoi lui !?"
Ahh, adieu ma vie paisible.
[Tu n'as jamais eu de vie paisible—.]
'Ta gueule, abruti inutile !'
[... Inutile !?]
Tu es quoi d'autre, alors ? J'ai perdu une partie de mon âme juste pour obtenir un commentateur inutile qui ne fait que dire de la merde.
[..Je peux te donner ma bénédiction, mais tu en mourras immédiatement.]
'Tu parles comme si je n'étais pas déjà en train de crever !?'
"Azariah." Remarquant mon air sombre, Ashlyn m'appela doucement.
"Ouais", répondis-je en la regardant.
"Pourquoi elle a fait ça ?" murmura-t-elle en s'approchant.
"Je sais pas."
"Elle a dit que je deviendrais une cible si je révélais mon résultat à tout le monde."
"Ouais...."
"....Ça va aller." En me frottant le dos, elle répondit doucement.
Je hochai la tête, sans rien dire.
"Ceux qui ont un lieur d'esprit, avancez !" ordonna Daphne, debout devant les trois classes.
"On y va."
"Attends, Miley, tu ne viens pas ?" Alors qu'on commençait à marcher, Ashlyn demanda en la regardant.
"Il n'a fait aucun bruit." Avec un air abattu, Miley répondit en montrant son lieur.
"Je suis désolée", répondit doucement Ashlyn.
"C'est rien, allez-y."
"Ouais, je reviens dans une minute."
Nous nous sommes avancés là où quatre étudiants attendaient déjà.
Sans un mot, nous les avons rejoints : Ethan, Oliver, Shyamal et Arianell.
"Montre-moi." En attrapant la main d'Oliver, j'ai regardé son lieur pendant qu'il faisait de même avec le mien.
Nombre d'esprits : Un.
Type : Esprit animal.
Éveil : Un mois.
Comme dans le jeu.
Alors... Pourquoi putain mon esprit est différent ?
"Merde, c'est vraiment trois esprits", grogna Oliver en examinant mon lieur. "Et les trois sont des esprits, et des triplés en plus."
"...Le tien est un animal", murmurai-je en relevant la tête.
"Mieux que des boules d'esprit ; au moins le mien aura un peu d'intelligence", répondit-il avant de regarder Ethan.
"Et le tien ?" demanda-t-il.
"Déjà éveillé", répondit Ethan avec un sourire.
"Ouais, l'esprit qui rôde autour de toi", marmonna Oliver en hochant la tête.
"Donc, seulement six personnes ont formé un contrat, hein ?" dit Julian en nous regardant tous. "Peu importe, vous avez été sélectionnés pour le club des familiers spirituels, félicitations."
Daphne s'avança et nota nos noms sur une tablette.
"Allez là-bas et donnez votre nom ; ils vous accepteront. Et oui, pour participer à la compétition des maisons, vous devez faire partie de trois clubs, celui-ci inclus ; vous devez donc en rejoindre deux autres."
"Rendez votre lieur d'esprit au personnel, et vous serez libres d'aller voir les clubs après ça", ordonna Daphne aux étudiants.
"Au fait, pourquoi ton esprit arrive par tranches ?" demanda Oliver en sortant son lieur.
"J'en ai aucune idée", répondis-je en tendant mon lieur au personnel avant de m'éloigner.
'Argh... El.'
[Ouais.]
'Aide-moi.'
[...Comment je pourrais ? Je suis inutile.]
'..... Ne fais pas ça ; ma vie est en jeu ici.'
Hysteria....
L'organisation qui m'a torturé quand j'étais enfant...
Leur intérêt pour moi va se rallumer...
[...Pourquoi ils t'ont kidnappé, d'ailleurs ?]
'...Ce n'était pas moi qu'ils voulaient kidnapper ; je n'étais qu'un substitut.'
Mais à force de faire des recherches sur moi, leur intérêt a grandi...
Je suis devenu leur sujet de recherche préféré juste à cause de ma stupide bénédiction.
[....Comment tu as été sauvé, alors ? Vu comment tu en parles, on dirait que tu étais trop précieux pour qu'ils te laissent partir.]
'Je ne me souviens de rien ; ils m'ont tellement torturé que mon cerveau était paralysé.'
Pendant six mois, je suis resté allongé dans un lit, incapable de faire quoi que ce soit.
Je ne pouvais pas dormir, pas manger, pas même bouger.
J'avais l'impression d'être un corps sans vie confiné dans une pièce pendant six mois entiers, à regarder les tortures sans fin que j'avais subies comme un cauchemar.
Et...
Une fois de plus, ils vont me prendre pour cible...
Et si je finis par être kidnappé à nouveau...
Je ne sais pas si je pourrais supporter de subir cette torture encore une fois...
Quand j'étais enfant, je pensais que des gens m'attendaient...
Mais maintenant, je n'ai plus personne...
Je vais m'effondrer...
Je vais craquer...
Je vais—
"AZARIAH !"
"O-oui ?" bégayai-je, sursautant, en levant les yeux vers Ashlyn qui me secouait vigoureusement.
Quand est-ce qu'elle est arrivée là ?
"Tes yeux sont rouges, tu transpires comme un fou, qu'est-ce qui t'arrive ?" demanda-t-elle, l'inquiétude évidente alors qu'elle tendait la main pour toucher mon front.
"J-je vais bien", répondis-je doucement en m'écartant de son contact.
"...Tu es inquiet pour quelque chose ?" demanda-t-elle en me tendant son mouchoir.
"Rien de spécial", répondis-je avec un sourire en repoussant doucement son mouchoir.
"Mais—"
"Ashlyn, viens avec moi !" Avant qu'elle ne puisse en dire plus, Miley arriva à ses côtés et l'entraîna.
"Attends-moi, Azariah."
Ashlyn me lança un regard d'excuse avant de rejoindre le groupe de filles réunies autour d'Arianell et Shyamal.
"Az, on va voir le club de sport", dit Oliver en apparaissant à mes côtés.
"Je suis partant", ajouta Ethan en regardant Oliver.
"Alors on va chercher Aimar aussi", marmonna Oliver en se dirigeant vers la classe d'Aimar, suivi d'Ethan.
Les ignorant tous les deux, je restai seul, à regarder les trois filles qui étaient le centre de toutes les attentions, discutant joyeusement avec ceux qui les entouraient.
[...Tu regrettes... ce que tu as fait.]
'...Non', répondis-je en silence alors que je me retournais pour m'éloigner d'elles.
Je voulais qu'elles soient heureuses...
Et il semble qu'elles le soient...