Chapitre 429
« Tu as dix secondes. » Je murmurai. « Cours. »
Mes ailes se déployèrent majestueusement dans mon dos.
L'écran vacilla et je pus le voir chanceler en arrière.
Les deux Éternels à ses côtés apparurent aussi dans mon champ de vision une fraction de seconde avant que l'écran ne devienne noir.
Aimar toussa alors que mes ailes se repliaient complètement. « T'as besoin d'aide ? »
« Comment est-ce que tu... »
Il ouvrit un portail avant que je ne puisse finir ma phrase.
« J'ai suivi la lance que tu as lancée. » Répondit-il avec un sourire. « Je ne suis pas un génie ? »
« Espèce d'abruti. » Dis-je d'un ton bourru en entrant dans le portail.
« Merde, je voulais lui montrer ma vitesse. »
Bien que déçu, je ne pouvais rien y faire.
Le portail déboucha sur une grande pièce en forme de dôme.
Un escalier faisait le tour de la salle, parsemée de quelques objets disparates.
La pièce où nous entrâmes était faiblement éclairée, avec des lueurs bleues douces courant le long des parois.
Et...
Tout au centre, huit personnes s'agitaient pour ouvrir un portail.
Vanadis était l'un d'eux.
« Le temps est écoulé. » Dis-je en frappant dans mes mains pour attirer leur attention. « Maintenant, sois un bon garçon et viens avec moi. »
Vanadis ne sembla pas apprécier ma gentillesse et me lança un regard furieux.
« Tuez-le ! » Hurla-t-il en me désignant. « Tuez-le et je vous donne cent millions. »
Aimar siffla en levant la main. « Je peux particip— »
Je tournai brusquement la tête vers lui et il détourna immédiatement le regard.
Les six autres ne semblèrent pas s'en soucier et s'avancèrent vers moi.
Leurs armes dégainées, les yeux fixés sur les miens.
« Ça va être une plaie. »
Pensai-je en me frottant la nuque tout en faisant un pas en avant.
En un instant, la distance entre nous n'était plus que de quelques centimètres alors que je me tenais devant eux.
Avant qu'il ne puisse bouger, je conjurai un marteau de mana et balayai devant moi.
Un souffle de vent enveloppa l'homme et il fut immédiatement projeté au loin, son corps réduit à un amas de sang.
Les autres se ruèrent rapidement pour m'achever.
La forme de mon arme changea à ma volonté. Utilisant le bouclier, je me défendis contre le mirage de sorts.
« Hupp ! »
Prenant une profonde inspiration, je pivotai avec le bouclier et percutai l'un d'eux.
« ARGHH !? »
Des pointes jaillirent du bouclier et transpercèrent son corps, le transformant en passoire.
Les autres ne s'arrêtèrent pas et je ne m'attendais pas à ce qu'ils le fassent.
« Ça fait beaucoup d'argent, j'imagine. »
L'un d'eux bondit par derrière, ses lames recouvertes d'énergie maudite, visant mon cou.
Je me baissai et invoquai une chaîne, l'enroulant autour de son poignet en un clin d'œil.
D'un coup sec, je le projetai au sol avec assez de force pour fissurer le sol.
Un autre tira une salve de sorts de flammes à distance, tentant de me piéger avec la chaleur et la fumée.
Je claquai des doigts.
Les flammes se courbèrent autour de moi, redirigées en spirale, et furent renvoyées comme un tir de canon.
Cela frappa l'incantateur en plein milieu de la poitrine.
Elle vola en arrière contre un mur et ne se releva pas.
Trois de moins.
Deux des trois restants étaient rapides, assez pour atteindre la vitesse d'un Éternel.
Des types basés sur la vitesse, probablement alignés sur le vent.
Ils m'attaquèrent des deux côtés, leurs lames scintillantes d'enchantements.
Je frappai le sol du pied.
Une poussée d'énergie explosa du sol, brisant les dalles.
Les deux tressaillirent, mais seulement une fraction de seconde.
C'était tout ce dont j'avais besoin.
J'attrapai celle de gauche par la gorge et la projetai contre l'autre.
Sa colonne vertébrale craqua et son cou se brisa.
Son corps s'effondra au sol.
Je me tournai vers le dernier.
Il restait immobile, épée basse, tremblant légèrement.
Ses yeux se tournèrent vers Vanadis, qui tentait déjà de s'éclipser vers l'escalier.
Je soupirai. « Va-t'en. »
Il cligna des yeux. « Q-Quoi ? »
« J'ai dit va-t'en. »
Il n'attendit pas une seconde chance. Il lâcha son épée et s'enfuit.
« Lâche ! » cria Vanadis après lui, manquant de trébucher sur son propre manteau en montant les marches.
J'apparus devant lui avant qu'il n'atteigne la deuxième marche.
Vanadis s'arrêta net, les yeux écarquillés.
« Yo. » Je souris.
Le jeune homme aux bois de cerf sauta en arrière, et seuls les deux Éternels se tenaient désormais devant moi.
L'un d'eux leva la main. « Arrête ! »
Je clignai des yeux.
« Tu sais au moins ce que tu fais !? » lança-t-il, me fusillant du regard.
« C'est la propriété de la Maison Atretic ! En essayant de nous chercher, tu leur craches au visage ! »
Je penchai la tête en faisant un pas de plus. « Et alors ? »
« Tu crois que l'Église va te protéger ? » dit l'autre Éternel, la voix venimeuse. « Ils ont trop peur de nous pour assurer ta sécurité. »
Je me frottai le menton en les observant attentivement.
Ils avaient tous deux des cheveux vert foncé avec les mêmes bois de cerf.
L'un était grand, environ une tête de plus que moi, tandis que l'autre était de ma taille.
Ils auraient pu être menaçants. En tenant compte du fait qu'ils étaient des Éternels, ils auraient dû l'être.
Mais...
« Ils sont vraiment faibles. »
Peut-être que c'est juste moi.
« Pourquoi tu discutes avec lui !? » aboya Vanadis, sa voix résonnant dans la pièce. « Tue-le, je gérerai les conséquences !! »
La paire d'Éternels sembla prendre courage et se rua vers moi.
En un clin d'œil, ils étaient de chaque côté de moi.
Je réprimai l'envie d'utiliser la capacité d'El alors que je demandais du mana.
« Montre-moi le chemin. »
Pensai-je, en utilisant ma capacité d'Enfant du Mana.
« Azala. »
Le monde autour de moi se transforma en couches superposées.
Les deux Éternels devinrent des strates d'eux-mêmes.
Chacun de leurs mouvements futurs, ceux qu'ils pouvaient et allaient utiliser, s'étalait devant mes yeux.
Au fil du temps, les couches s'amenuisèrent jusqu'à ce que je possède leur répertoire de coups.
Je me précipitai immédiatement, sachant pertinemment ce qu'ils allaient faire.
Je me penchai en arrière juste au moment où une lame tranchait l'endroit où se trouvait mon cou une seconde plus tôt.
Au même moment, je donnai un coup de pied vers le haut, frappant l'Éternel le plus petit aux côtes.
L'endroit exact que j'avais vu dans la couche Azala.
Son souffle se coupa et son corps fut projeté en arrière.
Le plus grand tenta une attaque de suivi, ses griffes enveloppées de feu vert.
Mais je le savais déjà.
Je fis surgir un mur de veines infusées de mana depuis le sol.
Sa griffe le percuta, puis rebondit alors que le mur volait en éclats d'énergie, lui transperçant le flanc.
Il siffla, trébuchant en arrière.
Le plus petit tenta de revenir à la charge, son corps brillant désormais d'une sorte de sort de renforcement.
Je ne le laissai pas s'approcher.
Mon bras devint violet, imprégné de vide, alors que je conjurais une pointe que je projetai à travers son épaule.
Il hurla et lâcha son arme.
L'Éternel le plus grand grinça des dents, se ruant avec toute sa force. Aucune hésitation cette fois, juste de la rage.
Ses bois brillèrent et des os jaillirent du sol, tentant de m'immobiliser.
« Mignon, » murmurai-je.
« Perturber. »
D'une impulsion de mon mana, les os se désintégrèrent en plein air.
Je fis un pas en avant, levai la main et l'abattis comme un marteau sur sa poitrine.
Le son résonna comme un gong.
Il s'écrasa au sol, crachant du sang, les dalles autour de lui se brisant sous l'impact.
Le plus petit tenta de ramper vers le grand qui se relevait, bien que souffrant.
Aimar gardait un œil sur Vanadis pour que je puisse me concentrer sur eux.
« Vous abandonnez ? » demandai-je en penchant la tête. « Vous avez encore du temps. »
Le plus grand me lança un regard noir puis regarda son partenaire.
Ils hochèrent tous deux la tête en un accord silencieux avant de lever les mains.
« Venez. »
Ils parlèrent à l'unisson.
« Mon royaume. »
Je clignai des yeux, et un dôme nous submergea complètement en un instant.
---
Quand la lumière revint, j'étais à l'intérieur de leur domaine.
Le ciel au-dessus était rouge sang, tourbillonnant comme une tempête.
Le sol sous mes pieds était un amoncellement infini d'os blancs, écrasés et empilés, craquant à chaque pas.
Et puis, il y avait les cerfs.
Mais pas des normaux.
Leurs bois se courbaient de manière contre-nature, comme des épines tordues.
Leurs yeux brillaient d'un vert maladif, et leurs corps... étaient cousus à partir de différentes créatures.
Certains avaient des ailes. D'autres des crocs. L'un avait des mains à la place des sabots.
« Eh bien, c'est... charmant. »
J'entendis un murmure derrière moi, et quand je me retournai, les deux Éternels se tenaient sur la crête la plus haute.
« Bienvenue dans notre royaume, » dit l'un d'eux, les bras écartés. « Ici, nous sommes des dieux. »
« Donc, ils ont ouvert leur royaume ensemble, hein ? »
Pensai-je, commençant à comprendre la situation.
« Avec le plus grand qui est un Éternel intermédiaire, il a laissé le plus petit, un Éternel mineur, ouvrir son royaume. »
Un bon moyen de me garder à l'intérieur, je dois l'admettre.
[<Tu as seulement une minute avant que le demi-dieu ne se précipite.>]
La voix d'Inna résonna dans mon esprit alors que j'admirais l'endroit.
« Merci, ma belle. »
[<.....>]
Eh bien, je suppose que je ne devrais pas perdre trop de temps.
L'Éternel le plus grand sauta en premier, les os en dessous craquant comme du verre à son atterrissage.
« Tes tours ne fonctionneront pas ici, petit miracle. »
Le plus petit atterrit à ses côtés. « Tu devrais abandonner. »
Au lieu de les écouter, je levai la main et croisa les doigts.
Sentant que quelque chose clochait, le grand Éternel se rua en premier.
Son corps se flouta alors qu'il disparaissait pour réapparaître juste au-dessus de moi, balançant une faux formée à partir de sa propre côte.
Je le rencontrai en plein vol avec une lame de vide, nos armes s'entrechoquant dans un craquement sec.
L'impact envoya des ondes de choc dans l'air, secouant même les arbres tordus à proximité.
Par derrière, l'Éternel le plus petit invoqua l'un des cerfs.
Il poussa un cri strident, chargeant vers moi comme une bête sortie d'un cauchemar.
Je pivotai et donnai un coup de pied au manieur de faux pour le repousser, puis pointai ma paume vers le cerf en charge.
Un amas de lances violettes jaillit du sol et le transperça avant qu'il ne puisse m'atteindre.
Avant qu'ils ne récupèrent, je murmurai. « Royaume simple. »
Un amas de blanc se forma sous mes pieds.
Il tourbillonna comme l'œil d'un cyclone avant de s'agrandir.
En une fraction de seconde, tout le royaume devint blanc.
Les cerfs, les os et tout le reste disparurent de l'endroit.
Tout ce que j'ai fait, c'est recouvrir leur royaume avec mon propre royaume simple.
Et le choc sur leur visage en disait long sur l'impossibilité de la chose.
L'Éternel le plus grand trébucha en arrière, les yeux écarquillés d'incrédulité.
« Non... ce n'est pas possible— »
« Tu as écrasé notre royaume ? » murmura le plus petit, la voix brisée.
L'Éternel le plus grand grogna et invoqua à nouveau sa faux. « Espèce de petit arrogant— ! »
Il se précipita sur moi, ses mouvements plus vifs maintenant, essayant de trancher à travers la pression qu'il ressentait.
Le sol se fissurait à chaque pas, tentant de résister à sa cadence.
Mais cela n'avait aucune importance.
Car dès qu'il entra dans mon champ d'action, tout ralentit.
Sans le royaume, sa force était bien inférieure à la mienne.
Je fis un pas en avant et mon corps se flouta.
Crack !!
Le grand Éternel cligna des yeux, fixant mon visage mais... j'étais derrière lui.
Son corps s'effondra, le cou complètement tordu.
L'Éternel le plus petit fit volte-face avant de détaler dans la direction opposée.
Je croisa les doigts une fois de plus. « Pilier de lumière. »
Le « Soleil » obéit à ma volonté et un faisceau de lumière fendit mon royaume.
Il frappa l'Éternel pris au dépourvu et brûla sa couche externe en un instant.
Les deux Éternels disparus, le royaume trembla et je revins à mon point de départ.
Aimar me fit signe, assis sur le corps inconscient de Vanadis. « Yo ! »
Je souris en sortant un appareil que je jetai au sol.
Un portail se forma au-dessus alors que je regardais Aimar. « Entre là-dedans. »
Il ne discuta pas et s'y engouffra, disparaissant alors que je me tournais vers l'est.
Même de si loin, je pouvais encore le sentir... le demi-dieu se précipitant vers nous.
Je marchai lentement vers le portail, prenant mon temps... calculant le tout.
BOOMM !!!
Alors que je n'étais plus qu'à un pas, le plafond explosa.
« ARRÊTE !!!! »
Je souris en voyant le visage furieux du demi-dieu foncer vers moi à une vitesse supersonique.
« Je vais apprécier ce jeu, Maison Atretic. »
Je lui fis un doigt d'honneur et m'immergeai dans le portail.