Chapitre 367
367 [Mariage par le sang] [19]
« Ça fait un bail. »
Une voix résonna au sein de l'Abysse.
Une voix bien trop familière.
« Samyaza. »
La voix de Sabaoth résonna à nouveau.
Tous deux levèrent les yeux, scrutant à travers l'Abysse.
Et—.
De fins fils pourpres fleurirent de toutes parts.
Des dizaines, des centaines, puis des milliers de fils s'entremêlèrent pour former un être ressemblant vaguement à un humain.
Mais—.
L'être était si colossal que tout autour de lui semblait minuscule.
Deux cavités abyssales remplaçaient ses yeux, fixés sur eux.
« Depuis longtemps. »
Il n'y avait aucune bouche dans ce nœud de fils pourpres, pourtant il parla.
« J'attendais ton arrivée. »
Samyaza sourit. « Tu parles comme si tu avais prédit ma venue. »
Il n'y avait aucune amusement dans sa voix. « Qu'en penses-tu ? »
Samyaza se contenta d'acquiescer.
De l'autre côté, Ragnar fixait la silhouette imposante.
Il avait beaucoup à dire, mais choisit de rester silencieux.
« À quand remonte notre dernière rencontre ? »
La voix de Sabaoth résonna dans l'Abysse.
Samyaza sourit en secouant la tête.
« Juste avant que tu ne sois banni de Lumina. »
Ses mots firent taire Sabaoth un instant.
Les fils pourpres se dénouèrent avant de se disperser.
Seuls quelques-uns restèrent, se nouant à nouveau pour former une silhouette humanoïde normale.
« Cela ne serait pas arrivé si Azrael n'avait pas massacré les premiers-nés de Lumina. »
Déclara Sabaoth, le fixant de ses yeux semblables à des abysses.
Samyaza lui rendit son regard. « Et qui l'y a forcé ? »
« ... »
Sabaoth n'eut aucune réponse.
À la place—.
Il se tourna vers Ragnar.
« Comment vas-tu, mon enfant ? » demanda-t-il, jouant le rôle d'un parent inquiet.
« Garde ta crasse loin de moi. » répondit Ragnar, sans cacher son dégoût. « Je n'ai pas besoin de ton inquiétude, toi qui m'as abandonné. »
Les nœuds pourpres bougèrent, faisant pivoter Sabaoth vers Ragnar.
« C'est toi qui m'as demandé de te laisser tranquille. »
Répondit Sabaoth, sa voix étrangement calme.
« Maintenant, tu me reproches de t'avoir laissé ? »
« Qui essaies-tu de duper ? » l'interrompit Samyaza avec un sourire. « Tu l'as abandonné parce que tu avais trouvé un nouvel Avatar plus approprié. »
« Et qui cela pourrait-il être ? » demanda Ragnar en le regardant.
« Ne crois pas cet homme. »
La voix de Sabaoth coupa la parole à Samyaza.
« Toute sa vie, il a menti à tout le monde. »
Ragnar lança un regard noir à Sabaoth, qui ne détourna pas les yeux.
Ragnar n'avait aucune envie de rester près de l'un ou de l'autre.
« Pourquoi nous amener ici ? » demanda-t-il en observant l'Abysse.
Sabaoth regarda silencieusement Samyaza.
« Je ne peux pas le sentir. » dit-il, la voix sombre. « Le destin. »
« Évidemment que tu ne peux pas. » gloussa doucement Samyaza. « Ce n'est pas ton pouvoir à la base—. »
« Je ne peux pas sentir le destin de Lumina. » l'interrompit Sabaoth. « Il devient vide dans quelques années. »
« ... »
Le sourire de Samyaza s'effaça.
Même si Sabaoth ne lui disait pas pourquoi... il le savait déjà.
« Lumina prendra fin dans quelques années. »
Dit Sabaoth calmement, comme s'il énonçait un fait.
Samyaza pencha la tête. « Ou peut-être est-ce toi. »
Un silence s'installa.
Puis—.
Sabaoth rit.
Un rire sincère qui résonna dans l'Abysse.
Quand le rire s'éteignit, les yeux creux de Sabaoth se fixèrent à nouveau sur Samyaza.
« Même la création favorite de Kyr'Vhal n'a pas pu me tuer. »
Dit-il, sa voix résonnant dans l'Abysse.
« Personne d'autre n'est assez puissant pour me tuer maintenant. »
Samyaza haussa un sourcil.
Il voulait mentionner le fils d'Esmeray.
Mais—.
Même pour ce garçon, il était impossible d'être assez puissant pour tuer Sabaoth en quelques années.
« Va-t-il revenir bientôt ? » demanda Sabaoth en regardant Samyaza.
Ce dernier garda la bouche close, mais le silence suffit à Sabaoth pour comprendre.
« Je vois. » murmura doucement Sabaoth. « À la fin, c'est inévitable. Même le sceau ne peut tenir longtemps. »
Ragnar fronça les sourcils. « De quel sceau parles-tu ? »
Sabaoth le regarda.
Puis—.
Il balaya l'air de la main.
Le pourpre se répandit dans tout l'Abysse avant de se rassembler à nouveau.
Lentement, il changea de forme, devenant quelque chose d'antique.
Un ciel coloré, un océan s'étendant à l'infini, une civilisation dressée au bord de l'océan.
Des êtres qui ne semblaient pas appartenir à Lumina vivaient dans cette civilisation.
Leurs corps brillaient de veines de lumière stellaire, deux longues cornes blanches immaculées poussant sur leurs têtes.
« Kyr'Vhal avait une étrange obsession pour la création d'une race parfaite. »
Commença Sabaoth tandis que Ragnar se concentrait sur les nœuds pourpres.
« À cause de cette obsession, il a créé deux races parfaites : les Dajin et les Divyan. Parmi eux, il a mis un effort supplémentaire dans la race Divyan, les rendant presque immortels. »
Les nœuds pourpres bougèrent, se dénouant avant de changer de décor.
Cela montrait une bataille où la race Divyan affrontait des êtres à la présence surnaturelle.
...Des Dieux.
« Quand Kyr'Vhal est mort et que nous sommes nés, cette soi-disant race parfaite, saisissant l'occasion, a déclaré la guerre aux dieux. »
La civilisation atteignit son apogée avant de commencer à s'effondrer en poussière.
« La bataille a failli détruire Lumina. Mais à la fin, cela s'est retourné contre eux quand Azrael a massacré la première génération de Divyans pour former un sceau. »
Les fils pourpres se tordirent à nouveau, se divisant en quatre choses distinctes.
« Le sceau qui a séparé Lumina en quatre parties distinctes : l'Enfer, Pelmoria, Akasha et Lumina elle-même. »
Le sceau qui a apporté la paix sur les terres de Lumina qui n'avaient connu que la guerre pendant près de milliers d'années.
Les fils pourpres commencèrent à fusionner, formant un orbe complet.
« Mais maintenant, le sceau se brise, faisant revenir tout à son état précédent. »
Une incursion.
Un moment de l'histoire où—.
Le ciel est sur le point de tomber.
Ragnar regarda Sabaoth. « Est-ce pour cela que tu étais si opposé à ce que j'ouvre la porte de l'enfer ? »
« Cela n'a fait qu'accélérer le processus d'incursion. » répondit Sabaoth. « Même si tout ce qui t'importait, c'était d'atteindre la Divinité. »
Ragnar garda le silence tandis que Samyaza sentait que quelque chose clochait.
Finalement, Ragnar demanda : « Massacrer une autre race va-t-il réparer le sceau ? »
« Non. » Sabaoth secoua la tête. « Ce qui rendait le sceau spécial, c'était Azrael lui-même. »
Puis—.
« Il semble que tu aies remarqué. » dit-il, faisant se tourner Samyaza vers lui.
« Quelqu'un est revenu de l'Enfer. » informa Samyaza avec un léger sourire.
Juste au moment où Sabaoth allait répondre—.
Son regard se leva—.
Un garçon aux longs cheveux immaculés le fixait.
Sabaoth sourit.
******
Je portai la main à mon front.
Le contour d'une marque sinistre commençait à s'y graver.
« Qu'est-ce que c'est ? »
Je me demandai à voix haute, en l'effleurant doucement.
Mais—.
Même là, je ne pouvais dire pourquoi elle était là.
'Maintenant que j'y pense, n'avais-je pas la même marque dans mes rêves ?'
Et même Ragnar porte la même marque.
« Sabaoth. »
Marmonnai-je en reliant les points.
Mais—.
Pourquoi ?
Même en essayant, je ne trouvais pas beaucoup de raisons pour qu'elle apparaisse maintenant.
Mon regard se reporta sur Sam et Ragnar, figés.
Battant des ailes, je m'approchai d'eux.
Mon regard se posa sur Ragnar qui gisait immobile.
Une pensée tordue s'insinua dans mon esprit. 'Que se passerait-il si je lui arrachais le cœur maintenant ?'
N'est-ce pas le meilleur moyen de le tuer ?
Je n'ai pas à me soucier de quoi que ce soit, un mouvement et il serait mor—.
'À quoi je pense ?'
Je poussai un soupir, me forçant à rester calme.
Il est impossible que je puisse le tuer aussi facilement.
Et même si je pouvais, je ne le veux pas.
Avant de le tuer, je veux briser son arrogance.
Le tuer de manière lâche serait une mort trop douce.
Je poussai un autre soupir en levant les yeux.
Juste au-dessus de Samyaza, un orbe flottait dans les airs.
Il ne bougeait pas, tout comme eux deux.
Battant des ailes, je me dirigeai vers l'orbe.
'Qu'est-ce que c'est ?'
Une quantité inhabituelle d'énergie vitale s'échappait de l'orbe.
C'était accablant, même d'être aussi près.
J'avalai ma salive en saisissant l'orbe.
Il ne bougea pas au début, mais un peu de force suffit à le faire bouger.
Juste au moment où je plaçai l'orbe dans mon bracelet.
Ma vision se brouilla.
Un être fait de fils pourpres, debout dans un abysse sans fin, apparut dans mon champ de vision.
Quelque chose fit tilt dans mon esprit.
Une haine, profondément enracinée, qui continuait de s'échapper de ma propre âme, submergea mon cerveau.
Mon souffle devint saccadé, incapable de contrôler ma soif de sang.
Le désir de tuer cet être pourpre prit le dessus sur tous mes autres sens.
« Nous nous revoyons—. »
Juste au moment où il commençait à parler.
Quelqu'un m'attrapa par derrière.
Je clignai des yeux.
Et—.
Tout autour de moi devint flou.
La chose suivante que mes yeux enregistrèrent fut que je me tenais au centre de la ville d'Artémis.
Le chaos qui remplissait toute la ville s'était considérablement calmé.
[<C'était moins une.>]
Une voix résonna dans ma tête.
'Inna.'
[<Ne t'inquiète pas. Tout ce qui te tourmentait a été pris en charge.>]
'Hein ? Qu'est-ce que tu—. '
« Est-ce que ça va ? »
Je me retournai instinctivement en entendant une voix féminine.
Zeline se tenait devant moi.
« On aurait dit que tu allais tuer tout le monde. » dit-elle en me regardant dans les yeux. « Alors, je t'ai emmené hors du royaume. »
« Urgh. »
Juste au moment où elle terminait sa phrase, une soudaine nausée commença à s'insinuer dans mon esprit.
'Que se passe-t-il ?'
Je gémis, fixant Zeline qui s'avançait pour m'aider.
« Himmel ! »
Une voix familière me fit regarder derrière.
Je regardai, mais Zeline n'était plus là.
« Est-ce que ça va ? » demanda-t-elle, me retenant alors que je m'appuyais sur elle.
« Je ne crois pas. »
La haine que j'avais ressentie à ce moment-là griffait encore mon esprit tandis que je prenais de courtes inspirations.
'Qui était-ce ?'
[<Sabaoth.>]
'Ahh.'
Je vois.
Ça a du sens, ce connard est l'un des êtres qui m'a maudit.
« Ça fait un bail, Himmel. »
Une voix familière me fit lever les yeux.
Une femme aux longs cheveux platine marchait vers moi.
Ses yeux gris sans vie fixaient les miens.
« On peut parler un peu ? »
Demanda Esmeray en penchant la tête.