Chapitre 207
La tension dans mes ailes rendait le vol difficile.
L'Akasha brillait derrière moi, illuminant l'île entière.
Mes ailes battaient tandis que mon regard dérivait vers le sol en contrebas.
...Quelque chose attira mon attention.
Quelque chose qui me brisa le cœur.
Quelque chose qui engourdit ma douleur.
[... Ne te laisse pas submerger par tes émotions.]
La voix grave d'El résonna dans ma tête alors que je descendais.
'...Non.'
Des cadavres.
Les corps de plusieurs étudiants gisaient en bas. Je repliai lentement mes ailes pour me poser en douceur.
L'herbe verte et tout ce qui m'entourait étaient désormais teintés de pourpre.
'...Non.'
Mon cœur se serra, une sensation de nausée m'envahissant alors que j'écartais les branches devant mon visage.
Mon corps tremblait violemment en fixant le garçon.
...Le garçon aux cheveux noirs qui rendait son dernier souffle.
"OLIVER !!!"
Non, non, non !
Ce n'est pas possible !
Sa tête se redressa lentement, son corps appuyé contre quelque chose alors qu'il me regardait.
...Une épée lui transperçait la poitrine.
Je tombai à genoux devant lui pour vérifier son état.
"...Salut... mon pote", murmura-t-il doucement, en me souriant.
"Ne parle pas !" hurlai-je, en le fixant tout en approchant ma main de sa poitrine.
Neplh !
"ARGHH."
Oliver gémit de douleur, une fine couche de mana commença à recouvrir sa blessure.
Elle enveloppa les muscles autour de son torse, colmatant l'hémorragie.
"...Ça fait mal, mec", souffla-t-il, laissant échapper un soupir épuisé.
"...Arrête de parler", marmonnai-je en examinant sa blessure.
Et il ne me fallut pas longtemps pour remarquer une chose.
...Son cœur.
L'épée était plantée en plein dans son cœur.
"...Que s'est-il passé ?" Mon esprit devint vide alors que je lui demandais : "...Oliver ?"
Mais il ne répondit pas.
Il garda la bouche close, les paupières à peine entrouvertes.
Je me mordis la lèvre pour calmer mon esprit en ébullition et posai ma main sur son torse.
Ruah.
Un amas de lumière verte illumina la zone autour de sa poitrine, et sa blessure commença à se refermer lentement.
C'est bon, il va s'en sortir.
Il va s'en sortir.
J'essayais de me rassurer en regardant son visage.
Il était pâle.
Anormalement pâle.
Ses lèvres étaient fendillées.
"Hé, Oliver !" criai-je alors que je le sentais devenir silencieux, "Hé, idiot, parle-moi."
"...Arrête de crier." Murmura-t-il, ses yeux se tournant lentement vers mon visage.
J'essayai de sourire pour ne pas montrer ma détresse.
J'essayai...
J'ai fait de mon mieux, mais je n'y arrivais pas.
"...Qui a fait ça ?" demandai-je, la voix brisée, fissurée, en fixant sa poitrine.
Il toussa avant de redresser lentement le dos, ses yeux ternes fixés sur moi.
Un amas de lumière blanche commença à émerger de sa main, attirant nos regards.
Il se transforma lentement en un chat gris.
"...Salut, petit gris", murmura doucement Oliver, tendant la main pour caresser le chat.
Le chat se laissa faire et se blottit contre lui sans un bruit.
'Hein ?'
Ce n'est qu'à cet instant que je remarquai une dague dans sa main.
Il la serrait fermement dans son autre main.
"...Az." Je me tournai vers lui, le cœur comme poignardé, "...Arrête ça."
"...Quoi ? Non !?" lâchai-je, en le fixant tout en augmentant le flux de Ruah.
"...Ça ne marchera pas", murmura-t-il doucement, "...Tu ne peux pas me sauver—"
"Tais-toi", marmonnai-je en pensant à une solution.
Sans réfléchir, j'essayai d'utiliser ma source de vie.
[...Non, Az, je t'en prie—]
'Je vais bien', coupai-je la voix suppliante d'El.
...Juste un an.
Juste une année de ma vie, et je pourrai probablement réparer son cœur.
[...Arrête, Az.]
J'ignorai ses mots et me concentrai sur moi-même.
Mon esprit semblait frappé par un marteau, transpercé par des aiguilles alors que je tentais à nouveau d'utiliser ma source de vie.
La douleur de perdre ma vie commença bientôt à se faire sentir.
Mais mes yeux s'ouvrirent brusquement quand je sentis une main saisir la mienne.
"...Arrête", marmonna Oliver, repoussant ma main loin de sa poitrine, "...N'essaie pas ce que tu es en train de faire."
Je me mordis la lèvre de frustration en le fixant.
En retour, il se contenta de sourire, ses yeux commençant lentement à se fermer.
Une lueur les traversa, ses yeux autrefois noirs devenant dorés pendant un bref instant.
"...Hé, j'ai un souhait", murmura-t-il encore alors que je ramenais ma main pour utiliser à nouveau ma source de vie.
"...Quoi ?" demandai-je, concentré sur la rupture d'une part importante de ma vie.
"...Donne mon nom à ton enfant." Je sentis un tremblement de douleur dans ma poitrine en entendant ses mots.
"...Non", répondis-je en secouant la tête tandis que mon corps commençait à se briser de l'intérieur, "...Je ne veux pas que mon enfant soit attardé comme toi."
Juste un peu plus longtemps.
Il gloussa, mais cela se transforma vite en une quinte de toux violente. "...C'est juste."
"...Fais-le toi-même", murmurai-je doucement, "Je ne le ferai pas pour toi."
Putain !
Pourquoi est-ce si long de briser cette putain de source de vie !!
"...Az", marmonna-t-il doucement, se penchant vers moi, "...J'ai besoin d'un câlin."
Je m'arrêtai une seconde, l'esprit engourdi à la vue de son corps fragile.
"...S'il te plaît", murmura-t-il encore.
'...El.'
[...Son cœur va s'arrêter de battre d'une seconde à l'autre.]
"..."
J'enroulai doucement mon bras autour de son cou, ramenant son corps contre moi.
Il resta ainsi quelques secondes avant que sa tête ne bouge.
"...Souviens-toi que tu m'as promis quelque chose", murmura-t-il, sa voix à peine audible, "...Si nécessaire, tu prendras soin d'elle."
"...Je le ferai", répondis-je, sentant son souffle s'arrêter lentement, "...Je m'en souviens."
"...Je te prends au mot." Il gémit silencieusement, et je hochai la tête en réponse.
"...Protège Aimar d'Edel." Posant son menton sur mon épaule, il murmura à mon oreille, "...Et je suis désolé, mec."
"...Quoi ?" murmurai-je en rompant lentement l'étreinte.
Je baissai les yeux, sa main et son chat étaient maintenant posés sur ma poitrine.
Une bourrasque de vent me dépassa, mon corps fut involontairement poussé vers un portail qui s'ouvrait derrière moi.
"...À bientôt."
Il me sourit une dernière fois alors que le portail s'effondrait de lui-même.
...Et je restai là, assis, à fixer l'endroit où le portail se trouvait.
Il me fallut un long... très long moment pour réaliser ce qui venait d'arriver.
"Hahaha." Je laissai échapper un rire plein de dégoût de soi en regardant le sol, "...C'est quoi ce bordel ?"
Une fille aux cheveux roux gisait là, entourée d'un amas de lumière violette.
Le même violet qu'Oliver utilise pour ses portails.
Une marque nette d'objet tranchant était gravée sur son cou.
"...Aaliyah ?" murmurai-je, en lui donnant des tapes sur le visage pour vérifier son état.
Elle ne répondit pas, sa poitrine se soulevait doucement.
Elle était en vie, mais inconsciente.
"..."
J'avais l'impression que mon monde s'écroulait en regardant autour de moi.
Le bruit de pas résonna, me faisant tourner la tête.
Deux garçons marchaient vers moi.
"Az ?" marmonna Aimar en s'approchant, un soupir de soulagement s'échappant de ses lèvres, "...Tu vas bien."
"..."
Je le regardai sans rien dire alors qu'il m'aidait à me relever.
Keegan se tenait à proximité, mais gardait ses distances.
Le regard d'Aimar se posa sur Aaliyah, puis sur le chat dans ma main, et il demanda avec confusion : "...Ils sont avec toi ?"
Je... Je ne pouvais pas répondre.
Mes lèvres refusaient de bouger, mes yeux fixés sur lui.
Mon cœur brûlait de douleur alors que je me levais lentement, lui confiant doucement le chat.
Toujours confus, il le prit tandis que je me retournais.
"Hé", Aimar m'attrapa l'épaule, "...Où est Oliver ?"
Je marchai de force, ignorant ses questions confuses.
"Je te pose une question, Azariah !" cria-t-il, la voix pleine d'anxiété, "...Tu l'as vu ?"
M'accroupissant, je pris Aaliyah dans mes bras, mon corps me faisant souffrir.
Jetant un coup d'œil en arrière, je regardai Aimar, dont la poitrine se soulevait péniblement.
"...Tu me fais peur, Az", murmura-t-il, esquissant un petit sourire, "...Dis-moi où il est ?"
"...."
J'entrouvris les lèvres pour dire...
...Mais je ne pouvais pas.
J'aurais aimé que ce soit facile à lui dire.
"Hé, Azariah !" cria-t-il alors que je lui tournais le dos.
SWISH !!!!
Mais juste au moment où je me retournais, quelque chose vola dans ma direction à toute vitesse.
C'était si rapide que je n'eus même pas le temps de réagir.
Et avant que je ne comprenne, le bruit d'os broyés et de sang se répandant sur le sol résonna.
Mais la douleur qui aurait dû accompagner cela ne vint jamais...
Je baissai lentement les yeux vers Aaliyah.
"...."
Et immédiatement, mes genoux lâchèrent et je m'effondrai au sol.
"...Non."
...Un couteau était profondément enfoncé dans son crâne.
J'approchai mon visage pour vérifier.
...Elle ne respirait plus.
"Aaliyah !" Le cri d'Aimar résonna dans mes oreilles alors qu'il me poussait sur le côté.
Je tombai en arrière, mon corps se glaçant alors que je le regardais essayer de vérifier si elle était en vie.
"En plein dans le mille !!" Une voix joyeuse résonna depuis la forêt.
Ma tête se tourna lentement vers le côté alors qu'une femme émergeait des ombres.
Deux cornes ornaient sa tête, ses cheveux noirs étaient terminés par des pointes rouges.
Un sourire espiègle aux lèvres, elle me regarda.
Ses lèvres s'entrouvrirent pour dire : "Comment allez-vous, jeune maître ?"