Chapitre 197
[Royaume d'Hesperia]
[Il y a 16 ans]
Le vent glacial de l'hiver balayait le château royal.
Un château qui avait perdu son éclat d'antan, réduit à un amas de décombres, ses murs s'effondrant de l'intérieur.
Des objets calcinés et brisés jonchaient le sol de ce lieu désormais en ruines.
Des flammes s'élevaient du château lui-même, projetant des teintes noires et rouges sur les environs.
Ces flammes jetaient un voile sinistre sur le royaume, ne laissant que le silence dans leur sillage.
Une silhouette se tenait au milieu des volutes de fumée devant le château, accompagnée de plusieurs soldats montés sur des oiseaux géants cuirassés.
« Tuez l'intruse avant qu'elle n'atteigne Sa Majesté ! » hurla la silhouette.
Sa voix âgée et sa carrure frêle le faisaient paraître fragile, mais sa force était tout sauf cela. « Donnez vos vies pour l'arrêter, c'est un ordre ! »
« Hooo !! »
Ils crièrent à l'unisson, les yeux fermés par la détermination, l'esprit prêt au sacrifice.
Il tendit la main, tenant sa lance, et l'abaissa vers les flammes dévorantes en contrebas, tandis que les soldats derrière lui commençaient à invoquer tous les cercles magiques astraux qu'ils connaissaient.
…Une silhouette marchait lentement à travers les flammes.
Le brasier qui dévorait le château séculaire ne lui faisait rien.
Elle ne tenait qu'une simple épée à la main.
Une couronne d'argent ornait sa tête, flottant légèrement au-dessus d'elle.
Ses yeux gris sans vie, teintés de violet, fixaient la myriade de cercles magiques aux couleurs mêlées.
« ...Inrath. »
Murmura-t-elle doucement. Un dôme invisible recouvrit tout le château, ses cheveux platine aux pointes violettes flottant autour d'elle.
Elle agita la main, pointant son épée vers eux.
Une onde de choc suivit son mouvement.
'Thud'
Les soldats tombèrent, avec leurs montures.
Morts.
Coupés en morceaux.
Teignant le sol de pourpre.
Elle enjamba leurs cadavres, progressant lentement vers l'entrée du château.
Une couche de mana bloquait son passage, une barrière assez puissante pour stopper un rang Éternel pendant un moment.
Elle observa la barrière un instant avant de la toucher de sa main libre.
Une fissure apparut à l'endroit du contact, s'étendant lentement jusqu'à couvrir tout le dôme.
Crack.
La barrière s'effrita sous son toucher, se brisant en morceaux comme du verre.
Elle reprit sa marche et entra dans le château.
« FEU !! »
Une voix hurla dès qu'elle fut à l'intérieur, et des centaines de sorts magiques se ruèrent vers elle comme des missiles, tous en même temps.
« Arrêtez. »
Murmura-t-elle doucement. Un bourdonnement apaisant résonna, et toutes les attaques élémentaires s'immobilisèrent, à quelques centimètres de son corps.
Elle marchait lentement, observant les centaines de soldats figés, terrifiés par le monstre qui se tenait devant eux.
« ENCORE, FEU— ! »
« Fil. »
Murmura-t-elle, sa voix couvrant les cris des soldats.
Tous les présents, sauf elle, sentirent un frisson leur parcourir l'échine.
Des fils noirs surgirent de toutes parts, remplissant le hall du château.
Ces fils se déplacèrent lentement, pénétrant dans le crâne de tous les soldats présents.
Leurs yeux perdirent leur éclat, devenant gris dès que les fils touchèrent leur cerveau.
« Bougez », ordonna-t-elle, et ils obéirent.
Lui ouvrant le chemin vers le trône où se tenait le Roi d'Hesperia.
Elle passa entre les soldats, leurs têtes inclinées comme s'ils reconnaissaient en elle leur souveraine.
Le roi se déplaça aux côtés de sa famille tandis qu'elle s'avançait et s'asseyait sur le trône magnifique.
« Tuez-vous. » Ordonna-t-elle en fixant les centaines de soldats devant elle.
Ils s'exécutèrent.
Certains s'arrachèrent les yeux.
D'autres s'ouvrirent la gorge.
Esmeray regarda le carnage d'un air ennuyé jusqu'à ce qu'ils soient tous morts.
Ne laissant derrière eux que l'odeur de la mort.
« Qui es-tu ? » gronda le roi en protégeant sa famille derrière lui. « Pourquoi fais-tu cela ? »
« Apportez-moi l'épée d'Elohim, et je partirai », répondit Esmeray calmement, sans la moindre émotion dans la voix, même après avoir tué des milliers de personnes.
« Jamais ! » rugit l'homme aux cheveux blonds debout derrière le roi, « ...Nous préférons mourir !! »
Le regard d'Esmeray se posa sur lui, puis glissa lentement vers sa femme. Ses lèvres s'entrouvrirent. « ...Va-t-elle bientôt accoucher ? »
« Et vous aussi », répondit Maria doucement, serrant son fils endormi contre elle tout en fixant son ventre arrondi.
Esmeray ignora ses paroles et reporta son regard sur le roi. « ...Quelle est votre réponse ? »
« Jama— ! »
Ses mots furent coupés net lorsqu'elle agita la main, son épée fendit l'air.
Une ligne verticale nette se forma au centre même de son corps.
Son corps se divisa en deux.
Tombant au sol.
Ses entrailles et son sang se répandirent sur le sol, imbibant le tapis.
Maria ferma les yeux, se détournant de cette vision atroce.
Tandis que Delwyn restait figé, fixant le cadavre de son père.
Il tomba à genoux, sa vision se brouillant alors qu'il tentait de comprendre ce qui arrivait.
Il y a à peine une demi-journée, il discutait joyeusement avec son père, mais maintenant...
Son regard se tourna lentement vers Esmeray, sa voix brisée résonnant : « ...Pourquoi ? »
Esmeray resta silencieuse, caressant doucement son ventre gonflé.
La rage bouillonna en Delwyn alors qu'il criait : « ...Pourquoi nous fais-tu ça ?! »
« Tu es bien naïf de croire que tu as la moindre importance pour que je fasse cela », répondit-elle d'un ton plat. « Ton père, tes soldats, ton royaume... ils ne sont que des dommages collatéraux. »
Ces mots le brisèrent davantage.
Savoir que tout cela arrivait sans aucune raison le fit s'effondrer en larmes.
« Espèce de monst— ! »
« Donne-moi l'épée d'Elohim, et je partirai », répéta Esmeray en le regardant. « Ou veux-tu perdre encore plus ? »
Les lèvres de Delwyn tremblèrent alors qu'il se tournait lentement vers sa femme, son fils et son enfant à naître.
Son regard croisa celui de Maria.
Elle secoua la tête fermement, serrant son fils encore plus fort.
Delwyn sentit son monde s'écrouler, déchiré entre sa famille et son devoir envers le royaume.
...Il ne pouvait pas choisir.
« Réfléchis bien, Prince », dit Esmeray en le regardant. « ...Tu peux encore sauver ton royaume. »
Son corps tremblait violemment, des larmes coulant sur ses joues.
Mais il resta silencieux, la fixant avec haine.
Esmeray se leva lentement du trône et marcha vers eux.
...Vers Maria.
« Il semble que ton mari ait besoin d'un retour à la réalité », dit-elle en se tenant devant elle.
Delwyn tenta de bouger pour protéger sa femme, mais ses jambes ne répondaient plus... Il restait figé, incapable de bouger.
« Tu as trois choix », dit Esmeray, sa main s'étendant lentement vers Maria, touchant le garçon dans ses bras. « Ton fils. »
Sa main se dirigea vers le ventre de Maria, le touchant doucement. « Ton enfant à naître. »
Son regard se déplaça vers Delwyn. « Ou ton mari. »
Maria tremblait, ses yeux gris fixés sur ceux d'Esmeray. Elle se mordit les lèvres, essayant de rester calme. « ...Pourquoi fai— ? »
« Choisis », l'interrompit froidement Esmeray.
Maria regarda lentement son mari, qui restait assis sans bouger... Juste à la fixer.
Ce n'est qu'alors que Maria remarqua quelque chose d'horrible qui immobilisait son mari.
Elle prit de grandes inspirations, serrant son fils encore plus fort. « ...Mon fils. Je choisis de garder mon fils en sécurité. »
« Comme tu voudras », répondit Esmeray, déplaçant sa main avec célérité.
Avant que quiconque ne puisse réagir...
...Ses doigts se refermèrent sur la gorge délicate du fils de Maria.
Snap !!
...Son cou se brisa.
Et tout ce que Delwyn put faire fut regarder...
.....
.....
.....
Longtemps après le coucher du soleil, alors que la nuit s'installait, apportant un froid amer, Delwyn restait assis sans but près du feu.
Des heures avaient dû passer depuis qu'il avait bougé de son siège, son esprit tourbillonnant de pensées sombres.
Après que la colère se fut dissipée et que son esprit eut cessé de penser à sa famille désormais disparue.
Juste au-dessus de lui, les nuages semblaient immuables, déversant une pluie battante arrêtée seulement par une petite barrière, et le monde derrière lui scintillait comme de la poussière de cristal à l'horizon.
...Quelque chose brûlait au centre même de l'île.
Mais il l'ignorait.
Fixant l'horizon de ses yeux noisette, comme s'il attendait quelqu'un.
Et...
...Il n'eut pas à attendre longtemps avant qu'une silhouette n'émerge de la forêt, se précipitant vers lui.
Un éclair révéla clairement la silhouette.
Des cheveux violets, trempés par la pluie, collaient à son crâne... Du sang coulait de ses deux mains, couvertes d'égratignures.
Des yeux violets le fixaient.
Azariah n'hésita pas une seconde avant de dégainer son katana, prêt à se battre.
« Es-tu sûr d'avoir assez de temps ? » demanda Delwyn en regardant le feu qui montait derrière lui. « ...Peux-tu seulement me vaincre avant que ce feu n'engloutisse ceux qui sont restés là-bas ? »
Azariah se mordit la lèvre de frustration, les yeux lancés vers lui.
Il abaissa son katana et demanda : « ...Est-ce toi qui as fait ça ? »
« Non », répondit Delwyn en secouant la tête, « ...Celui qui a fait ça est bien plus proche de toi que moi. »
Azariah pencha la tête, confus, avant que les mots de Delwyn ne fassent leur chemin.
Son esprit devint engourdi alors qu'il considérait cette possibilité.
« Assieds-toi », dit Delwyn en désignant la chaise vide à côté de lui. « ...Nous devons parler. »