Chapitre 235
Au milieu du vide obscur sous la terre, la seule source de lumière provenait des étoiles pourpres entourant Alicia... illuminant les lieux et chassant les ombres.
C’était là que se trouvait la base du Système du Vide, et désormais, il ne restait plus que le silence... aucune structure complexe, aucun monstre captif... et surtout, aucun humain.
Tout avait été effacé, réduit au néant.
Pourtant, aucun des deux Rois ne combattait avec toute sa force... chacun d’eux portait un fardeau qui l’empêchait de libérer son plein potentiel.
Pour Alicia, c’était Caius, et pour Medirin, c’était l’environnement qui l’entourait, vide de vie et de sang... ainsi que l’aptitude de sa nièce.
Pour quelqu’un dont l’aptitude et les principes mêmes tournaient autour du sang et du corps, ce n’était pas une chance de faire face à un pouvoir capable d’effacer la matière elle-même.
Plus encore, cela l’empêchait d’agir sur son propre corps et sur celui de Caius à distance.
Au milieu du vide silencieux, le bruit de la terre qui se fendait résonna, suivi par le déchirement strident du vent. Ce qu’il restait du plafond fragile au-dessus d’eux s’effondra et des rochers massifs tombèrent, laissant des rayons de clair de lune se glisser dans le vide obscur.
Entre ces événements, les deux femmes se regardèrent... chacune perdue dans ses propres pensées.
Mais les Rois n’étaient pas les seuls ici.
« Laisse juste cette folie s’arrêter, que quelqu’un me sorte de là », pensa Caius alors qu’il flottait dans les airs, tandis qu’Alicia se tenait devant lui, l’enveloppant de son pouvoir pour empêcher les effets de Medirin de l’atteindre.
Il souhaitait seulement qu’Alicia l’envoie très loin à cet instant... mais cela pourrait permettre à Medirin de le tuer, alors dans cette situation, la seule chose qu’il pouvait faire était de rester silencieux en observant la destruction autour de lui.
« Hmm... quelle mauvaise journée pour moi. » Les mots de Medirin résonnèrent dans le vide, par-dessus le fracas des rochers qui tombaient.
À cet instant, Alicia sentit son sang bouillir, avant que son pouvoir ne circule et que cet effet ne s’estompe. Mais dans cette fraction de seconde imperceptible, le monde lui-même changea autour d’elle.
L’obscurité fut remplacée par un liquide rouge sombre qui inonda tout le vide ; que ce soit les rochers qui s’effondraient ou le clair de lune qui filtrait par les fissures, tout disparut sous ce rouge pulsant.
« C’en est trop. » Le déluge massif se rua vers Alicia de toutes parts, l’encerclant, elle et Caius.
Dans cette situation, elle savait que si une seule goutte parvenait à s’infiltrer et à se mélanger à leur sang, la balance pencherait.
Elle leva la main, tendit deux doigts et trancha l’air horizontalement.
Une unique entaille pourpre, fine comme un cheveu, fendit le liquide et déchira l’espace lui-même, visant Medirin de l’autre côté, là où Alicia ne pouvait pas la voir.
Les vagues de sang frappèrent Alicia et Caius sans les toucher. Autour d’eux se forma une couverture pourpre qui effaçait tout ce qui tentait de s’approcher, le pulvérisant, mais derrière eux, les parois de ce vide ne survécurent pas et se brisèrent à chaque seconde.
De l’autre côté, Medirin ne put esquiver complètement l’attaque d’Alicia : elle lui trancha les deux pieds, les séparant du reste de son corps.
Elle regarda ses membres se détacher et se désagréger, mais l’instant d’après, ils se régénérèrent, la laissant cette fois sans une partie de sa robe et même sans ses chaussures.
« Quelle garce », murmura-t-elle, sa voix étouffée par le vacarme.
Une autre entaille passa là où elle se tenait et lui trancha le bras, mais Medirin s’en moquait... son corps se régénérait en un instant. Tant qu’une seule goutte de son sang existait, le Pilier de Sang ne mourrait pas.
Devant elle, elle ressentait chaque goutte... comment elle se multipliait et obéissait à son commandement, comment son sang était plus solide que les métaux les plus durs et plus souple que l’acier liquide.
Au moment où la troisième ligne pourpre passa, le liquide enveloppa Medirin alors qu’elle s’y fondait, laissant l’entaille traverser le vide et creuser des kilomètres dans la terre.
Au milieu de la marée infinie, l’aura pourpre autour d’Alicia brillait, empêchant toute goutte de les toucher, mais pas une personne.
À cet instant, la main pâle de Medirin jaillit et toucha l’aura pourpre, tentant de la traverser. La peau de son bras se déchira et se régénéra simultanément, frappant l’équilibre entre l’existence et le néant.
« Ce n’est pas sa copie. » Lorsqu’Alicia réalisa ce fait, elle se concentra et traça une unique entaille à cette courte distance... comme si le temps lui-même s’était arrêté, la ligne parcourut le bras de Medirin jusqu’à son cou.
Mais comme si son corps était fait de ce liquide, Medirin fondit et s’estompa... au même moment, au milieu du vide, une autre main apparut sur le côté, tendant vers Caius dont les yeux semblaient figés, incapables de suivre cette dimension de mouvement.
Une autre entaille déchira le membre de Medirin et le réduisit en poussière, seulement pour qu’elle réapparaisse encore, et encore, et encore... cela ressemblait à des milliers de mains pâles surgissant de l’infinie marée rouge, tentant de déchirer l’aura pourpre qui les protégeait.
Et dans ce monde de sang, les lois de l’espace elles-mêmes étaient bloquées, ce qui empêchait Alicia de quitter cet endroit ; elle était coincée dans une spirale de défense et d’attaque contre Medirin.
...
Entre les pics blancs déchiquetés, le vent froid soufflait, emportant des flocons de neige tandis que la lune déversait sa lumière, se reflétant sur les rochers gelés.
Mais contrairement à ce qu’une nuit froide et calme aurait dû être, le sol tremblait sans arrêt et des avalanches dévalaient des pics lointains vers la vallée qui les séparait.
Là, une faille massive s’était formée dans le sol, assez grande pour engloutir une montagne. Le sang rouge s’en déversait, élargissant ce gouffre à chaque instant.
Le reflet de la lune donnait à la surface du liquide une pulsation de vie, comme si la terre elle-même saignait aujourd’hui, et du milieu de cela, une petite brèche s’ouvrit, laissant échapper une lumière pourpre qui distordait les ténèbres de la nuit.
Alicia apparut avec Caius à ses côtés, tous deux enveloppés dans l’aura pourpre, mais l’étendue rouge refusait de les lâcher et s’éleva du sol fracassé vers le ciel vide.
Elle monta, montant encore, suivant Alicia sur des centaines de mètres, puis des kilomètres ; tout cet espace disparut sous le liquide visqueux.
Que ce soit la neige blanche ou les masses rocheuses acérées, tout fut effacé, et au milieu de tout cela, une entaille pourpre fine comme un cheveu se forma, l’une après l’autre, dépassant le concept même de l’espace.
Elle ne visait pas la vaste étendue de sang, mais ce qui se trouvait à l’intérieur. Là, au milieu, cachée, attendant la moindre chance de franchir sa défense.
Au même moment, l’énergie pourpre circula et se rassembla en un point unique devant Alicia, un point plus petit qu’un ongle humain, et plus brillant que les étoiles.
Dans le vide sous le ciel noir, Alicia fut à nouveau encerclée de toutes parts, la voix de Medirin résonnant à travers le monde : « Je rendrai ta mort plus laide que celle de tes parents, petite Alicia. »
Medirin pensait obtenir la moindre réaction, mais sa nièce se contenta de murmurer : « ... Comme si ça m’importait. »
Cela surprit un peu Medirin, alors qu’une ligne unique séparait son cou de son corps et continuait sa course pour traverser le sommet de la montagne lointaine.
Le combat se poursuivit tandis que les étoiles disparaissaient sous l’étendue de sang qui s’élevait plus haut que les montagnes déchiquetées.
Et alors qu’Alicia était concentrée sur Medirin, une main déchira l’espace autour d’elle et surgit entre elle et Caius, vêtue d’une manche grise...
Ses yeux s’écarquillèrent en voyant la main sur le point de s’emparer de Caius, tandis que Medirin faisait pression sur elle de l’autre côté.
Ses pensées s’accélérèrent et l’entaille traversa le bras restant de l’émissaire... à quelques centimètres de Caius, figé, au moment même où Medirin perçait la défense d’Alicia pour la première fois.
Sa main pâle atteignit son cou et y enfonça ses ongles ; une petite blessure insignifiante se forma sur son cou gracile avant que le bras de Medirin ne soit entouré par l’aura pourpre et ne s’estompe.
Alicia serra les dents, sentant quelque chose envahir son corps et circuler dans chaque parcelle de son être.
Elle manipula son pouvoir à l’intérieur d’elle-même avec une précision impossible, mais l’effet se propagea à son esprit, ralentissant ses pensées... dans ce moment de faiblesse, ses yeux s’assombrirent un instant alors qu’elle pressait la blessure sur son cou.
Au même moment, un sourire apparut sur le visage de Medirin alors que la mer de sang se jetait sur sa proie de toutes parts, plus violemment que jamais... faisant trembler et vaciller la barrière autour d’eux.
À cet instant, le point pourpre devant Alicia réagit... un petit point, invisible dans ce chaos.
À une vitesse illogique, il s’étendit et brilla comme une petite étoile sur le point de naître sous le ciel nocturne.
Au même moment, un faible murmure s’échappa de ses lèvres.
« Aube de la Création. »