Chapitre 215
« Pouvons-nous reprendre là où nous nous sommes arrêtés ? »
Les mots de la jeune fille résonnèrent dans l'air alors que ses cheveux argentés retombaient sur son uniforme noir, et ses yeux gris scintillaient d'un léger reflet bleu.
Je sentis sa main se refermer sur mon bras comme si elle s'apprêtait à m'entraîner quelque part à l'instant même.
Quelle fille étrange... Enfin, tout le monde était étrange à sa manière.
Les deux autres me fixaient, choquées, tandis que la fille aux cheveux noirs marmonnait, comment s'appelait-elle déjà... Valia, probablement.
« E... Emeris, qu'est-ce que tu fais ? »
L'autre demanda : « Qu'est-ce que tu entends par reprendre là où vous vous êtes arrêtés ? Vous vous connaissez, ou vous vous êtes déjà rencontrés ? »
Je les regardai calmement, ma surprise initiale face aux agissements de cette originale s'estompant.
Faisait-elle cela parce que nous étions apparus dans sa chambre et qu'elle voulait des explications, ou quoi ?
Avant que je ne puisse dire un mot, Emeris afficha un large sourire.
« Ouais, on se connaît. »
Wow... Mentir en plein jour. Nous nous étions à peine rencontrés il y a cinq minutes, alors comment pouvions-nous nous connaître ?
Les deux filles nous regardaient avec surprise, alternant leurs regards entre nous deux... Normalement, j'aurais ignoré la scène et serais parti sans m'en soucier, mais j'avais vraiment besoin de quelque chose pour me distraire de toutes les pensées folles qui me traversaient l'esprit.
Eh bien, je suppose que je devrais jouer le jeu puisque nous étions apparus devant elle au milieu de la nuit... Sinon, le bruit pourrait courir ou quelque chose du genre.
Je soupirai en répondant à la question silencieuse. « Ouais, on se connaît. »
Les yeux de la fille aux cheveux noirs s'écarquillèrent en fixant Emeris.
« Mais tu n'arrêtais pas de demander qui il était comme si tu ne le connaissais pas, alors comment se fait-il que tu le connaisses maintenant ? »
Elle posait des questions sur moi... C'était intéressant.
Emeris haussa les épaules. « Je le connais, mais je ne connaissais pas son nom... Quant à savoir comment nous nous connaissons ? C'est une histoire merveilleuse. »
Elle lâcha mon bras et me regarda avant de se couvrir la bouche comme pour retenir un rire, puis, l'instant d'après, elle dit quelque chose que je n'aurais jamais pensé entendre à mon sujet.
« On s'est rencontrés lors d'un rendez-vous arrangé... »
Nos regards se croisèrent tandis qu'elle poursuivait :
« Et malheureusement, il s'est enfui par timidité dès qu'il m'a vue, sans même me dire son nom. »
Silence.
L'endroit resta silencieux un instant jusqu'à ce que le rire de Valia ne brise le calme.
« Héhé... C... C'est génial. »
Elle semblait sincèrement nerveuse, probablement parce que l'expression sur mon visage n'était pas très agréable à ce moment-là.
Naira hocha la tête nerveusement. « Je vois... Je pense qu'on devrait vous laisser seuls. »
Sur ce, elle entraîna son amie, et toutes deux continuèrent vers la bibliothèque sans se retourner.
Je regardai leurs dos s'éloigner avant de me tourner vers la fille appelée Emeris, qui souriait toujours largement.
« Oh... Pourquoi ce froncement de sourcils ? Ça gâche ton beau visage. »
Bien sûr que j'étais agacé. L'histoire du rendez-vous arrangé ne me dérangeait pas... Mais s'enfuir par timidité... Pour qui me prenait-elle, Elliot ?
Je soupirai, laissant couler, et commençai à passer devant elle, mais elle s'aligna sur mon pas pour marcher à mes côtés.
Après nous être éloignés de quelques pas de l'endroit où nous nous trouvions, je demandai :
« Alors, qu'est-ce que tu veux ?... Si tu as des questions sur ce qui s'est passé, va voir le vice-directeur. »
Elle me donna un léger coup de coude, comme si nous étions amis.
« Allez, pas besoin d'être contrarié parce que je t'ai traité de timide... Tu sais bien que tu m'as traitée d'originale dès que tu m'as vue, même dans ma chambre... Alors disons qu'on est quittes et tournons la page à partir de maintenant. »
Je haussai un sourcil. « Ta chambre ?... C'était la mienne avant d'être la tienne. »
Elle agita la main.
« Je sais, je sais... Bref, où allons-nous maintenant ? »
Cette fille était vraiment hors du commun.
Je soupirai. « Nous ?... Tu ne m'as pas arrêté là-bas parce que nous sommes apparus devant toi ? »
Un air de surprise apparut sur son beau visage.
« Pourquoi ferais-je ça ?... Cette femme grincheuse est déjà venue me prévenir et tout le tralala. »
Cette femme grincheuse... J'imagine qu'elle parlait d'Alicia.
« Alors pourquoi m'as-tu arrêté ? »
Elle haussa les épaules. « Parce que c'est amusant... Et parce que je voulais échapper aux révisions. »
Le fait que nous marchions ensemble commençait à attirer l'attention des autres étudiants... Ou peut-être était-ce moi qui attirais les regards. Peu importait.
Je la regardai et la trouvai en train de me sourire.
« Vraiment ? Tu as dû faire tout ça juste pour échapper aux révisions ? »
Elle répondit, les mains derrière le dos tout en s'alignant sur mon rythme. « Pas exactement. »
« Et tu n'as toujours pas répondu. Où allons-nous maintenant ?... Ou où vas-tu, si tu préfères le dire comme ça ? »
Je souris en répondant : « Et pourquoi devrais-je répondre ? »
Elle pencha la tête d'une manière adorable.
« Allez... C'est une question simple. »
Je souris, amusé par sa façon de parler. Elle ressemblait un peu à Ivan... Mais en plus audacieuse et moins bavarde.
« Je ne sais pas vraiment... Peut-être que je vais dîner et me promener un moment. »
Elle se couvrit la bouche d'une main.
« Oh... Donc tu m'invites à dîner. Comme c'est roman... Je veux dire, merveilleux. »
Je haussai un sourcil.
« Comment as-tu transformé ça en invitation ? »
Sans hésiter, elle tendit le bras et enroula le sien autour du mien.
« Allez, ne sois pas froid... Fais-le, ou je vais ébruiter le fait que vous êtes tous apparus dans ma chambre. »
Je haussai les épaules, amusé... Quelle menace simpliste.
« Vas-y, fais donc. »
Elle se colla étroitement à mon bras comme une enfant réclamant un bonbon, se rapprochant très près de moi tout en me faisant les yeux doux.
« Allez... S'il te plaît. »
Cela fit que tous ceux autour de nous tournèrent la tête dans notre direction... Probablement parce que, de toutes les personnes possibles, c'était à moi que cela arrivait.
Mais au lieu de m'énerver, je souris encore plus.
« C'est toi qui paies ? »
Une trace de surprise apparut sur son beau visage avant qu'elle ne sourie.
« Tu es vraiment tel que je l'avais entendu dire... »
Je ne pus m'empêcher de rire à cette remarque tandis qu'elle ajoutait : « Très bien, je paierai. »
Je regardai ses bras enroulés autour du mien.
« Est-ce vraiment nécessaire que tu fasses ça ? »
Une expression malicieuse apparut sur son visage alors qu'elle se rapprochait encore plus.
« Pourquoi ? Ça te rend timide ? »
Je haussai les épaules avec indifférence. « Non, mais je ne peux pas marcher. »
À peine eus-je dit cela qu'elle fit un pas en avant, m'entraînant quelques pas derrière elle avant de finalement lâcher mon bras.
« Allez, viens, on y va... »
Et c'est ainsi que nous marchâmes ensemble vers la zone où se trouvaient les restaurants et les boutiques.
Cette fille était vraiment étrange, mais il y avait quelque chose chez elle qui semblait familier... Comme quelqu'un d'autre.
Tout au long du chemin, elle ne cessa de parler et de poser des questions comme si nous nous connaissions depuis l'enfance.
« Alors, seras-tu gentil avec moi en me disant où vous étiez tous ? »
Je secouai la tête avec un sourire.
« Malheureusement, non. »
Elle gonfla ses joues comme une petite fille.
« Quel méchant. »
Le soleil avait déjà disparu, et il ne restait plus qu'une faible lueur orangée dans le ciel.
Au même moment, les lampadaires commencèrent à s'allumer le long de la route.
C'est alors que nous atteignîmes la grande rue remplie de restaurants et de centres commerciaux qui accueillaient des centaines d'étudiants et de professeurs.
L'endroit était aussi bondé que dans mes souvenirs.
Je regardai autour de moi les différents restaurants, incertain de ce que je devais choisir, alors je décisi d'être gentil et de demander à celle qui payait.
Je regardai Emeris à mes côtés.
« Qu'est-ce que tu veux manger ? »
Elle me fixa alors que le sourire sur son visage devenait étrange.
« Toi. »