Chapitre 213
Evangeline serra inconsciemment les dents.
« Que dois-je faire ? Comment la convaincre ? »
Si elle avait bien cerné Lilias, la jeune fille comptait l'enfermer dans cette pièce au début de chaque boucle pour s'assurer qu'Evangeline ne puisse interférer.
Evangeline devait trouver un moyen de lui prouver qu'elle n'était pas une menace, mais une alliée. Le problème était que le raisonnement de Lilias pour l'enfermer ne reposait pas sur la suspicion. C'était un simple calcul.
Elle ne pensait pas qu'Evangeline eût de mauvaises intentions, mais elle ne voulait prendre aucun risque. C'était un état d'esprit qui rappelait celui d'Adrian.
« Tenter de la convaincre par les sentiments ne fonctionnera pas. »
Pour avoir eu affaire à Adrian si longtemps, Evangeline avait fini par comprendre qu'il privilégiait la logique aux émotions. En revanche, si l'on présentait un raisonnement solide, il se laissait convaincre assez facilement.
« Réfléchis, réfléchis, réfléchis. »
Evangeline n'était pas une négociatrice et ne savait pas comment gagner une dispute. Il lui fallait donc une autre approche.
Elle essaya de se remémorer toutes les conversations qu'elle avait eues avec Lilias lors des deux boucles précédentes.
« Factions... continent... marin... j'ai trouvé ! »
Tenant les menottes d'une main, Lilias tendit l'autre vers le poignet d'Evangeline. Mais à cet instant, Evangeline plia soudainement le genou, adoptant la position utilisée pour saluer les membres directs de la famille impériale.
Lilias pencha la tête, intriguée par le geste soudain d'Evangeline.
« Que tentes-tu de faire ? »
Evangeline prit une profonde inspiration et répondit du ton le plus formel et respectueux qu'elle put trouver.
« Votre Majesté, Reine Lilias El Gracias, pardonnez-moi pour la piètre manière dont je me suis comportée jusqu'à présent. J'espère que mon attitude ne vous a nullement offensée. »
L'expression de Lilias devint étrange tandis qu'Evangeline poursuivait.
« Le chef de l'ancienne faction noble, Son Altesse le Prince Adrian Caelis Ravenshade, a pris la mer avec l'intention de s'entretenir avec le souverain du Royaume de Gracias. J'ai été envoyée en éclaireur pour vous informer de son arrivée. »
À présent, Lilias fronçait profondément les sourcils en fixant Evangeline.
« Es-tu en train de dire que tu es une messagère ? »
Evangeline hocha vivement la tête alors que le château tremblait violemment.
« Vous pouvez me considérer ainsi. »
Une expression pensive apparut sur le visage de la jeune fille.
« Adrian Caelis Ravenshade... Je n'ai jamais entendu ce nom auparavant. Et il est le chef de votre faction, pourtant tu l'as qualifié de prince ? »
Le sourire poli d'Evangeline vacilla brièvement, mais elle parvint à le maintenir.
« Oh, cela ? Voyez-vous, il a expressément ordonné à tout le monde de s'adresser à lui de cette façon. Il est extrêmement attaché à ce titre. »
À ce stade, même Evangeline ne savait plus ce qu'elle racontait. Ayant lu trop d'histoires dans sa vie précédente, elle débitait simplement toutes les absurdités qui lui passaient par la tête.
« Une nourrice qui a élevé Son Altesse l'appelait ainsi. Pour lui, elle était comme une seconde mère. Lorsqu'elle est décédée de vieillesse, Son Altesse pleurait chaque nuit. Sa perte l'avait dévasté si profondément que... »
« D'accord, c'est bon, j'ai compris. » Lilias l'interrompit. « Tu peux t'arrêter là. Alors ? Pourquoi vient-il ici pour me rencontrer ? »
Evangeline marqua une pause.
« Euh, je crains de ne pas savoir... J'ai seulement été envoyée ici pour vous informer de son arrivée, rien de plus. »
Lilias plissa les yeux. En voyant cela, Evangeline paniqua intérieurement et s'empressa de reprendre la parole.
« M-Mais cela ne signifie pas que je n'ai pas d'hypothèses. En fait, j'ai une idée assez précise de ce que Son Altesse souhaite discuter avec vous. »
« Et quelle est-elle ? »
Le sourire d'Evangeline s'élargit.
« C'est pour le mariage, évidemment ! Qu'est-ce que cela pourrait être d'autre ?! Je suis certaine qu'un marin a dû, par hasard, croiser votre beauté un jour. Après son retour sur le continent, il a dû la décrire à Son Altesse. Cette seule description de votre beauté divine a dû suffire à le faire tomber éperdument amoureux de vous ! »
Lilias laissa échapper un soupir las alors qu'un grand fracas résonnait dans le château.
« Je pense que tu es malade mentale. Je crois qu'en fin de compte, t'enfermer est la meilleure décision. »
Evangeline secoua vivement la tête avec une expression grave.
« Votre Majesté, comment pouvez-vous dire cela ? Oh, je vois. Vous n'avez sans doute jamais été amoureuse, c'est pour cela. Mais je vous assure, l'amour de Son Altesse est bien réel ! Avoir l'amour d'un homme comme lui est le rêve de toute jeune fille. Oh, comme vous êtes chanceuse, Votre Majesté. »
L'expression que portait Lilias suggérait qu'elle remettait en question tous les choix de sa vie.
Le château tremblait de plus en plus intensément à chaque instant, et des bruits sourds, semblables à des explosions, retentissaient les uns après les autres.
Son expression devint lentement plus sérieuse.
« Je n'ai plus de temps à perdre avec toi. Tu devrais dormir maintenant ; nous discuterons davantage lors de la prochaine boucle. »
Sur ces mots, Lilias tenta de frapper l'arrière de la tête d'Evangeline, comme pour l'assommer, mais cette dernière se baissa juste à temps pour esquiver le coup.
« Pas encore ! »
Elle attrapa l'une des jambes de Lilias et s'y agrippa.
« Votre Majesté, sachant que vous êtes la future épouse de Son Altesse, je me considère également comme votre servante. Et en tant que telle, je vous en prie, utilisez-moi comme bon vous semble. »
Lilias tenta de dégager sa jambe.
« Que fais-tu ? Lâche-moi immédiatement ! »
Evangeline l'enlaça plus fermement, refusant de lâcher prise.
« Votre Majesté, je vous en supplie, n'abandonnez pas cette servante. Je jure de vous être utile ! Je lécherai même vos pieds si vous me l'ordonnez ! »
« Pourquoi diable te donnerais-je un tel ordre ? Lâche-moi ! »
« Votre Majesté ! »
« Lâche-moi, bon sang ! »
« S'il vous plaît, n'abandonnez pas cette servante ! »
« Ugh, mais c'est pas vrai ! »
Le manège continua au milieu du château qui tremblait et des fracas assourdissants.
Après un moment, Lilias finit par céder.
« D'accord, très bien, je ne t'enfermerai pas. Mais tu dois obéir à chacun de mes ordres. Si tu me désobéis ne serait-ce qu'une fois, alors je t'enfermerai. »
Evangeline hocha la tête avec un sourire radieux.
« Bien sûr, Votre Majesté. Comment cette humble servante pourrait-elle songer à désobéir à la future épouse de Son Altesse ? »
Lilias sembla vouloir ajouter quelque chose, mais choisit de garder le silence.
Toutes deux sortirent de la pièce et commencèrent à parcourir le couloir.
Evangeline demanda curieusement :
« Votre Majesté, où allons-nous— ? »
Sa question fut interrompue par un cri venant de devant.
« Je l'ai trouvée ! Elle est là ! »
À quelques mètres, un homme vêtu de vêtements simples se tenait là, tenant une arme qui ressemblait à une épée courte à lame courbe.
En le voyant, les souvenirs d'Evangeline de la boucle précédente refirent surface. C'était la même personne dont elle avait vu le cadavre en premier alors qu'elle parcourait ce couloir.
L'instant suivant, l'homme se rua en avant, arme levée, les yeux brûlants de détermination.
« Il est temps pour toi de retrouver ta mère ! »
Mais alors qu'il était en plein saut, Lilias projeta soudainement sa main en avant et saisit l'homme à la gorge, le maintenant en l'air.
Ramenant son autre main, elle la plongea droit dans la poitrine de l'homme et lui arracha le cœur.
« Gaaahhh !!! »
C'était un acte de violence si barbare qu'il fit se figer Evangeline sur place.
Alors que la lumière s'éteignait lentement dans les yeux de l'homme, Lilias jeta le cadavre sur le côté comme s'il s'agissait d'un déchet.
Son regard brûlait d'une fureur et d'un ressentiment bouillonnants.
« C'est à moi. Je ne le donnerai jamais à des bâtards malfaisants comme vous. »