« Je n’ai qu’à l’éliminer ? » demanda Armin avec assurance, la main déjà tendue vers son éventail de papier.
« Et qu’est-ce qu’il essaie de voler ? » Evelyn ignora complètement Armin et poursuivit son interrogatoire, le regard rivé sur Vritra, intensément concentrée.
« C-Ce Bouddha chauve. Il essayait de voler un bien appartenant au temple. Je vous en prie, infligez-lui le ch-châtiment le plus sévère ! » lança Cornichon vert avant que le cultiste ait le temps de répondre. Sa voix tremblait d’impatience : il brûlait d’envie de voir Vritra puni.
« Je vois. » Elle hocha la tête d’un air pensif, le visage impénétrable. Après une courte pause, elle reprit d’un ton posé : « Je confisquerai ce Bouddha pour l’étudier. Quant à lui, je lui infligerai le châtiment le plus sévère qui soit. »
« Ouaiiis ! » Cornichon vert bondit de joie, incapable de contenir plus longtemps son excitation. Après tout ce temps, il avait enfin réussi à se venger.
Cette fois, Vritra allait peut-être mourir, ou du moins passer très longtemps à souffrir en prison, enfermé et oublié.
Enfin, il avait sauvé ces sept femmes — la mère, l’épouse et les filles de Vritra —, les protégeant de sa cruauté et de ses sévices.
Il avait envie de rentrer au plus vite leur annoncer la bonne nouvelle, leur parler de ses actes héroïques et de son courage. Comme elles seraient heureuses ! Peut-être finiraient-elles même par tomber amoureuses de lui, puisqu’il les avait sauvées d’un homme pareil.
Dans de telles circonstances, une histoire d’amour pouvait toujours éclore.
Les cultistes, en revanche, n’étaient pas ravis de l’issue. Cet avatar bouddhique avait pour eux une grande valeur, tant spirituelle que matérielle.
Ils avaient eu une chance folle d’en trouver un si facilement, sans devoir écumer tout le royaume.
D’ordinaire, ils cherchaient partout de tels avatars bouddhiques afin d’en tirer profit. Mais que pouvaient-ils bien dire, alors qu’Evelyn se trouvait là et que sa seule présence étouffait toute contestation ?
En fin de compte, ils ne purent que pousser un profond soupir et renoncer, résignés à leur perte.
Evelyn ne perdit pas une seconde de plus au milieu de tous ces personnages secondaires et de ces distractions. Elle voulait seulement partir au plus vite avec Vritra, pour se retrouver seule avec lui.
Elle jeta un bref regard au Moine et, d’un mouvement du doigt, le transforma en rayon de lumière qui disparut rapidement au loin.
Aucun d’eux ne comprit où il était allé ni comment elle avait pu faire cela si facilement. Le Moine, lui, avait déjà regagné la Maison des Ténèbres, transporté instantanément à travers l’espace.
Heureusement, il avait survécu à son épreuve sans trop de blessures. Après tout, rester ici sous le nom de Moine n’était peut-être pas une si mauvaise idée, comparé à l’autre possibilité.
Après l’avoir envoyé en lieu sûr sans hésiter, Evelyn n’accorda pas un regard de plus à qui que ce soit. Elle fit un pas en avant et apparut devant Vritra.
Elle lui prit la main avec douceur, mais fermeté, résolue, et tous deux disparurent simplement sous les yeux de la foule, qui resta une fois encore perplexe et déconcertée.
Est-ce que c’était normal ?
Ils se posèrent tous la question dans un silence stupéfait, incapables de digérer ce qu’ils venaient de voir. Armin, surtout, était sous le choc ; son monde entier vacillait et s’écroulait.
Evelyn gardait toujours ses distances avec les autres et les tenait à l’écart, les traitant avec un professionnalisme glacial. Il était son fiancé, pourtant elle l’évitait comme s’il était porteur d’une maladie répugnante. Il n’avait même jamais pu lui tenir la main.
Il ne l’avait jamais vue toucher quelqu’un d’autre ainsi, avec une affection et une possessivité si évidentes dans sa prise.
Alors, que venait-il de se passer ? Elle semblait clairement connaître cet homme intimement. Peut-être tenait-elle même profondément à lui.
D’après les châtiments qu’elle lui avait infligés auparavant, elle détestait cet homme. Peut-être voulait-elle simplement s’assurer qu’il ne s’enfuie pas et ne lui échappe pas ?
Armin se sentit troublé et déconcerté par ce brusque retournement de situation. Mais elle ne pouvait tout de même pas aimer quelqu’un comme lui, si ?
Pas vrai ? PAS VRAI ?
« Quelle admirable cruauté ! Elle a dû lui arracher la main sur-le-champ ! » s’exclama soudain Cornichon vert en applaudissant avec enthousiasme, tirant Armin de ses pensées qui tournaient en boucle.
Ah, oui. Ça doit être ça. Au combat, c’est normal. Enfin rassuré, il accepta cette explication et laissa ses doutes s’apaiser.
Ce ne fut qu’à cet instant que les gens autour d’eux remarquèrent la présence d’Armin, de la famille Garissa. Evelyn avait complètement éclipsé son existence.
Ils s’inclinèrent tous à la hâte pour le saluer avec respect. Armin leur répondit poliment d’un signe de tête gracieux, même si ses pensées étaient ailleurs. Il voulait seulement partir au plus vite et regarder Evelyn torturer ce type dans ses cachots.
Elle était impitoyable envers tout le monde, sauf sa famille, et n’épargnait pas ceux qui se mettaient en travers de son chemin.
Bien que sa famille la traitât comme un objet à échanger, un pion dans ses manigances, elle ne semblait pas vraiment lui en vouloir. À sa place, Armin se serait peut-être enfui ou rebellé contre un tel traitement. Sa force aurait dû lui permettre de le faire.
Les gens autour de lui continuaient à le flatter et à chercher à attirer son attention, l’empêchant de quitter les lieux et l’entraînant dans d’interminables conversations.
Il soupira profondément, se sentant pris au piège. Ce ne fut qu’au bout d’un bon moment qu’il parvint enfin à partir ; il se dirigea tout droit vers le Quartier général des détenteurs de la Loi pour retrouver Evelyn.
Mais elle n’y était pas.
…
Une fois encore, Evelyn kidnappa Vritra et l’emmena sans prévenir. Il ne put que se laisser entraîner sans opposer de résistance.
Il savait qu’elle finirait forcément par venir le chercher ; il ne s’était simplement pas attendu à ce qu’elle le fasse si tôt, ni si ouvertement, devant tout le monde.
Il n’eut même pas le temps de lui poser la moindre question qu’il se retrouva dans une pièce qui ressemblait à un bureau, manifestement un lieu de pouvoir et d’autorité.
« … Où sommes-nous ? » demanda-t-il en examinant soigneusement la vaste pièce. Elle était rangée et d’un luxe inouï.
La table, la chaise, les papiers et même la plume semblaient être des trésors introuvables, même chez les demi-dieux. Chacun de ces objets rayonnait d’un pouvoir discret.
« C’est mon bureau, en tant que chancelière des êtres supérieurs. Dans la hiérarchie, je ne suis devancée que par mon père », répondit Evelyn avec un doux sourire, le visage s’adoucissant tandis qu’elle le regardait.
« Mais oublie ça, mon amour… » ajouta-t-elle chaleureusement.
Avant qu’il ait le temps de poser d’autres questions, elle s’approcha de lui d’un pas décidé, posa les bras sur ses épaules puis les passa doucement autour de son cou.
Son corps doux et chaud se pressa contre le sien, accueillant, tandis que son parfum enveloppait Vritra et enivrait ses sens.
« Tu m’as manqué ? » demanda Evelyn, le contemplant à satiété, savourant sa présence.
Qui aurait cru qu’un tel jour arriverait vraiment ? Elle avait tant travaillé pour vivre des moments pareils, sacrifiant beaucoup pour cette occasion.
« … Pas vraiment », répondit Vritra d’un ton factuel. Il se dégagea doucement de son étreinte avant de se diriger vers sa table.
En dehors de son père, Vritra était la seule personne à être jamais entrée dans son bureau. Elle avait même attaqué férocement Armin, un jour où il avait essayé d’y entrer pour discuter avec elle.
Depuis cet incident, il se contentait tout au plus de l’attendre dehors.
Mais Evelyn était aux anges de le voir ici, libre de circuler dans son espace privé.
L’idée qu’il touche à ses affaires ne la mettait pas en colère ; au contraire, elle en était ravie. Elle se souvenait même de tout ce qu’il avait touché, de chaque surface que sa main avait effleurée. À ses yeux, ces objets étaient désormais des trésors inestimables, bien plus précieux qu’à l’origine.
Vritra contourna lentement la table et s’assit tranquillement sur la chaise. Aussitôt, il fut surpris par l’effet qu’elle eut sur son corps.
Non seulement son esprit s’apaisa et se recentra, mais le mana circula dans son corps avec encore plus de fluidité et d’harmonie.
Même les dieux en baveraient de jalousie devant de tels trésors. Le statut des êtres supérieurs était vraiment d’un tout autre niveau.
Il avait aussi compris à quel point ces gens étaient arrogants et persuadés de leur supériorité. À leurs yeux, même les dieux n’étaient que de vulgaires serviteurs, indignes de leur attention.
Comment Evelyn avait-elle donc pu tomber amoureuse de lui, un simple demi-dieu ?
Même avec cette pilule et tout le temps qu’ils avaient passé ensemble, vu le caractère des êtres supérieurs, ils n’auraient normalement même pas daigné regarder un simple humain, encore moins un demi-dieu.
Alors… était-elle différente des autres ?
Ses pensées s’interrompirent lorsqu’une scène irrésistible se déroula juste devant lui et accapara toute son attention.
Evelyn grimpa sur la table avec une grâce calculée. Sa silhouette et sa posture étaient incroyablement sexy tandis qu’elle rampait lentement à quatre pattes vers lui.
À un moment ou un autre, ses vêtements s’étaient changés en une robe de chambre rose, ample et sexy, qui dissimulait à peine ses formes. Le tissu s’entrouvrait légèrement.
Arrivée devant Vritra, elle lui dévoila son décolleté lisse et blanc comme neige, parfaitement exposé.
Sentant son regard brûlant de désir sur son corps, Evelyn n’éprouva aucune gêne, malgré l’audace embarrassante de son geste.
Si son homme aimait ça, elle pouvait le faire, et même aller plus loin. Tout ce qu’il désirait.
D’abord, Evelyn se pencha légèrement en arrière, mettant entre eux une distance calculée, juste assez pour le taquiner.
Puis sa cuisse épaisse et laiteuse se rapprocha de Vritra et frôla son bras, tandis qu’elle plaçait délibérément ses jambes de part et d’autre de lui.
Elle se poussa ensuite doucement vers l’avant et se posa sur ses genoux, face à lui, les jambes retombant confortablement de chaque côté de son corps.
Tout le mouvement était incroyablement sensuel et maîtrisé. Leurs corps désormais étroitement pressés l’un contre l’autre, leurs souffles se mêlaient dans l’air chaud du bureau.
TOC TOC
On frappa à la porte, interrompant l’instant et rompant le charme.
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Merci de votre lecture…