Chapitre 304
« Combien de temps allons-nous attendre ? » demanda Sophia alors qu'ils fixaient toujours le téléphone sur la table, sans rien faire d'autre.
Ils n'avaient littéralement pas prononcé un mot après leur dispute, pas une seule syllabe, restant assis en silence à attendre, encore et encore, cet appel téléphonique, ce qui frustrait Sophia plus que tout.
Elle comprenait l'importance que James accordait à la situation, mais à ses yeux, il s'agissait d'une famille, d'une organisation qui devait bouger, qui devait agir correctement. Surtout dans des moments pareils, alors qu'ils venaient d'être attaqués, que Finn était à l'hôpital et qu'ils n'avaient aucune nouvelle de lui. Rester là à attendre ce putain d'appel allait exactement à l'encontre de ce qu'elle voulait. Bien qu'elle sache qu'il valait mieux ne pas insister, car peut-être, juste peut-être, Hector serait capable de la tuer.
« Nous attendons qu'il sonne. » Hector prit la parole en la regardant. « Nous ne faisons rien, nous attendons, c'est tout… mais si aucun appel ne vient, alors nous saurons que quelque chose de plus inquiétant se trame. »
En disant cela, Sophia le comprit instantanément… sa voix était empreinte d'une incertitude inhabituelle…
Mais pourquoi ?
Elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus… jusqu'ici, Hector semblait déterminé, mais là, quelque chose clochait.
Et c'était précisément ce sur quoi Sophia l'interrogea… l'appel téléphonique.
C'était une attente interminable, c'est ce qu'Hector pensait… et avec cela, il envisageait la possibilité qu'une chose bien plus vaste soit en train de se produire, dépassant le cadre d'une simple attaque de cartel.
Il ne faisait toujours pas confiance au gouvernement, sous aucun aspect… cela semblait trop gros depuis le début, et il savait qu'ils finiraient par vouloir les écraser. Ce putain de Président William… tout son être n'est qu'un putain de rat, une trahison incarnée. Ils allaient arrêter ceux qui avaient pillé le pays avec lui, ils avaient affamé le peuple ensemble… ces gens qui détruisaient tout, jusqu'à ce que la mafia commence à avoir plus de pouvoir dans les rues et les villes qu'eux.
En résumé, il envisageait la possibilité que le gouvernement ait trempé là-dedans, qu'ils aient aidé le cartel à localiser sa position. La zone avait été nettoyée trop rapidement.
Comment, putain, savaient-ils où il se trouvait ? Pourquoi le sicario était-il si confiant, au point de se montrer seul pour le tuer ? Pourquoi savait-il qu'il n'avait aucune sécurité avec lui ?
Pour Hector, la seule chose qui tenait la route, c'était Finn et sa tentative d'assassinat. Pour être honnête, Hector savait que les gens du marché noir et tous les autres secteurs du monde criminel étaient assez remontés contre eux… comme le fait de se retirer du marché, d'encaisser l'argent pour ensuite instaurer un monopole… sans parler du nombre d'accords qui avaient été foutus en l'air par la mort de Marco, Silas et des autres figures importantes du trafic de drogue.
Et c'était eux, la Famille Bellini, qui avaient tout gâché pour tout le monde… c'est pourquoi il était logique que certaines personnes avec qui ils étaient en relation aient pu balancer Finn, la personne de la famille qui organisait les réunions et les contrats… mais Hector ?
Ça n'avait aucun putain de sens.
Comment ce sicario savait-il exactement où il était et qu'il était seul… c'était trop étrange, trop évident que quelqu'un les avait aidés… quelqu'un qui savait où il allait, qui avait peut-être surpris une conversation sur son départ pour l'hôpital… ouais, c'était la seule réponse possible.
Quelqu'un avait vendu la mèche et prévenu le sicario qu'il se rendait à l'hôpital sans protection.
Cette réalisation le frappa comme une balle, ou plutôt comme un couteau s'enfonçant lentement dans sa peau jusqu'à l'os… la réalisation que la famille, qui jusqu'ici était restée intacte sans aucune fuite, était devenue exactement ce qui arrivait à toutes les autres familles… et le pire, c'est qu'Hector pensait sincèrement qu'ils étaient différents.
Il pensait qu'ils étaient plus soudés que n'importe quelle autre famille dans ce milieu, qu'ils étaient l'exemple d'une famille bâtie sur la confiance mutuelle, sur l'espoir qu'ils offraient aux pauvres… mais maintenant, tout semblait s'effondrer, tout semblait commencer à pourrir, ouais, le pire de tout.
Chaque famille autrefois éminente, la plus grande et la plus puissante, avait fini de la même manière… de l'intérieur, là où la pourriture commençait et se propageait lentement partout, comme pour la famille Lucian.
Une famille qui était l'exact opposé de la leur. La famille Augustus, bâtie sur la peur pure, sur le sang, mais ça fonctionnait… ça avait fonctionné pendant des putains de décennies, mais c'était exactement pour ça que la pourriture avait commencé… à cause de la peur.
Il n'existe aucune famille, aucune organisation, aucune mafia qui soit stable… et le pire, c'est qu'Hector pensait qu'ils étaient l'exception, qu'ils dureraient sans que de telles conneries n'arrivent… quelle putain de blague.
C'est quand même drôle qu'ils travaillent avec le putain de gouvernement, avec les fédéraux et la police… et que quelqu'un balance quand même… quelqu'un trouve encore un acheteur pour des informations… c'est quoi ce bordel… pourquoi quelqu'un ferait-il ça alors qu'il occupe une position importante ?
C'est là qu'une seconde pensée lui vint… peut-être que c'était le gouvernement lui-même qui avait balancé… ouais, peut-être qu'ils jouent sur les deux tableaux, peut-être qu'ils ont réalisé l'ampleur du pouvoir de James et qu'ils déplacent lentement mais sûrement leurs pièces d'échecs, d'une manière pas trop évidente mais qui cause quand même des dégâts.
Devrais-je tuer le Président aussi… tout le cabinet… ça ferait trop d'ennuis et James s'y opposerait… mais il a bien dit de tuer qui je voulais… peut-être que ce serait—
Ça a sonné. Le téléphone a enfin sonné avec un appel inconnu-
« Je réponds ? » demanda Sophia alors qu'elle tendait déjà la main pour décrocher.
« Mets le haut-parleur. » ordonna Hector, ce à quoi Sophia acquiesça.
Un silence s'installa, seul un léger grésillement se faisait entendre en arrière-plan.
« Qui est à l'appareil ? » demanda Hector.
« Oh, alors tu es en vie, Hector. Ça fait plaisir d'entendre ta voix. » La voix de Benjamin sortit du téléphone, accompagnée d'un petit rire, comme s'il s'agissait d'une putain de blague.
« En effet, je le suis… est-ce que c'est vous, petits connards, qui avez commandité le contrat ? » répliqua Hector, sans la moindre trace d'humour dans la voix, et Sophia sentit qu'il était on ne peut plus sérieux.
« Non, nous sommes au courant grâce à un homme nommé Darvik, un ministre, celui-là même qui a accueilli James à Maraci. »
Pendant un instant, Hector ferma les yeux et tout prit sens. Les forces spéciales qui l'avaient sauvé avaient parlé de Darvik et de son ami… qui était évidemment James… ce qui signifiait une chose…
Une fois de plus, James avait agi et les avait sauvés… du moins, en partie.
« Alors, on fait quoi maintenant ? » coupa Sophia alors qu'Hector réfléchissait… elle ne pouvait plus attendre.
« Maintenant ? » demanda Benjamin en retour. « Le CDH, la Force de renseignement, le Comité international de secours et d'aide, ils sont tous prêts à agir selon ce que vous faites… ce qui signifie que la chasse commence. » Il gloussa à la fin, mais c'était le genre de rire qu'on entend chez les méchants… c'était assez déplacé de sa part… mais au moins, cela provoqua une chose.
Un sourire. Hector et Ramirez se mirent à sourire, au même instant.
« Oh, dans ce cas… que la chasse commence. »
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