Chapitre 248
« Qu’est-ce que tu as dit… ? » demanda-t-elle en se levant lentement de son bureau, la main gauche déjà serrée en poing, un signe qui indiquait à Stephen comme à Thomas que quelque chose clochait… ou plutôt que c’était la merde.
Car en écoutant ce que Benjamin lui racontait, elle commença progressivement à virer au rouge, son visage prenant l’aspect de ces démons dans les comics, tandis que les veines de ses tempes saillaient sous la tension.
Mais l’indicateur le plus flagrant fut lorsqu’elle ferma les yeux et commença à prendre de profondes inspirations.
« Linda… » Stephen ne put même pas poser sa question, car Linda venait de balancer son téléphone contre le mur avec une violence inouïe. L’appareil explosa littéralement, et comme si cela ne suffisait pas, elle s’avança pour le piétiner avec une rage folle.
« Putain ! Putain ! Putain de merde ! » hurla-t-elle en réduisant en miettes ce qu’il restait du téléphone au sol, celui-là même qui servait de ligne de protection directe entre elle, William et tout le reste… « Appelle Benjamin tout de suite ! » cria-t-elle à Thomas, le regard d’un démon.
Thomas s’exécuta sans attendre, sortit son téléphone, appela Benjamin et activa le haut-parleur.
« Qu’est-ce que tu as dit à Linda ? » demanda-t-il. Benjamin resta silencieux un instant, entendant la respiration saccadée de Linda à l’autre bout du fil.
« Je lui ai parlé de James », répondit-il sans la moindre hésitation, sa voix ne laissant rien transparaître. Il était calme, pas paniqué pour un sou.
« Je vois, mais quoi exactement ? Parce qu’elle est en train d’exploser en ce moment même », répliqua Thomas, alors que Linda semblait avoir terminé la première phase de sa crise et se préparait pour la suivante, fixant Thomas, les deux poings serrés.
« James a dit que… enfin, je voulais discuter de nos plans pour être plus efficaces, et ça ne s’est pas passé comme je le voulais. »
Cette fois, sa voix était hésitante.
« Qu’est-ce qui s’est passé, putain ? » intervint Stephen en se rapprochant du téléphone.
« En gros, il m’a dit de lui foutre la paix pendant trois semaines… et qu’il… qu’il allait partir à Maraci. Et si on ne le laissait pas souffler, il nous décapiterait pour parader avec nos têtes comme un barbare… c’étaient ses mots exacts. »
Soudain, ils comprirent tous pourquoi Linda était hors d’elle.
Même Stephen se couvrit le visage, la respiration lourde, son pouls s’accélérant encore davantage. Il y a à peine quelques minutes, il disait justement de ne pas chercher James, car c’était quelqu’un d’instable… et voilà que Benjamin venait de faire exactement l’inverse. Le plus grave, c’est qu’ils savaient tous qu’il en était capable… qu’il allait vraiment leur trancher la tête.
Du moins, Stephen et Linda le savaient. Ils l’avaient vu arracher les yeux du chef, ses doigts enfoncés dans le crâne… ils savaient mieux que quiconque que si James disait une chose pareille, ce n’était ni une blague, ni un bluff, ni une simple menace… il paraderait vraiment avec leurs têtes s’ils merdaient. Mais merder sur quoi ?
C’est ce qui traversa l’esprit de Thomas lorsqu’il demanda :
« Benjamin, qu’est-ce que tu lui as dit ? On n’avait même pas encore discuté de quoi que ce soit. »
« J’y suis peut-être allé un peu fort… mais je pensais que ce serait un bon plan, une bonne idée de… enfin, de l’arrêter et de lancer une fausse enquête pour… »
« Tu te fous de ma gueule… » murmura Stephen en fixant le téléphone, pétrifié par ces mots.
Il imaginait déjà sa tête coupée… non, pire que ça, il se voyait déjà en train de subir la torture… non, avant ça, ils tortureraient sa famille, ses enfants déjà adultes, sa femme… et ensuite, lui.
Il n’y aurait aucune dignité dans sa mort, seulement du désespoir… le désespoir dans ses yeux, la souffrance en voyant sa famille torturée et décapitée, et la culpabilité en réalisant qu’il méritait ce qui lui arrivait.
La réalité de ce qui pouvait arriver… et qui arriverait s’ils faisaient une erreur, car il n’y avait pas d’autre issue. Bellini était devenu trop important pour être éliminé, trop influent pour être jeté dans une fosse commune. Ses hommes, la Famille construite autour de lui, ses connexions… ils ne pouvaient pas le tuer.
La corruption est une chose cruelle… car il y aura toujours quelqu’un, toujours quelque chose contre lequel on ne peut absolument rien faire, même au plus haut niveau.
Il y aura toujours des types intouchables… ce n’est pas qu’il ne peut pas mourir, c’est qu’il ne peut pas être tué, car s’il meurt, c’est l’enfer qui se déchaîne. Mais le plus important, la vérité cruelle que Stephen connaissait bien, tout comme les autres… c’était qu’ils étaient responsables.
C’est eux qui ont créé Bellini.
Ils l’ont créé, lui et cet environnement où il pouvait prospérer… pas seulement lui, mais Augustus, Silas, et chacun de ces enfoirés. Ils ont prospéré parce que personne n’a rien fait pour les arrêter.
Le véritable parrain du monde criminel, le roi de tout ça, c’était eux… le Gouvernement, les hautes sphères. Linda, qui semblait au début être le remède à cette plaie purulente, avait fini par abandonner la poursuite de la justice après avoir été confrontée à la réalité, à la corruption et aux arrangements. Elle était devenue comme les autres… comme Stephen, comme Thomas, comme Odin.
Trois agents spéciaux qui valaient mieux que les autres, qui croyaient vraiment en la justice et traquaient ceux qui s’y opposaient… oui, mais une fois la promotion obtenue après des décennies de travail, ils avaient vu qu’au sommet… tout le monde s’en foutait royalement.
Ils ne pouvaient pas lancer d’enquêtes contre certains individus parce que les politiciens avaient des liens avec eux, ils ne pouvaient rien faire… alors ils restaient en retrait… et voilà. Regardez comment ça tourne, comment le monde criminel prospère.
Et maintenant, alors qu’ils veulent enfin changer les choses, même si ce n’est qu’une forme de corruption supplémentaire avec une pincée de justice par-dessus… ils ne peuvent tout simplement pas le faire, précisément parce qu’ils ont créé l’environnement parfait pour une figure du monde criminel dont l’influence dépasse tout ce qu’ils avaient pu imaginer.
Augustus était celui-là, le seul et unique gangster que beaucoup qualifiaient d’intouchable, celui qui montrait ce qu’était le sommet, le pic, et la vue qu’on avait de là-haut… mais non, ce n’était pas lui. C’était l’homme qui régnait dans son ombre, l’homme dont personne ne savait rien, l’homme qui était déjà au sommet parce que tous les autres…
Et maintenant, c’est lui qui dicte le rythme… c’est lui, putain, qui impose la cadence. Pas eux, pas le Gouvernement, mais un putain de gangster…
L’Ange de la Mort.