Chapitre 60 — Je vais aller la chercher
Le feu de camp de ce soir proposait de tout : fondue, bobo ji et barbecue.
Le bouillon de poulet à la colle de poisson et au crabe était déjà en train de mijoter, le bobo ji était prêt, et sur la longue table des ingrédients étaient disposés toutes sortes de produits frais de première qualité, déjà préparés.
Le feu de camp avait été allumé.
Qi Yuming et les autres étaient déjà assis autour des flammes.
Lorsque He Changbai et Lin Wu revinrent, Lin Wu s’assit naturellement à côté de Feng Tingshen.
Qi Yuming n’y tint plus et se mit à manger le bobo ji bien imprégné de sauce. Voyant que tout le monde était là, il s’apprêtait à commencer officiellement, mais se souvint soudain de Rong Ci. Il se tourna vers Feng Jingxin et dit :
« Xinxin, retourne encore une fois à l’étage appeler ta maman. Dis-lui qu’il y a plein de bonnes choses ici, qu’elle descende manger avec nous. »
Même s’il pensait que Rong Ci, comme à midi, resterait sans doute cachée dans sa chambre sans descendre, la démarche devait quand même être faite.
Lin Wu comprenait aussi son intention.
Après tout, ils avaient fait ce qu’il fallait ; que Rong Ci descende ou non relevait de son propre choix.
Pensant cela, elle dit aussi à Feng Jingxin :
« Vas-y, Xinxin. »
Feng Jingxin fronça les sourcils, peu enthousiaste.
Au fond d’elle, elle ne voulait vraiment pas que sa maman descende manger avec eux.
Mais avec autant de personnes qui lui demandaient d’aller l’appeler, elle ne pouvait pas refuser.
Alors qu’elle s’apprêtait à poser sa boisson, Feng Tingshen parla :
« J’y vais. »
Dès ces mots, le silence se fit autour d’eux.
Feng Tingshen se leva et partit.
Qi Yuming revint à lui et sourit :
« C’est vrai… ce sera plus sincère si c’est Tingshen qui va l’appeler. »
Toujours envoyer une enfant appeler Rong Ci, c’était en effet un peu trop expéditif.
Lin Wu y pensa aussi.
Feng Tingshen voulait simplement répondre aux attentes de la vieille madame. Monter appeler Rong Ci ne signifiait pas qu’il avait des sentiments pour elle.
Après tout, il n’en avait jamais eu, et encore moins maintenant.
Feng Jingxin, elle, pinça les lèvres, un peu inquiète.
Elle avait peur que, si Feng Tingshen allait appeler Rong Ci en personne, celle-ci descende vraiment avec eux.
Après tout, maman écoutait toujours papa.
Maman n’arrivait jamais à refuser papa.
De l’autre côté.
Rong Ci, rentrée dans sa chambre, avait commandé à manger puis allumé son ordinateur.
Elle venait à peine de se concentrer quand elle entendit la porte s’ouvrir.
Elle sursauta légèrement et tourna la tête pour voir Feng Tingshen entrer avec sa carte.
Pensant qu’il venait simplement chercher quelque chose, elle jeta un coup d’œil puis reporta son attention sur l’écran. Elle s’apprêtait à se replonger dans son travail quand Feng Tingshen dit :
« En bas, ils ont préparé un banquet autour du feu. C’est assez animé. Tu veux descendre t’asseoir un moment ? »
Rong Ci marqua un temps d’arrêt.
Comme Qi Yuming et les autres, elle pensait que Feng Tingshen montait personnellement l’inviter uniquement pour donner le change à la vieille madame.
Cela ne signifiait rien de plus.
Et même si ça signifiait quelque chose, elle n’y attachait plus d’importance.
Elle répondit :
« J’ai encore du travail, je ne descendrai pas. »
Puis, se tournant vers lui, elle ajouta :
« Ne t’inquiète pas. Si mamie demande, je ferai en sorte de coopérer avec toi. »
Feng Tingshen sourit légèrement en l’entendant, ses yeux profonds fixés sur elle sans ciller.
Sous ce regard, les doigts de Rong Ci sur le clavier se crispèrent un instant.
Bien qu’elle le connaisse depuis des années, qu’ils soient mariés depuis longtemps, elle avait souvent l’impression de ne jamais l’avoir vraiment compris, et de ne pas savoir ce qu’il pensait.
Avant, elle aurait peut-être cherché à sonder ses émotions, dans ses yeux comme dans son cœur.
Mais maintenant…
Rong Ci pinça les lèvres et maintint sa position :
« Merci d’être monté m’appeler, mais je ne veux pas descendre. »
Feng Tingshen esquissa un sourire silencieux, puis dit :
« D’accord. »
Sur ces mots, il se retourna et quitta la chambre.
Lorsqu’il redescendit, Qi Yuming et les autres avaient déjà commencé à manger.
En voyant qu’il revenait seul, ils furent tous un peu surpris.
Comme Feng Jingxin, ils pensaient que si Feng Tingshen allait l’appeler lui-même, Rong Ci ne refuserait pas.
He Changbai demanda :
« Elle ne descend pas ? »
« Non. »
Feng Tingshen se tourna alors vers le personnel à leur service et dit :
« Préparez une portion de barbecue, de bobo ji et de fondue, et envoyez-la à l’étage pour madame. »
Lin Wu pinça légèrement les lèvres.
Que Rong Ci ne descende pas et que Feng Tingshen fasse monter de la nourriture ne prouvait rien.
Mais…
Elle n’aimait pas qu’il appelle Rong Ci « madame » devant les autres.
Comme s’il reconnaissait pleinement Rong Ci comme son épouse.
Puis elle se rassura : le personnel du complexe ne connaissait sans doute pas le nom de Rong Ci. S’il ne disait pas « madame », comment sauraient-ils pour qui c’était ?
À l’étage.
Rong Ci avait en réalité assez faim.
Quand la sonnette retentit et qu’elle vit le personnel lui apporter le repas, elle ouvrit la porte et les laissa entrer avec le chariot.
Les employés disposèrent les plats sur la table, soulevèrent les couvercles et lui expliquèrent ce qu’ils avaient apporté.
Mais dès qu’ils ouvrirent les plats, Rong Ci fronça les sourcils :
« Vous vous êtes trompés ? Je n’ai pas commandé ça… »
Le bouillon épicé embaumait l’air, et les fruits de mer, le bœuf, les tripes et l’agneau donnaient vraiment envie.
Elle en avait l’eau à la bouche.
Mais ce n’était pas ce qu’elle avait commandé.
« Il n’y a pas d’erreur. C’est le président Feng qui nous a demandé de vous apporter cela, » répondit respectueusement l’employé. « Votre commande est presque prête, elle vous sera livrée dans un moment. »
Rong Ci resta un instant interdite.
Même à deux ou trois, ils n’auraient pas fini tout ça.
Sans parler de ce qu’elle avait commandé elle-même.
Elle mit donc longtemps à manger.
Quand l’heure de leur réunion approcha, elle mangeait encore.
Yu Moxun lança la visioconférence un peu en avance pour lui demander des documents. Quand Rong Ci apparut à l’écran, il la vit manger et dit :
« Tu manges quoi ? Ça a l’air super bon. »
Rong Ci tourna la caméra.
Les autres participants se connectèrent et, en voyant autant de plats, tous très chers, restèrent un instant bouche bée :
« Autant ? Tu viens juste de commencer ? »
« Non, j’ai presque fini. »
« Tu as commandé tout ça pour toi toute seule ? »
Rong Ci hésita :
« Non… ce n’est pas moi qui ai commandé. »
Yu Moxun comprit aussitôt :
« Feng— ton mari ? »
« Il a fait monter tout ça. »
« On peut dire qu’il a encore un peu de conscience. »
Rong Ci n’eut pas envie de commenter, ni d’expliquer qu’il faisait surtout ça pour satisfaire la vieille madame.
Voyant que l’heure de la réunion approchait, elle se sentait un peu trop rassasiée. Elle posa ses baguettes, fit débarrasser la table, plaça son ordinateur un peu plus loin et entra dans le vif du sujet pour reprendre le travail.
Ils travaillèrent ainsi jusqu’à plus de dix heures du soir, sans vouloir s’arrêter.
Alors que tout le monde était encore concentré et approfondissait une nouvelle partie, la porte s’ouvrit.
Feng Tingshen entra.
La caméra de Rong Ci était orientée vers la porte. Réagissant aussitôt, elle tourna rapidement l’objectif.