Chapitre 49 — Nulle part où aller
En quittant le centre équestre en voiture, Rong Ci se rendit compte qu’elle ne savait même pas où aller.
Chu Zilan et Yu Moxun avaient leurs propres affaires à gérer.
Elle aurait pu retourner chez la famille Rong, mais sans Feng Jingxin à ses côtés, y aller seule ne ferait qu’inquiéter la vieille dame…
Alors qu’elle y pensait, elle passa devant un parc de zones humides. Elle y vit de nombreux couples venus camper avec leurs enfants, ou de jeunes gens accompagnant leurs parents pour se détendre.
En les voyant, amoureux et épanouis, Rong Ci sentit naître dans son regard une pointe d’envie mêlée à une douce amertume.
Après avoir roulé un moment, elle s’arrêta soudain sur le bas-côté.
Elle prit son téléphone, hésita longtemps, puis finit par composer un numéro.
Quand l’appel fut décroché, elle demanda : « Bonjour, Monsieur le directeur. Puis-je savoir comment va ma mère en ce moment ? »
Une heure et demie plus tard.
Maison de repos Yi He.
Rong Ci se tenait dans le jardin, observant au loin sa mère, Rong Yingsheng, assise sur une chaise, le regard vide, le visage émacié. Elle était presque méconnaissable par rapport à la femme belle et lumineuse de ses souvenirs d’enfance.
Même si elle s’était habituée à cet état depuis longtemps, son cœur restait incapable de s’apaiser.
Après un moment, le directeur murmura doucement : « C’est toujours pareil, aucun changement notable. »
Rong Yingsheng ne pouvait pas entrer en contact avec des personnes de son passé, sinon elle replongeait aussitôt dans une nouvelle crise.
Son état mental était rarement calme en ce moment ; Rong Ci ne voulait pas, et n’osait pas, la déranger.
Après être restée un instant, craignant d’être remarquée par sa mère, Rong Ci quitta le jardin.
Une fois un peu plus loin, elle dit au directeur et au personnel soignant : « Je vous confie ma mère. Merci de prendre soin d’elle. »
« Mademoiselle Rong, vous êtes trop polie. C’est notre devoir. »
À travers la vitre, Rong Ci regarda encore sa mère un moment. Puis elle déposa les livres et les affaires qu’elle lui avait apportés et quitta la maison de repos.
Elle était partie, mais son cœur demeurait lourd.
Sur le chemin du retour, repassant devant le parc de zones humides, elle vit le ciel rempli de cerfs-volants. Elle tourna le volant et entra dans le parc.
Une brise légère soufflait, le soleil brillait juste comme il fallait, et le paysage était agréable.
Mais tout le monde était venu accompagné ; seule parmi eux, elle semblait un peu à l’écart.
Devant un petit stand, elle hésitait à acheter un cerf-volant pour en faire voler un elle aussi, quand soudain une petite main attrapa son doigt et le secoua doucement.
« Tata. »
Rong Ci tourna la tête, surprise : « Dandan ? »
Dandan hocha légèrement la tête, sans lâcher sa main.
« Dandan— »
He Changbai arriva. En voyant Rong Ci, sa voix s’arrêta net. Il marqua une pause, puis s’approcha : « Vous aussi, vous êtes venue vous promener ici ? »
« Oui. »
« Vous êtes venue avec XinXin ? »
Rong Ci baissa les yeux et répondit calmement : « Non, je suis venue seule. »
He Changbai sembla comprendre quelque chose et resta silencieux un instant.
Rong Ci, se disant qu’ils n’étaient pas proches, s’apprêtait à partir quand Dandan leva la tête vers elle : « Tata, on fait voler un cerf-volant ensemble. »
Rong Ci refusa : « Non, tata a encore quelque chose à faire. »
Dandan baissa la tête, déçue : « Oh… »
He Changbai intervint : « Restons ensemble un moment. Nous ne sommes que tous les deux aussi. »
Comme s’il devinait ce qu’elle pensait, il ajouta : « Je resterai à côté, je ne vous dérangerai pas. Considérez juste que Dandan a un compagnon de jeu en plus. »
Rong Ci aimait bien Dandan.
Et surtout… Elle n’avait vraiment pas envie d’être seule.
Elle n’insista donc pas.
Elles choisirent ensemble un cerf-volant : un papillon bleu, la couleur préférée de toutes les deux.
Rong Ci avait déjà fait voler beaucoup de cerfs-volants lorsqu’elle emmenait Feng Jingxin en sortie ; elle avait de l’expérience.
Mais celui-ci était assez grand, et Dandan était encore petite : à deux, ce n’était pas si simple.
He Changbai s’approcha et les aida discrètement.
Quand le cerf-volant s’éleva enfin dans le ciel, Rong Ci et Dandan éclatèrent de rire.
En regardant le sourire de Rong Ci, le regard de He Changbai s’assombrit légèrement.
Remarquant son regard, Rong Ci demanda, perplexe : « Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Rien. »
Elle ne posa pas plus de questions. Elle s’éloigna un peu avec Dandan, tandis que He Changbai restait à distance, fidèle à sa parole, sans intervenir.
Quand elles se lassèrent du cerf-volant, Rong Ci et Dandan allèrent s’asseoir près du lac pour pêcher, ou s’accroupir près des bassins des marchands pour observer les petits poissons et tenter de les attraper avec une épuisette.
Très vite, l’heure du déjeuner arriva.
He Changbai n’avait prévu qu’une simple promenade et n’avait pas apporté de nourriture. Voyant que Dandan avait faim, il proposa de manger dans un petit restaurant à proximité.
Rong Ci, détendue depuis une ou deux heures et de meilleure humeur, accepta.
Pendant le repas, Rong Ci parlait surtout avec Dandan.
He Changbai, voyant leur bonne entente, n’interrompit pas la conversation, se contentant de rapprocher les plats qu’elles aimaient.
Rong Ci, absorbée par sa discussion avec Dandan, ne le remarqua même pas.
Un moment plus tard, le téléphone de He Changbai sonna.
En voyant l’appel, il dit à Rong Ci : « Je vais répondre. »
« D’accord. »
C’était Qi Yuming.
He Changbai s’éloigna un peu avant de décrocher : « Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Tu es où ? Tu as mangé ? Un ami vient de m’apporter des fruits de mer très frais. Tu veux venir manger avec nous ? Tingshen et les autres seront là aussi. »
He Changbai jeta un regard vers Rong Ci et Dandan et répondit calmement : « On est déjà en train de manger. Une prochaine fois. »
« Tu as quelque chose de prévu ce soir ? Il y a une fête sur un yacht ce soir. Tingshen et les autres ont confirmé leur présence. Tu pourrais amener ta petite nièce, non ? On ne l’a pas encore vraiment rencontrée. Ce serait une bonne occasion. »
He Changbai refusa : « Elle est timide. Il y aura trop de monde sur le yacht, j’ai peur qu’elle ne se sente pas à l’aise. »
« Ce n’est pas grave, XinXin sera là aussi. Elles ont le même âge, elles pourront jouer ensemble. » Sans lui laisser le temps de refuser, Qi Yuming ajouta : « C’est décidé alors. Sept heures. N’oublie pas de venir. »
Et il raccrocha.
He Changbai : « … »
Après le repas, Rong Ci et Dandan allèrent courir après des papillons, puis faire du vélo, jusqu’à être complètement fatiguées.
Dandan s’endormit.
Rong Ci, elle aussi, avait envie de rentrer se reposer. Elle reprit donc la route.
He Changbai regarda sa voiture s’éloigner, puis partit à son tour un moment plus tard.
Un peu plus tard, Dandan se réveilla. Ne voyant pas Rong Ci, elle fronça ses petits sourcils : « Tata ? »
« Elle est rentrée chez elle. »
Dandan baissa la tête, déçue : « Oh… »
À sept heures du soir, He Changbai monta à bord du yacht à l’heure dite.
Feng Tingshen et les autres étaient déjà arrivés.
En le voyant, Qi Yuming lui fit signe.
Voyant Dandan, Qi Yuming sourit aussitôt : « Alors c’est toi la petite beauté Dandan ? Bonjour, petite beauté. Je suis l’ami de ton oncle, l’oncle Qi… »
Il y avait beaucoup de monde sur le yacht ; Dandan était effectivement un peu intimidée.
Après la présentation de Qi Yuming, Lin Wu arriva en tenant Feng Jingxin par la main.
En les voyant, He Changbai marqua un temps d’arrêt.
Sachant que Dandan était timide, Feng Jingxin, après s’être présentée, tendit la main : « Là-bas, il y a beaucoup d’enfants. Tu veux venir jouer avec moi ? »
Dandan regarda He Changbai. Après qu’il eut hoché la tête, elle prit son courage à deux mains et suivit Feng Jingxin.
Quand les deux enfants furent parties, Qi Yuming demanda en riant : « Alors, pour une première expérience de papa de substitution, ça fait quoi ? »
« Ça va. »
Sa petite nièce était timide et réservée, mais très sage. Ce n’était pas trop difficile de s’en occuper.
Feng Tingshen lui tendit un verre : « Tu bois un peu ? »