Chapitre 4
Traductions WeTried
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 4 : J’ai soulevé le voile pour entrevoir l’avenir, mais il n’y avait que
──────
« N’ayez crainte ! Tartare est sûr. Je suis votre allié ! »
Je criai avec une conviction farouche, le genre de phrase qui aurait rassuré n’importe quel auditeur au point de lui faire reprendre ses occupations.
Pourtant, même après mon discours, la régresseuse ricana.
« Notre allié ? Ridicule. L’État militaire a-t-il seulement des alliés ? »
Hein ? Elle ne me croyait pas.
Devais-je essayer de me montrer plus sympathique ? On disait qu’aucune femme ne résistait aux animaux mignons, non ?
Dans ce cas, j’adressai un grand sourire au Roi des Chiens.
Du pied, je poussai le golem brisé. La boule de cristal coincée dans son œil se délogea et roula par terre. Je la ramassai du bout du pied, puis la lançai en l’air et la rattrapai plusieurs fois.
« Ouaf ! Ouaf ! »
Le Roi des Chiens s’approcha, la queue frétillant avec enthousiasme.
Le Roi des Chiens avait beau avoir pris forme humaine, au fond, elle restait une chienne. Elle ne pouvait pas résister à une partie de jeu de balle quand son instinct de chasse était titillé.
Son regard ne quittait pas la boule de cristal, et chaque fois que je la lançais, elle sautillait sur place. Ses oreilles dressées et ses yeux pétillants débordaient d’excitation. Quand je sentis que j’avais suffisamment capté son attention, je lançai la boule de cristal de toutes mes forces.
« Va chercher ! »
« Ouaf ! »
La boule de cristal décrivit un arc dans les airs et fila au loin. Aussitôt, le Roi des Chiens prit son élan et se lança à sa poursuite, disparaissant en un instant.
Rien ne valait une partie de balle avec un chien. Avec un sourire bienveillant, je m’adressai à la régresseuse.
« Quel chien adorable. Vous le gardez ici ? »
Ça aurait dû suffire à la mettre en confiance. Du coin de l’œil, je l’observai et lus ses pensées.
Voyons voir.
« Un chien ? Il traite le Roi des Chiens… comme un chien ordinaire ? »
Étrange. Je voulais la mettre à l’aise, mais elle semblait se méfier davantage de moi. Pourquoi ? D’ordinaire, les gens se détendaient quand on montrait de l’affection aux animaux.
Encore un essai.
« Les chiens sont vraiment des créatures merveilleuses. Fidèles aux humains, serviables et, surtout, adorables. Peu d’animaux sont aussi utiles alors qu’ils ne fournissent pas de viande de qualité. »
« …Et il considère un homme-bête canin comme inférieur aux humains. Il parle même de bétail et de viande ? C’est une espèce de raciste ? »
Hein ? Je ne m’attendais pas à un autre malentendu.
Mais surtout, je ne traitais pas un homme-bête canin comme un chien. Le Roi des Chiens avait l’apparence d’un homme-bête, mais c’était en réalité une chienne sous forme humaine. Qu’y avait-il de mal à traiter une chienne comme une chienne ?
On n’enverrait pas non plus un émissaire négocier avec une reine des fourmis. Même si on l’appelait le Roi des Chiens, elle ne pouvait pas vraiment s’asseoir à la même table que les gens.
« Voyez-vous, je suis venu pour établir des relations amicales avec vous tous. Je… »
La première étape, pour s’entendre avec quelqu’un, consistait à trouver un terrain d’entente.
On pouvait dire que j’avais été capturé comme eux. Ils ne se méfieraient donc pas particulièrement de moi.
J’étais sur le point de le dire quand…
« Dans un an, Tartare s’effondrera. L’Abîme sombrera et d’innombrables vies s’éteindront. Seule une poignée de personnes survivra. »
Hein ?
Attends un peu.
Tartare ? Cet endroit allait s’effondrer ?
« Azzy, le Roi des Chiens. Tyrkanzyaka, la Progenitrice. Elles survivront à l’effondrement de Tartare… mais, pour une raison ou une autre, elles seront corrompues dans l’Abîme. »
La Progenitrice des vampires, qui avait jadis fait trembler le monde.
Et le Roi des Chiens, qui représentait la volonté collective de tous les chiens…
Elles seraient corrompues ? Corrompues ?
« Les graines corrompues de la fin précipiteront celle qui doit survenir dans dix ans. Elles massacreront les gens sans distinction et plongeront le monde dans le chaos. Et ensuite… »
Dans dix ans au plus tard. Quand viendrait ce jour annoncé par l’inéluctable.
La véritable « fin » arriverait.
Le monde serait détruit.
Quand j’eus lu tout cela, je restai stupéfait.
Quand l’État militaire m’avait capturé et qu’on m’avait traîné à Tartare, j’avais désespéré. Malgré tout, j’étais convaincu que je parviendrais à m’en sortir d’une manière ou d’une autre. Je comptais utiliser la lecture des pensées pour flatter les instructeurs et les prisonniers, me faire un nom, découvrir des informations toujours plus secrètes, puis les menacer ou négocier pour sortir d’ici.
Mais ce que je venais de lire réduisit tout ce plan à néant.
Un avenir prédéterminé était une tragédie et un désespoir à lui seul. Ce n’était pas pour rien que tant de prophètes étaient devenus fous ou s’étaient donné la mort.
Et si cela annonçait une fin inéluctable…
…Qu’étais-je censé faire ?
« Et dans tous les futurs que je connais, cet homme n’apparaît jamais. »
Bien sûr que je n’apparaissais pas. Je n’étais qu’un petit criminel. Pourquoi un type comme moi participerait-il à une bataille pour sauver le monde ? Quelle idée ridicule…
Je maugréai intérieurement, mais la pensée suivante me raidit le visage.
« Même lors de la boucle précédente, quand je suis venue ici juste après l’effondrement de Tartare, cet homme n’était pas là. Il n’y avait que des cadavres, en contrebas. »
La régresseuse me fixa tout en réfléchissant.
« Un homme arrivé tard à Tartare, à une époque pareille. Il pourrait être une graine de corruption. Ou peut-être une victime malheureuse… Une chose est sûre : il n’existe pas dans l’avenir que je connais. »
En résumé…
Le monde finirait dans dix ans.
Et je mourrais dans l’Abîme avant même que la fin ne survienne ?
« Ha, haha. »
Je ris tant c’était absurde.
On m’avait gâché la vie.
Et la fin serait tragique. Vu ce qu’était Tartare, une mort atroce, trop horrible pour être évoquée à voix haute, m’attendait probablement.
J’avais lu les pensées d’une régresseuse qui avait vu l’avenir, et moi aussi, j’avais vu l’avenir.
Comme tant d’autres prophètes.
Mais…
J’étais différent d’eux.
Cette boucle comptait une régresseuse, et j’avais lu ses pensées. Une régresseuse était quelqu’un qui traversait le temps, modifiait le passé et cherchait des futurs qui n’auraient jamais dû exister. Puisque j’avais lu ses pensées, l’avenir où je mourais pouvait lui aussi changer. Une prophétie pouvait changer dès lors qu’on l’observait.
Pas de panique. Détends-toi. Cache-toi derrière un sourire et avance avec assurance.
Rien n’avait changé. Depuis quand avais-je survécu grâce à ma force ? Je faisais des puissants mes alliés et, s’ils devenaient mes ennemis, je les évitais. Pour survivre, je n’avais pas besoin de force, mais de savoir.
Il en allait de même face à un ennemi gigantesque nommé le destin. Inutile de l’affronter. Il me suffisait de pousser le destin à choisir de ne pas me tuer.
Heureusement, les pièces étaient déjà en place.
La Progenitrice des vampires.
Le Roi des Chiens.
Et la régresseuse.
Je gagnerais leurs faveurs. Je nouerais des liens amicaux avec elles. Je deviendrais assez proche pour qu’elles ne puissent pas me tuer. Non, je les pousserais plutôt à me protéger.
Je survivrais. Par tous les moyens nécessaires.
Bien. J’avais pris ma décision.
Lors de la boucle précédente, j’aurais probablement dit la vérité. J’étais un ouvrier, capturé par l’État militaire comme eux, et nous n’étions absolument pas ennemis. Après les avoir convaincus, j’aurais vécu tranquillement, en évitant autant que possible de me retrouver mêlé à ces races dangereuses. C’aurait été la meilleure façon de survivre.
Mais maintenant que j’avais vu l’avenir, m’accrocher bêtement à mon plan initial serait insensé. Pour saisir un avenir différent, je devais éviter le choix que j’aurais inévitablement fait.
Je bernerais le destin. Je deviendrais quelqu’un de différent, de mon ancien moi comme de celui que j’avais été lors de la boucle précédente.
Je redressai la tête et m’écriai :
« Je suis un instructeur de l’État militaire, envoyé ici pour vous guider, stagiaires ! »
« Un instructeur ? »
La régresseuse m’interrogea, les yeux acérés.
Se faire passer pour un soldat de l’État militaire était un crime grave. Et alors ? Mieux valait être arrêté pour usurpation d’identité que mourir dans un an.
J’avais décidé d’intervenir activement. Si je voulais fourrer mon nez partout, un titre ou deux me seraient utiles. Sans la moindre honte, je poursuivis :
« Exactement, stagiaires ! Vous possédez des capacités extrêmement dangereuses et un tempérament violent. Comme vous manquez de compétences sociales, vous deviez suivre une formation à la socialisation à Tartare, où vous auriez été complètement coupés du monde ! Mais un incident malheureux s’est produit à Tartare ! »
Je repris les paroles du golem et continuai :
« À la suite de l’évasion massive survenue récemment, les autorités militaires ont jugé qu’une resocialisation urgente de ces stagiaires vicieux s’imposait et m’ont envoyé personnellement ! Je vais vivre ici et vous encadrer tous ! »
J’avais changé la première pièce de place.
Ce n’était qu’un changement minuscule, un tout petit pas. Pourtant, cela suffirait à bouleverser l’avenir. Les circonstances et la position dans lesquelles je me retrouverais désormais changeraient, elles aussi, radicalement…
Attends un peu.
Si j’étais une variable… Je fronçai les sourcils en regardant la régresseuse.
N’était-elle pas, elle aussi, une variable qui ne se trouvait pas à Tartare lors de la boucle précédente ? Une variable était déjà apparue. Devais-je vraiment me jeter dans la mêlée ?
Alors que des regrets vagues commençaient à m’envahir…
« Un instructeur… Je vois. C’est ce que vous prétendez. »
Une froide intention meurtrière me transperça.
Avant même que je puisse penser : « Hein ? », elle avait déjà dégainé Chanteciel. Son hostilité tranchante envers l’État militaire était si féroce qu’on aurait pu la prendre pour une crise. Cette hostilité prit une forme bien réelle et se braqua sur moi.
J’avais commis une erreur.
Sachant qu’elle était une régresseuse capable de retourner dans le passé à sa mort — un pouvoir absurde —, j’avais baissé ma garde. J’avais surestimé son calme à cause de ses pouvoirs. J’avais pris son regard posé, tandis qu’elle m’observait, pour la marque d’un sang-froid inébranlable.
Ce n’était que la vigilance propre à une régresseuse.
Devenir plus forte au fil de treize régressions signifiait qu’elle était morte treize fois.
Autrement dit, cette femme était une véritable incarnation du stress post-traumatique !
Sept de ces morts avaient été causées directement ou indirectement par l’État militaire. Elle portait en elle la rancœur de sept vies !
« Je vais le tuer. »
Son intention meurtrière enfla sans prévenir. Ses émotions changeaient si violemment que je me demandai si elle souffrait de schizophrénie. Bon, mourir treize fois pouvait expliquer un ou deux troubles mentaux, mais je ne m’attendais pas à ce qu’elle m’attaque à l’épée sur-le-champ.
Et sa trajectoire visait mon bras droit.
« Je vais commencer par lui trancher un bras. Ensuite, je l’interrogerai. Pourquoi est-il venu dans une prison dont tous les détenus se sont évadés, et que cherche-t-il ? »
Avais-je déclenché un mécanisme d’autodestruction ? Ou le destin était-il en train de forcer la main ?
Quoi qu’il en soit, voici ce qui se passait sous mes yeux :
Une épée sans poids s’abattait sur mon épaule droite.
Chanteciel était une épée sans poids ni épaisseur. Comparé à sa vitesse, mon corps était d’une lenteur exaspérante. Il suffisait à la régresseuse de faire pivoter son poignet pour que la lame transparente s’allonge.
Je vis l’avenir. Chanteciel frôlerait mon épaule et mon bras droit tomberait avec un bruit sourd. Si j’avais été une personne ordinaire, j’aurais perdu mon bras sans même pouvoir réagir.
Mais je pouvais lire les pensées.
Juste avant que la régresseuse ne frappe, je sentis son intention meurtrière et réfléchis frénétiquement.
Parer ? Impossible. C’était une régresseuse qui avait aiguisé ses talents au fil de treize régressions. Si je prenais une posture défensive, elle me taillerait en pièces.
Esquiver ? Trop rapide. Même en ayant lu ses pensées et en bougeant avant elle, Chanteciel était trop rapide. Au mieux, je ne ferais que remplacer la perte de mon épaule par celle de mon bras jusqu’au coude.
Qu’est-ce qu’il me restait ?
Rien.
Hein ? J’allais mourir ? Dans une minute, et non dans un an ?
C’était impossible.
Je devais survivre. Quoi qu’il en coûte, je devais continuer à traîner cette vie misérable.
À quel point m’étais-je battu pour survivre jusque-là ? Avec quelle pitié, quelle misère avais-je vécu dans ces ruelles sordides ?
Je n’avais pas survécu à tout ça pour perdre la vie dans ce fichu Abîme !
« Aaah ! »
Je battis convulsivement des bras et des jambes. Je ne faisais que me débattre comme un damné, dans une tentative désespérée d’augmenter ne serait-ce que de 0,1 % mes chances de survie.
Mais le ciel aide ceux qui s’aident eux-mêmes.
« Quoi ?! »
Un tintement clair retentit. Des ondulations parcoururent la lame transparente. Sa trajectoire dévia légèrement et passa à un cheveu au-dessus de mon épaule.
Des étincelles jaillirent le long de la trajectoire de l’épée. Chanteciel était une épée qui tranchait même l’air. L’air happé par sa lame se brisa, traçant un éclair dont les branches supérieure et inférieure semblaient avoir été élaguées. Un instant plus tard, le tonnerre éclata et martyrisa mes tympans.
Tous les poils de mon corps se hérissèrent. Impossible de savoir si c’était à cause de l’électricité statique ou de la terreur.
« Il a dévié Chanteciel ?! »
Hein ? J’avais survécu ?
Bras : intact. État physique : bon. Douleur : aucune.
J’avais survécu. Chanteciel avait manqué sa cible.
Non, attends.
Chanteciel avait-elle heurté ma main qui s’agitait et rebondi dessus ?
Quoi ? Comment était-ce possible ?
« Il ne l’a même pas parée… Il l’a déviée du doigt ? Impossible. Il n’a pas l’air si fort… Il cachait sa puissance ? »
Je lus les pensées de la régresseuse et compris à peu près ce qui s’était passé.
Je pouvais lire les pensées. Quel que soit mon adversaire, je pouvais anticiper son intention de m’attaquer et la façon dont il comptait s’y prendre. C’était l’un des rares avantages de mon inutile don de lecture des pensées.
Au moment où je lus son intention de me trancher le bras droit, je sentis la mort venir et me mis à gesticuler comme un fou. Naturellement, ma main droite faisait partie du mouvement.
Le problème, c’était que l’épée de la régresseuse allait aussi vite que mes pensées.
Les deux mouvements se chevauchèrent et la lame de la régresseuse heurta directement mon doigt agité.
En temps normal, cela aurait été impossible. Mais l’épée de la régresseuse était Chanteciel, une lame sans poids. Il suffit que la lame touche mon doigt pour qu’elle se courbe, et j’évitai de justesse qu’on me tranche le bras !
J’avais vraiment réussi ce coup-là. Waouh. Je venais d’accomplir l’un des rares exploits de ma vie.
Non, ce n’était pas ça, le plus important.
La régresseuse, stupéfaite, bondit en arrière et leva son épée. Si, jusque-là, elle avait eu l’air d’accomplir une tâche, elle prenait maintenant la posture de quelqu’un face à un adversaire redoutable.
Espèce de folle. Pourquoi était-ce toi qui te mettais sur la défensive ? C’était moi qui aurais dû me méfier, après que tu m’avais attaqué à l’improviste !
« …J’ai commis une erreur. »
Tout à fait. Une énorme erreur. J’avais failli mourir.
La régresseuse me fixait comme un chat acculé, tous les muscles du corps tendus.
« Si vous êtes un instructeur envoyé à Tartare, vous devez posséder au moins ce niveau de maîtrise martiale… Je vous prie de m’excuser de vous avoir sous-estimé. »
« Non. Vous ne vous excusez pas pour la bonne chose, là. »
J’étais reconnaissant que son imprudence ait arbitrairement rehaussé ma réputation, mais ce n’était pas le moment. Si la régresseuse me considérait comme un ennemi, non seulement mon avenir serait en danger, mais même mon moi de la prochaine boucle le serait.
Sérieusement. J’avais été accusé à tort et j’étais furieux qu’elle m’ait attaqué sans raison, mais, que je vive ou que je meure, nous étions coincés ensemble à Tartare. Nous allions nous côtoyer pendant des mois.
Aussi agaçante fût-elle, je devais lui parler aimablement pour l’instant.
Alors…
« Vous n’avez pas à vous excuser de m’avoir sous-estimé. Excusez-vous de vous en être prise à quelqu’un sans prévenir ! Vous n’avez donc aucune manière ? »
La régresseuse fronça les sourcils, surprise par ma remontrance. Feignant l’exaspération, je passai une main dans mes cheveux et jetai un regard autour de moi.
« Je comprends pourquoi vous êtes si nerveuse. Quelque chose d’horrible s’est produit ici il y a quelques jours… Ils se sont révoltés, ont tué des gens, pillé du matériel et se sont même évadés. Il est tout naturel que vous ayez perdu confiance en l’État militaire qui était censé vous protéger. Même si vous vous méfiez de l’État militaire, c’est un fardeau que je dois accepter, moi qui vis à ses crochets. »
« Je n’ai jamais fait confiance à l’État militaire. Qui ferait confiance à un pays pareil ? »
« Mais ! »
Moi non plus, je ne lui faisais pas confiance ! Joue le jeu !
Je coupai court à ses pensées et m’écriai :
« Cela dit, ce comportement agressif est inadmissible ! Vous avez déjà commis des crimes et vous avez été enfermée ici. Si vous, qui manquez de compétences sociales, vous comportez ainsi, qu’est-ce qui m’attend, à moi, venu vous aider ? »
« Nous… aider ? »
« Exactement ! »
À cet instant, le Roi des Chiens revint, la boule de cristal dans la gueule, et la déposa à mes pieds. Comme pour me dire d’arrêter de raconter des bêtises et de relancer la balle, elle me donna un petit coup de museau dans le tibia.
Tss. M’interrompre alors que je parlais.
Je lançai la boule de cristal droit vers la prison.
« Va chercher ! »
« Ouaf ! »
Le Roi des Chiens se lança avec enthousiasme à la poursuite de la boule qui filait au loin. Je me tournai de nouveau vers la régresseuse.
« Même dans tout ce chaos, vous avez suivi les ordres et êtes restée ici au lieu de vous évader du Centre de rééducation. La lumière finit toujours par jaillir des ténèbres. Les hauts responsables de l’État militaire se sont beaucoup intéressés à vous, vous qui avez fidèlement obéi à la loi au cœur même de la peur et de la confusion. »
« Non. Le Roi des Chiens n’avait aucune intention de s’évader avant que sa “promesse” soit tenue, la Progenitrice des vampires dormait, et je suis restée parce que j’avais quelque chose à faire ici. »
Chaque fois que je disais quelque chose, elle devait trouver à y redire ! Pourquoi était-elle si négative ? Joue le jeu !
Son attitude était déplorable. Le genre de personne qui profitait du moindre instant pour élaborer un raisonnement afin de contredire son interlocuteur. Sans lui laisser le temps de réfléchir, j’enchaînai :
« C’est pour cela qu’on m’a envoyé personnellement ! Les hauts responsables de l’État militaire m’ont dépêché directement pour vous soutenir ! »
Ce n’était pas un mensonge. On m’avait envoyé ici pour travailler. Et il était vrai que les hauts responsables de l’État militaire m’avaient expédié ici. Ils n’avaient juste besoin que d’un manœuvre dont la mort ne compterait pas.
Mais, comme on dit, tout dépend de la manière de présenter les choses. Si je mettais l’accent non pas sur le « soutien », mais sur « moi »…
« Alors, prenez soin de moi à partir de maintenant ! Faites-moi confiance et suivez-moi, stagiaires ! »
Je pouvais leur faire croire à tort que j’étais quelqu’un d’impressionnant.
Et si tout le monde le croyait…
« Impossible à cerner. »
…Alors je deviendrais vraiment quelqu’un d’impressionnant.
« Ouaf ! »
Le Roi des Chiens revint avec la boule de cristal. J’avais beau la lancer aussi loin que possible, elle la retrouvait sans faute et me la rapportait. Je frappai la boule du pied aussi fort que je pus. Mon cou-de-pied me lança quand je heurtai la boule de cristal dure comme pierre, mais elle vola plus loin que jamais, ce qui valait bien la douleur. Le Roi des Chiens haletait déjà en repartant à sa poursuite.
« Ce sang-froid qu’il affiche même avec le Roi des Chiens… Ce geste tranquille, sans hâte, quand il a dévié Chanteciel… Je ne vois pas le fond de son jeu. Je n’ai aucune idée de sa force. Dans mon état actuel… »
Bien sûr que tu n’avais aucune idée de ma force. En matière de puissance martiale, j’étais un insecte au bord de la route. Toi qui avais croisé des monstres hors norme comme le Saint de l’Épée et la Sainte Vierge, tu ne pouvais même pas imaginer la vie d’un ver comme moi. L’absolu ne pouvait jamais comprendre le cœur d’un ver.
Mais moi, je comprenais le tien.
Quoi qu’il en soit, j’avais réussi. Je serrai le poing.
Par nature, les humains étaient des animaux. Face à quelqu’un qu’ils ne comprenaient pas, ils sentaient le danger et se méfiaient. L’inconnu était dangereux, et garder ses distances avec le danger était la règle élémentaire de la survie.
Elle n’oserait donc pas s’en prendre à moi à la légère.
Nous ne pouvions tout de même pas continuer à vivre dans cet Abîme exigu en nous méfiant constamment l’un de l’autre. Il fallait au moins maintenir des relations neutres. Avec un sourire bienveillant, je tendis la main à la régresseuse.
Elle tressaillit et pointa Chanteciel vers mon bras. Si elle y avait mis de la force, mon bras aurait été tranché comme du tofu.
Mais si je prenais peur et reculais maintenant, je lui montrerais où mordre. Feignant le calme, je lui proposai de serrer la main sans laisser trembler le bout de mes doigts.
« Alors, si nous nous serrions la main pour montrer que nous allons bien nous entendre à partir de maintenant ? »
La régresseuse jeta un regard à ma main tendue, puis à mon visage, avant de rengainer brusquement Chanteciel et de se détourner.
« …Humph. Qui sait ce que vous pourriez faire ? »
« Hein ? C’est moi qui viens de me faire attaquer, non ? C’est l’agresseur qui joue les victimes, maintenant. »
Grâce à la lecture des pensées de la régresseuse, j’avais entrevu un avenir qui n’aurait jamais dû m’être accessible. Une seule couche. Un homme qui ne pouvait sonder que la personne devant lui avait découvert l’avenir, comme un prophète contemplant le cours du monde.
J’avais peut-être souffert quand je ne savais rien. Mais maintenant, c’était différent.
On disait que l’avenir était farouche et qu’une fois entrevu, il se cachait. Puisqu’il s’était déjà dérobé, j’espérais qu’il disparaisse pour de bon. Je n’avais pas besoin d’un avenir irascible qui courait partout en essayant de me tuer.
« Alors, présentons-nous au moins. Vous pouvez m’appeler Instructeur, avec respect et admiration. »
Je me frappai la poitrine et fis le serment suivant :
Je survivrais, d’une manière ou d’une autre.
Si l’avenir annonçait ma mort, je le duperais, s’il le fallait.
La régresseuse, qui me dévisageait avec méfiance, finit par lancer Chanteciel au-dessus de sa tête et répondit brièvement :
« …Shei. »
Au même instant, j’entendis la résolution qui l’habitait.
« Pour l’instant, je vais le surveiller. Si ça ne marche pas, je pourrai abandonner cette boucle et passer à la suivante. »
Heureusement, la régresseuse semblait avoir décidé de m’observer pour le moment. Les gens qui étaient morts quelques fois n’étaient vraiment pas comme les autres. Même si elle me jugeait dangereux, elle voulait d’abord voir ce qui se passerait. C’était de la curiosité, ou cette complaisance de régresseuse qui la poussait à attendre et à voir, même pour le plus petit indice.
La régresseuse leva les yeux vers moi.
« …Vivre avec un homme aussi désinvolte m’inquiète, mais les autres ne seront pas des cibles faciles. »
Pour qui me prenait-elle ? Là-bas, il y avait une chienne dans une peau humaine et un cadavre mort depuis mille ans. Quelle pensée déplacée pouvait-elle bien avoir au sujet d’une chienne et d’un cadavre ? Je n’étais pas un pervers. J’avais des goûts parfaitement normaux, dignes d’un être humain moyen.
« En plus, mon déguisement en homme est parfait, alors tout ira bien ! »
Ah…
Voilà donc ce qu’elle pensait.
Vivre pendant plusieurs mois avec une régresseuse fermement convaincue que son déguisement en homme était parfait n’allait pas être facile.
Tout en maugréant intérieurement, j’adressai un sourire gêné à la régresseuse.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>