Chapitre 153
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 153 : Un conte lointain : épée et lance – 2
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Contrairement à Shei, qui avait prévu cette évolution, Tyrkanzyaka semblait plutôt tendue.
Elle avait à peine froncé son élégant sourcil, mais cela suffisait à la distinguer de l’indifférence dont elle avait fait preuve jusque-là en écrasant des armées.
« Une présence inhabituelle. On dirait presque qu’elle nous appelle. »
« Pas nous. Moi, probablement. »
répondit Shei en ramassant Chanteciel et Jizan.
« Reste ici et veille sur Azzy et Nabi. J’y vais seule et je reviens. »
« Ce ne sera pas dangereux ? »
« Il le faut. J’ai quelque chose à régler. »
Après avoir poussé un long soupir, Shei bondit par la fenêtre étroite et courut droit vers la source de cette présence.
Comme prévu, le général Partlaxion se tenait là.
Comme s’il n’avait jamais douté qu’elle viendrait, Partlaxion se dressait bien droit et accueillit Shei.
« Hé, gamine. Ça fait longtemps. »
Il ne tenait pas son arme favorite, mais une lance réglementaire ordinaire. Elle n’avait rien de spécial, c’était une simple lance qui répondait tout juste aux exigences minimales.
Mais sa force avait depuis longtemps dépassé celle de n’importe quelle arme. Quelle que soit la lance qu’il maniait, il demeurait un adversaire exceptionnellement dangereux.
Shei sentit une tension mesurée s’installer. Elle le salua.
« Ça fait longtemps, Lance absolue. »
« Toujours aussi malpolie, petite peste. Tss. Je pensais que tu avais du potentiel, au moins. »
Inutile de se présenter. Ils se connaissaient déjà.
Shei s’était servie de Partlaxion pour entrer dans l’Abîme.
Lors de ce cycle, Shei avait décidé de s’infiltrer dans Tartare. Mais à l’époque, elle n’avait pas encore recouvré toutes ses forces et disposait de peu de moyens pour obliger quelqu’un à lui révéler comment s’y rendre.
Elle avait donc fait venir Partlaxion, l’un des Six Généraux.
La méthode était simple.
Elle s’était installée dans une ville assez prospère, avait proposé des duels avec mise et avait vaincu tous les challengers intrigués qui s’étaient présentés.
Après qu’elle en eut battu suffisamment, l’État militaire avait envoyé des soldats pour l’arrêter. L’État militaire ne tolérait pas les duels privés.
Alors elle les avait vaincus, eux aussi.
Au bout d’un moment, l’État militaire avait cessé d’envoyer des troupes. À la place, l’un des Six Généraux, tout excité par cette nouvelle inattendue de duels, s’était précipité pour affronter Shei.
Après avoir échangé quelques coups, Shei avait dit qu’elle voulait se mesurer à un adversaire plus fort, sans être dérangée. Le général Partlaxion avait approuvé cet état d’esprit et l’avait gentiment conduite dans l’Abîme.
« Tu avais le niveau. Je pensais que tu avais l’étoffe d’un général, au minimum. Tu aurais peut-être même pu devenir la plus jeune des Six Généraux… Non, la plus jeune, c’était impossible. Mais j’espérais quand même que les Six Généraux pourraient devenir les Sept Généraux. »
Fffuit.
Partlaxion fit décrire un large arc à sa lance. Le son de la lame fendant l’air était glaçant.
« Mais tu as fait quelque chose de vraiment spectaculaire. Tu as tué un général, tranché le bras droit de Jiseon, puis conduit le reste des prisonniers dehors ? »
Partlaxion empoigna sa lance à deux mains. Son visage n’exprimait qu’une profonde déception et de l’hostilité.
« Ebon avait beau avoir une façon de parler agaçante, c’était mon camarade. Un camarade est mort à cause de moi, alors c’est à moi de régler cette affaire. Je rendrai hommage à son âme par ce duel. »
Shei n’avait aucune intention de refuser le combat. Elle ne voulait simplement pas se retrouver mêlée à des malentendus inutiles.
« Même s’il a essayé de me tuer en premier ? »
« Quoi ? Pourquoi Ebon serait-il allé jusqu’à Tartare juste pour te tuer ? »
« Ce salaud faisait partie des Seigneurs de toute la Création. »
« Quoi ? »
Partlaxion hésita, reposa sa lance au sol et demanda :
« Les Seigneurs de toute la Création ? »
« Ouais. »
« Lui ? »
« Ouais. »
« Pourquoi ? »
« J’en sais rien. »
Partlaxion gémit et se gratta la tête, l’air perplexe.
« Ah… Alors c’est pour ça que ce salaud remplaçait sans cesse ses subordonnés. Hum. Je trouvais bien son taux de pertes absurdement élevé. »
Il ne réfléchit pas longtemps. Partlaxion raffermit sa résolution et sa prise sur sa lance.
« Mais ! Trancher le bras de Jiseon était un acte cruel et impardonnable ! »
« J’ai essayé de le rattacher. Jiseon a refusé. »
Partlaxion la dévisagea, interdit, puis demanda :
« …Le rattacher ? C’est possible ? »
« Si tout se passe bien. »
« Alors pourquoi tu ne l’as pas fait ? »
« Qu’est-ce que tu voulais que je fasse quand Jiseon a dit non ? »
« Comment veux-tu que je te croie ? »
« Si j’avais voulu tuer Jiseon, je lui aurais tranché la tête. »
« C’est vrai. »
Partlaxion gémit de nouveau et se gratta la tête en vain, avant de s’écrier avec agacement :
« Bref. J’ai appris que tu avais quelques circonstances atténuantes. Mais ça n’efface pas tes crimes ! »
« Je n’essaie pas de trouver de pitoyables excuses. Je n’aime juste pas qu’on m’accuse à tort. »
« Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas trouver un compromis. »
Partlaxion reposa sa lance au sol et demanda d’un ton désinvolte :
« Ça te dirait de devenir général ? »
Sa proposition de recrutement était d’une banalité déconcertante. Shei lui demanda, comme si elle avait mal entendu :
« Hein ? »
« Avec une force comme la tienne, l’État militaire t’accueillerait à bras ouverts. Et puis, tu n’es pas une pure artiste martiale, n’est-ce pas ? L’État militaire a toujours recherché des forces asymétriques comme toi. »
L’État militaire avait été fondé après le renversement du royaume des chevaliers. Il avait rassemblé des soldats, leur avait mis des armes à feu entre les mains et avait puisé sa puissance de combat dans toutes les sources possibles.
Mais, à la guerre, ce genre d’amélioration quantitative n’était pas particulièrement utile.
Une fois un certain niveau de puissance atteint, la question n’était plus une affaire de quantité, mais d’intensité. Mille soldats ordinaires ne pouvaient pas vaincre un seul expert puissant ayant atteint ce niveau. Retarder le combat passait alors pour une victoire.
Ce qu’il fallait, c’était une puissance asymétrique, un atout capable de changer la donne et de renverser tout un champ de bataille.
L’État militaire, dont l’histoire était récente, manquait de tels mystères et secrets. Pour renforcer sa puissance, il avait rassemblé des gens comme elle.
Mais…
« Je refuse. »
Shei le repoussa sans hésiter. L’expression du général Partlaxion s’assombrit devant sa réponse catégorique.
« …Vraiment ? »
Partlaxion poussa un profond soupir et se gratta la tête.
« J’ai une fille. Elle a à peu près ton âge. C’est une enfant adorable, tu sais. Peut-être que c’est parce que je vieillis, mais je n’ai pas envie de me battre contre quelqu’un qui a un si bel avenir devant soi. »
Autrefois, Partlaxion avait été un jeune homme plein de fougue. Défier un royaume en duel n’était pas à la portée de n’importe qui.
Mais le temps avait passé. Il était devenu général, avait mené plusieurs guerres et avait vieilli. Plus il avait de responsabilités à porter, plus ses actes pesaient lourd.
Partlaxion, qui avait vécu sa jeunesse avec plus d’ardeur que quiconque, regrettait cette époque.
« Et surtout, j’aime bien ton attitude. Je vois que tu es prête à te battre contre tout ce qui existe au monde. Ce sont des enfants comme toi qui changent le monde. »
« Tu es en train de te vanter ? »
« Je jalouse la jeunesse que j’ai perdue, gamine. Tss. Je suis en congé, et c’est à moi de décider si je t’arrête ou non. J’ai entendu dire que tu n’avais encore tué personne, alors je pourrais laisser tomber. »
Tout en parlant, Partlaxion lui lança un regard plein d’attente. Comprenant ce qu’il voulait dire, Shei sourit d’un air provocateur et leva ses deux épées.
Chanteciel dans la main droite, Jizan dans la gauche.
Les deux épées précieuses se turent entre les mains d’une seule personne.
« Ce serait dommage d’en rester là. La dernière fois, tu m’as appris deux ou trois trucs. Tu ne veux pas savoir à quel point je suis devenue plus forte dans l’Abîme ? »
« …Ouais. C’est pour ça que je t’aime bien. »
Frouf, clic.
Partlaxion empoigna joyeusement sa lance à deux mains. Libérant toute sa présence, il pointa la lance vers elle, la voix vibrante d’enthousiasme.
« Ne t’inquiète pas. Je suis plutôt doué au combat. Je ferai en sorte que tu ne meures pas. »
« Je ne suis pas très douée pour me retenir. Tu pourrais mourir. »
« Hahaha ! Quelle arrogance ! J’adore ça ! »
L’instant suivant, un rayon lumineux fendit l’air.
Les yeux de Shei virèrent au violet tandis qu’elle levait Chanteciel.
Un poids énorme s’abattit sur ses deux bras. Dès que la pointe de la lance heurta sa lame, elle se tordit comme un serpent et visa le cou de Shei.
Il avait dit qu’il ferait en sorte qu’elle ne meure pas.
Grommelant intérieurement, Shei serra les dents et repoussa la lance. Leurs énergies s’entrechoquèrent, projetant des étincelles rouge vif.
Partlaxion fit quelques pas légers et bondit en arrière. Un instant plus tôt, la pointe de sa lance avait clairement visé son cou, et le voilà déjà à plus de dix pas d’elle.
Il frappa le sol une fois avec la hampe de sa lance et planta fermement son pied arrière.
« Bien ! On a échangé les salutations, alors combattons ! On a besoin de parler davantage ? »
« Hmph. Très bien. C’est justement ce que je voulais ! »
Shei lança son cri bravache et leva Chanteciel au-dessus de sa tête.
Jizan était un bouclier. Plus précisément, c’était un terrain qui n’avantageait que Shei.
Clang !
Dans un violent fracas métallique, même la lance de la Lance absolue ne parvint ni à repousser, ni à transpercer, ni à dévier Jizan. Enveloppée d’énergie, la pointe de la lance de Partlaxion avait assez de force pour trancher et briser l’acier, mais elle ne laissa pas la moindre égratignure sur Jizan.
Devant cette défense imprenable, le général s’émerveilla.
« Quel trésor incroyable ! Je ne l’avais pas vu la dernière fois ! »
« Je l’ai récupéré là-bas ! »
Shei plaça Jizan entre elle et la lance pour en limiter les trajectoires, puis se rua aussitôt sur lui et abattit Chanteciel. Son épée rapide visa Partlaxion, mais il sourit et fit pivoter sa lance et son corps.
Clang.
Une longue ligne brûla sur la hampe de la lance. La lance et l’épée, chargées d’énergie, raclèrent l’une contre l’autre et projetèrent des étincelles.
Profitant de la légèreté de Chanteciel, Shei fit pivoter son poignet. Elle comptait viser la main qui tenait la hampe.
La Frontière d’inversion céleste l’avertit.
Saisie par un frisson soudain, Shei se dissimula derrière Jizan.
Kiiing.
La lance fusa avec une précision parfaite dans une trajectoire qui frôlait à la fois Chanteciel et Jizan. Elle se glissa dans l’interstice comme un serpent.
« Je vois ce que tu essaies de faire. Tu veux m’imposer un combat de vitesse avec une épée légère ? Écoute, la lance est l’arme la plus défensive au monde. Si l’on exclut les boucliers, qui sont du matériel défensif ! »
Il ne s’arrêta pas à une seule parade. La pointe de la lance se dédoubla en dizaines d’images. À une distance où la lame ne pouvait pas l’atteindre et où seule la pointe de la lance portait, Partlaxion frappait et se retirait sans cesse, avec une ténacité presque lâche.
Sa portée était trop longue et ses mouvements trop rapides. Shei peinait à s’approcher et ne faisait que reculer.
« La distance elle-même est la meilleure des défenses ! C’est comme ça qu’on exploite les atouts d’une arme ! »
Ni avancer ni reculer n’était facile.
Son jeu de jambes était étrange. Sans même lever les pieds, ses jambes glissaient légèrement sur le sol. Pourtant, quand il le voulait, il s’enracinait sur place et lançait sa lance avec une force féroce.
La lance qui transperçait jusqu’au vent ne faisait pas le moindre bruit. Sans la Frontière d’inversion céleste, Shei aurait déjà eu au moins deux trous dans le corps. Tandis que Partlaxion la repoussait sans relâche, il s’écria :
« Haha ! Alors, qu’est-ce que tu en dis ? À part les armes à feu, les lances sont meilleures que les épées ! »
« Technique de l’Épée céleste, Pourfendeur de dragon ! »
« Hein ? »
Une lame gigantesque, longue d’au moins dix mètres, s’abattit sur Partlaxion.
Chanteciel s’était agrandie en déployant l’espace au maximum, devenant semblable à une épée maniée par un géant. Au moment où il bloqua avec la hampe de sa lance la lame qui cherchait à le fendre en deux, une violente contre-attaque le submergea et le fit glisser vers l’arrière.
« Attends. Et l’avantage de la lance, alors ? »
Un objet de cette taille aurait dû présenter une ouverture quelque part, mais Chanteciel, légère à l’infini, ne pesait pas plus lourd qu’un volume d’air équivalent. Ayant perdu son avantage de portée, Partlaxion se retira prestement.
Shei ne cessa pas d’attaquer. La distance s’accroissant, au lieu de brandir Chanteciel, elle enfonça Jizan dans le sol.
Crac !
Le sol se fendit comme si une météorite s’y était écrasée, et Jizan s’y enfonça profondément.
« Style du Bâton terrestre, Croc pointu ! »
Puis elle balaya le terrain d’un large mouvement.
Le sol sous les pieds de Partlaxion trembla. Une immense pointe jaillit des profondeurs et le projeta dans les airs. C’était le pouvoir de Jizan : la magie de la terre.
« Wahaha ! Quelle arme incroyable ! »
Partlaxion plia les jambes en un instant pour amortir le choc. Tandis qu’il se stabilisait en plein vol, Shei tendit Chanteciel et l’enfonça elle aussi dans Jizan.
L’union de Chanteciel et de Jizan. Une technique ultime qui faisait de Jizan le canon et de Chanteciel le boulet.
« Épée et bâton du Ciel et de la Terre, technique ultime. »
Pourfendeur d’horizon.
Une entaille invisible s’abattit sur Partlaxion. Sentant le danger, il leva sa lance en diagonale pour la bloquer, mais fut violemment projeté au loin.
Shei expira profondément. Après avoir maîtrisé le vent déchaîné, elle fixa de ses yeux rouges l’obscurité devant elle.
Elle n’avait pas utilisé toute sa puissance. Elle ne voulait pas tuer délibérément le général Partlaxion et se mettre définitivement à dos l’État militaire ; de plus, si elle employait tout l’espace de Chanteciel, les combats à venir deviendraient plus difficiles.
…Et puis, si Partlaxion s’était vraiment senti menacé, il aurait réagi d’une manière ou d’une autre.
Après tout, il en avait effleuré les limites, ne serait-ce qu’un peu…
Les principes du monde.
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