Chapitre 15
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Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Hydrogen B
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Chapitre 15 : Parce qu’il le fallait, une mère l’inventa
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La régresseuse me lança un regard en coin.
« Une fois qu’on t’aura implanté un bio-terminal, que ça te plaise ou non, tu seras lié à l’État militaire. Ce n’est pas seulement que l’État militaire surveillera le moindre de tes faits et gestes grâce à ces informations. Les autres pays te regarderont aussi avec méfiance. Dans les nations hostiles à l’État militaire, comme l’Empire ou la Fédération, tu pourrais même être placé sous surveillance. »
Qu’est-ce qu’elle racontait, encore ? Je m’adossai de travers, tout aussi nonchalamment, et répondis à la légère :
« Ce n’est pas vraiment un problème, à moins que tu comptes faire défection dans un autre pays. »
La régresseuse me fusilla du regard. Je le lui rendis sans ciller.
On pouvait critiquer l’État militaire, bien sûr. C’était pratiquement une fausse nation, qui jetait des innocents dans l’Abîme.
Mais je ne supportais pas qu’elle insulte le bio-terminal que j’utilisais ! Si j’avais recours aux bio-terminaux et aux paquets vestimentaires, ce n’était pas par loyauté envers l’État militaire. C’était parce que c’était pratique !
« …En plus, un bio-terminal constitue en soi une faiblesse. C’est un dispositif magique capable d’agir sur tout mon corps. Il a beau avoir une forme différente, il ne vaut pas mieux que les marques d’esclave d’autrefois. »
Quoi ? Elle me traitait d’esclave ? Je sentis aussitôt mon humeur s’assombrir.
Moi-même, j’avais souhaité plusieurs fois par jour l’effondrement de l’État militaire et, depuis que j’étais coincé à Tartare, maudire ce dernier était devenu une seconde nature. Si l’on comptait les crimes que j’avais commis comme l’un des petits criminels les plus connus des ruelles, j’en avais probablement plusieurs fois plus qu’elle. Escroquerie, jeux d’argent, détournement de fonds, chantage, corruption, et j’en passe !
Et elle me traitait comme un esclave de l’État militaire ? Non, j’étais son pire petit délinquant ! Nos crimes étaient peut-être différents, mais j’en avais commis bien davantage !
Je lui rétorquai sèchement :
« Là, tu vas trop loin. À ce compte-là, qu’est-ce qui est sans danger, dans ce monde ? Tu pourrais regarder un costume moulant et prétendre qu’il m’emprisonne, puis désigner une cravate en disant qu’elle ne vaut pas mieux qu’un collier autour de mon cou. Avec ce raisonnement, il faudrait confisquer tous les stylos-plumes du monde. Après tout, on dit que la plume est plus puissante que l’épée. »
La régresseuse s’adossa à sa chaise et me transperça du regard.
Une vieille hostilité, endurcie par le temps, me piqua au vif. Une haine chronique. Une ombre sombre qui l’avait suivie au fil de treize morts, lassante, mais jamais évanouie. La souillure imprégnée en elle sous l’ombre de l’État militaire occupait encore un recoin de son cœur.
« …Toi aussi, tu dois le savoir. »
La régresseuse m’adressa un regard glacial, chargé des émotions de plusieurs vies. Son cœur était si froid qu’il semblait ne plus jamais pouvoir brûler.
Ce regard me glaça jusqu’aux os et je marmonnai en moi-même :
État militaire. Qu’est-ce que vous avez bien pu faire à la régresseuse pour qu’elle vous déteste à ce point ? Vous feriez mieux de vous méfier. Le monde est vaste, et il existe quelque part des individus capables de tenir tête à une nation. Comme une régresseuse qui revient sans cesse à la vie.
À partir de maintenant, peut-être pourriez-vous torturer moins de gens et les traiter un peu mieux…
« La première chose pour laquelle l’État militaire a utilisé les bio-terminaux… c’était la torture. »
Une trace ténue. Un souvenir bref et acéré. Grâce à la lecture des pensées, je lus le passé que la régresseuse venait de se rappeler.
C’était arrivé il y a longtemps, lors de sa première vie.
De ce vieux souvenir, je ne ressentis que des fragments de douleur.
Une seule pensée occupait son esprit : « Ça fait mal. »
Rien d’autre. Comme dans une œuvre d’art contemporaine au rabais, ces deux mots emplissaient la dernière page d’une toile noire, au milieu de cicatrices béantes.
J’avalai ma salive avec difficulté.
État militaire, je crois qu’il est déjà trop tard pour vous.
Je devais quitter ce pays au plus vite. Adios. Une fois que nous nous serions séparés, ne nous revoyons plus jamais.
« Un bio-terminal est un avatar Aki qu’on ouvre de force depuis l’extérieur, au moyen de l’alchimie et de la magie. Le double de mon corps. Si tu l’ouvres de force et que tu y injectes une substance toxique spécialement conçue… Ha. Tu peux préserver les sens et ne laisser que la douleur. Fais-y passer de l’électricité, et elle se répand dans tout le corps en un instant. L’aiguille de fer touche peut-être mon poignet, mais mes orteils se recroquevillent tout seuls. Hé. L’État militaire ne s’est pas contenté de développer des technologies ordinaires. Celles qui ont progressé le plus vite et le plus radicalement étaient celles qui servaient à fabriquer des armes… et à infliger la douleur. »
Des émotions sombres nous submergèrent. Même la vampire oublia ce qu’elle voulait dire, et même Azzy, d’ordinaire si lente, leva la queue et observa l’ambiance.
La vampire resta silencieuse.
Pourtant, il était évident de quel côté penchait son cœur. Si celui-ci avait été une boussole, son aiguille aurait pointé vers la régresseuse.
Tandis qu’elle se remémorait sa douleur, la régresseuse répéta une pensée creuse :
« Tous ceux qui ont subi cette torture sont morts. Moi non plus, je ne l’ai pas supportée, alors je me suis suicidée. À partir de ce jour, j’ai gardé du poison sur moi pour pouvoir mourir sans douleur dès que j’en aurais besoin. J’ai beau y réfléchir, je ne peux pas leur pardonner. L’État militaire… »
J’étais foutu.
Si j’avais su, je n’aurais pas prétendu être instructeur. Je ne lisais pas les souvenirs douloureux des autres comme ça !
Pas étonnant qu’elle se soit mise à me lancer des lames. Je devais m’estimer heureux d’être encore en vie ?
La régresseuse serra le poing au point de se faire saigner, juste pour empêcher sa main de trembler.
« Après avoir entendu ça, tu crois toujours que les bio-terminaux sont nécessaires ? »
« Si cet homme découvre les ténèbres de l’État militaire et continue malgré tout à prendre son parti, nous finirons tôt ou tard par nous affronter. »
La régresseuse me jaugeait en ce moment même. Si je me comportais à la légère, elle me cataloguerait comme un ennemi, et j’en subirais les conséquences pour l’éternité. Ce n’était pas sa dernière vie.
Me croirait-elle si je lui disais que je n’étais pas vraiment instructeur, cette fois ?
Alors…
Je baissai la voix. Mon ton enjoué, un peu trop aigu, se transforma en un instant, comme si j’avais changé de masque.
Ce brusque changement d’attitude bouleversa l’ambiance. Clac. Je coupai net le fil de notre conversation. Si celle-ci avait été un être vivant, il aurait rendu l’âme à cet instant. J’érigeai entre nous un mur de silence, comme pour affirmer que la suite n’avait rien à voir avec ce qui précédait.
La fin d’une conversation, le début d’une autre.
Une fois prêt, je repris depuis le début.
« À l’origine, les bio-terminaux et les paquets vestimentaires n’avaient pas été conçus pour servir de cette façon. »
Ma voix était calme, comme si j’observais la scène de loin, mais elle gardait une certaine chaleur.
Avec toute la profondeur dont j’étais capable, je racontai une vieille histoire.
« La première personne à concevoir le paquet vestimentaire fut une vieille femme qui avait une belle-fille. Elle tenait une petite boutique de tissus et regardait avec pitié sa belle-fille maladroite, qui s’abîmait les mains à coudre et à laver le linge. Autrefois vive et joyeuse, celle-ci avait désormais le visage assombri par l’inquiétude. Pourtant, la couture et la lessive étaient des corvées qu’elle devait accomplir pour aider son mari à faire prospérer l’affaire familiale. La vieille femme réfléchit longuement à la façon d’aider sa belle-fille à s’habituer aux tâches ménagères, mais ne trouva pas de solution. Puis, un jour, un noble lui commanda un vêtement. »
De loin, les pentes abruptes et les éclats de roche acérés ressemblaient à un paysage paisible. Un simple récit ne pouvait contenir toutes les larmes et les souffrances endurées en chemin.
Mais même s’il n’en abritait qu’une partie, un récit ne pouvait émouvoir le cœur de quiconque.
« Le noble commanda les vêtements les plus splendides et les plus beaux que la vieille femme fût capable de confectionner. En entendant la commande, elle fut horrifiée. Le vêtement était couvert de toutes sortes d’ornements, au point qu’on pouvait à peine le qualifier de vêtement. La vieille femme se jeta aux pieds du noble et répondit : »
« Je n’ai pas le talent nécessaire pour confectionner un tel vêtement. »
« Faites-le. »
« Le tissu et les fils s’entremêlent comme des chiens qui se battent. Si je le confectionne ainsi, on ne pourra ni l’enfiler ni le retirer. »
« Peu importe. Faites-le. »
« Il y a tant de couches de tissu que même le plus petit enfant capable de tenir une aiguille ne pourrait pas se faufiler dans les interstices. S’il s’use ou se déchire, il sera impossible de le réparer. »
« Peu importe. Faites-le. »
« Des soieries et des tissus d’origines différentes sont tissés ensemble comme s’ils ne formaient qu’un seul corps. Une fois taché, il ne pourra pas être mouillé, ni nettoyé, même avec une brosse trempée dans une solution d’ammoniaque. »
« Peu importe. Faites-le. »
« Cher mécène, pourquoi désirez-vous un vêtement qu’on ne pourra ni remettre, ni réparer, ni nettoyer ? »
« Il est destiné à un seul jour. Un seul. Une fois ce jour passé, on le retirera, on le déchirera et on l’enterrera. Vous n’avez pas à vous inquiéter. »
« C’est une monstruosité qu’on ne peut pas appeler un vêtement. »
« Peu importe. Faites-le. »
Tel un conteur itinérant, je jouai seul toute la scène. J’humectai ma gorge brûlante et poursuivis :
« C’était l’étrange commande d’un noble capricieux. Une commande que personne, au monde, n’aurait pu accepter facilement. Elle aurait pu la rejeter comme un caprice ou la refuser, la jugeant irréalisable. Mais pour la vieille femme, qui pensait depuis longtemps à sa belle-fille, ce fut une inspiration tombée du ciel, comme un miracle. »
Sa belle-fille manquait de talent et peinait terriblement à laver et à coudre. En apparence, la vieille femme la réprimandait, mais quand elle apercevait les taches de sang et d’eau sur ses manches, elle ravala ses larmes en secret.
« Si les vêtements n’étaient portés qu’un jour avant d’être jetés, il n’y aurait plus besoin de lessive ni de couture. »
Ainsi atteignit-elle la perfection sans couture.
« C’était impossible. Ça aurait dû l’être. Fabriquer des vêtements neufs à chaque fois que quelqu’un s’habillait, puis les désassembler par alchimie au lieu de les retirer. Est-ce que ça avait seulement un sens ? Ça n’avait pas pu être facile. Ça devait être terriblement difficile. La vieille femme a dû y brûler toutes les années qui lui restaient. À un âge où ses yeux déclinants auraient dû l’inciter à prendre sa retraite, elle reprit l’aiguille. Son talent relevait de l’art, mais son âge était une tragédie. Ses mains faibles tremblaient, et des dizaines de piqûres d’aiguille les marquaient. Contrairement à sa jeunesse, elles ne guérissaient plus facilement. Son sang n’avait jamais le temps de sécher. »
Je m’interrompis et retins volontairement mon souffle. Puis je levai de nouveau le poignet, dévoilant le trou dans mon corps.
Pour expliquer ce que renfermait ce minuscule trou.
« L’essence du bio-terminal, c’est la blessure laissée par une aiguille. Le paquet vestimentaire, c’est le vêtement confectionné pour une belle-fille. L’État militaire n’a fait que le rendre un peu plus… magitech. »
L’État militaire avait créé toutes les horreurs de ce monde.
Mais avant de devenir des horreurs, elles n’avaient été que des sentiments bien plus modestes et bien plus précieux.
Je me dirigeai vers la régresseuse. En chemin, je révoquai le paquet vestimentaire. Les fibres se dénouèrent fil à fil et se rassemblèrent dans ma main gauche, comme si quelqu’un avait tiré d’un coup tous les fils qui dépassaient de mon corps. À la manière d’un ver à soie filant son cocon ou d’une araignée enveloppant sa proie, les fils fins passèrent de translucides à opaques, avant de redevenir une minuscule perle.
Après quelques pas, je me retrouvai de nouveau vêtu de mon uniforme réglementaire : chemise et short.
Clic. Le paquet de l’uniforme d’instructeur jaillit de mon bio-terminal. Je le rattrapai et m’arrêtai devant le bureau de la régresseuse.
« Je ne peux pas parler au nom de l’État militaire, et la stagiaire Shei ne peut pas parler au nom de toutes les victimes. Malgré tout, je vous demande pardon. »
Ce n’était pas moi qui avais commis ces actes. Pourtant, j’appartenais moi aussi à cet endroit, alors je demanderais pardon pour ma part.
Avec cette idée en tête, je pris la main de la régresseuse pour localiser son bio-terminal.
La régresseuse m’observa sans un mot.
« Au nom des péchés de ceux qui ont plongé dans les flammes de l’enfer la plus chaleureuse des inventions du monde et l’en ont arrachée. »
Puis j’approchai les doigts de l’endroit où son bio-terminal aurait dû se trouver.
Hein ? Son poignet était lisse. Je n’y sentis aucun trou, seulement son pouls vif.
Perplexe, je demandai : « Quoi ? Tu n’as pas de bio-terminal ? »
Pourquoi ? C’était étrange. Le souvenir de sa torture avait été si vif.
Comme je penchais la tête, la régresseuse paniqua et retira brusquement sa main.
« Ah, non. Attends. »
« J’ai été torturée dans ma deuxième vie, quand je courais partout sans rien comprendre… Cette fois, je n’ai même pas subi l’intervention. »
Ah, oui.
Elle avait été torturée dans une vie précédente, n’est-ce pas ? J’avais tellement été absorbé par les pensées et les souvenirs que j’entendais que je l’avais oublié un instant. C’était un souvenir incroyablement intense.
Une fois la situation comprise, je me tus et regardai la régresseuse avec gêne. Elle aussi me dévisageait d’un air embarrassé, manifestement très mal à l’aise.
Hein. J’avais l’air ridicule.
J’avais lu ses pensées, éprouvé trop d’empathie, puis créé cette ambiance tout seul. J’avais cru que la régresseuse avait été torturée. Enfin, elle l’avait bien été. Dans sa vie précédente.
Dans cette vie, elle avait plutôt semé le chaos partout où elle passait.
La situation s’était soudain compliquée. La régresseuse avait raconté un mensonge impossible à expliquer sans parler de régression, tandis que j’avais appris quelque chose d’impossible à expliquer sans parler de lecture des pensées.
Que devais-je faire dans une situation pareille ? Et si elle découvrait que je lisais dans les pensées ?
Après un bref instant de réflexion, j’agitai les bras et m’écriai :
« Menteuse ! Tu as raconté ça comme si tu avais été torturée ! J’ai cru que c’était toi qui avais subi la torture ! »
Autant me mettre en colère !
Pour lui montrer clairement que je m’étais fait avoir, je tapai du pied et m’écriai :
« Quelle torture ? Tu n’as même pas de bio-terminal ! Hein ? Qu’est-ce que tu veux qu’on injecte dans ton poignet tout lisse ? »
« M-mais… »
« Tu voulais tellement te faire remarquer ? Ou bien tu essayais de voler jusqu’aux cicatrices douloureuses de quelqu’un qui a été torturé ? Tu comptais en faire une médaille pour décorer ta propre vie ? Quelle honte ! D’abord la pauvreté, puis la torture et les souffrances, tout t’a été volé ! »
« A-attends ! Je t’assure que… »
« Tu m’assures que… ? »
Quand je relevai la tête et la pressai de répondre, la régresseuse remua les lèvres, l’air accablé. Mais elle ne parvint pas à mettre ses pensées en mots.
« Je ne peux toujours pas… lui dire que je peux régresser ! »
Évidemment. La régression de la régresseuse était sans doute un secret qu’elle devait garder jusqu’au bout.
Alors, comment allait-elle expliquer ça ? Comment comptait-elle se tirer du mauvais pas où je l’avais poussée ?
La réponse fut étonnamment simple.
Boum !
La régresseuse se jeta dehors et s’enfuit. Elle avait choisi la fuite physique.
Ha. Qui aurait cru qu’elle s’en tirerait par une méthode à laquelle je ne pouvais pas résister ? Bien joué.
[C’était un récit fort intéressant.]
La vampire, qui avait écouté en silence tout ce temps, s’approcha d’un air ravi. Elle semblait avoir beaucoup apprécié la leçon du jour.
[Cela valait bien la peine que je rompe mon isolement pour venir. Pourtant, je n’ai pas entendu la fin de l’histoire. Qu’est-il arrivé à cette vieille femme ?]
« Ahahaha. »
[…Pourquoi ris-tu ?]
« Non, je me demandais pourquoi tu l’appelais vieille femme. Elle a vécu à une époque relativement moderne. Même si elle était encore en vie, elle n’aurait pas deux cents ans. Elle est bien plus jeune que la stagiaire Tyrkanzyaka. Alors, s’il te plaît, ne l’appelle pas vieille femme. Appelle-la plutôt une enfant. Waouh. Penser qu’on peut considérer quelqu’un comme elle comme une enfant… »
Boum !
La vampire défonça le mur extérieur du bâtiment et s’en alla. Elle s’était enfuie.
Ha. J’avais fait fuir une femme et un cadavre à la seule force de ma langue. Quiconque m’aurait vu aurait été fier de moi.
Mais ce cercueil était en bois. Comment avait-il pu traverser un mur de béton sans une égratignure ? J’avais l’impression que le bon sens venait d’être bafoué.
« Ça va coûter des dommages et intérêts… Ah, tant pis. Ils se débrouilleront. »
Je n’étais pas responsable du budget de l’État militaire. Ils s’en occuperaient. Du moment que j’avais un endroit décent où dormir, ça me suffisait.
« Bon, maintenant… »
Je me dirigeai vers Azzy, qui somnolait au fond de la salle de classe. À mesure que j’approchais, sa queue se mit la première à remuer. Puis ses oreilles se dressèrent. Azzy releva la tête, me vit approcher et bondit sur ses pattes.
De la bave lui coulait de la commissure des lèvres : elle avait donc encore une fois mené la vie insouciante d’un chien. J’évitai Azzy tandis qu’elle tentait de m’essuyer sa bave sur la main, puis lui demandai : « Azzy. Tu as bien écouté en classe ? »
« Ouaf ! »
« Tu peux me dire de quoi parlait le cours d’aujourd’hui ? »
« Ouaf ! »
« Donc, je ne dois rien espérer du tout ? »
« Oui ! »
« …Ça m’énerve que tu ne parles la langue des humains que dans ces moments-là. »
« Énervé ? »
« Oui ! Tu m’énerves, espèce de cabot ! Fais au moins un effort pour écouter ! »
« Cabot ?! Ouaf ! Ouaf ! »
Argh. Qu’est-ce que j’allais bien pouvoir faire de ce cabot ?
Elle était incroyablement douce et aimait beaucoup les humains, mais d’après ce que j’avais vu dans le futur de la régresseuse, cette fille deviendrait elle aussi une bête féroce qui déchiquetterait les humains.
J’ignorais pourquoi cela arriverait, mais je devais empêcher ce futur. Je m’étais dit que tout irait peut-être bien si j’inculquais un peu de bon sens à Azzy, mais…
« À quoi est-ce que je pensais ? Même celui qui a inventé le proverbe du chien d’école récitant de la poésie au bout de trois ans me réprimanderait pour ne pas comprendre les métaphores si je faisais entrer un vrai chien dans la classe. »
Comme je me grattais la tête, Azzy tendit le haut du corps et aboya furieusement.
« Ouaf ! Ouaf ouaf ! Ouaf ! »
Le regard d’Azzy était fixé sur mon poignet gauche.
Se pouvait-il qu’elle ait vraiment écouté et compris ce que c’était ?
À moitié sceptique, je lui montrai mon poignet gauche.
« Quoi ? Tu te souviens de quelque chose ? Regarde. Ça s’appelle un bio-terminal, et si tu insères un paquet vestimentaire ici… »
« Croc ! »
« Aaaaaaaaaah !! »
Au moment où je sentis ses crocs durs et acérés s’enfoncer dans le trou de mon corps,
je perdis connaissance.
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