Chapitre 140
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 140 : Calcul parfait
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Les forces ennemies fondirent au milieu des cris. Elles continuèrent à déchaîner des explosions tonitruantes et des gerbes de flammes, mais les Chevaliers noirs ne subirent que peu de dégâts.
Tyrkanzyaka, elle, s’étonnait qu’ils aient été si peu touchés par rapport à la violence de l’offensive ennemie.
« … Hein ? Que se passe-t-il ? »
Au lieu de les faire brandir leur épée à tort et à travers, elle leur avait au moins ordonné de se jeter sur les soldats pour les agripper aux chevilles.
Pourtant, les soldats n’arrivaient même pas à s’en débarrasser et se contentaient de rouler par terre. Ceux qui, quelques instants plus tôt, enchaînaient les attaques menaçantes se mettaient à rouler au sol dès que les Chevaliers noirs les approchaient.
« Ils ne sont même pas capables de résister à un simple gratte-terre… Non, à un Chevalier noir ? »
Comment Tyrkanzyaka aurait-elle pu le savoir ? Même dans l’État militaire, les soldats ordinaires ne valaient pas mieux que de simples troufions. Ils avaient la possibilité de s’entraîner, mais seuls les officiers pouvaient réellement se servir de leur énergie.
Quoi qu’il en soit, Tyrkanzyaka serra puis desserra les poings avant de donner l’ordre :
« … Écrasez-les. »
Les Chevaliers noirs cessèrent de se retenir et chargèrent les soldats de front. Quelques-uns furent déchiquetés par des tirs concentrés, mais les Chevaliers noirs n’étaient que le pouvoir le plus élémentaire de la Progenitrice, qu’elle pouvait invoquer sans fin.
Leur nombre submergea la ligne de front. Les soldats avaient de moins en moins d’espace pour bouger.
À ce rythme, ils seraient repoussés. Après avoir évalué la situation, le commandant s’avança, vêtu d’une armure militaire et une énorme hache de guerre à la main.
« Couvrez-moi ! Je vais m’occuper du gros de leurs troupes ! »
Sans la moindre trace de peur, le commandant se précipita vers Tyrkanzyaka. Les Chevaliers noirs bondirent pour arrêter l’officier, mais les soldats les fauchèrent à coups de feu concentrés pendant un bref instant, avant que la hache ne les balaie.
Quelques balles perdues atteignirent le dos du commandant et s’y logèrent, mais c’était justement à cela que servaient l’énergie et l’équipement militaire. Le commandant n’y prêta aucune attention et continua sa charge.
Une silhouette colossale, bardée d’acier, s’approchait d’elle. Au moins, elle en imposait.
Tyrkanzyaka leva le poing pour parer l’attaque… puis, saisie d’une idée soudaine, le garda simplement levé sans frapper.
« Prends ça ! Ma hache ! »
L’énorme hache du commandant s’abattit sur elle. Tyrkanzyaka l’arrêta de son poing.
Thud.
Elle ne s’immobilisa qu’après lui avoir entaillé légèrement la peau.
« … »
« … »
Un silence gêné s’ensuivit.
La hache s’était coincée exactement entre ses doigts. Le plus grand exploit du commandant avait été de l’enfoncer d’à peu près un centimètre et demi entre son index et son majeur. Il rassembla à la hâte son énergie et tenta de dégager l’arme, mais alors…
« Hum. Je me demandais ce qui vous avait donné l’assurance de me défier. Ce n’était que la témérité irréfléchie d’un roturier. »
Crac. Tyrkanzyaka tordit le poing et broya la lame de la hache, puis tendit la main vers le cou du commandant. Malgré son équipement militaire, la silhouette colossale fut soulevée sans effort par la main de la jeune fille.
« … Vous avez un certain talent. Mais je suppose que vous n’étiez pas… une élite. »
Tyrkanzyaka projeta le commandant au loin. Son corps cuirassé fendit les airs et s’écrasa sur un véhicule automatique, dont il enfonça le toit.
« Argh… ! »
« Major ! Aaaah ! »
La légion des ombres balaya les soldats restants. D’innombrables Chevaliers noirs plièrent les soldats en deux et les jetèrent de côté, un par un.
Une petite montagne de soldats ne tarda pas à se former. Elle ressemblait à une version miniature de celle qui se trouvait dans l’Abîme, à ceci près que des gémissements s’élevaient de l’intérieur.
Une fois son travail terminé, Tyrkanzyaka épousseta ses mains.
« … Ils n’avaient rien de particulièrement spécial. »
« Oh ! Vous avez tout nettoyé ! »
Rashy, qui venait tout juste de sortir du gouffre avec Callis, regarda autour de lui et s’exclama. Rallion les suivait, Shei sur son dos, en soufflant d’épuisement.
À part Jiseon, tous ceux qui se trouvaient à l’intérieur étaient désormais dehors. Tyrkanzyaka regarda de nouveau autour d’elle.
Plus elle scrutait les environs, plus son expression s’assombrissait.
« Où est Hyu ? Vous ne l’avez pas vu ? »
« Non ! Il n’était pas là ? »
« Je ne le vois pas… Où a-t-il bien pu aller ? Ne me dites pas que… »
Elle n’avait désormais plus d’autre choix que de s’en rendre compte. Une pensée de très, très mauvais augure traversa l’esprit de Tyrkanzyaka.
Et s’il était parti de son propre chef ?
Tandis que tous les autres s’étaient étrangement enthousiasmés, lui seul était resté fidèle à lui-même.
Quand Tyrkanzyaka lui avait proposé de voyager ensemble, il avait répondu de façon détournée, sans acquiescer.
Lorsqu’il lui avait demandé si elle pouvait le protéger, n’était-ce pas une façon tacite d’accepter ?
Voyant son expression s’assombrir, Rashy jeta un regard à Callis. Celle-ci hocha fermement la tête, et Rashy ouvrit grand la bouche, agitant les mains en criant :
« Non, sûrement pas ! Il doit être en train de se faire poursuivre quelque part ! »
« … C’est forcément ça, n’est-ce pas ? Mais où ? »
« Faisons d’abord le tour des environs ! Si on ne le trouve pas, on pourra allumer un feu et appeler le professeur ! Ce sera beaucoup plus facile de le retrouver quand il fera jour ! »
Tyrkanzyaka se retourna. Tartare s’étendait au sol, à côté de l’immense gouffre, comme si on avait arraché la prison de la terre. L’ampleur de la structure la rendait irréelle.
S’il s’était caché derrière ou à l’intérieur de cette construction de béton, ce serait au moins rassurant.
Mais s’il était parti…
Se tenant la poitrine, qui lui faisait mal à cette pensée de mauvais augure, Tyrkanzyaka tourna son regard vers l’avant.
« … C’était vraiment une farce. »
Après avoir fini, Jiseon versa de l’alcool tout autour du cadavre du Grand Maître. Le redoutable baekhwahongju vola droit vers l’endroit où je me trouvais.
Ah. J’en ai dans le nez. Hum, hum.
« Pourquoi as-tu essayé de leur fausser compagnie ? »
Après m’être léché les lèvres pour en retirer l’alcool, je sortis de sous le tas de cadavres. Je brossai sommairement mes vêtements, puis m’assis près du Grand Maître.
« Parce que je me suis dit que si je restais, je finirais par les suivre. »
« Et qu’est-ce qu’il y aurait de mal à ça ? »
« Je ne suis pas un prophète poltron, mais je sais tout de même faire des déductions élémentaires. »
Je sentais leurs pensées s’éloigner toujours plus.
Sentant leurs présences se disperser au loin, je marmonnai :
« Si je les suivais, je mourrais sans aucun doute. »
Ils se battaient pour empêcher la destruction du monde.
Quant à mon affrontement avec Jiseon… Honnêtement, si elle s’était ruée sur moi dans le seul but de me tuer ?
Je serais mort. Si Tyr ou la régresseuse n’avait pas réussi à me protéger, j’aurais pu mourir même en tenant Jizan.
La lecture des pensées pouvait être d’une aide considérable au combat, mais elle ne pouvait effacer un écart de puissance indéniable.
Je ne pouvais pas dévier une masse d’acier lancée sur moi. Même si je l’esquivais, elle n’aurait qu’à me suivre. Si quelqu’un parvenait à m’attraper par les vêtements et à me jeter de côté, ou s’il projetait de l’énergie dans toutes les directions, je ne pourrais pas y résister.
La lecture des pensées me permettait seulement de faire ce qui était à ma portée. Les vrais surhommes vivaient dans un monde à part du mien.
Faisant tourner la carte dans ma main, je déclarai :
« Je suis né dans les bas-fonds. Ma place est caché parmi les gens, à me déplacer discrètement. Affronter de front un ennemi puissant comme ça… ce n’est pas mon rôle. »
Si Jiseon n’avait pas fait de la récupération de Jizan son objectif.
Si Jiseon m’avait attaqué avec assez d’hostilité.
Ça aurait suffi à me tuer.
« Ha. Et pourtant, quelqu’un comme toi s’est dressé sur ma route ? »
Un filet d’alcool s’écoula.
Comme je l’avais fait, Jiseon en aspergea les environs, puis remplit sa coupe en trois fois.
« Tu n’avais pas l’air d’avoir peur de mourir. »
« Qui, au monde, n’a pas peur ? Les humains sont des animaux, eux aussi. Nous craignons la mort. »
« Pourtant, même en tenant Jizan, quelqu’un comme toi s’est dressé devant moi ? »
J’eus un petit rire.
« C’est contagieux. J’ai attrapé ça auprès de gens comme toi, Jiseon. »
Comme Azzy et Nabi, comme l’immortel et Callis, j’aurais dû me cacher dans un coin par là-bas et retenir mon souffle. C’était le devoir de tout être vivant qui voulait survivre, et ce que j’aurais dû faire pour mon propre bien.
Mais comment aurais-je pu le supporter ?
Quand des souhaits qui méritaient qu’on risque sa vie s’entrechoquaient et s’entremêlaient.
C’était pire que si quelqu’un avait tenté de me tuer.
Ça me poussait à me faire tuer.
Des sentiments qui valaient plus que la vie, des missions pour lesquelles on était prêt à la sacrifier, et même des êtres dont la vie elle-même était enchaînée.
Ils se souciaient bien trop peu de la mort, et ils m’avaient changé, moi aussi.
« Si ça n’avait pas été l’Abîme, si nous ne nous étions rencontrés que de temps à autre, peut-être que les choses auraient été différentes. Mais j’ai pris une sale habitude. Depuis longtemps. »
Mes calculs étaient terminés.
Tyr était pure et dévouée, dans le bon sens du terme, mais obstinément fermée, dans le mauvais. Si je lui montrais que je voulais partir, elle en serait attristée, mais respecterait mon choix.
La régresseuse serait curieuse à mon sujet. Mais quelque chose de plus important que mon identité subsistait, et elle ne pouvait pas se lancer à ma poursuite à cause de cela. Elle réserverait ses questions au prochain cycle et continuerait d’avancer dans le présent.
Azzy ? Nabi ? Les Rois des Bêtes suivraient leur propre voie, comme le faisaient les bêtes.
L’immortel n’était pas du genre à s’attarder sur des détails insignifiants, et Callis le suivrait hors de l’État militaire.
La régresseuse se méfierait de mon identité et pourrait m’interroger au prochain cycle, mais ça s’arrêterait là. Le moi du prochain cycle saurait s’en charger.
Et puis, la régresseuse avait le cœur tendre envers ses alliés. Il suffisait de voir comment elle avait traité Tyr, qui avait été son alliée au cycle précédent. Comme nous avions échangé des marques de bienveillance cette fois-ci, elle laisserait peut-être les choses se terminer en douceur.
« Ils s’en sortiront sans moi. C’est une façon convenablement belle de prendre congé. »
« Ha. Vous aussi, vous étiez prophète, seigneur Hughes ? »
« Bien sûr que non. Si je l’étais, je ne me serais pas fait capturer et amener ici. »
Je n’étais pas prophète. Je ne pouvais pas résister au destin quand il surgissait brusquement devant moi, comme lorsque je m’étais fait arrêter, à l’époque.
Mais je lisais dans les pensées. Je possédais un talent exceptionnel pour comprendre les gens et déduire les principes qui guidaient leurs actes.
« Je comprends juste un peu trop bien les gens. »
Ce serait regrettable, mais ce serait un adieu certain.
Il était temps de revenir à la situation de départ.
« C’était un calcul parfait. »
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