Chapitre 7 270
La réaction de Long Chen stupéfia le maître du palais. Il avait beau se creuser la tête, il n’arrivait pas à la comprendre !
« Dis-moi ce que tu en penses ! »
« Le fondement d’un Souverain céleste réside dans sa graine du Dao. Celle-ci a besoin de l’énergie la plus primitive du monde, la plus pure qui soit : la puissance du Grand Dao », répondit Long Chen avec enthousiasme.
« Exact. Et ? »
Le maître du palais le dévisagea. Quel rapport cela avait-il avec les paroles de l’ancien qui balayait ?
« D’après ce que j’ai compris, l’ancien qui balayait parlait de la fonction du Grand Dao. Comme un pendule oscille d’un extrême à l’autre, le Grand Dao suit lui aussi ce mouvement. Une fois arrivé au plus bas, on ne peut que remonter. Tout en haut, on ne peut que redescendre. Pour créer du neuf, il faut détruire l’ancien. C’est le cycle de la renaissance.
« Il faut suivre la puissance du Grand Dao. On ne peut pas la maîtriser de force, ni la détourner pour l’employer à des fins contraires à sa nature, sans quoi elle se retournera contre nous et nous écrasera.
« Quant à l’être et au non-être… Si l’on considère la question sous l’angle du Yin et du Yang, on peut dire que toutes les choses de ce monde sont un mélange de Yin et de Yang, et qu’elles ont toutes leur contraire. Par exemple, dans ce monde, certaines choses sont visibles et d’autres ne le sont pas. C’est une vérité fondamentale. Pourtant, qu’on les voie ou non, elles existent bel et bien, n’est-ce pas ? Elles relèvent donc de l’“être”. Mais si l’on suit la même logique du Yin et du Yang, le contraire doit également exister : les choses qui ne sont pas. De l’être vient le non-être. Dans ce cas, affirmer que l’être naît du non-être n’a rien d’un radotage philosophique : cette idée renferme la sagesse des âges. »
Le maître du palais l’écoutait avec gravité. Il sentait son âme frémir, comme si elle venait soudain d’entrevoir certains mystères du Grand Dao. Ces mystères se tenaient juste devant lui, mais il ne les voyait ni ne les ressentait.
« Parler de la puissance du Grand Dao, c’est précisément faire surgir l’être du non-être. Cette puissance a donné naissance au ciel, à la terre et à toutes les choses qui se trouvent entre les deux. Elle met le monde en mouvement, mais nous ne pouvons pas la percevoir. De là vient l’affirmation selon laquelle le Grand Dao est sans forme, sans sentiment et sans nom. Sans forme, il ne peut être perçu. Sans sentiment, il n’a aucun parti pris. Sans nom, il ne peut être compris. »
À mesure que Long Chen parlait, une étrange lumière se mit à émaner de son corps, à la stupéfaction de tous. C’était une bénédiction des Daos célestes ! Son apparition indiquait que les explications de Long Chen étaient conformes aux Daos célestes !
On racontait qu’à l’Ère du chaos primordial, lorsque de puissants experts exposaient le Dao, une lumière multicolore se rassemblait autour d’eux. La bénédiction des Daos célestes était alors bien plus grande que celle dont ils étaient témoins : certaines histoires évoquaient même des fleurs tombant du ciel et des lotus jaillissant de la terre.
Alors que tous s’émerveillaient de cette bénédiction, le ciel et la terre changèrent soudain de couleur. Une aura violente s’abattit brutalement, dispersant l’aura de bon augure qui se rassemblait autour de Long Chen. Le ciel s’assombrit, l’intention meurtrière emplit l’air et la volonté terrifiante des Daos célestes hérissa les cheveux de tous les présents.
« Quand le ciel se met en colère, les étoiles et les constellations changent de place ? » ricana Long Chen. Il agita la main, et Evilmoon apparut.
Une image de sabre balaya le ciel, portée par la volonté dominatrice de Long Chen. La voûte céleste sombre se fendit, et la lumière du soleil perça de nouveau les ténèbres.
« Volonté extérieure, tu oses faire le fier devant moi ? » ricana Long Chen.
La volonté des neuf cieux s’abattit de nouveau. Cette fois, tous la sentirent emplie de chaleur.
Après avoir subi la pression de la volonté extérieure, ils apprécièrent davantage celle de leur monde. Ils la percevaient plus clairement que jamais et comprirent seulement alors que le monde ne cessait de les protéger.
Soudain, l’aura du maître du palais explosa, faisant sursauter tout le monde.
« Merde, je vais percer ! Il faut que j’y aille ! »
Le maître du palais détala aussitôt, emportant avec lui son aura tumultueuse. Il était si incontrôlable que sa simple présence fissurait l’espace autour de lui.
En le voyant filer, tous restèrent hébétés. Miao Yin ne put s’empêcher de demander : « Le maître du palais doit-il retourner à l’académie pour percer ? »
L’aura du maître du palais était déjà en pleine fluctuation. Autant profiter de l’occasion pour percer sur-le-champ. S’il la réprimait, il risquait de laisser passer sa chance.
« Il dirige le Palais du Dieu de la Bataille. S’il veut percer, il doit le faire à l’académie. Une percée dans le royaume des Souverains célestes entraîne un immense afflux de Chance karmique ; s’il perce ailleurs, cette Chance karmique s’abattra sur l’endroit, qui deviendra une nouvelle terre bénie. Seul un cultivateur indépendant ferait une chose pareille. Les membres d’une secte doivent retourner dans leur secte pour percer », expliqua Long Chen.
« Ah ? Si tu ne me l’avais pas dit, je ne l’aurais vraiment pas su. La Secte du Son Céleste ne nous a jamais parlé de cela », dit Miao Yin.
Mais elle soupira ensuite. Elle savait que si la Secte du Son Céleste ne leur en avait jamais parlé, c’était parce qu’il n’y avait aucune raison de le faire. Une seule d’entre elles percerait un jour. Toutes les autres n’étaient que des pions et ne pourraient jamais quitter leur plateau.
« Le maître du palais va probablement devoir entrer en retraite pour quelque temps. Devrait-on aussi fermer l’académie ? » suggéra Zi Yan.
Long Chen acquiesça. « Oui. Nous avons beaucoup gagné cette fois-ci, et nous devons prendre le temps d’assimiler nos acquis. Ceux qui ont atteint le stade avancé du rang de Souverain Seigneur doivent condenser une graine du Grand Dao. Comme vous venez de subir l’interférence du Grand Dao extérieur, vous devriez pouvoir sentir notre Grand Dao de plus près. Il vous sera plus facile de condenser une graine du Dao.
« Quant à ceux qui n’ont pas atteint le stade avancé, ils doivent entrer en retraite immédiatement. Ils ne pourront en sortir qu’une fois ce stade atteint.
« La première académie a accumulé une immense Chance karmique. Si le maître du palais réussit sa percée, cette Chance karmique augmentera encore. Vous devez saisir cette occasion pour progresser le plus vite possible.
« Ne vous croyez pas invincibles après notre victoire contre les Démons extérieurs. Ils ne sont pas aussi faibles que vous le pensez. Je vous assure qu’ils sont bien plus nombreux que nous l’imaginons. Ceux qu’ils ont envoyés cette fois-ci ne sont pour la plupart que des pions sacrificiels. Ils n’ont pas assez de nourriture pour tout le monde, alors ils nous envoient de la chair à canon.
« Peut-être font-ils cela exprès pour nous endormir, pour nous rendre arrogants et orgueilleux. Mais je veux que chacun de vous se concentre de toutes ses forces sur sa progression. Quand nous sortirons de retraite, ce monde ne sera peut-être plus le même… »
Long Chen avait parlé d’un ton très sérieux. Il pressentait que d’innombrables forces cachées commençaient à s’agiter.
Qui savait combien d’entités puissantes comme le Culte de Mara se dissimulaient dans les neuf cieux et dix terres ? Elles étaient comme des vipères tapies dans l’ombre. Lorsqu’elles en sortiraient, elles chercheraient à planter leurs crocs dans la plus grosse part du butin.
Trois jours plus tard, ils arrivèrent à la première académie. Ils avaient déjà récupéré en chemin et entrèrent aussitôt en retraite.
Quant à Long Chen, il gagna une pièce privée et sortit une bassine de sang.
« Hé hé, il est temps de reprendre mon ancien métier ! »