Chapitre 7 247
« Quoi ?! »
Miao Yin fut stupéfaite par ce brusque retournement de situation. Dès l’apparition du lotus noir, elle se retrouva incapable de bouger d’un pouce.
Le Loup fantôme à deux visages qui se tenait derrière elle trembla. Lui aussi était figé. Il eut beau se débattre, il ne parvint pas à se libérer de cette puissance du Grand Dao. Et il n’était pas le seul : tous les combattants sur le champ de bataille étaient immobilisés. Face à cette puissance, même les huit porte-étendards armés d’artefacts divins de Chance karmique ne pouvaient se dégager.
C’était un pouvoir interdit. Un groupe de Souverains Seigneurs au stade intermédiaire n’avait aucune chance ; même si un véritable Souverain céleste était venu, il n’aurait peut-être pas osé affronter ce lotus.
« Ces foutus Démons extérieurs ! Ils ont forcément préparé une formation depuis longtemps ! Ils se sont servis de tous les morts comme offrandes à leur Grand Dao pour invoquer ce lotus démoniaque ! » Les spectateurs au loin étaient terrifiés. Même à cette distance, les fluctuations d’énergie qu’ils percevaient en provenance du lotus suffisaient à raidir les experts qui attaquaient la barrière.
À cet instant, un cri stupéfait retentit. « Non, regardez l’autel ! »
Tous se tournèrent vers l’autel noir et virent qu’un lotus noir venait lui aussi d’apparaître à son sommet.
Quelqu’un était assis au cœur de ce lotus noir, entouré des lois tourbillonnantes du Grand Dao. C’était un jeune homme couvert de runes noires, qui palpitaient au même rythme que les fluctuations du lotus noir sur le champ de bataille.
« Attendez un instant… La Race des Renards d’Argent de la Mer du Nord a offert sa Manifestation du dragon de Chance karmique aux Démons extérieurs… Les Démons extérieurs se sont servis de leurs propres compagnons tombés au combat pour condenser le lotus noir du Grand Dao… Par les Cieux, ils utilisent la vie de tout le monde pour renforcer cet homme dans le lotus ! » cria quelqu’un d’une voix horrifiée.
À ces mots, tous frissonnèrent. Au vu de ce qui s’était passé, il n’était pas difficile de comprendre que tout cela n’était qu’un piège destiné à les prendre tous au piège.
Ils regardèrent le chef des Démons extérieurs. Il se tenait à l’extérieur de l’immense lotus noir. À la vue de son expression fanatique, ils comprirent aussitôt la vérité : ce champ de bataille tout entier était un échiquier, et ce vieil homme en déplaçait les pièces. Les experts des neuf cieux comme les Démons extérieurs n’étaient que des pions.
Ce vieillard n’avait jamais compté laisser ses subordonnés survivre. Le plan initial prévoyait sans doute que les Démons extérieurs attaquent les experts des neuf cieux. Dès le départ, ils devaient servir de sacrifices. Mais l’arrivée de Long Chen avait bouleversé les plans. Voyant qu’il ne pouvait plus attirer d’autres experts des neuf cieux à l’intérieur, le vieil homme avait activé le lotus noir sans hésiter afin d’emprisonner tous ceux qui se trouvaient sur le champ de bataille. Long Chen, Miao Yin et les autres avaient bien plus de valeur que tous les autres experts des neuf cieux. Il suffisait de les dévorer pour que les Démons extérieurs remportent une victoire totale !
Quand les experts des neuf cieux comprirent, ils furent horrifiés. Une sueur glacée leur coula dans le dos. En défiant les Démons extérieurs, Long Chen les avait en quelque sorte sauvés.
Certains se réjouirent, d’autres eurent honte. Et parmi ceux qui se réjouissaient, certains le faisaient du malheur de Long Chen.
Alors que toute l’armée coalisée des neuf cieux était horrifiée et que Miao Yin elle-même se sentait désespérée, la voix claire et forte de Long Chen retentit.
« Tant d’années à préparer votre coup, et c’est tout ce que vous avez trouvé ? Vous ne pouvez pas inventer quelque chose de nouveau ? On dirait presque que vous me prenez de haut ! »
Des milliers de regards se tournèrent vers Long Chen. À leur stupéfaction, même à l’intérieur du lotus noir, il semblait parfaitement indemne. Une légère brise soulevait ses robes et ses cheveux noirs. Derrière lui, à bord du bateau volant, Zi Yan tenait la Cithare du Démon Céleste. Des ondulations émanaient d’elle et protégeaient le bateau volant. Cette puissance du Grand Dao ne pouvait pas non plus l’atteindre.
« Enfin bref. Si c’est tout ce que vous avez en réserve, alors c’est à mon tour ! »
Long Chen agita la main. Le vide se tordit à ses côtés et Cang Lu apparut, vêtu d’une armure noire et tenant sa hallebarde rouge sang.
Dès qu’il sentit le lotus noir, Cang Lu se mit à trembler. L’énergie qu’il renfermait était précisément celle dont il avait le plus soif !
« Vas-y ! »
Sur l’ordre de Long Chen, Cang Lu s’élança droit vers le cœur du lotus noir.
« Impossible ! Comment peut-il ne pas être affecté par le domaine du Grand Dao ?! »
Le chef des Démons extérieurs était abasourdi. Le lotus noir n’avait aucun effet sur Cang Lu. Un mauvais pressentiment l’envahit. Il forma à la hâte des sceaux manuels, et des chaînes noires jaillirent vers Cang Lu comme des pythons.
Cang Lu ne prit même pas la peine d’esquiver. En un rien de temps, des dizaines de chaînes l’avaient solidement ligoté.
« Ah, ce n’était qu’un tour. Tu peux mourir, maintenant ! »
Le chef ne s’était pas attendu à capturer Cang Lu si facilement. Il modifia ses sceaux manuels et s’apprêtait à faire déchiqueter Cang Lu par les chaînes. Mais une fois son geste achevé, il constata qu’elles ne lui faisaient rien. En fait, elles se flétrirent rapidement avant de tomber de son corps.
« C’est… de l’énergie obscure ? Qui es-tu ?! » hurla le chef, terrifié. Grâce au lien qu’il entretenait avec les chaînes, il venait enfin de sentir la puissance de Cang Lu.
Cang Lu l’ignora et se dirigea droit vers le cœur du lotus. La Hallebarde du Démon Sanguin s’embrasa de lumière, puis il la planta dans le noyau du lotus. L’immense lotus noir se mit à trembler violemment. La puissance du Grand Dao jaillit comme si une digue venait de céder, et toute cette énergie se déversa en Cang Lu par l’intermédiaire de la Hallebarde du Démon Sanguin.
« Arrête ! »
Le chef des Démons extérieurs prit enfin peur. Cet homme était capable d’absorber la puissance du Grand Dao et l’énergie de l’âme et du sang qui composaient le lotus ! Il forma rapidement des sceaux manuels, faisant éclater le lotus en une déferlante de puissance, dans l’espoir qu’un afflux d’énergie excessif obligerait ce parasite à lâcher prise. Mais Cang Lu s’y accrochait comme un loup affamé, et rien ne pouvait l’en détacher.
Tandis qu’une énergie sans fin se déversait en lui, d’innombrables runes démoniaques s’activèrent sur sa peau et ses os. Le Qi du Démon Sanguin faisait rage.
Le lotus se mit à trembler de plus en plus violemment, et l’emprise sur Miao Yin et les autres s’affaiblit. Ils se regroupèrent aussitôt et rejoignirent Long Chen.
À présent, tous les Démons extérieurs avaient péri, à l’exception de leur chef. Ceux qui n’avaient pas été tués par l’armée coalisée des neuf cieux avaient été sacrifiés par le vieillard. On pouvait dire que Miao Yin avait accompli sa mission. Pourtant, elle était maintenant pâle et son aura vacillait. Elle avait manifestement trop forcé ; même son regard était terne.
Ses blessures n’étaient pas seules en cause. Les lourdes pertes de la fin du combat y étaient aussi pour quelque chose. Trois cents millions des disciples venus lui prêter main-forte avaient péri. Plus de deux mille de ses élites avaient également perdu la vie.
Ce fut un coup terrible pour Miao Yin. Tant de gens lui avaient confié leur vie, et elle s’était révélée incapable d’être à la hauteur de leur confiance. En repensant à leurs visages exaltés tandis qu’ils chargeaient pour elle, elle eut l’impression qu’on lui poignardait le cœur.
Lorsqu’elle rejoignit Long Chen, elle se mordit la lèvre et murmura : « Jeune maître… »
Elle voulut poursuivre, mais aucun mot ne sortit. Les larmes lui coulèrent sur le visage et elle s’étrangla simplement d’émotion.
Long Chen la regarda. À la vue de ses larmes, il sentit lui aussi son cœur se serrer. Il savait ce qu’elle ressentait. Mais on n’y pouvait rien : c’était un champ de bataille, et sur un champ de bataille, il y avait toujours des morts. C’était une réalité sanglante et cruelle.
Aussi fort qu’on soit, on ne pouvait pas protéger tout le monde. Miao Yin n’en était pas capable, et Long Chen lui-même ne l’était pas non plus…
Long Chen tendit la main et essuya doucement ses larmes. « Tu t’es merveilleusement bien débrouillée, bien au-delà de mes attentes. Même s’ils sont morts, leurs esprits héroïques vivront dans nos cœurs. Ne t’en veux pas. Tu dois travailler dur pour réaliser leurs rêves à leur place et continuer d’avancer. Leurs destins resteront à jamais liés aux nôtres. »
Ces paroles réconfortantes et la chaleur de la main de Long Chen apaisèrent Miao Yin. Zi Yan l’emmena à l’écart. Tous les autres se mirent également à récupérer sans attendre. Les disciples de l’académie disposaient d’unités spécialisées dans le soutien, qui se mirent au travail pour les soigner.
Pendant ce temps, le lotus tremblait de plus en plus violemment. Il semblait sur le point d’éclater à tout instant. Le vieillard avait compris qu’il ne pouvait pas arracher Cang Lu au lotus, quoi qu’il fasse, et que celui-ci absorbait l’énergie à une vitesse terrifiante. Il tentait donc à présent de disperser le lotus de force.
Malheureusement pour lui, il allait découvrir que la vie n’était pas si simple.
« Tu t’es donné tant de mal pour créer ce lotus, et maintenant tu veux le détruire comme ça ? Tu crois vraiment que je ne suis qu’un pion ! »
Long Chen ricana et forma des sceaux manuels. Une lueur couleur sang l’enveloppa. Trois mille Dragonbones Evilmoons fendirent les airs et encerclèrent le lotus noir.