Chapitre 7 206
Dans le palais principal, Long Chen siégeait sur le trône central, Zi Yan et Miao Yin à ses côtés. Les huit Porte-étendards et cent soixante jeunes génies célestes formaient deux rangées le long de l’allée.
Il n’y avait pas un seul membre de l’ancienne génération : tous étaient des génies célestes de la nouvelle ère. Bien qu’ils ne libérassent pas leur aura, une forte soif de meurtre régnait dans la salle. Après tout, c’étaient des experts aguerris par le sang et le feu. En vérité, les cent soixante disciples présents étaient tous assez puissants pour prétendre au titre de Porte-étendard. On pouvait les considérer comme l’élite des huit millions de guerriers.
Des pas résonnèrent lorsqu’un groupe de personnes fit son entrée. En tête marchait une belle jeune femme. Hélas, son arrogance suprême l’enveloppait de la tête aux pieds et éclipsait sa beauté. À ses côtés se tenaient deux anciens aux cheveux blancs, qui semblaient tous deux avoir atteint le royaume de Souverain céleste. Pourtant, malgré leur puissance, ils se comportaient en subalternes et suivaient cette femme comme des serviteurs. S’ils lui témoignaient du respect, ils ne daignèrent même pas regarder Long Chen et les autres.
Derrière eux trois marchaient des dizaines de jeunes disciples, hommes et femmes, tous experts de la nouvelle ère. Dès qu’ils entrèrent dans la salle, ils agirent comme si le monde entier leur était inférieur. Cependant, malgré leur indifférence et leur décontraction apparentes, un examen attentif révélait que les poils de leur nuque s’étaient hérissés, trahissant leurs véritables pensées. De toute évidence, l’aura meurtrière qui émanait des disciples de l’académie les écrasait sous une pression immense.
La femme promena un regard indifférent sur les huit Porte-étendards, puis sur Zi Yan et Miao Yin. Quand ses yeux se posèrent sur cette dernière, une pointe de jalousie, très discrète, y apparut. Elle maîtrisait toutefois parfaitement ses émotions. Si Long Chen n’avait pas atteint le neuvième palier céleste, ce qui avait aiguisé encore davantage les perceptions de l’Art corporel de l’Hégémon des Neuf Étoiles, il n’aurait même pas remarqué cette réaction.
Long Chen acquiesça intérieurement. La Secte du Son Céleste avait vraiment des fondations solides. Une telle maîtrise de ses émotions devait forcément être liée à la technique de cultivation qu’elle pratiquait.
Enfin, son regard se posa sur Long Chen. En le voyant en personne, ses yeux s’illuminèrent. Ce génie légendaire était encore plus jeune et plus beau qu’elle ne l’avait imaginé. Ses yeux, surtout, semblaient aussi purs que le ciel étoilé. Difficile de croire que ce jeune homme séduisant était un démon féroce, les mains souillées du sang d’innombrables êtres.
« Ling Yun, Maître de Musique de la Secte du Son Céleste, présente ses salutations au Doyen Long Chen ! »
Elle s’exprima avec courtoisie, mais ne s’inclina pas et ne joignit pas les mains. Elle semblait considérer qu’un salut à Long Chen lui ferait perdre son rang.
« Bonjour. Maintenant que tu m’as salué, tu peux dégager », lança Long Chen d’un ton indifférent.
Sa voix n’était pas forte, mais elle recelait une autorité indiscutable qui fit trembler le cœur de Ling Yun et des autres.
Dès que Ling Yun s’était présentée, Miao Yin avait expliqué à Long Chen que, bien qu’elle fût techniquement une Maîtresse de Musique, elle n’était en réalité qu’une Maîtresse de Musique mineure.
La Secte du Son Céleste comptait quatre Maîtres de Musique majeurs, habilités à briguer le titre de Grand Maître de Musique. Quant aux quatre Maîtres de Musique mineurs, ils étaient subordonnés aux premiers et ne pouvaient que prétendre à leur rang. Il y avait donc en réalité huit Maîtres de Musique, et Ling Yun était techniquement subordonnée à Miao Yin. Autrement dit, elle pouvait défier Miao Yin à tout moment ; si elle l’emportait, elle s’emparerait de tout ce que possédait cette dernière et deviendrait Maîtresse de Musique majeure.
Ling Yun était issue d’un milieu bien plus prestigieux que Miao Yin. Elle appartenait à un clan célèbre de l’Ère du chaos primordial. À l’avènement de la nouvelle ère, son clan avait immédiatement commencé à s’élever et l’avait fermement soutenue. Forte de cet appui, Ling Yun avait aussitôt voulu défier Miao Yin. Mais elle n’avait pas encore obtenu l’approbation du Maître de secte, et l’affaire était restée en suspens jusqu’à présent. Or, sa principale rivale était désormais devenue la servante de quelqu’un d’autre. C’était un affront cuisant à son orgueil.
De plus, même si Miao Yin était devenue la servante de Long Chen, elle n’avait pas perdu son titre de Maîtresse de Musique et conservait la Chance karmique qui y était associée. Naturellement, Ling Yun voulait s’en emparer. Après tout, c’était son laissez-passer pour rivaliser avec le Grand Maître de Musique. L’échec lui coûterait terriblement cher, mais si elle réussissait, elle couvrirait son clan de gloire et lui apporterait d’immenses bénéfices.
En voyant son attitude, Long Chen comprit enfin la manière dont la Secte du Son Céleste élevait ses disciples. Chacun préférait mourir dans un éclat de gloire plutôt que de vivre dans la médiocrité. À mesure que les disciples les plus faibles mouraient, leur puissance était dévorée pour renforcer les survivants. C’était peut-être sauvage, mais, au bout du compte, la plupart des ressources investies dans leur formation étaient récupérées à leur mort, et leur meurtrier s’emparait de la Chance karmique dont chacun avait bénéficié. Au final, le vainqueur récoltait un butin immense.
D’après Miao Yin, les affrontements pour le titre de Maître de Musique, comme ceux pour celui de Grand Maître de Musique, devaient tous se dérouler dans le monde spatial de la Secte du Son Céleste. On comprenait donc pourquoi la secte ne voyait pas d’inconvénient à ce que ses Maîtres de Musique recrutent des partisans à l’extérieur. Tout ce qu’ils possédaient finirait par revenir à la Secte du Son Céleste.
À propos de partisans, la présence de ces deux protecteurs qui avaient atteint le royaume de Souverain céleste était l’une des raisons de l’arrogance de Ling Yun. Elle avait de quoi se montrer arrogante.
Mais cet atout ne pesait clairement pas lourd face à Long Chen. Elle voulait faire étalage de sa puissance, mais il ne lui en laissa pas le temps et la chassa sans détour. Après tout, Long Chen n’était pas réputé pour se laisser marcher sur les pieds, et il n’avait pas non plus l’habitude de laisser les gens faire ce qu’ils voulaient devant lui. À son niveau, s’il devait prendre sur lui devant le premier chat ou chien venu, à quoi bon toute sa cultivation ?
Ling Yun rougit. Elle ne s’était pas attendue à ce que Long Chen se montre aussi grossier. « Vous… »
L’un des anciens derrière elle ne put s’empêcher de foudroyer Long Chen du regard. « Doyen Long Chen, nous représentons la Secte du Son Céleste ! »
« Dégagez ! » rugit soudain Long Chen, sa voix roulant comme le tonnerre. Elle mêlait un rugissement de dragon à une Puissance de Souverain suprême.
Ling Yun et les autres encaissèrent de plein fouet une onde sonore terrifiante qui les projeta au loin. Ils roulèrent jusqu’à l’extérieur des portes. Un ancien avait protégé Ling Yun et encaissé la majeure partie du choc à sa place ; il vomit aussitôt du sang.
« La puissance du Grand Dao… Comment est-ce possible ?! »
Son expression changea du tout au tout. Ayant atteint le royaume de Souverain céleste, il comprit instantanément que ce rugissement contenait la puissance du Grand Dao.
Les autres disciples se relevèrent péniblement, le visage blême. Ce rugissement avait presque fait se dissiper leur âme ! Sans les deux anciens qui avaient amorti l’essentiel de l’onde de choc, ils seraient morts. Terrifiés, ils perdirent toute leur arrogance.
Les deux anciens étaient encore plus choqués. Long Chen était bien plus redoutable que ne le prétendaient les légendes ! Ils avaient toujours cru que les rumeurs étaient exagérées. Ils s’étaient imaginé que les experts qu’il avait tués et qui avaient atteint le royaume de Souverain céleste étaient des imposteurs, propulsés de force à ce rang, ou qu’ils prétendaient l’avoir atteint pour préserver la réputation de leur secte. Ces gens ne pouvaient pas être de véritables experts comme eux.
À présent, ils se rendaient compte qu’ils s’étaient lourdement trompés. Les deux anciens échangèrent un regard, puis firent comprendre à Ling Yun de ne pas agir à la légère. Sinon, ils ne quitteraient pas vivants l’Académie du Haut Firmament.
Le visage de Ling Yun était crispé, mais elle acquiesça. Elle prit une profonde inspiration et retrouva aussitôt un air serein. Elle se releva, s’avança jusqu’aux portes du palais et s’inclina respectueusement.
« La disciple Ling Yun présente ses salutations au Doyen Long Chen ! »