Chapitre 7 204
La chaîne de montagnes pittoresque au cœur de la première académie était enveloppée d’une brume immortelle. L’endroit était magnifique et paisible, propice à l’oubli de tous les soucis du monde. Et, de fait, c’était un lieu de guérison. Quand l’état d’esprit d’un disciple devenait instable ou qu’il subissait une pression trop forte, il venait s’y ressourcer.
La voie de la cultivation était semée d’embûches. C’était un chemin difficile, où il était impossible d’éviter les pierres et les épines. Ainsi, quand l’académie remarquait qu’un disciple se comportait de façon étrange, elle l’envoyait ici.
Le paysage semblait parfaitement naturel, mais, en réalité, chaque montagne était couverte d’une formation. Chaque brin d’herbe et chaque arbre étaient un trésor précieux aux propriétés apaisantes pour l’âme. Même les sources murmurantes et les ruisseaux qui serpentaient dans les montagnes regorgeaient d’énergie spirituelle, et leur eau pouvait même servir à raffiner des pilules.
Avant Long Chen, la première académie avait fermé ses portes, en grande partie parce que… elle avait pratiquement fait faillite. Long Chen l’avait relevée non seulement grâce à sa propre puissance, mais aussi à sa fortune personnelle. C’était grâce à lui que la première académie avait retrouvé sa prospérité.
Bien sûr, reconstruire tout cela avait exigé des ressources colossales. Long Chen avait financé les travaux grâce à ses affaires avec la Compagnie Commerciale Huayun. Où qu’il aille, il prenait régulièrement contact avec Zheng Wenlong pour lui remettre les trésors précieux dont il n’avait pas besoin, ou des objets qu’il ne pouvait pas montrer au grand jour. Quant à Zheng Wenlong, il ne lésinait jamais avec son vieil ami. À l’exception de la commission habituelle de la Compagnie Commerciale Huayun, tous les bénéfices revenaient à Long Chen.
Comme Long Chen n’avait pas le temps de s’occuper de ce genre de choses, il avait en quelque sorte accumulé une immense fortune sur un compte géré par Zheng Wenlong. Dès que la première académie avait besoin de quelque chose, il lui suffisait d’en informer la Compagnie Commerciale Huayun pour que les ressources soient rapidement livrées. Mais seuls quelques membres du noyau de la première académie étaient au courant. Des disciples comme Du Xinhe, qui souhaitaient se disputer le poste de doyen, n’avaient aucune idée de tout ce que Long Chen avait fait — et continuait de faire — pour la première académie.
Ces membres du noyau ne pouvaient s’empêcher de rire de ces disciples naïfs qui prétendaient vouloir devenir doyen. Même s’ils obtenaient le poste, seraient-ils capables de subvenir aux besoins de la première académie ? Les ressources de cultivation qu’ils utilisaient chaque jour provenaient justement du Doyen Long Chen qu’ils cherchaient à remplacer ! Mais ils gardaient le secret, car ils approuvaient la rivalité entre les disciples. Long Chen lui-même avait déclaré que les disciples devaient avoir l’ambition de devenir doyen.
Au cœur de ces montagnes pittoresques, un ciel étoilé enveloppait un sommet. Les montagnes alentour baignaient elles aussi dans la lumière des étoiles. Long Chen se tenait là, se frottant le menton d’un air pensif tandis qu’il observait une gracieuse femme danser dans le ciel.
À ses côtés, Zi Yan jouait de la cithare. Le rythme de la mélodie changeait sans cesse pour s’accorder à la perfection avec la danse de Miao Yin.
À chacun des mouvements de la main de Miao Yin, à chaque fois qu’elle levait le pied ou tournait la taille, au moindre changement dans son regard, la lumière des étoiles alentour se déplaçait et s’écoulait autour d’elle. Des rubans étoilés ondulaient autour de son corps, formant une rivière céleste multicolore. Celle-ci dansait avec elle selon un rythme sans cesse renouvelé, au point de sembler presque vivante.
Parfois, Miao Yin ressemblait à un oiseau qui fendait les airs ; parfois, à un dragon nageant dans l’eau. De plus en plus d’étoiles se rassemblaient autour d’elle et formaient peu à peu une cape qui l’enveloppait, lui conférant une aura mystérieuse, sacrée et magique. On aurait dit qu’elle était devenue un esprit des étoiles. Chacun de ses gestes, chacun de ses regards était ensorcelant. Même Long Chen se laissa captiver par ce spectacle.
Soudain, le vide gronda et quatre bêtes gigantesques apparurent : le Dragon azur, le Tigre Blanc, l’Oiseau vermillon et la Tortue noire. Cette fois, les quatre bêtes divines étaient elles aussi drapées de lumière stellaire. Leurs corps immenses traversaient les airs dans une démonstration à la fois majestueuse et sacrée.
À cet instant, le regard de Long Chen quitta Miao Yin pour se poser sur les quatre bêtes divines. Il s’attarda tout particulièrement sur le Tigre Blanc.
« Je vois… »
Lorsque Long Chen avait quitté le Monde du Chaos Primordial, la race du Tigre Blanc lui avait donné le diagramme de la constellation du Tigre Blanc. Il en avait mémorisé la forme, mais n’avait pas eu le temps de l’étudier davantage.
Il y avait deux raisons à cela. D’abord, il savait que même s’il parvenait à en percer les secrets, cela lui demanderait énormément de temps et d’énergie. Ensuite, même s’il y arrivait, il ne possédait pas assez d’énergie astrale pour condenser cette constellation.
Lors de son combat contre Miao Yin, quand elle avait utilisé la Formation des Quatre Bêtes contre lui, il avait eu quelques intuitions, mais n’avait pas pu les approfondir. À présent, Miao Yin utilisait la graine astrale qu’elle lui avait prise pour perfectionner cette Manifestation des bêtes divines et leur insuffler un semblant de spiritualité. C’était justement cette étincelle de spiritualité qui lui permettait de mieux comprendre la constellation du Tigre Blanc.
Soudain, une constellation du Tigre Blanc se forma silencieusement dans la Mer étoilée de son Dantian.
« Merde ! » Long Chen sursauta, effrayé. À l’instant où le Tigre Blanc se forma, une énergie meurtrière se condensa en lui. Elle était sur le point de jaillir de son corps. Il forma aussitôt des sceaux manuels et dissipa la constellation du Tigre Blanc.
« Quelle énergie meurtrière terrifiante ! Elle a failli m’échapper en un instant ! » Le cœur de Long Chen se serra.
Il ne s’était pas attendu à ce que la constellation du Tigre Blanc soit aussi violente. Son apparition annonçait des fleuves de sang. Heureusement qu’il l’avait aussitôt réprimée ; si la moindre trace de cette énergie meurtrière s’était échappée, elle aurait à coup sûr interrompu la compréhension du Dao de Miao Yin.
Miao Yin était au meilleur de sa forme. Si on l’interrompait à présent, nul ne pouvait dire quand elle retrouverait un tel état.
Miao Yin poursuivit sa danse tandis que les quatre bêtes divines tourbillonnaient autour d’elle. Chacune irradiait de lumière stellaire. Leurs lumières s’entrechoquaient, mais fusionnaient aussi. Elles se soutenaient et se réprimaient mutuellement.
Long Chen plissa les yeux. La Formation des Quatre Bêtes de Miao Yin est vraiment incroyable. Ce n’est pas sa danse qui les contrôle : ce sont leurs mouvements qui guident sa danse. Autrement dit, la Formation des Quatre Bêtes va continuer à se développer d’elle-même. Dans ce cas, est-ce que je pourrais… ?
Le cœur de Long Chen bondit. Miao Yin était vraiment son porte-bonheur. Grâce à cela, ne pourrait-il pas s’appuyer sur la Formation des Quatre Bêtes pour mieux comprendre la constellation du Tigre Blanc ?
Et qu’en était-il des constellations du Dragon azur, de l’Oiseau vermillon et de la Tortue noire ? Peut-être pourrait-il accéder aux héritages du Souverain Dragon, de l’Ancêtre du Moineau, du Vénérable Tigre et du Saint Tortue.[1]
À cette pensée, Long Chen déglutit avec difficulté. Quand il reporta les yeux sur Miao Yin, son regard se troubla. Il éprouvait des sentiments contradictoires. Il ne savait même pas comment la regarder, ni comment se comporter avec elle.
Soudain, la cithare de Zi Yan se tut, et Miao Yin cessa de danser. Puis quatre détonations retentirent à la suite : les quatre bêtes divines qui l’entouraient explosèrent. La lumière stellaire se rua vers Miao Yin et fut instantanément absorbée par son corps. Aussitôt après, sa pression monta en flèche.
« Elle a percé ! »
Long Chen fut agréablement surpris. Miao Yin venait de franchir le septième palier céleste ! Il se demanda quelle était désormais sa puissance, maintenant qu’elle avait atteint le stade avancé du rang de Souverain Divin.
1. Cette précision arrive peut-être bien tard, mais, si vous vous demandez ce que les moineaux ont à voir avec l’Oiseau vermillon : le caractère 雀 (què) désignait autrefois les oiseaux en général, et pouvait aussi signifier « oiseau divin ». Aujourd’hui, il est couramment employé au sens de « moineau » ; ainsi, 朱雀 (zhūquè) se traduirait plutôt par « moineau vermillon ». L’Oiseau vermillon est décrit comme un faisan majestueux, ou comme un oiseau divin rouge semblable au phénix — auquel on le confond souvent —, et certainement pas comme un moineau. Ce jeu de mots est pourtant fréquent dans la fantasy moderne, comme on peut le voir dans ce roman. ☜