Chapitre 7 094
Sur les huit Souverains divins à demi-pas de la triple Manifestation, sept étaient morts. Il ne restait que le géant au sang de la Race barbare. Des flammes écarlates rugissaient autour de lui, lui donnant l’air d’un dieu sauvage. Mais elles commençaient déjà à faiblir : il approchait de ses limites.
Shen Qingxue, Zi Nuo et les autres l’encerclaient. La hallebarde violette et dorée à la main, Shen Qingxue portait encore l’élan acquis en tuant quatre Souverains divins à demi-pas de la triple Manifestation quelques instants plus tôt. À sa vue, même le vaillant géant barbare sentit la peur lui étreindre le cœur.
Sans Long Chen, Shen Qingxue l’aurait déjà tué.
Le géant barbare finit par se rendre. Il posa son arme et s’agenouilla. Le combat faisait toujours rage autour de lui, mais les ennemis les plus redoutables avaient disparu ; les autres n’avaient plus qu’à se faire exterminer.
Les disciples de la Secte de la Cithare, de la Secte des Échecs et de la Secte de la Peinture eurent la sagesse de rester sur place, sans se mêler à la bataille. À vrai dire… ils n’avaient pas décidé de ne pas intervenir : ils voulaient d’abord évaluer la situation avant de choisir leur camp. Mais dès qu’ils en eurent pris la mesure, ils comprirent qu’ils n’avaient aucun choix à faire. Même en unissant leurs forces, les trois sectes ne pourraient pas infléchir le cours du combat. Non, oublions ça : elles ne parviendraient même pas à faire des vagues.
Ils étaient enfin témoins de la terreur que Long Chen inspirait. Ils croyaient désormais ces rumeurs invraisemblables.
Pendant ce temps, Long Chen avait d’autres priorités. Il s’approcha du géant et lui demanda : « Qui es-tu ? Pourquoi dégages-tu l’aura de la race des Barbares de Sang ? »
Les Barbares de Sang possédaient la lignée la plus élevée de la Race barbare. Wilde en était issu et avait le sang le plus pur qui soit. Le géant dégageait une aura assez semblable, et c’était pourquoi Long Chen lui avait laissé la vie sauve.
« Moi… Aguli… de la tribu des Barbares de Pierre… »
Il ne semblait pas très à l’aise avec la langue des humains et s’exprimait avec difficulté. Mais il s’efforça d’accompagner ses explications de gestes et, après un long échange décousu, Long Chen et les autres finirent par comprendre la situation.
Il se trouvait que la tribu barbare d’Aguli venait d’au-delà de la Préfecture Divine de la Magnificence Céleste. Autrefois, la tribu des Barbares de Pierre comptait parmi les plus féroces et les plus loyaux subordonnés des Barbares de Sang. Son expert le plus remarquable avait même eu le droit d’épouser une femme de leur race.
Ce mariage constituait à la fois une récompense et un moyen de resserrer les liens avec leurs subordonnés. En dehors de la lignée impériale suprême, ce genre d’union n’avait rien de rare.
Les principales forces de la tribu des Barbares de Pierre avaient toutes combattu jusqu’à la mort lors de la Guerre du chaos primordial. Après la guerre, les tribus barbares s’étaient dispersées et déchirées. La leur s’était réfugiée dans un petit monde, où elle élevait des bêtes pour se nourrir. Pendant un temps, elle avait pu survivre et prospérer sans aucun contact avec le monde extérieur.
Mais, avec le temps, son appétit avait grandi. Les estomacs des barbares étaient de véritables gouffres sans fond. La tribu avait fini par ne plus pouvoir suivre la croissance de sa population et n’avait eu d’autre choix que d’envoyer des expéditions chasser du gibier à l’extérieur.
La lignée Brahma finit par la découvrir. Elle se servit de pilules médicinales pour prendre le contrôle de ses membres et les contraindre à devenir l’un de ses bras armés. Mais elle ne tarda pas à comprendre que la tribu des Barbares de Pierre ne valait pas tous ces efforts. La raison était simple : ils mangeaient trop.
Après les avoir accueillis, la lignée Brahma devait veiller à ce qu’ils aient toujours le ventre plein. Dès que leur estomac grondait, ils entraient en frénésie et s’en prenaient à tous, amis comme ennemis. Ils allaient jusqu’à dévorer ceux qui étaient chargés de communiquer avec eux. La lignée Brahma finit par créer une division spéciale uniquement pour les nourrir. Mais elle jugea vite que cette dépense en main-d’œuvre était excessive et renonça à les contrôler, préférant tenter de conclure un accord avec eux.
La lignée Brahma leur fournissait de grandes quantités de pilules médicinales pour les aider à franchir les goulots d’étranglement où ils étaient bloqués. En échange, la tribu des Barbares de Pierre devait accomplir les missions qu’on lui confiait.
Lors de la récente transformation du monde, les Barbares de Pierre n’eurent même pas l’idée de se cacher, et il va sans dire qu’ils ignoraient tout de la façon d’ériger une barrière. Ils ne purent compter que sur leurs corps terrifiants pour résister au choc des deux ensembles de lois naturelles. C’était pratiquement un suicide, et le résultat fut aussi cruel et sanglant qu’on pouvait s’y attendre.
Après des millénaires de rétablissement, leur population avait atteint dix millions d’individus. Mais au matin, à peine plus de trois cents avaient survécu. Tous les autres avaient péri, y compris le chef de la tribu de l’époque ; c’était ainsi qu’Aguli était devenu le nouveau chef. Quant à ses trois cents subordonnés, ils avaient tous obtenu un pouvoir mutant !
Aguli n’était pas un expert de l’Ère du chaos primordial. Il était devenu un Souverain divin quelques siècles seulement avant la nouvelle ère. Dans les tourments de cette longue nuit, il avait en réalité bénéficié d’une bonne fortune. Lui-même ne savait pas exactement laquelle, mais il était parvenu à devenir un Souverain divin à demi-pas de la triple Manifestation.
Son corps était devenu incroyablement puissant. Il possédait une force de combat phénoménale, sans même savoir utiliser son pouvoir mutant. Pire encore, il ignorait comment libérer la puissance des deux trésors de sa tribu. Il se contentait de les brandir au hasard. Malgré cela, il avait survécu aux attaques de Chi Yutong, de Yan Li et des autres. Son corps était couvert de blessures, mais aucune n’était mortelle. Sa résistance terrifiante sautait aux yeux.
Les membres de la Race barbare n’étaient pas réputés pour leur intelligence, et les Barbares de Pierre ne faisaient pas exception. La tribu avait depuis longtemps oublié que la lignée Brahma avait tenté de les asservir. Elle savait seulement que, de temps à autre, quelqu’un leur apportait des ressources et qu’ils lui venaient en aide quand il en avait besoin.
Cette fois, lorsque la lignée Brahma était venue leur demander de l’aide, elle avait été stupéfaite par ce qu’elle avait découvert. Elle n’aurait jamais imaginé que ces idiots auraient affronté la nuit de front et frôlé l’extermination. Finalement, elle avait réussi à convaincre le Barbare de Pierre le plus puissant de venir ici. C’était la première fois, du vivant d’Aguli, que la lignée Brahma lui demandait de l’aide. Et dès cette première mission, il s’était heurté de plein fouet à Long Chen.
À ces mots, Long Chen comprit aussitôt que Long Can elle-même avait tout manigancé du côté de la capitale divine. Bien sûr, son véritable objectif était la Tour Jiuli. La capitale divine n’était qu’un gros morceau de viande qu’elle comptait s’emparer avec ses chiens dociles. Elle voulait montrer au monde entier que ceux qui suivaient le Seigneur Brahma auraient des possibilités infinies.
« La tribu des Barbares de Pierre est l’un des plus grands soutiens des Barbares de Sang. Puisque tu as toi aussi du sang de Barbare de Sang, comment peux-tu accepter d’être le chien des ennemis qui ont massacré tes ancêtres ? » lança froidement Long Chen.
« Les ennemis qui ont massacré mes ancêtres ? Tu parles d’eux ?! » s’emporta Aguli.
À sa réaction, Long Chen resta sans voix. Qu’est-ce qui pouvait bien se passer dans cette énorme tête ?
« Le roi de ta race est mon frère. À partir d’aujourd’hui, c’est moi, ton roi. Tu m’obéiras ! » ordonna Long Chen.
« Oui, mon roi ! »
Aguli s’agenouilla aussitôt sur un genou et posa la main gauche sur son épaule droite.
Shen Qingxue et les autres le dévisagèrent en silence, déconcertés. Ils échangèrent un regard. Ce type était-il idiot ? Comment pouvait-il croire aussi facilement ce qu’on lui racontait ?
« Tu n’as pas peur que mon patron te mente ? » demanda Yan Li.
Aguli secoua résolument la tête. « Quelqu’un d’aussi fort ne me mentirait pas ! »
Yan Li resta bouche bée. Bien sûr, elle ne pouvait pas savoir que, si les barbares n’étaient pas très doués côté neurones, leur instinct envers les leurs était particulièrement aiguisé. Si Aguli avait cru Long Chen sans hésiter, c’était parce qu’il percevait en lui l’aura de Wilde.
Aguli lui-même n’en avait pas conscience, mais il lui semblait parfaitement naturel qu’un homme aussi puissant ne prenne pas la peine de mentir.
Soudain, une voix grave gronda au loin.
« Long Chen, comment as-tu pu massacrer tant d’innocents ? Ne crains-tu pas le châtiment ?! »
La Mer étoilée s’assombrit et s’effondra.
Un nouveau groupe apparut à l’extérieur de la cage, et Long Chen plissa les yeux en les voyant.