Chapitre 910
« Moi ? Je ne veux simplement plus être constamment en fuite, traqué par des gens qui veulent me tuer. Cette fois, à mon retour, je vais me contenter de construire des méchas exclusifs. J’ai déjà trouvé un laboratoire de traitement et la plupart des matériaux. Avec le butin que j’ai récupéré cette fois-ci, je devrais pouvoir construire un châssis plutôt convenable », expliqua Anda avec fierté.
Garen hocha la tête. Ce salaud n’était vraiment pas mal. Sans lui, ils n’auraient jamais trouvé où étaient cachés les minerais d’énergie de maîtrise. À bien y réfléchir, c’était grâce à Anda qu’il avait pu obtenir tant d’avantages. Pourtant, au ton qu’employait le salaud à cet instant, il était clair qu’il avait autant d’expérience qu’un chien de chasse.
À cette pensée, le visage de Garen prit un air grave et solennel.
« Si tu as un jour besoin d’aide pour d’autres quêtes du même genre, n’hésite pas à venir me voir. Je ferai de mon mieux, dans la mesure de mes capacités ! »
Anda lui lança aussitôt un regard méprisant.
En réalité, s’ils s’entendaient aussi bien, c’était uniquement parce qu’ils étaient du même acabit. La vie et la mort ne signifiaient rien pour eux et ils avaient une volonté de fer — rien à voir avec celle d’un pilote ordinaire.
« Pour être honnête, ma famille me traque toujours, et toi, tu t’es mis à dos Fila et toute sa bande. À les voir, ils ont l’air liés à White Light. Tu as de plus gros problèmes que moi, mon vieux, ricana Anda. Le psychopathe en avait probablement après toi ; moi, j’ai juste eu la malchance d’être entraîné dans cette histoire. »
« Laisse tomber, alors ! » Garen resta sans voix. À vrai dire, lui non plus ne voulait plus être en fuite. Maintenant qu’il possédait les minerais d’énergie de maîtrise et l’Argent de sang, et que la maîtresse Fila lui avait préparé les matériaux du châssis, il lui suffisait de rentrer pour en construire la majeure partie. Il ne lui manquait plus que les compétences nécessaires pour le moteur et les matériaux du système squelettique.
La piscine biochimique du machiniste énergétique se trouvait justement dans la ceinture de radiation. La Ville de la Raie volante était le plus grand réservoir de cette ceinture et disposait de suffisamment de matériaux pour une piscine biochimique, en particulier des cellules de cœur de pierre, dont la plupart avaient besoin.
« Il manque encore à mon châssis un système sensoriel convenable, et il n’y a plus grand-chose à faire ici. Je compte rentrer pour terminer le travail, puis revenir dans la région cet après-midi. Et toi ? demanda Anda.
— Il me faut encore les compétences pour le moteur et les matériaux du système squelettique. Cet après-midi, j’irai au marché chercher des matériaux de radiation, puis je rentrerai après avoir réglé deux ou trois choses. Rien ne presse », répondit Garen en secouant la tête.
Anda réfléchit un instant.
« Même si nous avons échoué à la quête cette fois-ci, nous devrions nous satisfaire de ce que nous avons réussi à obtenir. Les compétences pour le moteur peuvent s’acheter, mais pour les matériaux — et plus précisément, ceux qui servent à construire le système squelettique —, il me manque encore des pièces pour les articulations. Elles sont rares, mais je crois pouvoir m’en procurer. Dis-moi quand ton châssis sera terminé : nous pourrons passer une commande en gros, ce sera moins cher.
— Bon sang, une commande en gros… » Garen resta de nouveau sans voix. En tant qu’élites de la Cour intérieure, ils pouvaient échanger des technologies et des matériaux avec leurs maîtres. Si même eux avaient du mal à se procurer quelque chose, les étrangers devaient naturellement en avoir encore plus de peine. Et pourtant, Anda avait le culot de proposer une commande en gros comme si c’était la chose la plus banale du monde.
« C’est entendu, alors ! Voici le mot de passe de mon contact personnel. Écris-moi si tu as besoin de quoi que ce soit ! » Anda lui donna ses coordonnées.
Tous deux se levèrent. En regardant Anda s’éloigner d’un pas pressé, Garen ne put s’empêcher de se sentir soulagé. Même si la mission avait échoué, ils avaient tout de même atteint leur objectif indirectement. Avec une réserve suffisante d’Argent de sang et de minerais d’énergie de maîtrise, il avait de quoi construire la coûteuse piscine biochimique de pilote. Et avec la quantité de matériaux de radiation qu’il avait recueillis, il devrait pouvoir en fabriquer une d’excellente qualité.
La recherche d’Argent de sang avait été semée d’embûches. Dehors, la situation devenait sans aucun doute de plus en plus chaotique. Les tensions entre les régions ne cessaient de s’aggraver. Même des experts de niveau cinq comme eux avaient eu du mal à rentrer. Pas étonnant que personne ne se porte volontaire pour quitter la ceinture de radiation.
Alors que ces pensées lui traversaient l’esprit, Garen entendit le moteur d’un châssis survoler les environs. Trois méchas noirs se dirigeaient lentement vers l’aire d’atterrissage de la Ville de la Raie volante. Chacun arborait clairement le logo du Tableau noir et un grand « V » blanc sur le flanc, indiquant qu’ils venaient de la région du Tableau noir — non pas de l’Académie du Tableau noir, mais d’autres académies.
Les trois méchas au « V » blanc se posèrent lentement. Chacun portait un bouclier triangulaire bleu et une épée blanche, fixée dans son dos à la manière militaire.
« Nous sommes dans la Ville de la Raie volante. Vous deux, soyez extrêmement prudents pendant ce voyage ! Compris ? » lança froidement l’une des pilotes. C’était en réalité une jeune fille.
« Oui, nous avons compris, grande sœur », répondirent rapidement les deux autres.
Les employés de la Ville de la Raie volante vinrent à leur rencontre. Ils se mirent à nettoyer les trois méchas, retirant les radiations en excès de leur blindage et repeignant les endroits où la peinture avait été écaillée.
Les cockpits des trois méchas s’ouvrirent, et deux hommes ainsi qu’une femme en sortirent. Tous portaient des combinaisons de radiation rayées de bleu et de blanc, avec des masques entièrement transparents. À première vue, on aurait dit des combinaisons spatiales, mais on pouvait voir le visage de la personne à l’intérieur.
« Maître Vecil, bienvenue une nouvelle fois dans la Ville de la Raie volante ! » les accueillit un gros homme qui semblait littéralement rouler en avançant, le visage fendu d’un large sourire.
« Assez, je n’ai pas envie d’échanger des politesses. Arrangez-nous des chambres pour que nous puissions nous reposer », répondit froidement la responsable.
« Oui, oui, bien sûr. »
Vecil et ses deux compagnons s’apprêtaient à partir, mais remarquèrent un mécha noir garé dans un espace dégagé, non loin de là. On distinguait à peine la forme de son châssis, dont le blindage semblait rongé par une substance corrosive. Sans sa silhouette, qui rappelait encore celle d’un mécha de l’Académie du Tableau noir, il aurait probablement fini à la casse.
« Un châssis aussi endommagé, et quelqu’un veut quand même le réparer ? C’est une plaisanterie ? » commenta la femme avec mépris avant de sortir du hangar.
« Oui, oui, bien sûr, ce que dit maître… »
« Hein ? Attendez, grande sœur ! » Un adolescent d’apparence juvénile, parmi les trois, interpella soudain Vecil, qui menait le groupe. En se retournant par hasard, il venait de remarquer que le mécha brisé laissait entrevoir un matériau squelettique qui semblait supérieur à celui de leur propre châssis.
« Qu’y a-t-il ? » Vecil se retourna, impatiente.
Le jeune garçon désigna le châssis en miettes, les yeux brillants de surprise.
« Grande sœur, le système squelettique de ce mécha… » Il baissa délibérément la voix.
Ce n’est qu’en entendant sa remarque que les deux autres remarquèrent ce qui clochait. Malgré son état, le système squelettique du mécha était fait d’un matériau bien supérieur au leur ! Le métal blanc argenté dégageait une faible lueur bleue : il était manifestement recouvert d’un gel bleu coûteux, qu’on ne trouvait que sur les méchas de qualité supérieure. En général, de tels matériaux étaient difficiles à dénicher sur le marché. Sans relations particulières, impossible de mettre la main dessus.
Vecil remarqua elle aussi quelque chose d’anormal sur le mécha et ouvrit de grands yeux.
« Ce châssis brisé ressemble exactement à celui que nous avons ramené la dernière fois… Comment a-t-il pu se retrouver ici ? » murmura-t-elle d’un ton dur.
« Ça… » Le petit homme grassouillet n’en savait rien. Lui et Vendant s’occupaient chacun de leurs affaires. Ils n’entretenaient pas de bonnes relations et ne se parlaient même pas. « Je n’en suis pas vraiment sûr… »
« Je vais aller voir. Merci d’avoir gardé cette épave après que je l’ai ramenée la dernière fois. Cette fois, je repartirai avec elle. » Vecil lui adressa un sourire satisfait. « Je te donnerai exactement les compétences que tu m’as demandées. »
Les trois s’avancèrent tranquillement vers le mécha noir brisé. En s’en approchant, ils comprirent tous que ce mécha détruit avait été assemblé avec des matériaux comparables aux meilleurs équipements militaires. Que ce soit les os, le conduit de transmission de la volonté ou les capteurs installés sur chaque pièce, tout avait été soigneusement choisi.
Au fil des minutes, Vecil se montra de plus en plus satisfaite.
« Venez ! » cria-t-elle.
« Oui, oui, oui… » Le petit homme grassouillet et plusieurs employés de maintenance accoururent aussitôt.
« Retirez les capteurs et le conduit de transmission de la volonté sur le dessus, puis installez-les sur notre châssis. Je n’arrive pas à croire que l’épave que nous avons ramenée la dernière fois contenait de bonnes pièces », dit Vecil, satisfaite.
Peu après, plusieurs employés de maintenance retirèrent les pièces du châssis noir et les montèrent sur le châssis bleu.
« Je vais aller voir ! »
Le jeune homme à côté d’elle se précipita vers la plateforme de l’ascenseur, tout excité. Celle-ci le souleva et le déposa devant le cockpit.
« Ouvre le cockpit ! » ordonna Vecil.
« Grande sœur, il y a quelque chose de bizarre ! Le cockpit est climatisé ! » s’écria le jeune homme.
« Hein ? » Vecil fronça les sourcils. Elle bondit à son tour à plusieurs mètres de hauteur et atterrit sur la plateforme de l’ascenseur. Elle regarda à travers le blindage transparent.
Un subordonné du petit homme grassouillet lui murmura à l’oreille :
« Patron, c’est Vendant qui a amené ce châssis. Il a ordonné qu’on ne touche pas au cockpit. Vous devriez peut-être dire quelque chose ? »
« Mon cul ! Fais comme si tu ne l’avais pas entendu ! On fait ce que maître Vecil demande ! Si on la met en colère, elle sera mécontente, et tu sais ce qui nous attend ! » Le visage du petit homme grassouillet s’assombrit.
« Mais… » Le subordonné voulut ajouter quelque chose, mais le petit homme l’interrompit.
« Combien de temps te faudrait-il pour aller chercher Vendant ? Dix minutes ? Vingt ? Même si tu le préviens par l’appareil de communication et que tu lui demandes de venir, qui sait s’il ne va pas semer la pagaille et tout compliquer ? Tu peux en assumer les conséquences ? » ricana le petit homme grassouillet.
Terrifié et en sueur, le subordonné hocha la tête.
« Tu dois comprendre que maître Vecil est l’une des VIP les plus importantes de cette ville ! Tu ne dois pas la faire attendre ni la priver de ce qu’elle veut ! »
À cet instant, Vecil et l’autre homme se tenaient devant le cockpit et regardaient à l’intérieur.
Le cœur de Vecil battait de plus en plus vite. À travers la vitre et le givre blanc, elle aperçut des piles de blocs de métal bleu-blanc, denses et brillants. On aurait dit qu’ils sortaient tout droit d’une machine d’usine.
« Ça… Ça, c’est… c’est… !! » Elle eut soudain l’impression qu’un énorme morceau de gâteau lui tombait du ciel en pleine figure. La joie la rendit presque folle.
Oui, c’étaient les légendaires minerais d’énergie de maîtrise, utilisables uniquement par les pilotes ! Un seul bloc pouvait s’échanger contre des milliers, voire des millions !
Après avoir vérifié plusieurs fois ce qu’elle avait vu, une joie irrépressible la fit sourire de travers. Elle s’efforçait de contenir ses expressions, ce qui contrastait absolument avec l’immense bonheur qui l’envahissait.
« Partons ! Nous devons quitter la région immédiatement !! » Une idée folle lui traversa l’esprit. « Si nous mettons la main sur tout ça, je n’aurai plus jamais à m’inquiéter de toute ma vie ! Je croulerai sous la richesse !! »
Vecil tremblait de tout son corps.
Ils devaient s’emparer immédiatement de cette fortune. Vecil n’avait plus qu’une seule idée en tête. À ses yeux, plus rien d’autre ne comptait.
Pilote le châssis et pars immédiatement !!