Chapitre 582
« Bon, ça suffit. » Raffaele tenait la main de Garen ; elle aimait le voir désemparé. « À propos, il s’est passé beaucoup de choses de mon côté, dernièrement. Quand les ennuis s’enchaînent, ils finissent par s’accumuler de tous côtés et je suis débordée. Sans mes sœurs, qui sont rentrées de leurs universités, je crois que je n’aurais même plus eu un instant à moi. »
« Il y a vraiment beaucoup de monde qui vient en ville, ces derniers temps. »
« Oui, toutes les auberges sont complètes et beaucoup de touristes n’ont pas d’autre choix que de loger chez les habitants. Mais ce n’est pas une mauvaise chose : ça leur rapporte un petit revenu supplémentaire. » Raffaele hocha la tête. « C’est probablement parce que la nouvelle sur “ça” s’est répandue. »
« “Ça” ? » Garen n’avait rien remarqué de particulier.
« L’Ours Mika, la plus grande espèce d’ours, serait la plus grande espèce d’ours jamais découverte au monde, dépassant même le record de l’ours brun. Il est presque un tiers plus grand que lui », répondit doucement Raffaele. « Beaucoup de touristes sont venus pour en apprendre davantage sur l’Ours Mika, mais ils sont très rares. Je n’en ai vu que deux de toute ma vie ici. »
« Ils sont vraiment si grands que ça ? » Garen était intrigué.
« Oui. Debout, ils peuvent atteindre quatre mètres de haut. Mais ils sont de nature pacifique et ne se montrent pas agressifs envers les humains, sauf si on les provoque », expliqua Raffaele. « Les deux fois où je les ai vus, ils étaient en train de pêcher. »
Bien que la description fût impressionnante, Raffaele n’avait pas l’air effrayée.
En le remarquant, Garen décida de changer de sujet.
« Au fait, j’ai beaucoup aimé le badge du cerf que tu m’as donné l’autre fois. Tu pourrais m’emmener voir d’autres objets anciens du même genre ? »
« Euh… Il faut demander la permission à ma grand-mère… » Raffaele hésita.
« Je veux juste les regarder et les admirer. Tu sais à quel point les antiquités m’intéressent », demanda sincèrement Garen.
Raffaele savait déjà combien Garen aimait les antiquités. On pouvait même dire que ses connaissances en la matière dépassaient celles des experts, du moins de ceux qu’on voyait à la télévision, du moins à ses yeux. Plus elle apprenait à connaître ses qualités et ses défauts, plus elle l’admirait et l’aimait, cet homme idéal.
On avait beau la célébrer comme la Sorcière la plus forte de Grano, dotée de l’affinité la plus puissante pour le Pouvoir ancien et régnant sur toutes les sorcières des villes alentour, Garen la surpassait en tout le reste.
« Je vais demander à ma grand-mère. Comme on dit, les antiquités sont les trésors précieux des anciens. Ils les protègent jalousement, alors je ne peux pas te garantir qu’elle te laissera les voir. »
« Je comprends. » Garen hocha la tête. Ses points de Potentiel n’avaient pas augmenté depuis toutes ces années.
Dernièrement, sa progression dans sa technique secrète avait ralenti et, sans points de Potentiel, il ne pouvait que s’armer de patience. Sa croissance avait atteint des niveaux de lenteur inédits et il lui faudrait beaucoup plus de temps pour retrouver sa forme d’antan.
Les points de Potentiel pouvaient réduire considérablement le temps nécessaire et lui donner un avantage évident. Il devait donc s’en servir au plus vite.
Après avoir tué ce vampire et évalué sa propre force, Garen avait ressenti le besoin urgent d’accroître ses capacités et de retrouver sa forme d’antan au plus vite. Sinon, s’il rencontrait un jour un Sang-pur plus puissant ou se retrouvait face à un pouvoir inconnu, il ne saurait pas comment réagir. Avec sa force actuelle, ce serait du suicide.
Son expérience et sa technique compensaient en partie son manque de puissance, mais seulement si l’écart entre les forces en présence n’était pas trop grand. S’il devait affronter un adversaire bien plus puissant que lui, il serait en difficulté. Vous aimez cette histoire ? Lisez la suite sur novelping.com.
En outre, l’affirmation selon laquelle les Sang-purs étaient immortels avait éveillé sa curiosité.
« Je te donnerai une réponse au plus tard après-demain. Tu sais que ma grand-mère est très stricte ; j’essaierai de lui demander quand elle sera de bonne humeur », dit Raffaele d’un ton désolé.
« Merci ! » Garen lui embrassa la joue droite, puis la ramena contre lui.
Ses sentiments pour Raffaele étaient très compliqués. Son identité dans ce monde l’amenait naturellement à l’accepter, mais le Garen enfoui au fond de lui semblait considérer tout cela comme un simple jeu.
Peut-être Raffaele le sentait-elle, et était-ce pour cela qu’elle hésitait à lui donner sa virginité.
Garen avait vécu dans deux mondes et s’était déjà habitué à garder ses sentiments pour lui. Face à l’âge impressionnant de Raffaele, il ne pouvait pas non plus l’accepter si facilement.
Il avait déjà prévu de se débrouiller seul si sa grand-mère refusait sa demande et d’utiliser les antiquités en secret, dans l’espoir qu’elles accélèrent sa progression.
Après avoir bavardé un moment sur la plage, puis pêché et fait cuire des coquilles Saint-Jacques, ils virent qu’il se faisait tard. Garen enfourcha son vélo et prit congé de Raffaele.
Raffaele le regarda partir, ses longs cheveux ondulant dans la brise marine.
Une jeune fille en chemise grise sortit de l’anfractuosité des rochers, à quelque distance, et vint se placer à côté d’elle.
En voyant l’air énamouré de sa cheffe, elle poussa un soupir résigné.
Aux yeux des autres, qu’il s’agisse des Sang-purs ou des Sorcières, leurs cheffes étaient orgueilleuses et froides. La beauté monstrueuse qu’on appelait la Sorcière la plus forte avait révélé ses cornes dès le début, puis elle avait réussi à rallier toutes les sorcières de la région de la forêt d’Alice. Dans les autres régions, les sorcières la connaissaient sous le nom de Volonté du Soleil. Ce surnom lui venait de sa volonté écrasante, aussi ardente et irrésistible que les rayons du soleil, et de son autorité incontestée.
Dans les premières années, après avoir rencontré la cheffe des Sorcières d’Amérique du Nord — les Ténèbres du Clair de lune —, Raffaele avait été désignée à l’unanimité comme la troisième sorcière la plus puissante d’Amérique. Son talent était monstrueux, elle avait un cœur solide et avait fortement impressionné les Sang-purs ainsi que les Sorcières des autres pays venus assister à sa démonstration.
Et pourtant, ce grand être, la Reine Sorcière de la Forêt, était maintenant éprise d’un garçon tout ce qu’il y avait de plus ordinaire.
« Qu’y a-t-il ? » Raffaele regarda ses sœurs qui se tenaient à ses côtés.
« Rien de spécial, on enviait juste la pureté de ta relation avec Garen », marmonna la jeune fille. « Je devrais peut-être suivre ton exemple et me faire passer pour quelqu’un d’autre afin de trouver un gentil garçon qui n’en voudrait pas à ma position. Ce genre de relation doit être pur, non ? »
Raffaele se mit à rire. Son sourire avait une chaleur que personne d’autre n’avait jamais vue.
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« Grande sœur, on peut vraiment vivre ici quelque temps ? » demanda Arisa, les yeux écarquillés, en regardant Isaros.
Les deux sœurs marchaient côte à côte dans le centre-ville, juste derrière Jason et Vivien, qui les guidaient. Ils semblaient ne pas avoir entendu leur conversation.
Isaros examina attentivement les environs.
« On dirait que c’est un endroit où Primary Colors ne peut pas mettre les pieds. Ils n’ont pas retrouvé notre piste. Si on reste cachées assez longtemps, on pourra vivre ici un bon moment. » Lisez les derniers chapitres sur novelрing.com.
« Génial ! » Arisa ne put contenir sa joie et se mit à sautiller gaiement.
« Ne t’inquiète pas. Si on s’organise bien, ils ne nous retrouveront peut-être jamais, de toute notre vie », dit Isaros en souriant et en tapotant la tête d’Arisa.
Primary Colors, le plus puissant syndicat clandestin d’Asie, avait d’innombrables relations avec de nombreux gouvernements et occupait aussi une place importante dans les bas-fonds asiatiques. Son chef était Rabstein Cairo, président du conseil d’administration du troisième plus grand groupe financier du monde et propriétaire de nombreuses banques, sociétés énergétiques, entreprises d’armement et marchés noirs.
Dans son ensemble, Primary Colors était un monstre qui exerçait une influence majeure dans tous les domaines, de l’armée à la politique, en passant par les secteurs légal et clandestin. Les deux sœurs n’étaient que des Européennes ordinaires issues d’une famille aisée. Mais leurs gènes convenaient aux expériences de renforcement humain menées par Primary Colors, et leurs familles comme leurs vies furent détruites. Par miracle, elles avaient réussi à s’échapper au cours d’une expérience, et leur fuite les avait conduites jusqu’à Grano.
En repensant aux soldats d’élite entraînés par l’armée que Primary Colors avait envoyés, ainsi qu’à leurs nombreuses tentatives d’enlèvement, Isaros sentit un frisson lui parcourir l’échine. Elle tendit la main et caressa doucement la cicatrice au cou de sa sœur.
Personne n’aurait cru que cette cicatrice était la trace d’une entaille presque mortelle à la gorge, qui aurait dû la tuer. Sans les capacités de régénération accrues que l’expérience lui avait conférées, sa sœur Arisa aurait sombré dans un sommeil éternel.
Au départ, elle avait envisagé de se venger. Mais pour s’occuper d’un monstre qui avait entièrement soumis l’Asie, il suffisait d’envoyer quelques soldats à gages, mercenaires et assassins. On disait même que leur branche clandestine avait acquis des technologies capables de créer des soldats mutants et des machines à tuer. L’organisation avait entièrement conquis les bas-fonds asiatiques ; si elle déployait toute sa puissance contre les deux sœurs, elles n’auraient aucune chance.
Isaros ne voulait pas que sa sœur souffre davantage. Elle était si jeune et avait pourtant déjà frôlé la mort d’innombrables fois…
Même si elle voulait se venger, penser aux adversaires toujours plus puissants et à l’emprise absolue de Primary Colors sur l’Asie lui glaçait le sang. Dans le laboratoire où se déroulaient les expériences, elle avait déjà vu cet homme terrifiant : Rabstein Cairo. Là-bas, on le surnommait Titan.
Cet homme dégageait une aura si menaçante que même elle, qui avait survécu aux expériences, tremblait de peur sans pouvoir se contrôler. Son aura était si puissante que le regarder lui donnait l’impression d’être un bébé face à un lion féroce.
« Tant pis pour la vengeance… Je devrais abandonner. Tant qu’Arisa est heureuse et en sécurité… » Isaros poussa doucement Arisa dans le dos pour qu’elle marche avec Vivien. Les deux jeunes filles se mirent à bavarder joyeusement.
Devant elles, Jason ne cessait de se retourner pour lui jeter des coups d’œil en douce, ce qui la fit sourire.
Cette famille, qui vivait paisiblement dans la petite ville de Grano sans se soucier du monde extérieur, lui avait laissé une forte impression. Après avoir discuté un peu avec Jason, celui-ci lui avait raconté tout ce qu’il savait sur sa famille.
Leurs parents étaient des intellectuels tout ce qu’il y avait de plus classiques. Ils étaient gentils avec les autres, mais consacraient beaucoup de temps à leur travail.
Leurs enfants étaient tous assez mûrs. L’aîné, Jason, était très musclé et de forte carrure. Il aimait s’entraîner aux arts martiaux et n’était, en somme, qu’un lycéen au cœur pur.
Leur deuxième fils, Garen, était le plus mûr de tous. Dans la hiérarchie familiale, il semblait occuper une place supérieure à celle de Jason. Il était incroyablement beau, calme, aimait jouer du violon et comptait parmi les élèves les plus populaires de l’école. On racontait même que plusieurs filles se disputaient ses faveurs.
La benjamine, Vivien, était encore une enfant, innocente et pleine d’énergie, parfois bizarre d’une manière adorable. Elle adorait son frère Garen, mais aimait aussi taquiner Jason et lui jouer des tours.
Cette famille soudée rendait Isaros un peu envieuse. Arisa, de son côté, s’était complètement laissée gagner par l’ambiance. En très peu de temps, elle était devenue la meilleure amie de Vivien et partageait même toutes ses friandises avec elle, ce qui rendait sa véritable sœur un peu jalouse.