Chapitre 433
Le nuage noir dans le ciel se déchira soudain.
Un immense bouclier triangulaire d’argent descendit et se fondit dans le mur de lumière bleue.
De loin, on aurait dit que le mur de lumière s’était vu adjoindre un bouclier d’argent.
Il recouvrait entièrement le mur de lumière.
En apercevant la scène, les utilisateurs de totem qui fuyaient pour sauver leur vie se mirent soudain à acclamer.
Boum !!
Une détonation retentit. La Sculpture de pierre de l’Ange géant venait de détruire une autre portion du mur de lumière, et une immense quantité de créatures s’engouffra dans la brèche.
Grrrrr !!!
Un hurlement de loup résonna de l’autre côté de la barrière, comme s’il venait du ciel.
Au rythme de lourds pas, un immense loup blanc, haut de près de trente mètres, s’avança vers le mur de lumière. À l’arrière, son corps se prolongeait en une sorte d’anaconda qui rampait au sol. Des flammes blanches vacillaient sur son corps, mais ce feu irréel ne semblait rien brûler.
Le loup géant avançait dans la mer de créatures comme un colosse au milieu d’une fourmilière ; chacun de ses pas écrasait plusieurs bêtes plus petites. Quand il fixa le bouclier triangulaire d’argent qui se dressait devant lui, il accéléra peu à peu et se lança à sa poursuite.
Finalement, il entra dans une rage folle et bondit sur le bouclier triangulaire.
Kaboum !!!
Le loup géant percuta le bouclier triangulaire.
Garen observa Beckstone et ses coéquipiers, qui avaient réussi à franchir le voile doré, depuis le Roi Corbeau noir. Celui-ci planait lentement vers le sol, au loin, tandis que de la fumée noire tourbillonnait autour de son corps.
« Le Roi Corbeau noir n’est pas une créature ordinaire. Il n’est pas tombé tout de suite, malgré le poison que je lui ai fait absorber et sa propre fumée toxique », marmonna Garen.
Comment avaient-ils découvert la faille de ce réseau magique ? Garen ne comprenait pas comment ils s’y étaient pris. Le réseau n’était pas très puissant, certes, mais il ne pouvait pas être détruit en si peu de temps. Il n’aurait jamais cru que Beckstone et ses coéquipiers parviendraient à le dissiper aussi vite.
À l’idée que le royaume était en danger, Garen se dit que cet incident était sans doute lié aux Onze Royaux.
Ivycius attendait toujours à l’endroit où il s’était arrêté après être descendu de la falaise. Il avait déjà récupéré une partie de ses forces, mais son totem restait gravement endommagé et il n’avait guère de puissance. Il ne pouvait que rester là, simple spectateur.
« Qu’est-ce que je devrais faire, maintenant ? » se demanda Ivycius. En tant que Dragon démoniaque, sa force vitale était directement liée à celle de Garen.
« Une idée ? » Garen resta impassible. « Beckstone et ses deux coéquipiers ont été empoisonnés par ma fumée. En tant qu’utilisateurs de totem, ils peuvent résister au poison et retourner à la Société Terraflor. Mais les Onze Royaux, eux, sont des gens ordinaires : ils ne pourront pas y résister et iront forcément là où ils pourront se faire soigner le plus vite possible. »
« Où pourrait-on se faire désintoxiquer ? »
« Sais-tu qui est le meilleur pour neutraliser les poisons à la Société Terraflor ? »
Ivycius secoua la tête. « En revanche, je sais que la Société Terraflor et la Société Obscuro ont conclu une alliance temporaire. »
Garen sourit soudain.
« Allons-y. Je vais t’aider à te remettre de tes blessures ! »
« Tu sais qui ce sera ? » demanda Ivycius, légèrement stupéfait.
« Tu le sauras le moment venu. » Garen se retourna et prit la direction du palais. « Allons aider Sa Majesté ! »
Qu’Avic soit mort ou vivant lui importait peu. Son principal objectif était de mettre la main sur la Relique originelle qu’Avic possédait ! C’était cela que Garen voulait vraiment.
Il avait fait tout ce qui était en son pouvoir. Si l’histoire devait suivre son cours…
Avic arriva en titubant dans un coin isolé du palais, le sang coulant de sa bouche.
À peine eut-il pénétré dans la grande salle qu’une nuée de chauves-souris violettes passa au-dessus de sa tête et en bloqua complètement l’entrée.
Il tourna la tête pour les regarder, puis se dirigea droit vers le trône et frappa de la main droite sur l’accoudoir.
Bzzz !
Il s’enfonça aussitôt sous terre à toute vitesse. Dès qu’il eut disparu, un nouveau trône, identique au premier, surgit et tout redevint normal.
Avic était assis seul sur le trône, qui descendait dans un tunnel cylindrique.
« Votre Majesté Avic, la troisième ligne de défense de la ferme de l’Ouest a été franchie. La troisième ligne de défense de la ferme de l’Ouest a été… »
Une voix féminine mécanique résonna à l’intérieur du tunnel.
« Aisha, dis à Georbas… de rentrer immédiatement. Nous devons rassembler nos forces et défendre la capitale du royaume ! Gah ! » Avic essuya avec peine le sang au coin de ses lèvres. Il avait parlé trop vite : il vomit de nouveau une gorgée de sang, qui éclaboussa ses vêtements royaux.
« Impossible de joindre le général Georbas », répondit aussitôt la jeune femme.
Avic resta stupéfait, désemparé.
« Je le savais… Georbas… Je ne pensais pas que tu m’abandonnerais… »
Le trône l’emmena bientôt dans une petite salle secrète, profondément enfouie sous terre.
La pièce était entièrement vide, dépourvue de la moindre décoration. Elle ressemblait à une grotte naturelle.
Au centre se dressait un pilier de pierre semblable à un sablier noir, surmonté d’une petite sphère de verre noir en lévitation.
Avic était à présent livide. Rassemblant ses dernières forces, il descendit du trône et s’approcha de la sphère de verre.
« Vous espériez anéantir la famille royale de l’Empire de Kovitan ? Vous croyiez que ce serait aussi facile ?! » Il se mit à rire comme un dément.
Arrivé près de la sphère noire, il s’en saisit.
La sphère, grosse comme le poing, flottait au-dessus de sa main.
« Même si le prototype n’a pas fonctionné, cela suffira peut-être… » Il contempla l’objet qui l’obsédait depuis dix ans. Son visage exprimait à la fois des regrets, des hésitations, du désespoir et du soulagement.
« C’est vraiment dommage… Si seulement j’avais eu une année de plus… »
Clac !!
La sphère de verre se brisa en millions d’éclats lorsqu’il la projeta violemment au sol.
Un nuage de fumée pourpre et noire s’échappa de la sphère, puis se dispersa silencieusement en une multitude de lueurs.
Avic tenta de rire, la bouche grande ouverte, mais aucun son n’en sortit. Du sang se mit à couler de ses lèvres. Il cessa de bouger et de respirer sur-le-champ ; au même moment, l’un de ses anneaux commença à perdre son éclat.
À l’intérieur du Palais de Jade de sang.
Un gaz bleu se répandit soudain dans toutes les directions, tel un flot d’eau.
La Lame suffocante se brisa dans la main de Veska. Il sembla soudain avoir pris dix ans : lui qui avait un peu plus de soixante ans en paraissait maintenant près de quatre-vingt-dix, le visage blême.
Les deux mains coupées, Nuage divin se précipita hors du palais dans la direction où Avic s’était enfui.
Derrière lui, tout le Palais de Jade de sang explosa et se mit à trembler. En quelques minutes à peine, il fut entièrement renversé.
Nuage divin n’était pas venu seulement pour assassiner Avic, mais aussi pour obtenir la Relique originelle.
Suivant la piste olfactive d’Avic, il ne ralentit pas et arriva bientôt dans la partie isolée du palais.
Les nuées de chauves-souris postées à l’entrée foncèrent sur lui comme une pluie battante. Pourtant, toutes furent rejetées derrière lui lorsqu’une lueur verte traversa l’air.
Sans la moindre hésitation, Nuage divin se rua dans la partie isolée du palais.
Au moment où il pénétra dans le palais,
le dispositif défensif de tout le royaume se mit à rougir. Le réseau de défense, auparavant transparent et incolore, se teinta de plusieurs couches de halos rouges.
Sans prévenir, deux bâtiments luxueux de la ville projetèrent chacun un rayon lumineux vers le palais : l’un blanc, l’autre jaune.
Le palais avait épuisé toutes ses formations avant que les deux rayons ne l’atteignent. Dès qu’ils touchèrent le sol, ils se transformèrent en deux vieillards aux cheveux blancs.
L’un était grand et maigre, avec des sourcils si fins qu’il semblait souffrir de malnutrition.
L’autre, vêtu d’une robe jaune, était corpulent. Un cristal jaune carré était fixé sur sa poitrine. D’une limpidité parfaite, il semblait pourtant contenir d’innombrables visages qui défilaient sans cesse.
Tous deux avaient le visage grave et se regardèrent droit dans les yeux.
À peine eurent-ils touché terre qu’un violent tremblement secoua les profondeurs du palais.
Le sol ne cessait de trembler, comme si quelque chose d’énorme se frayait un chemin vers la surface. Cette histoire est hébergée sur novelping dot com.
La grande salle se mit à trembler et des cailloux tombèrent du plafond.
Des fissures apparurent sur le sol du palais déjà désert, puis se ramifièrent dans toutes les directions.
« Sa Majesté est en danger ! » s’écria l’un des deux vieillards. Tous deux se précipitèrent en même temps vers l’entrée qui menait aux souterrains de la salle.
Des fissures lézardaient le sol tout au long du chemin, révélant d’innombrables cadavres de gardes royaux et de Gardes du Feu noir. Les deux hommes commencèrent alors à paniquer.
Des voix retentirent à l’extérieur : toutes les forces restantes du royaume venaient d’arriver.
Dans certaines parties du palais, restées intactes, les gardes qui s’étaient cachées sortirent protéger les princes et les princesses, tous terrifiés.
La princesse Liv fut la première à sortir du palais, protégée de toutes parts par ses gardes. Transportée de joie, elle vit deux hommes passer à toute allure.
« Deux seigneurs, attendez, je vous en prie ! »
Malheureusement, aucun des deux ne lui répondit. Les vieillards disparurent aussitôt, laissant derrière eux leurs images rémanentes qui s’effacèrent peu à peu.
La princesse resta stupéfaite. Son instinct royal lui disait que Kovitan était en grand péril.
Elle demeura immobile, réfléchissant.
« Sœur Nuit, sœur Ning, contactez les trois seigneurs féodaux. Essayez aussi de joindre le Maître du Palais Garen, si vous le pouvez ! »
Les deux femmes à ses côtés obéirent et disparurent aussitôt. Une lumière spirituelle irradiait leurs corps tandis qu’elles s’éloignaient. Toutes deux étaient des élites spiritualisées.
La princesse décida aussitôt d’envoyer deux de ses plus puissantes élites, dans l’espoir qu’elles puissent entrer en contact avec les puissants personnages qu’elle connaissait.
Elle fixa ensuite l’endroit où les deux grands-ducs avaient disparu.
« Allons-y ! Au temple de MingJi ! » lança la princesse.
« Votre Altesse, ne devrions-nous pas aller voir comment se porte Sa Majesté ? » demanda doucement un homme d’âge mûr.
« Nous n’en avons pas le droit. » La princesse était étonnamment calme. « Peu importe qui l’emportera. Pour l’instant, nous devons attendre et aviser. »
Au moment où les deux grands-ducs arrivèrent au palais, deux silhouettes apparurent également derrière le temple du palais.
Trois individus en armure blanche lourde se rassemblèrent auprès des deux hommes.
Ivycius portait une cape blanche. Il avait l’air plein d’énergie, tandis que la lumière de son totem circulait dans son corps. Il avait recouvré toutes ses forces en très peu de temps.
Garen se tenait à ses côtés, un sourire amer aux lèvres.
Pour rendre à Ivycius toutes ses forces, il avait dépensé l’énergie qu’il accumulait depuis plusieurs jours et n’avait réussi à lui en rendre que la moitié. Cela lui fit comprendre à quel point le Cœur du Dragon était bénéfique.
S’il ne pouvait compter que sur l’absorption de force vitale, il lui faudrait une quantité astronomique pour se rétablir.
Il fallait dire que la force vitale qu’il avait donnée à Ivycius aurait suffi à le soigner complètement trois fois !
Pendant qu’il soignait Ivycius, Garen avait reconstitué les cinq forces vitales qu’il avait épuisées un peu plus tôt. Leur régénération lui avait coûté au moins cent points de Potentiel. Son capital, qui avait dépassé les deux cents points, était tombé aux alentours de cent. Garen comprit alors à quelle vitesse ses points de Potentiel s’épuisaient.
Non seulement Ivycius ne lui avait rapporté aucun point de Potentiel pendant leurs combats acharnés, mais il lui en avait fait perdre.
Ces pertes en valaient pourtant la peine, songea Garen en regardant Ivycius donner des ordres aux subordonnés du Palais d’Argent.
Le Palais d’Argent se distinguait de son Palais du Feu noir : en plus d’Ivycius, il comptait trois autres élites.
Elles s’appelaient Lily, Narcissus et Rose. Toutes trois étaient des utilisateurs de totem d’élite qu’Ivycius avait lui-même formés et élevés. C’étaient ses véritables disciples.
Parmi eux, il y avait deux femmes et un homme. Tous étaient très jeunes : le garçon était le plus jeune, avec ses dix-neuf ans, tandis que la plus âgée des deux filles en avait vingt-trois. Tous étaient des élites talentueuses du Palais d’Argent.
« Maître, vous êtes sûr que ça va ? » Lily et Narcissus étaient toutes deux attentives et remarquèrent aussitôt les petits détails de la tenue d’Ivycius.
« Je vais bien. Tant que le Maître du Palais du Feu noir est là, même gravement blessé, je ne risque rien. Ne vous inquiétez pas. » Ivycius s’expliqua clairement. « Le Maître du Palais du Feu noir et moi sommes de vieux amis, mais nous ne nous étions pas reconnus depuis tout ce temps. Nous nous sommes réconciliés de façon inattendue. Si je ne suis pas là, vous pourrez vous adresser au Maître du Palais Garen pour régler vos problèmes. »
« Bien, maître. » Tous trois témoignaient un grand respect à Ivycius et avaient atteint le sommet de la troisième forme. À la première occasion, ils pourraient entrer en état de spiritualisation. Contrairement aux utilisateurs de troisième forme ordinaires, ils avaient beaucoup d’expérience et s’étaient déjà battus contre des élites spiritualisées. Rose était un peu moins forte, mais les deux autres pouvaient tenir tête aux élites spiritualisées ; une fois leur évolution achevée, ils seraient sans doute bien plus puissants que les utilisateurs de totem spiritualisés ordinaires.