Chapitre 1 359
Traducteur : EndlessFantasy Translation Révision : EndlessFantasy Translation
Dans la région nord de l’Empire de Deladia, à Corolla City.
Ding dang, ding ding dang dang~
La diligence rouge fit tinter sa clochette en avançant sur l’artère principale du centre-ville. Le cocher était un vieil homme à la barbe blanche, coiffé d’une casquette noire de capitaine. Habillé comme un pirate, il riait comme tel en regardant la foule d’enfants surexcités qui bordait sa voiture.
De chaque côté, l’agitation battait son plein : des vendeurs criaient pour proposer leurs friandises, les gens acclamaient le cortège et des poètes jouaient de la musique. La foule se pressait dans les rues animées, si bien que le cocher n’eut d’autre choix que de ralentir pour éviter de renverser les passants.
Boum, boum, boum !
Des banderoles multicolores furent lancées dans le ciel. Mêlées à des poudres de toutes les couleurs, elles teintèrent tout le quartier en retombant.
Des dames tenaient leurs enfants par la main, debout auprès d’un clown qui vendait des bonbons.
Des magiciens et des gnomes acrobates se tenaient en hauteur de part et d’autre de la rue, où ils exécutaient de splendides numéros. Les jeunes venus faire des achats applaudissaient en les regardant.
Le soleil matinal baignait toute la ville, la teintant d’un léger éclat doré.
Les Gardiens patrouillaient de temps à autre dans les rues. Parmi eux, on distinguait vaguement les sorciers de la région nord, enveloppés dans leurs capes. Ces gens portaient de longues robes grises qui leur couvraient tout le corps. La plupart du temps, ils gardaient la tête baissée et restaient silencieux ; parfois, ils échangeaient quelques mots à voix basse avec leurs connaissances, dégageant une impression de calme et de mystère.
Les passants les dévisageaient avec admiration chaque fois qu’ils passaient près d’eux.
« Les Créatures du Vide sont de plus en plus nombreuses, ces derniers temps… » soupira le sorcier qui faisait partie de la patrouille.
« C’est vrai. J’ai reçu trois signalements avant-hier, et ils concernaient tous des Créatures du Vide. Aucun n’a encore été résolu et l’inquiétude commence à gagner la ville. » Le capitaine des Gardiens avait l’air désemparé. « Le chef de patrouille a reçu de ses supérieurs l’ordre de renforcer nos défenses. Mais comment sommes-nous censés nous y prendre avec les effectifs dont nous disposons ? C’est la fête d’Usha, en ce moment. C’est un carnaval annuel auquel tout le monde participe, et nous manquons déjà de bras. »
« Après tout, nous ne faisons pas vraiment partie du véritable Empire de Deladia, où la Montagne du Dragon blanc dirige les hautes sphères. Nous leur avons signalé les problèmes liés aux Créatures du Vide, mais nous n’avons toujours pas eu de réponse. Il est évident qu’ils manquent d’effectifs », répondit doucement le sorcier.
« Hé, il y a quelqu’un qui joue un solo de violon, là-bas. » La gardienne semblait intéressée et se précipita vers la haute estrade toute proche.
Les autres membres de la patrouille n’eurent d’autre choix que de la suivre.
Très haut, sur l’estrade, ils distinguèrent vaguement un poète vêtu d’une cape noire, un petit violon à la main. Il allait poser son archet sur les cordes et semblait sur le point de commencer son morceau.
« Depuis des milliers d’années, Corolla est une ville frontalière placée sous l’autorité directe de la Montagne du Dragon blanc. Son histoire est celle du Dragon blanc, depuis ses débuts jusqu’à nos jours. Cette ville est le centre de la culture et des arts de Deladia », déclara doucement l’homme à la cape noire d’une voix métallique.
« J’ai beaucoup de chance d’être arrivé ici et de pouvoir contempler la paix et la prospérité de cette ville. Je voudrais vous offrir une mélodie, une composition de mon cru, que je vous dédie de tout mon cœur…
« Rêve… Cette mélodie s’intitule Rêve… » L’homme à la cape noire commença à faire glisser lentement son archet.
La mélodie du violon, belle, fine et soyeuse, se répandit dans la rue animée. Elle ne se laissa pas couvrir par les autres bruits ; elle était d’une limpidité absolue.
Peu de gens se trouvaient devant l’estrade avant le début du morceau. Mais dès que le musicien commença à jouer, ils se rassemblèrent pour l’écouter et savourer son interprétation.
Peu à peu, la mélodie gagna en clarté et en puissance. La foule afflua et même quelques patrouilleurs se laissèrent envoûter par ces accents paisibles et harmonieux.
Soudain, le sorcier tressaillit et reprit ses esprits.
« Que s’est-il passé ? Je me suis laissé emporter par la mélodie ? » Il n’aimait même pas la musique, et pourtant il était devenu calme et silencieux, comme si la mélodie avait baigné son corps d’un clair de lune d’une beauté inouïe, l’apaisant en douceur.
Il regarda autour de lui et comprit que quelque chose clochait. Il n’était pas le seul : le capitaine de l’équipe, Aswan, qui était de niveau trois, s’était lui aussi tu. C’était un homme bourru qui détestait la musique, et pourtant cette mélodie l’avait réduit au silence.
« Ça ne va pas ! Cette musique a quelque chose d’anormal ! » Le sorcier, sur ses gardes, pinça les membres de la patrouille qui se tenaient près de lui. Mais ils ne réagirent pas. Ils auraient dû avoir mal et pousser un cri, pourtant ils ne sourcillèrent même pas.
La mélodie se répandit toujours plus loin…
L’homme à la cape noire s’éleva dans les airs. Il monta de plus en plus haut, puis se posa doucement au sommet du clocher voisin.
Il continua de jouer en silence, comme si rien au monde ne pouvait interrompre sa prestation.
Le sorcier tenta de hurler à pleins poumons pour y mettre fin, mais il comprit vite qu’aucun son ne sortait de sa bouche.
Il s’efforça alors de dégager sa gorge, en vain.
Il était incapable d’émettre le moindre son. Il remarqua même que les bruits de fond susceptibles de couvrir la mélodie s’étaient peu à peu atténués, jusqu’à devenir inaudibles.
Alors, les yeux de l’artiste à la cape noire se mirent à luire d’un éclat rouge, et le rythme de sa mélodie s’accéléra.
Pourtant, aucun sort ne semblait avoir été lancé.
Ce n’était qu’une mélodie ordinaire, de la pure musique.
Cling !
Soudain, une voix douce et légère retentit au milieu de la foule compacte. Un homme chauve d’âge mûr venait de se planter dans la gorge le couteau à gâteau qu’il tenait à la main. Il leva les yeux vers le ciel, le visage empreint de tristesse.
Le sang ruissela le long de sa paume et de son bras, puis goutta sur le sol. Pourtant, les gens autour de lui ne semblaient pas remarquer ce qui venait de se passer. Ou, pour être plus précis, aucun ne s’en souciait.
La mélodie devint lugubre.
Cling, cling !
Deux autres petits bruits retentirent. Dans la foule, deux personnes venaient de se planter leurs couteaux à fruits dans la gorge. Elles pleuraient en s’effondrant dans leurs propres mares de sang, mais personne ne s’en soucia.
De plus en plus de gens se suicidèrent, ramassant toutes sortes d’objets tranchants pour se les enfoncer dans la gorge. Aucun ne poussa même un cri avant de mourir ; ils gisaient en silence dans les rues.
Dix personnes… Vingt… Cinquante… Cent…
De plus en plus de gens répandirent leur sang en mettant fin à leurs jours. Les rues furent bientôt entièrement rouges.
Au milieu de la foule, le sorcier faisait de son mieux pour ne pas écouter cette étrange mélodie. Il était né avec une concentration déficiente : il lui était extrêmement difficile de se focaliser sur une tâche précise. C’était aussi la raison pour laquelle il n’était encore qu’un sorcier de niveau deux. Mais ce défaut de concentration lui avait sauvé la vie.
Un frisson lui parcourut l’échine lorsqu’il vit son capitaine, Aswan, dégainer son épée et s’ouvrir la gorge. Il souriait encore, les yeux pleins de larmes, quand il s’effondra au sol.
Le sorcier essaya de l’arrêter, mais il ne parvenait pas à maîtriser son propre corps, comme si celui-ci ne lui obéissait plus.
« Qu’est-ce qui se passe ?! » hurla-t-il en lui-même, sans pouvoir changer quoi que ce soit à la situation : son corps restait paralysé.
Les suicides se multiplièrent et le sang répandu sur le sol se rejoignit en un fleuve. Une nuée de pigeons, d’autres petits oiseaux inconnus et des insectes commencèrent à tournoyer autour de l’artiste à la cape noire. Parfois, ils se cognaient contre les murs et les bâtiments voisins et mouraient sous le choc. Mais la mort de leurs congénères ne les tirait pas de leur transe : ils continuaient de danser à toute vitesse autour du musicien.
« C’est la musique de la mort… » Le sorcier ne put que formuler cette pensée accablante. Ce fut sa dernière ; il perdit connaissance et s’effondra au sol.
En moins d’une demi-heure, la ville animée de Corolla City s’était changée en ville morte. Du sang frais recouvrait chaque recoin. Toutes les vies, humaines comme animales, avaient été emportées par cette étrange mélodie.
Les Créatures du Vide qui s’étaient dissimulées dans la foule ne survécurent pas davantage à ce désastre.
Cling !
Enfin, le maître de la ville, de niveau sept, saisit sa propre lame et mit fin à ses jours dans son bureau.
Alors, la mélodie de l’homme à la cape noire s’acheva lentement.
Il joua doucement la dernière note, puis posa son petit violon. Il contempla la ville, qui comptait dix mille habitants et n’était plus qu’un lieu sans vie, couvert de sang frais.
« Quelle belle mélodie… » Un jeune homme plein de vie, à la peau semblable à une gemme de cristal, apparut derrière le musicien.
Il portait une cape blanche et ses yeux étaient d’un noir mystérieux. On distinguait une pupille blanche au milieu de chacune d’elles, ce qui leur donnait un aspect extrêmement étrange.
« Maître, votre repas vous a-t-il satisfait ? » Le Livre des techniques secrètes démoniaques se retourna avec élégance et s’inclina.
« J’ai complètement récupéré. » Garen hocha la tête, satisfait. « La force vitale de quinze mille personnes. Quinze mille âmes… Le Crâne du désespoir est lui aussi rempli. »
Il leva la main gauche. Quelques pierres précieuses colorées étaient apparues sur le bracelet noir qu’il portait au poignet. Il y en avait cinq en tout, jaunes et rouges.
« J’imagine qu’un massacre est plus rapide… » Garen était extrêmement satisfait. Chaque gemme du Bracelet de la mort représentait une Graine d’âme. Comme il en possédait cinq, cela signifiait que les âmes de ces dizaines de milliers de personnes lui avaient procuré cinq Graines d’âme. C’était tout à fait différent de l’absorption clandestine des âmes dans l’Abîme.
Il entrouvrit la bouche. Les cinq gemmes du bracelet se changèrent aussitôt en cinq filets de lumière et furent absorbées.
Garen referma la bouche, satisfait, puis ferma les yeux pour savourer ce qu’il avait gagné.
Dans l’obscurité de son Espace de l’âme, il avait enfin rempli le huitième Anneau spirituel. Dès qu’il y fusionna les cinq Graines d’âme, l’Anneau spirituel évolua pour prendre une teinte rouge pâle. Il ne lui restait plus qu’à le faire passer à l’orange, puis au jaune, pour atteindre le rang de Seigneur démon de niveau supérieur.
À son apogée, un Seigneur démon de niveau supérieur serait capable d’affronter un Dieu inférieur. Pas une simple incarnation : un véritable dieu descendu dans le monde des mortels.
Garen rassembla dans sa poitrine l’énergie transparente qui lui restait et la concentra à l’intérieur de l’Ennéaèdre. Ce bain de sang qui avait coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes lui avait permis de former un Ennéaèdre gris-noir.
Rugissement !!!
Un rugissement de dragon furieux retentit au loin, dans le ciel.
« Oh… C’est le pouvoir de Tiamat. » Garen leva les yeux et sourit. « Malheureusement, elle a un temps de retard… »
Pfiou !
Garen et le Livre des techniques secrètes démoniaques disparurent du sommet du clocher.
******
Corolla City, l’antique cité placée sous l’autorité directe de la Montagne du Dragon blanc, avait été massacrée. La vie de quinze mille personnes, âmes comprises, s’était évanouie. Elles n’avaient rejoint ni l’Abîme ni l’enfer, pas même le Styx ou le Royaume divin de Tiamat. Elles avaient toutes mystérieusement disparu.
Comme Tiamat n’avait ni église, ni plus que quelques adorateurs et prêtres maléfiques, pratiquement personne ne pouvait obtenir le moindre indice de son côté.
Seuls quelques rares survivants chanceux furent en mesure de raconter ce qui s’était passé.
Un artiste maléfique et mystérieux avait hypnotisé toute la ville. Il n’avait tué personne. Tous s’étaient suicidés ! Les rues, petites et grandes, étaient jonchées de cadavres. Même le maître de la ville, de niveau sept, s’était suicidé dans sa propre chambre.
Pourtant, une nouvelle méritait qu’on s’y intéresse. La Montagne du Dragon blanc, furieuse, avait envoyé de nombreux membres capturer un génie dragon blanc nommé Garen. Mais tous avaient été tués par Garen au cours de l’affrontement.
En l’espace d’un demi-mois, Garen avait tué au moins trente dragons blancs adultes, dragons anciens et dragons anciens millénaires, réunis.
Durant le demi-mois suivant, Corolla City ne fut pas la seule à subir le même sort : Rosan City, à sept cents kilomètres de là, fut frappée à son tour.
Cette ville ne dépendait pas directement de la Montagne du Dragon blanc. Elle appartenait à l’Empire de la Bande noire et se trouvait à la frontière de l’Empire des Elfes noirs. Elle comptait surtout des soldats, et vingt-cinq mille personnes périrent dans le massacre.
La Musique de la mort se répandit dans toute la région nord.
Après le massacre de deux grandes villes à la suite, de nombreux membres des églises se rassemblèrent pour tenter d’enquêter. Mais toutes les preuves désignaient sans équivoque le nouveau Dragon du Désastre, le dragon blanc Garen.