Chapitre 1 241
Garen se déplaça sur le côté et esquiva de justesse<sup>1</sup> l’attaque du visage géant. Une telle vitesse aurait peut-être été efficace contre un adversaire ordinaire, mais elle ne lui était d’aucune utilité face à lui, qui se tenait au sommet des combattants les plus puissants. Malgré tout, Garen ignorait encore quel était le véritable objectif de Zhi Jinqin.
« Peut-être que sa défense est à son maximum sous cette forme ? »
Garen se remémora l’effet de son entaille, un instant plus tôt. Elle ne semblait pas avoir le moindre effet sur le monstre qui lui faisait face.
Il bondit sur la droite du monstre au visage géant et lança son sabre pour le transpercer.
Pfiou !
La lame traversa le visage comme s’il n’était que de l’air, sans lui causer le moindre dommage.
« Je vois. » Garen commençait à comprendre la situation : l’Empreinte de machine énergétique venait d’analyser le fonctionnement de base de ce visage gigantesque. « La source de son immortalité doit être cet Anneau du champ énergétique, dans son dos. »
Son regard se posa sur l’immense Anneau du champ énergétique derrière le monstre.
D’un seul pas, Garen bondit à plusieurs centaines de mètres et apparut derrière elle. Il se trouvait désormais à moins de dix mètres de l’Anneau du champ énergétique.
Il leva haut son sabre tandis que son Énergie spirituelle se mettait à bouillir. L’Anneau spirituel avait pour effet d’accroître les prouesses martiales de son porteur. Chaque Anneau spirituel permettait de gagner un niveau. Garen en avait trois, tous complets, mais n’en avait utilisé qu’un seul pour augmenter sa force.
Il comptait maintenant activer la puissance de son deuxième Anneau spirituel.
« Brûle. »
Il tendit la main, et une flamme rouge s’alluma dans sa paume gauche. Elle n’était pas blanche, mais rouge sang.
La force, la vitesse, la résistance et toutes les autres capacités de sa main gauche doublèrent instantanément.
Tout se passa en un éclair, avant que le monstre au visage géant ait eu le temps de réagir et de se retourner.
Sans la moindre expression, Garen tendit la main gauche. Bien qu’il se trouvât encore à dix mètres de l’Anneau du champ énergétique, il referma les doigts comme pour le saisir, à la manière d’une main invisible et gigantesque.
À l’instant même, Garen eut l’impression de toucher un objet circulaire, froid et dur comme du métal.
Il ne le touchait pas physiquement : les fluctuations de son Énergie spirituelle avaient perçu un objet froid tandis qu’il mobilisait cette énergie.
« Brûle. »
Garen n’eut qu’à le penser.
Les flammes rouge sang se propagèrent alors de sa main jusqu’à l’Anneau du champ énergétique.
Boum !!
L’Anneau du champ énergétique tout entier s’embrasa, illuminant le ciel.
Pssst !!
Le monstre au visage géant se dégonfla comme un ballon, tandis que l’air expulsé se transformait en bourrasques. Il n’avait plus besoin de poursuivre son attaque.
Garen lévitait derrière elle, sans que le courant d’air l’affecte le moins du monde. Il fixait l’Anneau du champ énergétique devant lui.
L’Anneau du champ énergétique ralentit, et un fluide visqueux, noir comme du pétrole brut, se mit à s’en écouler.
Floc !
Une terrifiante Aura d’énergie spirituelle se mua en vent et souffla sur Garen, faisant flotter sa chemise et ses cheveux derrière lui.
Il resta immobile, les yeux plissés, à contempler l’Anneau du champ énergétique devant lui. Une aura qui lui était étrangement familière s’en échappait lentement.
Sans qu’il s’en aperçoive, le ciel était devenu rouge. Des bulles rouge sang apparurent autour de Garen, dans les airs. Elles semblaient faites de sang et mesuraient de dix à plusieurs centaines de mètres de diamètre.
Elles éclataient puis réapparaissaient sans cesse, comme si les environs s’étaient soudain transformés en Monde des rêves.
Le liquide noir, semblable à du pétrole brut, s’étendit sur toute la surface de l’Anneau du champ énergétique, qui devint un miroir noir.
Héhéhé…
Un rire aigu et malicieux résonna depuis le miroir noir.
« Voilà qui est rare. » Une voix grave et majestueuse retentit au milieu de ce rire aigu. « Rencontrer ici quelqu’un de mon niveau… Quelle chance. »
« La Langue du Vide… » Garen tressaillit légèrement. La langue des Créatures du Vide ressemblait en réalité à celle de l’Ancien Endor. Comme les deux camps s’étaient affrontés pendant très longtemps, chacun avait appris la langue de l’autre. Pour un Poursuivant du Vide, il était naturellement indispensable de pouvoir communiquer avec elles.
« Qui êtes-vous ? » Garen n’avait pas envie de chercher à découvrir l’origine de son adversaire ; il posa directement la question en Langue du Vide.
« Mon nom ancien est trop long. Appelez-moi Canster. »
« Canster ? Voix sacrée ? » En Langue du Vide, le mot Canster se prononçait comme « voix sacrée ». Garen fronça les sourcils. « Pourquoi vous présenter devant moi de votre plein gré ? Vous dépensez une quantité d’énergie considérable pour me parler d’aussi loin. Ne me dites pas que c’est par ennui. »
« Par ennui ? » Canster rit. « Vous avez raison. Je m’ennuyais vraiment, au point de vouloir voir quel genre de personne avait pu tuer deux de mes généraux. Sans vous voir de mes propres yeux, je n’aurais jamais cru qu’il s’agissait d’un être de mon niveau et de mon rang. Dites-moi votre nom. »
Garen ne percevait aucune hostilité chez son interlocuteur. La distance était manifestement si grande que son adversaire ne pouvait que lui transmettre sa voix, et cette seule action lui coûtait déjà beaucoup d’énergie.
Cette distance ne se mesurait pas en années-lumière : elle séparait des univers. Garen ignorait combien d’univers le séparaient de Canster, et l’énergie nécessaire pour communiquer avec lui chaque seconde était astronomique.
« J’ai trop de surnoms, et vous ne pourriez pas tous les retenir. Appelez-moi simplement Garen », répondit-il calmement. « Vous êtes venu dans cet univers pour l’Anneau spirituel, vous aussi, pas vrai ? »
Peu lui importait que quelqu’un puisse le comprendre. Pour les humains, la langue de l’Ancien Endor et la Langue du Vide n’étaient que des hurlements dénués de sens ; ils n’y comprenaient rien. Sans les capacités extraordinairement puissantes de Black Sethe, il n’aurait même pas pu apprendre ces deux langues.
« Malheureusement, vous m’avez devancé. » Son interlocuteur rit. « Mais l’Illusionniste m’appartient. »
« Puisque le résultat est déjà décidé, pourquoi vous manifester ? » demanda Garen avec calme.
« Il n’y a aucune raison particulière. J’ai eu envie de rencontrer celui qui m’a tout pris. » Canster marqua une pause. « Au fait, les êtres de mon niveau sont bien trop rares. Les deux rives du Ruisseau-Mère, le Vide et l’Ancien Endor vont bientôt tomber dans l’oubli. Par rapport à la génération actuelle, nous ne sommes que des vestiges antiques qui refusent de quitter la scène… J’ai oublié de vous dire que j’ai une autre identité : je suis un Poursuivant des sorciers. »
« Oh ? » Garen se souvint qu’il était lui-même un Poursuivant du Vide et comprit que leurs deux identités se ressemblaient beaucoup. Il était toutefois étrange que, face à un Seigneur démon du Vide, le Serment du Ruisseau-Mère n’ait pas réagi.
« Vous le sentez ? » Canster rit. « La puissance du Ruisseau-Mère faiblit. Les contraintes qui pèsent sur moi s’allègent donc elles aussi. L’Âme véritable… L’Âme véritable du Ruisseau-Mère a commencé à périr. »
« Impossible ! » Garen fut stupéfait. « L’Âme véritable est éternelle. Comment pourrait-elle périr ? » Qu’il s’agisse des habitants de l’Ancien Endor ou des Créatures du Vide, tous ceux qui cherchaient à atteindre le sommet de leur monde aspiraient en réalité au niveau de l’Âme véritable. La différence était que les Créatures du Vide, après avoir appris des sorciers, avaient trouvé leur propre voie vers l’Âme véritable. On pouvait dire que les sorciers et les Créatures du Vide étaient à la fois ennemis et maîtres les uns des autres. Les sorciers avaient appris des Créatures du Vide des techniques secrètes ancestrales et s’étaient frayé une voie, élargissant les horizons et élevant le niveau de leur civilisation. De leur côté, les Créatures du Vide avaient appris des sorciers la vérité et les connaissances nécessaires pour atteindre les sommets de l’existence : l’Âme véritable.
On pouvait dire que l’Âme véritable n’était plus seulement le sommet de la civilisation de l’Ancien Endor : elle était devenue celui des deux civilisations.
« J’ai vu de mes propres yeux deux Âmes véritables éternelles périr. » La voix de Canster était empreinte de tristesse. « Leurs corps se sont désintégrés en d’innombrables galaxies et sont devenus le sang de l’univers, nourrissant des milliers d’êtres. »
Garen resta interdit devant cette nouvelle.
Atteindre l’Âme véritable, le sommet de ce monde, était son objectif ultime. Or, voilà que quelqu’un lui annonçait que le royaume qu’il s’efforçait d’atteindre s’effondrait sans prévenir.
« Vous voulez dire que notre voie… » Garen serra son sabre ; une ombre de tristesse assombrit son regard. Jamais, au cours de ses voyages dans tant de mondes, il ne s’était senti aussi bouleversé.
« Notre voie a été coupée. » Canster semblait calme, mais, comme Garen, il était un volcan prêt à entrer en éruption à tout instant. « J’ai choisi trois représentants parmi les quatre-vingts millions d’habitants du Vide obscur pour tenter de prendre contact avec la civilisation de l’Ancien Endor. Maintenant que le Serment du Ruisseau-Mère ne peut plus retenir personne, vous devriez vous aussi élaborer un plan. La guerre entre nos civilisations, deux adversaires de même niveau, dure depuis bien trop longtemps. Vous comme moi en sommes las. »
« Nous vous observons depuis que la Reine-dragon à neuf têtes a fait remonter votre situation à ses supérieurs. Nous vous céderons ce monde en signe de bonne foi, à condition que vous choisissiez vous aussi trois représentants pour former un parlement. Le Ruisseau-Mère s’épuise. C’est votre ligne de vie directe et la nôtre indirecte. La disparition des Âmes véritables sous nos yeux fait peser sur nous une grave menace », expliqua calmement Canster. « Puisque nous ne pouvons pas joindre le Seigneur démon de haut rang de votre camp, nous devons vous demander de les en informer. »
Garen se mordilla les lèvres.
Il ne pouvait pas leur avouer qu’il n’avait aucun contact avec les hautes sphères de l’Ancien Endor. Hormis les anciens secrets que Black Sethe lui avait révélés, il n’était guère différent d’un Héritier de l’Ancien Endor ordinaire.
« Je transmettrai cette nouvelle aux échelons supérieurs. » Il ne pouvait pas révéler qu’il n’avait personne pour le soutenir ici : son adversaire était clairement un représentant des plus hautes instances. S’ils découvraient qu’il était seul, cela lui attirerait des ennuis qu’il ne pourrait pas gérer. Il n’était qu’un novice du rang de Seigneur démon, et ne pouvait pas rivaliser avec un Seigneur démon de classe supérieure. Il ne pouvait pas dévoiler ses origines sans connaître la situation exacte.
« Le temps presse. Vite… » La voix de Canster s’affaiblit peu à peu. Puis un petit objet cubique noir sortit du miroir. Il ressemblait à un Rubik’s Cube, mais était constitué de nombreux petits cubes noirs.
Garen s’en saisit.
« Un appareil de communication ? » Son Énergie spirituelle comprit aussitôt à quoi servait l’objet.
Peut-être n’était-ce pas son Énergie spirituelle qui l’avait perçu : au moment où Garen l’avait pris, l’objet lui avait transmis une grande quantité d’informations.
« Nous représentons l’ordre ancien et suprême au sein du Système du Ruisseau-Mère. Parmi les innombrables formes de vie nées du Ruisseau-Mère dans tous les univers, nos civilisations sont les meilleures. Si, dans les mille prochaines années, vous parvenez à entrer en contact avec une Âme véritable de votre camp, informez-nous au plus vite. Nous devons trouver un moyen d’empêcher le Ruisseau-Mère de s’épuiser ! »
La voix de Canster faiblit et s’éteignit peu à peu ; un léger grésillement commença à perturber leur communication.