Chapitre 1 166
Dans l’obscurité, le sabre brillait comme un chemin d’argent, reflétant les faibles lumières de la rue.
La griffe noire de Silver Chain et le sabre de Garen s’entrechoquèrent.
Clang, clang, clang, clang, clang !
De vives étincelles jaillirent autour de Garen. Elles provenaient des affrontements entre le sabre, lancé à une vitesse extrême, et la griffe acérée. À chaque choc, une lumière blanche éclatait.
« Entaille ! » Les deux mains serrées autour de son sabre, Garen traça devant lui une ligne fulgurante.
Pfiou !
Boum, boum, boum…
Silver Chain recula de quelques pas. Une profonde blessure s’était ouverte sur sa poitrine. Le sang frais se mit à couler, gouttant jusqu’au sol.
Ce ne fut qu’alors que les clés lancées par Grand Sabre Un retombèrent à terre. Réduites en minuscules morceaux, elles n’avaient plus rien de leur apparence d’origine.
Stupéfait, il baissa les yeux vers la blessure sur sa poitrine.
Il avait été blessé ?!
C’était un cyborg modifié, un guerrier d’élite de l’organisation, aguerri par des centaines de batailles ! Et pourtant, un homme de moins de vingt ans venait de le blesser ?!
Incrédule, Silver Chain bougea la main et toucha la blessure sur sa poitrine.
« Ça… »
Chling… Garen rengaina lentement son sabre.
« Tu préfères déguerpir tout seul ou tu veux que je te raccompagne ? » demanda-t-il d’un ton méprisant.
« … Je vous laisse tranquilles pour cette fois ! » Silver Chain fixa Garen, puis se retourna sans hésiter et bondit. Il disparut en un instant dans l’obscurité.
Boum !!
Soudain, une multitude de griffes noires acérées jaillirent des ténèbres et foncèrent sur Garen.
Clang !!
Les étincelles blanches jaillirent à nouveau tandis que les griffes noires étaient repoussées avec une précision remarquable. Personne ne parvenait même à voir Garen bouger son sabre.
Garen ne se lança pas à sa poursuite. Il dévia la dernière griffe noire, puis rengaina de nouveau son sabre, qui claqua dans son fourreau. On aurait dit qu’il avait créé autour de lui un Territoire absolu de deux mètres de rayon, dont il était l’épicentre, où rien ne pouvait pénétrer.
De plus, du début à la fin, il semblait n’avoir même pas pris part au combat : sa chemise blanche était toujours aussi impeccable que lorsqu’il rentrait chez lui.
La ruelle était plongée dans un silence complet. On aurait dit que rien ne s’y était passé, hormis les débris éparpillés après le combat.
« Il est… Il est si fort ! » Grand Sabre Un et Grand Sabre Deux avaient assisté à toute la scène, le regard vide, tandis que Garen repoussait les griffes noires.
Ce cyborg terrifiant et puissant n’avait même pas réussi à percer la défense de Garen ! Un tel niveau d’Art du Grand Sabre… frôlait les limites de l’humanité !
« C’est… C’est bien le Ministre en chef ! » Grand Sabre Un déglutit. Il comprenait à présent que Garen s’était retenu bien plus qu’un tour ou deux lors de leur entraînement au département de combat. Pas étonnant qu’il se soit toujours fait malmener : l’écart entre leurs forces était tout simplement énorme !
Qu’un humain ordinaire atteigne un tel niveau de puissance était parfaitement absurde ! Retrouvez le chapitre original sur novelping.com.
« Vous allez bien ? » Garen s’approcha d’eux et les aida à se relever. « Vous êtes tous les deux grièvement blessés. Il faut vous faire transfuser à l’hôpital immédiatement. » Il fronça les sourcils en voyant leurs blessures.
« On a eu de la chance… Le Ministre en chef passait par là par hasard… Sans vous, on aurait eu de gros ennuis… » Grand Sabre Deux eut un sourire amer.
« La prochaine fois, évitez de représenter les humains. » Garen sourit doucement. « Vous ne pouvez pas vaincre cette chose. Même si vous ne représentiez pas la Race humaine, vous ne devriez pas l’affronter. »
Grand Sabre Un resta un instant interdit, puis sourit.
« Compris. »
Il hocha la tête à plusieurs reprises.
Une demi-heure plus tard, l’ambulance de Lincoln arriva pour emmener les deux hommes à l’hôpital.
Garen resta dans la rue à regarder l’ambulance disparaître au loin. S’il n’était pas passé par hasard au moment où Grand Sabre Un et Grand Sabre Deux s’étaient fait attaquer, il n’aurait peut-être jamais découvert que l’un des Quatre Grands Piliers était le cousin de Lincoln : Yuria.
Il n’était autre que Grand Sabre Un, dont Garen ne s’était pas donné la peine de retenir le vrai nom.
Au Dojo du Grand Sabre, le surnom de Garen était Grand Sabre. En dessous de lui venaient Grand Sabre Un, Grand Sabre Deux, et ainsi de suite jusqu’à Grand Sabre Dix. Cette organisation rudimentaire avait nourri un vif esprit de compétition et de rivalité, puisque le nombre dans le surnom indiquait la force de chacun.
« Je ne pensais pas… Le Sauveur, l’un des Quatre Grands Piliers, serait Yuria… J’ai toujours cru que ce serait Lincoln. » Il serra son sabre à sa taille et contempla la rue silencieuse autour de lui. Comme prévu, quelqu’un de très influent avait préparé les environs à l’avance pour que tout reste absolument secret.
Garen reprit lentement le chemin par lequel il était venu.
Tout en haut d’un immeuble éloigné, on avait installé divers équipements de surveillance. Plusieurs personnes en chemise bleue moulante étaient accroupies devant le système de surveillance. Leurs visages se crispèrent en voyant la scène se dérouler sur l’écran.
« C’est… C’est absurde ! »
« Sept coups en une seconde ! Quel talent incroyable pour l’Art du Grand Sabre ! » dit une femme d’âge mûr, des lunettes sur le nez, la sueur au front. « À ce niveau, on peut le qualifier de maître dans le monde des lames et des sabres. »
« Vous voulez dire que ce gamin de moins de dix-huit ans est un maître du sabre ?! » murmura avec incrédulité l’homme à côté d’elle, chargé des opérations.
« Si tout le monde avait un tel talent pour les techniques de combat, personne n’aurait besoin des armes à feu pour compenser son manque de compétence. » La femme eut un sourire amer. « Comme vous l’avez dit, ce jeune homme nommé Kong Xiaofei a bel et bien atteint le sommet de ce qu’un humain peut accomplir avec son corps. Dire qu’il est un maître du sabre serait même un euphémisme. »
« La légende raconte qu’un maître du sabre peut abattre un avion dans le ciel. »
« Monseigneur, c’est un oiseau en plein vol… » répondit la femme, désemparée.
« D’accord, d’accord. Un oiseau en plein vol. C’est incroyable qu’il ait pu tenir tête à notre cyborg de combat ultime sans la moindre modification corporelle ! » s’exclama le responsable. « Que va-t-on faire de ce talentueux jeune homme sorti de nulle part ? »
« Je pense… » La femme réajusta ses lunettes. « Je pense qu’on pourrait essayer de prendre contact avec lui. Les humains vivent dans ce monde pour obtenir du prestige et du pouvoir, et ainsi mener une vie meilleure. Peut-être pourrions-nous le recruter dans notre organisation, Vulture. »
« Le recruter ? » Le responsable se mit à réfléchir à cette possibilité. « Il a l’air très prometteur, mais je ne crois pas que nous ayons un poste qui lui convienne, même si nous parvenons à le recruter… à moins qu’il accepte de se faire modifier. »
« Il est vrai que nous n’avons pas de place où il pourrait exceller dans son domaine, mais je pense qu’il ferait un excellent instructeur. Il faut savoir qu’il existe moins de cinq personnes aussi douées que lui dans le monde entier, et qu’elles sont toutes des personnalités influentes, célèbres de par le monde. Lui n’a rien de comparable : il devrait donc être facile de le tenter avec cette proposition. »
La femme s’expliqua.
« Envoyons quelques personnes tâter le terrain », décida le responsable.
« Compris. »
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« Il semble… qu’il y ait un peu d’Énergie spirituelle, mais moins que je ne le pensais », se remémora Garen en repensant à l’aura qu’il avait sentie chez Yuria. Il n’avait perçu qu’une vague Énergie spirituelle lorsque leurs membres étaient entrés en contact.
« On dirait qu’elle est inactive. »
Il était assis dans la cour de sa nouvelle maison. Les rayons dorés du soleil traversaient la verrière au-dessus de lui, ne baignant que sa personne dans la cour.
Sa nouvelle maison était une villa située dans un quartier résidentiel huppé du centre-ville. Une villa au cœur de la ville de Lily of the Valley, une ville de deuxième catégorie, ne coûtait pas très cher : moins d’un demi-million.
La villa était conçue dans un style traditionnel, avec deux étages carrés et une cour. On aurait plutôt pu la qualifier de siheyuan géant<sup>1</sup> que de villa, car elle était un peu plus vaste que les maisons habituelles. Elle était aussi beaucoup plus belle, avec de délicates sculptures d’aigles à chaque extrémité des toits.
À l’entrée se trouvait également un petit bassin, orné d’une magnifique sculpture de sirène en cuivre.
« Je ne peux toujours pas confirmer qu’il soit un Héritier. Il me faut davantage de temps pour interagir avec lui », songea Garen.
Il repensa ensuite au cyborg de tout à l’heure et le trouva plutôt puissant.
« Je pense qu’ils me contacteront bientôt d’eux-mêmes pour tâter le terrain. Vulture et les Quatre Grands Piliers… » À l’hôpital, Yuria lui avait raconté tout ce qu’il savait et Garen avait également découvert que le cyborg appartenait à une vaste organisation mystérieuse appelée Vulture.
« Le Sauveur peut emprunter la force des gens autour de lui et devenir assez puissant pour atteindre son objectif. Il peut donc emprunter la force des autres ? Intéressant… » Garen ignorait les capacités des trois autres Grands Piliers, mais il supposait qu’elles étaient d’une ampleur comparable.
Le pouvoir du Sauveur était très subjectif, puisqu’il dépendait de l’usage qu’en faisait son détenteur. Si les personnes auxquelles il empruntait leur force étaient puissantes, il le devenait lui aussi. Et s’il l’empruntait à de nombreuses personnes, il devenait alors le Sauveur, porteur de l’espoir de dizaines de milliers de citoyens. Sa force pouvait alors atteindre un niveau sans précédent.
Crac… Il entendit quelqu’un rentrer. Au loin, la porte du salon s’ouvrit, interrompant le fil de ses pensées.
« Je suis rentrée. » Kong Xinxue jeta ses escarpins sur le côté et posa ses pieds, toujours chaussés de bas blancs, sur le parquet. Elle entra sans même mettre de pantoufles.
« J’ai entendu dire que c’est toi qui as envoyé Yuria et l’autre à l’hôpital ? » Kong Xinxue apporta une chaise à Garen, la posa devant lui et s’assit.
Sa robe blanche, une pièce, était horriblement froissée, écrasée entre la chaise et ses fesses.
« Oui. » Garen hocha la tête.
« J’ai entendu dire que tu maîtrisais incroyablement bien l’Art du Grand Sabre. Où as-tu appris ça ? Pourquoi ne t’ai-je jamais vu t’entraîner avant ? » Kong Xinxue le dévisagea avec méfiance.
« C’est parce que je suis un génie. » Garen n’avait aucune honte. « J’apprends en observant », répondit-il calmement, assis en tailleur sur le sol.
« Un génie… » Kong Xinxue resta sans voix. « Bon, génie, tu peux m’expliquer pourquoi ta personnalité a tellement changé après ta fièvre ? Ne me dis pas qu’un esprit a pris possession de ton corps ou une autre histoire du genre, comme dans le roman du Vieux mystérieux qui servait à faire marcher les enfants. »
« Le Vieux mystérieux ? » Garen fut stupéfait. Les romans de transmigration n’avaient pas encore le vent en poupe dans ce monde, n’est-ce pas ? Seuls des gens de la planète Terre pourraient citer spontanément le roman du Vieux mystérieux comme exemple.
Il dévisagea alors Kong Xinxue avec suspicion.
« De quoi tu parles ? »
« Comment ça ? » Kong Xinxue sembla avoir remarqué quelque chose et fit mine de ne pas comprendre. « Quoi qu’il en soit, je trouve qu’il y a quelque chose qui cloche chez toi. »
« Qu’est-ce qui cloche ? » Garen ne comprenait pas.
« Tout chez toi me paraît bizarre. » Kong Xinxue prit une profonde inspiration. « Ces derniers temps, tu as eu la note maximale à chaque examen. Le professeur a déjà pris ta copie comme modèle de la copie parfaite dans toute l’Alliance des cinq écoles. Au fait, je suppose que tu ne t’es pas rendu compte qu’il s’agissait d’un examen blanc pour le concours d’entrée à l’université. Tous les élèves des écoles y participent, nous compris. Et toi, tu as obtenu la note maximale… »
Garen voulait lui dire qu’il avait répondu aux questions à moitié endormi, mais il ne savait pas s’il devait le faire…
Quoi qu’il en soit, il avait décidé de venir dans ce monde pour se reposer. Il était donc trop paresseux pour s’attarder sur de telles futilités.