Roderic appuya fermement le doigt sur la fenêtre bleue.
À l’instant où il la toucha, l’écran se mit à onduler et s’illumina d’une lueur dorée.
[Récompense en cours de récupération…]
[+10000 pièces du Trône]
[Intégration de la Constitution de l’Aura suprême en cours.]
Une seconde plus tard, une autre fenêtre apparut.
[Veuillez rester immobile.]
« Hein ? »
Roderic eut à peine le temps de déchiffrer le texte à l’écran.
Une étrange chaleur se répandit dans sa poitrine, et il baissa aussitôt les yeux.
Pourtant, elle n’avait rien de désagréable.
Elle se diffusa dans tout son corps. Il ferma les yeux, avec l’impression qu’on lui massait les muscles.
« Oh… » marmonna-t-il en se détendant complètement. « Ça, c’est le pied ! »
Il sentait que quelque chose changeait lentement en lui.
À chaque inspiration, l’air qui emplissait ses poumons lui paraissait d’une fraîcheur incroyable.
À côté de ça, il avait l’impression d’avoir passé toute sa vie à respirer à travers un chiffon humide !
Mais avant qu’il ait pu y réfléchir davantage, la chaleur se mit soudain à augmenter.
« Attends… » bredouilla-t-il. « Là, c’est plus du tout agréable ! »
Son sang se rua dans ses veines avec une force terrifiante, tandis que la chaleur ne cessait de s’intensifier.
Bientôt, elle devint presque insupportable.
« Hng… » Roderic serra les dents.
Ses muscles se mirent à tressaillir tout seuls, chaque fibre se contractant.
Même ses organes semblaient vibrer sous la pression.
Soudain, une odeur infecte lui monta au nez.
« Qu’est-ce que… ? »
Il ouvrit les yeux et baissa le regard.
De minuscules gouttelettes noires suintaient lentement des pores de tout son corps.
Ses yeux s’écarquillèrent peu à peu. Il avait lu des choses pareilles un nombre incalculable de fois.
Oh… putain, pensa-t-il, tandis que la chaleur intense s’effaçait un instant de son esprit.
La substance noire, épaisse et visqueuse, continuait de s’écouler de chacun de ses pores, répandant une puanteur absolument répugnante.
Je vous en prie, implora-t-il. Faites que ça s’arrête une fois les impuretés évacuées !
CLAC !
Sa prière se figea sur ses lèvres.
« Hein ? »
Une douleur fulgurante explosa soudain dans son dos.
Avant qu’il ait pu réagir…
CLAC ! CLAC ! CLAC !
Tous les os de son corps se mirent à se briser.
« AAAAAAH !! »
Roderic roula hors de son lit et s’écrasa sur le plancher.
Ses doigts s’enfoncèrent profondément entre les lattes tandis que ses os se déplaçaient.
Sa colonne vertébrale se redressa, ses épaules s’élargirent et ses jambes s’allongèrent peu à peu.
Il n’avait jamais rien éprouvé de pareil.
Même se faire renverser par un énorme camion ne lui avait pas fait aussi mal !
Et ce n’était pas tout…
Ses muscles et sa peau se déchirèrent à mesure que son corps grandissait.
Ils se régénéraient presque aussitôt, mais chaque seconde lui faisait l’effet d’une torture infernale.
« AAAAAH ! »
Ses cris résonnèrent dans toute la pièce.
Mais la transformation ne s’interrompit pas.
Finalement, la douleur disparut d’un coup.
« … »
Roderic s’affala sur le sol, haletant.
Son corps entier tremblait sans qu’il puisse le contrôler ; il n’avait plus la moindre force.
« … C’est fini ? »
Avant même qu’il ait achevé sa phrase, il sentit que quelque chose changeait.
Comme si une digue venait de céder.
L’aura qui dormait dans chaque recoin de son corps se mit soudain à bouillonner, parcourant à toute allure chacun de ses muscles, de ses os et de ses veines.
Et son corps l’accueillit sans la moindre résistance !
Roderic sentit lentement une force comme il n’en avait jamais connu se répandre en lui.
L’aura déferlante se fit de plus en plus violente.
Elle parcourut toutes les voies de son corps, puis se rassembla peu à peu autour de sa poitrine.
Là, les innombrables flux d’aura se comprimèrent encore et encore, comme s’ils tissaient ensemble un épais filet.
Les yeux de Roderic s’écarquillèrent : il sentait clairement quelque chose prendre forme.
Qu’est-ce qui se passe… ?
La pression sur sa poitrine ne cessait de s’intensifier.
Enfin, un léger craquement résonna quelque part à l’intérieur de son corps.
L’aura violente s’apaisa aussitôt et suivit docilement un étrange motif avant de se remettre à circuler dans son corps.
Ce ne fut qu’alors que Roderic comprit ce qui venait de se passer.
Un sceau ? pensa-t-il, bouche bée. J’ai vraiment formé mon premier sceau d’aura ?!
L’épuisement qui l’accablait avait complètement disparu.
Il se sentait presque revigoré, comme si chacune de ses cellules était véritablement en vie.
Même ses sens semblaient bien plus aiguisés qu’avant !
Roderic se redressa lentement, le cœur battant encore à tout rompre.
Il baissa les yeux vers ses deux mains.
Puis les referma lentement.
L’aura qui circulait dans tout son corps réagit aussitôt.
Une vive sensation de picotement lui traversa la poitrine un instant.
« Là ! »
Il écarta rapidement sa chemise déchirée.
Des lignes de lumière bleue apparurent soudain sur sa poitrine.
Elles se rejoignirent à toute vitesse pour former un immense motif qui recouvrait presque toute sa poitrine.
Juste après, une aura bleutée se mit à luire autour de ses deux poings.
Une sensation de puissance indescriptible parcourut son corps.
Il avait presque l’impression de pouvoir frapper le mur de pierre à côté de lui et le traverser.
Attends… pensa-t-il en plissant les yeux. Je pourrais vraiment ?
Sans perdre un instant, il s’approcha du mur du fond.
Il ramena légèrement le bras.
Puis lança de toutes ses forces son poing contre le mur de pierre.
BOUM !
Son poing traversa le mur, projetant partout des morceaux de roche et des nuages de poussière.
Pendant un bref instant, Roderic resta simplement planté là.
Son sourire ne fit que s’élargir.
Alors, voilà ce que ça fait de devenir chevalier…
Il ne put s’empêcher de rire.
« C’est incroyable ! »
« … »
« Roderic ! »
Son rire s’arrêta net.
Roderic cligna des yeux, puis se tourna lentement vers le trou grand comme un plat qu’il venait de faire.
Un visage familier le fixait à travers la poussière.
« Père ? » dit lentement Roderic.
Le père et le fils se dévisagèrent en silence.
Pendant un instant, le visage d’Arthur disparut derrière le trou.
BAM !
La porte de sa chambre s’ouvrit à la volée.
Arthur fit irruption dans la pièce, le visage déformé par la colère.
« Qu’est-ce qui t’a pris, aujourd’hui ? Ta fiancée, ton frère, et maintenant, tu vas jusqu’à détru— »
Sa voix s’interrompit brusquement.
Une expression étrange passa sur le visage d’Arthur, qui remua le nez.
Il fronça lentement les sourcils.
Il inspira une nouvelle fois.
Son visage vira aussitôt au vert de dégoût.
« Par les cieux… »
Il recula d’un pas et se plaqua une main sur le nez.
« C’est quoi, cette odeur ?! »
Ce ne fut qu’alors que son regard se posa vraiment sur Roderic.
Une épaisse boue noire couvrait encore presque tout son corps et dégoulinait lentement sur le plancher.
Le visage d’Arthur se tordit de dégoût.
« Va te laver, tout de suite ! » cria-t-il. « Tu pues comme une foutue bête des marais ! »
Roderic le dévisagea, perplexe, sans comprendre pourquoi Arthur réagissait si vivement.
Ce ne fut qu’alors qu’il se rendit compte qu’il s’était habitué à cette odeur répugnante.
« Une fois lavé, retrouve-moi dans mon bureau », dit Arthur en le chassant d’un geste, visiblement écœuré.
En marmonnant une bordée de jurons, il se retourna et sortit à grands pas.
BAM !
La porte claqua derrière lui.